‹ Traité des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 84 sur 255 · Dans les conjonctivites chroniques · texte numérisé non relu

Dans les conjonctivites chroniques

accompagnées de relâchement de la muqueuse avec engorgement des vaisseaux, Soelberg-'NVelIs et Critchelt recommandent l'usage de la solution suivante :

•2f Eau distillée 30 gram. | Chlorure de zinc 0,02 à 0,05 cent.

10. Mackenzie, Velpeau et Macnamara préfèrent le nitrate d'argent à tous les [autres collyres. Voici leurs formules :

If. Eau distillée 30 gr.

Nitrate d'argent. 0,25 c.

(Mackenzie.)

:^ Eau distillée 30 gr

Nitrate d'argent. 0,05 c.

(Velpeau.)

Eau distillée. ... 30 gr.

Nitrate d'argent. 0,10 c.

(Macnamara).

Mackenzie applique une, deux ou trois fois par jour ce collyre sur la conjonctive oculaire à l'aide d'un pinceau en poils de chameau. AVecker préconise la même solution, et il lui a suffi quelquefois, dit-il, d'employer cette solution une seule fois pour obtenir la guérison. Ces résultats seraient merveilleux, s'ils se confirmaient sur un plus grand nombre de malades. Malheureusement la guérison aussi rapide est exceptionnelle ; dans la majorité des cas, au contraire, le traitement avec le nitrate d'argent est plus long et plus douloureux.

Les doses de Velpeau et de Macnamara sont plus faibles et préférables aux autres. Serres (d'Alais) (1) recommande le badigeonnage extérieur des paupières légè-

(1) Serres (d'Alais), RuUetin de la Société de chirurgie. Paris, 1867, t. YII, 20 série, p. 10.

fement closes avec un pinceau trempé dans l'eau pure, passé et repassé plusieurs fois dans l'azolalc d'argent, ou bien trompé dans une solution titrée à 60 centigrammes pour 10 granunes.^

11. Afin de prévenir les récidives, il est nécessaire de loucher pendant queque temps la paupière inférieure avec le sulfate de cuivre, même quand elles ne sont plus rouges, ou de faire instiller le collyre au sulfate de zinc ou d'alumine une fois tous les deux ou trois jours.

12. Lorsque la cornée et l'iris sont malades, on doit instiller les gouttes d'atropine deux ou trois fois par jour, selon la formule suivante :

^ Eau distillée 10 gram. | Sulfate neutre d'atropine. . 0,01 cent.

Si ce moyen ne suffisait pas, on devra appliquer des sangsues et agir selon lesindications que l'on trouvera déveloj)pées plus loin. (Voy. Kéuatite.)

Bibliographie. — Rigler, Beobachtungen ùber die katarrhalischcn Formen der ConjoncA tiv. {Schmidfs JaJirb. 1844, p. 338). — Mackenzie, I)e l'ophthalmie phlegmoneusc et. plilélntique {Ann. d'ocuL, t. XIII, p. 65). — Hagemann, Beitrag zur Wiirdigung der Kci/te, bei allen Arle7i von Augenerdzûndung {Wulther's u. Ammon's Journ, t. VIII, H. I). — Arlt,. Ophlhalmia catarrhalis cpidemica {Wien med. Wochenscimft, n° 3, 1863). — Bouisson, Opldhnlmie produite par le soufrage des vignes {Gazette des hôpitaux^ 186S, n° 9G). — : Magni, Lezioni teoriche di oftahniatria. Malatlie délia conjiuntiva e délia cornea. Bologna,,, 1865, p. 175. — Gosselin, Sur les causes de la conjonctivite caiarrhale {Archives générales de médecine. Paris, 1869, avril). — Gosselin etO. Lannelongue, Nouveau Diclionn. de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1868, t. IX, p. 48, art. Conjonctive.

ARTICLE IV

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE OU PUSTULEUSE.

Lorsque de petites phlyctènes ou pustules apparaissent sur une partie quelconque de la conjonctive, elles amènent une inflammation, soit partielle, soit totale jde la conjonctive, inflammation désignée sous le nom de conjonctivite plilycténulaire ou pustuleuse.

Celle afl'ection est le plus souvent partielle et n'occupe qu'un seul point de la : conjonctive oculaire ; dans d'autres cas, elle est généralisée sur une grande pariic . de cette membrane, et se porte surtout sur le limbe conjonctival périkéralique. La^; conjonctive palpébrale est très-souvent rouge et injectée; mais on n'y trouve jamais'* des phlyctènes.

Syniptomatologic. — Symptômes anatomiques. —1. Rougeur partielle de la conjonctive oculaire. — La maladie débute ordinairement par une rougeur i partielle du globe de l'œil, occupant soit la partie externe, soit la partie interne de • la sclérotique.

Celte rougeur est constituée par de nombreux vaisseaux fins, capillaires, communiquant avec le cul-de-sac conjonctival par l'intermédiaire d'une ou deux bran-ches plus volumineuses. Lorsqu'on examine attentivement cette rougeur, l'onyx remarque facilement deux couches de vaisseaux; les uns superficiels, plus foncés-

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE OU PUSTULEUSE. 169

et plus tonueux, sont ceux de la conjonctive, et les autres plus 0ns, d'une tmte livide, appartiennent au tissu sous-conjonclival et à la capsule de Tenon (lig. by. La couche superficielle se déplace avec le doigt ; les vaisseaux profonds sont plus fixes.

FiG. 83. — Phlyctène delà conjonctive Fig. 84. — A. gauche, vaisseaux de la

oculaire. conjonctive ; à droite, vaisseaux radiés

de la sclérotique.

En comprimant légèrement avec le doigt, la partie injectée, on fait disparaître toute rougeur pour tout le temps que dure la compression ; mais, aussitôt que celle-ci cesse, la rougeur revient avec la même intensité qu'auparavant.

A mesure que le mal s'aggrave et que le nombre des phlyctènes augmente, la rougeur se généralise et envahit les autres parties de la conjonctive ; il y a alors une conjonctivite généralisée, qui ressemble souvent à celle que l'on remarque dans une conjonctivite calarrhale.

Quelquefois un lacis vasculaire très -fin apparaît au bord de la cornée, pendant que le reste de la conjonctive et de la cornée reste sain. C'est la conjonctivite phlycténulaire périkéralique. Souvent la rougeur prend la forme d'un triangle, dont la base se trouve dans le cul-de-sac ou à l'un des angles de l'œil.

2. Phlyctène ulcérée ou non. — Au centre de cette rougeur, on trouve habituellement une pustule ou phlyctène transparente ou blanchâtre, opaline, s'élevant au-dessus du niveau de la conjonctive. Cette pustule est remplie d'un liquide séreux qui a soulevé la couche épithéliale.

Le volume en est très-varié depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à la grosseur d'un grain de chènevis ; les plus petites sont celles que l'on trouve au bord de la cornée. Là elles sont très-nombreuses, et aplaties au point qu'on n'y remarque souvent qu'une légère inégalité, une élevure encadrant la cornée, et d'où partent de très-nombreux vaisseaux se rendant sur la conjonctive bulbaire.

Après leur apparition les phlyctènes ne restent à l'état stationnaire que pendant deux ou trois jours, puis elles subissent la transformation suivante : ou bien la phlyctène qui contenait le liquide transparent se résorbe, la petite vésicule s'affaisse, se dessèche et s'élimine ensuite avec le reste de la couche épithéliale; ou bien, et c'est le cas le plus fréquent, celte vésicule s'ombilique; le sommet se perfore pour donner issue au liquide contenu dans cette poche. La phlyctène devient alors ulcérée.

Celle-ci présente une légère dépression au centre de la rougeur, dont la surface est dépolie et les bords frangés et irréguliers. Une fois ulcérée, elle prend l'aspect d'une tache blanc grisâtre qui est d'autant plus facile à remarquer qu'elle se trouve entourée d'un anneau rouge.

Parmi les phlyctènes situées au bord de la cornée, il y en a quelques-unes qui ont de la tendance à ronger les couches sous-jacenles de cette membrane. Cela s'observe en particulier chez les enfants scrofuleux ; on doit alors craindre une perforation de la cornée. Heureusement ces cas ne s6hfqu'exceplionnels, et le plus ordinairement la maladie ne dépasse pas les couches superficielles de cette membrano

3. Sécrétion. — Quand un plus grand nombre de phlyctènes se sont développées sur la conjonctive bulbaire, l'injection devient tellement prononcée sur toute l'étendue de cette membrane, que son tissu tout entier s'enflamme, et il se manifeste une sécrétion analogue à celle que l'on constate dans une conjonctivite calarrhale. Les bords des paupières elles cils sont agglutinés le matin.

Symptômes physiologiques. — t. Douleur. — Une seule phlyctène située à une certaine distance de la cornée n'entraîne le plus souvent aucune douleur ; tout au plus si le malade éprouve une sensation de gravier entre les paupières et par moments des picotements.

Il n'en n'est pas de même quand il existe des phlyctènes profondes périkératiques ; dans ces cas, les douleurs peuvent être très-violentes et augmenter par crises tous les soirs dans la région circumorbitaire.

2. Pliotophobie. — Les conjonctivites phlycténulaires se reconnaissent surtout à une photophobie excessive; les enfants, qui sont le plus souvent atteints de cette affection, sont incapables de supporter la lumière du jour. Cette photophobie s'observe bien entendu dans les conjonctivites périkératiques et dans les kéralo-coiijonctivites. Quant aux phlyctènes conjonctivales isolées, elles n'entraînent ordinairement aucun symptôme analogue.

Cette sensibilité excessive pour la lumière, de même que les douleurs, s'exaspère surtout le matin, ce qui est considéré par Stœber (1) comme caractéristique des ophthalmies scrofuleuses en général. Tour lui, toute ophthalmie est scrofuleuse quand elle est caractérisée par une exacerbation le matin et une rémission le soir, et lorsqu'il y a en outre de la photophobie et une disposition particulière à des récidives.

Selon nous, il est difficile de se prononcer sur la nature scrofuleuse de cette maladie. Nous devons ajouter que la sensibilité excessive n'est pas toujours la même chez tous les individus, et un bon nombre des malades n'éprouvent aucune souffrance et n'ont point de photophobie.

3. Larmoiement. — Conjointement avec la photophobie, il existe un larmoiement qui provient d'une irritation des nerfs ciliaires, par conséquent de ceux qui se rendent à la glande lacrymale.

Zi. Blépharospasme. — Les enfants atteints depuis un certain temps d'une conjonctivite phlycténulaire périkérati(jue sont tellement sensibles à la lumière du jour, qu'on les voit habituellement couchés sur leur figure, et gardant cette position pendant des semaines entières. Si cet état se prolonge, les pau|)ières deviennent tellement contractées que le médecin éprouve la plus grande difficulté à

(1) Stœber, Annales d'oculistique, t. XXV, p. 168 et t. XXVII, p. 181.

CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE OU PUSTULEUSE. 171

les entr'oiivrir. Les paupières se contractent d'une manière spasmodique, et il y a un blépharospasme.

Complications. — Les conjonctivites pustuleuses sont très-souvent accompagnées des mêmes altérations du côté de la cornée : on y remarque, en effet, des phiyct(>nes centrales ulcérées ou non, ce qui change naturellement le pronostic et le traitement.

i Une autre complication peut se manifester du côté des paupières, de la peau environnante et des narines. Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer concurremment avec la conjonctivite une éruption herpétique sur la joue, les lèvres et les narines, ce qui rend la marche delà maladie plus lente et le traitement plus difficile. Cette coïncidence, qui est du reste très-fréquente, a engagé Stellwag von Carion à donner à la maladie le nom iVherpès conjonctival ou à' herpès de la cornée.

Ëtioiogie. — Nous ne connaissons rien de positif sur l'état étiologique de cette maladie. Stœber et Sichel ont voulu voir là un des phénomènes de la scrofule ; mais quand on considère que ces phlyclènes peuvent apparaître chez les enfants le mieux constitués, on a le droit de n'accepter celte cause que dans des cas particuliers.

L'affection dartreuse, herpétique, coïncide très-souvent avec la conjonctivite ou la kérato-conjonctivite phlycténulaire, comme l'a très-bien remarqué le docteur E. Barthez.

Quant à l'âge, il n'est pas douteux que ce ne soit une maladie de l'enfance. On la rencontre à partir de deux ans jusqu'à douze ou quinze. Passé cette époque, elle devient infiniment plus rare.

L'air humide et vicié, le froid et l'humidité prédisposent à celte maladie.

itiarciie, durée, terminaison. — La Conjonctivite phlvcténulaire n'a pas de durée bien déterminée. Une simple phlyctône dure de huit à quinze jours ; mais si plusieurs phlyctènes se succèdent, la durée devient d'autant plus longue que le nombre des pustules est plus grand.

Dans les cas de complications du côté de la cornée ou des paupières, la marche de l'affection devient plus incertaine et la durée plus longue,

La guérison est la règle générale ; mais elle laisse ordinairement dans les yeux une prédisposition à des récidives, qui revient à chaque nouvelle saison, surtout au printemps ou à l'automne.

iftiagnostic «lifférentiei. — Le pingvécula enflammé peut simuler d'une manière frap|)ante une phlyctène; mais le diagnostic devient facile, si l'on prend en considération le siège du pinguécula, qui est toujours près du bord interne et externe de la cornée.

Le pinguécula non enflammé, situé au milieu d'une conjonctive congestionnée ressemble aussi à une phlyctène. Mais alors, l'absence de toute rougeur et la présence du même pinguécula dans la région analogue de l'autre œil ne laissera point de doute pour le diagnostic.

Une sclérite ou périsclérite peut être aussi confondue avec une phlyctène; mais la rougeur d'une sclérite est plus profonde ; elle ne se laisse point effacer par la pression. Au centre de la rougeur on ne trouve pas de vésicule, et la maladie dure pendant des mois entiers sans occasionner de douleurs.

MALADIliS DE LA CONJONCTIVE.

Des phlyctènes accompagnent souvent la conjonctivite catarrhaie ; dans ces cas, la rougeur des conjonctives palpébrales est prédominante, tandis que la rougeur autour des plilyclènes est relativement minime. Le contraire a lieu dans un<' conjonctivite pustuleuse idiopalhique.

Traitement. — Pour combattre d'une manière elïicace la conjonctivite pustuleuse, il est nécessaire de préciser la forme et la période de l'aiïection, examiner l'état de la cornée et constater le degré d'inflammation de la conjonctive. Ce n'est qu'en se conformant aux diverses indications que fournira cet examen, qu'il sera possible d'instituer un traitement rationnel.

Voici les indications qui doivent être remplies :

1° Dans les premiers jours de leur évolution, lorsqu'on a affaire à une phlyctène isolée ou à des phlyctènes multiples, non ulcérées, et si de plus la conjonctive n'est pas très-enflammée, on aura recours à la poudre de calomel que l'on introduira deux ou trois fois par jour dans l'œil.

Le calomel est prescrit de la manière suivante :

If Calomel porphyrisé (à la vapeur) 4 gram.

On trempe dans cette poudre un pinceau d'aquarelle sec; on le secoue devant l'œil, les paupières étant préalablement écartées. Le malade ressent à peine, pendant une ou deux minutes, une légère cuisson ou comme une sensation de sable entre les paupières; mais après avoir parcouru la surface de l'œil, le calomel s'enroule sous forme de petits fdaments, et se loge dans le cul-de-sac conjonctival inférieur, où l'on peut le retrouver au bout de quelques heures.

Cette lîoudre agit probablement mécaniquement, à la façon de l'émeri, en usant la partie proéminente de la phlyctène; d'autre part, elle doit produire une action résolutive comme toutes les préparations mercurielles.

Sous l'influence de cette insufflation, répétée deux ou trois fois par jour, le liquide contenu dans les phlyctènes se résorbe, et la rougeur conjonctivale disparaît.

L'insufflation de la poudre de calomel jouit aussi de la propriété de prévenir les récidives, comme l'a prouvé Donders. L'expérience journalière m'a démontré que ce dernier but ne peut être atteint que lorsque l'on a continué l'usage du calomel pendant un mois à six semaines. A chaque nouvelle apparition des phlyctènes, on doit immédiatement renouveler l'insufflation de cette même poudre.

2. Lorsque la phlyctène conjonctivale existe depuis plusieurs jours, qu'elle est déjà ulcérée, et que la conjonctive est enflammée sur une grande étendue, il ne serait pas prudent de faire usage de la poudre de calomel, qui produirait une irritation plus grande.

L'application de cataplasmes et de compresses imbibées dans l'eau tiède de guimauve ou de laitue sera alors indiquée. Quelques légers purgatifs aideront efficacement la guérison.

Ce n'est que vers la fin du traitement, et lorsque les phlyctènes seront en voie de cicatrisation que l'on pourra employer des collyres astringents, dont on instillera une ou deux gouttes par jour.

If Eau distillée Borax

10 gram.

0,25 cent.

2£ Eau distillée . . .

Nitrate d'argent

10 gram.

0,01 cent.

eONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE OU PUSTULEUSE. 173

3. Les phlyctènes périkératiques, prises au début ou même à leur période ulcéralive, peuvent être sensiblement améliorées par l'instillation du collyre d'atropine, qui rétrécit les parois des vaisseaux et diminue l'inflammation. On le prescrit à la dose suivante :

2CEau distillée 10 gram. | Sulfate neutre d'atropine. .

Instiller une goutte dans l'œil trois fois par jour.

0,01 cent.

La diminution de la rougeur et de la sensibilité de l'œil obtenue, on a recours au calomel en insufflation.

Pour le traitement de celte affection, Pagenstecher a introduit dans la pratique l'usage de la pommade au précipité jaune, et l'expérience journalière m'a permis de constater l'efficacité de cette pommade, surtout dans l'état chronique, et lorsque la maladie est compliquée des affections cornéennes. Voici la formule dont je me sers avec avantage :

"if Précipité jaune (bioxyde de mercure

hydraté) 0,25 cent.

Axonge fraîche 6 gram.

(Galezowski.)

"if Coldcream 30 gram.

Oxyde jaune amorphe de mercure. 1 à 4 gr.

(Pagenstecher.)

On introduit un peu de cette pommade entre les paupières, et on la laisse se répandre sur toute la surface de l'œil.

J'emploie très-souvent, alternativement, la poudre de calomel et la pommade au précipité jaune dans les yeux malades ; un jour l'une, un jour l'acitre.

l\. Les phlyctènes récentes, mais très-volumineuses, peuvent être scarifiées, soit en enfonçant un bistouri très-fin près de la base, et prolongeant l'incision vers le sommet, comme le conseille Panas, soit en faisant une incision de la pustule contre la sclérotique.

5. Les complications du côté de la cornée sont ordinairement plus graves que la conjonctivite pustuleuse, et il faut alors agir selon les indications données plus bas (voy. Cornée).

6. Les complications du côté de la joue et des narines doivent être prises en sérieuse considération, d'autant plus que, comme Desmarres père l'a démontré, l'une des deux affections se lie h l'autre.

J'ai pour habitude de badigeonner les parties enflammées de la peau ainsi que la muqueuse des narines avec la teinture d'iode, et ce n'est qu'au bout de huit jours que je prescris la pommade au précipité rouge en onction.

y Précipité rouge 0,25 cent, j Axonge 4 gram.

7. Dans cette maladie, le traitement interne joue un grand rôle, et ici l'usage de l'huile de foie de morue à des doses progressivement augmentées de une à trois cuillerées par jour est surtout recommandée. Bazin la prescrit conjointement avec le sirop d'iodure de fer, surtout chez les enfants faibles et anémiques.

Si les malades ne peuvent pas supporter ces médicaments, on leur fera prendre le sirop de brou de noix qui produit un excellent effet chez les enfants scrofuleux. Le sirop aniiscorbutique et tous les autres sirops amers sont également recommandés.

La leinliirc d'iode à la dose de deux goulles dans une demi-tasse d'eau de riz sucrée, est aussi souvent eniployée avec succî-s chez les enfants slrumeux.

Mais je dois faire ici une remarque importante : c'est qu'aussitôt que les malades sont soumis au traitement iodique interne, sous quelque forme que ce soit, il faut suspendre l'insufllalion de la poudre de calomel dans les yeux. Autrement l'iod'i éliminé par les conjonctives décompose le calomel, et le transforme cji biiodure de mercure, coi ps excessivement corrosif, qui occasionnerait une très-vive indammation des yeux. C'est un fait qui a été pour la première fois démontré par Hennequin (1), et dont nous avons eu l'occasion de vérifier l'exactitude sur quelques malades.

8. Les enfants qui sont atteints de cette affection doivent ôtre tenus le plus possible au grand air, à la campagne si cela se peut. S'ils ont les yeux très-sensibles à la lumière, on leur fait porter des chapeaux à grands bords, des voiles foncés ou des lunettes. Lorsqu'un seul œil est pris, on fait porter un morceau de taffetas noir flottant devant cet œil.

Pour prévenir les récidives, il est très -utile d'envoyer ces enfants aux bains de mer, mais comme l'a très-justement remarqué le docteur Barthez, ce séjour ne peut avoir d'avantage que lorsque les yeux sont tout à fait guéris de leur conjonctivite, et qu'il n'existe pas d'éruption aiguë ni d'eczéma sur la figure, autrement l'air vif de la mer serait plutôt nuisible qu'utile.

Bibliographie. — Wenzel, Dictio7inaire ophthalmologique, t. I, p. 480. — Sicliel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 53. — Stellwag von Carion, I>2e Ophtlialmologie^ Bd. II, Ablli. 2, p. 846. — Giraud -Teuton, Note sur remploi de calomel à la vapeur dans les affections superficielles de la cornée {Annales d'oculist., t. LIV, p. 257, 1865. — Pagenstecher, De l'oxyde jaune amorpJie de mercure et de son application à la conjonctivite et la kératite phlyciénulaires {The Ophthalmic Review. London, 1865, n° 6). — Hennequin, Gazette, hebd., 1867, p. 99.

ARTICULE V

CONJONCTIVITES OU OPHTHALMIES EXANTHÉMATIQUES.

Les fièvres éruptives se compliquent quelquefois d'affections oculaires, dont les plus fréquentes sont celles qui envahissent la conjonctive ou la cornée. De là la dénomination de conjonctivites ou ophthalmies exanthématiques, adoptée par AVardro]).

A. Ophthalmies morbtlleuses. — Selon Trousseau (2), la muqueuse oculaire présente, dès les premiers jours de la rougeole, un certain degré d'injection et d'irritation qui ne tarde pas à amener un larmoiement continuel, ainsi que la pliotobie.

Cette conjonctivite ne diffère que très-peu de la conjonctivite ratarrhale; elle se produit par la propagation du catarrhe de la membrane de Schneider à la muqueuse oculaire; la sécrétion rauco-purulente est ordinairement peu abondante.

Il arrive quelquefois que les sujets scrofuleux sont atteints, soit pendant la rougeole, soit dans la période de convalescence de kérato-conjonctivites phlycténu-

(1) Hennequin, Gazette hebdom., 1867,,p. 99.

(2) Trousseau, Clinique médicale de l'IIôtel-Dieu, 3" édit. Paris, 18C6, t. I, p. 155.

CONJONCTIVITES 6ù OPHTHALMIES EXANTHÊMATlQUES. 175

.aires, d'abcès cl d'infilti aiions de la cornée qui se montrent quelquefois rebelles ï tout traitement, et qui peuvent occasionner des accidents sérieux.

Barlhez et Rilliet (1) ont constaté souvent des ophthalmies rubéoliques, et dans in cas elle était purulente; une fois elle a débuté le premier jour d'éruption et a :luré jusqu'au neuvième. Dans les autres cas, elle a débuté, disent-ils, du sixième m dixième jour et a toujours facilement guéri.

L'ophthalmie morbilleuse peut devenir plus grave dans les épidémies de rougeole ît prendre même le caractère d'opththalmie purulente, comme l'avait remarqué Beyfelder, et comme cela est arrivé aussi dans l'épidémie de 1847, chez un des naïades dont parlent Barthez et Rilliet. Midlemore (2) pense avec raison que ces iccidents arrivent plus souvent chez les enfants scrofuleux, chez lesquels il reste louvent une prédisposition à des affections oculaires pendant très-longtemps. Hackenzie a vu la rougeole entraîner la perte de l'œil.

Traitement. — Dans la conjonctivite morbilleuse simple, on se contente de jassiner les yeux avec de l'eau de laitue ou de sureau tiède. Mais si l'affection ievient purulente et qu'elle gagne la cornée, s'il existe des abcès ou des infiltra- ';ionsdans la cornée, le danger devient très-grand, et il est nécessaire d'employer e collyre d'atropine en instillation, de pratiquer des frictions aved l'onguent napoitain au pourtour de l'orbite, et de mettre en usage tous les autres moyens )ropres à guérir ces affections.

B. Ophthalmie scarlatineuse. — Les yeux sont moins fréquemment atteints ans la scarlatine que dans la maladie précédente; mais lorsque cet accident rrive, il présente souvent une extrême gravité. Tantôt c'est la cornée qui se étruit; dans d'autres cas, il y a des caries des os qui avoisinent le sac ou es névroses qui amènent, d'après Trousseau, des fistules lacrymales. Bowman •apporte l'exemple de cinq garçons de la même famille qui fuient atteints de la carlatinc, et dont deux |)erdircnt la vue par mortification de la cornée pendant a semaine qui suivit l'invasion du mal. Selon Henri Roger (3), les malades itteints de néphrite albumineuse dans le cours de la scarlatine peuvent avoir des :écilés passagères, dues à une rétinite albuminurique.

Traitement. — Aussitôt que la cornée est menacée, on agit d'après les préceptes que l'on trouvera développés plus loin (voy. Cornée). On surveillera conlamment les voies lacrymales en y faisant, avec de Teau tiède, des injections par es points lacrymaux.

C. Ophthalmie varioloïque. — L'éruption varioloïque n'épargne pas les paupières, et très-souvent les conjonctives oculaires, ainsi que les cornées, sont )rises. Sur les bords des paupières les pustules apparaissent, et pendant ce temps a boursouflure de ce voile est telle qu'il n'v a souvent pas possibilité de voir 'œil.

Lorsque le gonflement de la face et des paupières diminue, on trouve alors, soit une simple conjonctivite, soit des pustules développées sur la marge palpébrale,

(1) Barthez et Rilliet, Traité clinique et pratique des maladies des enfants, T édit. î^aris, 1861 , t. III, p. 273.

(2) Midlemore, A Treatise of the Diseases of tlie Eye, vol. I, p. 322. London, 1835.

(3) Roger, Séméiotiquc des maladies de l'e?ifai2ce, 2" édition. Paris, 1870.

sur la conjonctive bulbaire el le bord cornécn. J'ai eu, dans les hôpitaux de Pari occasion d'examiner un nombre considérable de malades varioloïques, et le i)!us souvent les pustules étaient situées au bord des paupières et au bord de la cornée.

La conjonctive prend part aussi très-fréquemment à celle aiïoclion, si l'on ne réussit pas à faire avorter les pustules, il y a alors des conjonctivites très-inienscs.

Riais il arrive très-souvent que les yeux s'enflamment à une époque avancée de la maladie, lorsque l'éruption est en pleine desquamation. Tantôt ce sont des abcès de la cornée, que Bartliez et Rilliet ont vus apparaître du dix-septième au vingtcinquième jour, tantôt au contraire ce sont des iritis doubles, comme j'ai eu l'occasion de l'observer.

Traitement. — Le danger de ces pustules est très-grand si leur évolution n'est pas arrêtée. L'opinion de N. Gueneau de Mussy, à propos de cette alîcclion, nous paraît la plus rationnelle, et son traitement le plus efiicace. Cet éminent praticien surveille attentivement l'état des yeux pendant toute la durée de la variole, et il cautérise avec le nitrate d'argent chaque pustule qui apparaît sur le bord palpébral, la conjonctive ou la cornée. Pour lui, le danger est grand lorsqu'on abandonne ces pustules à elles-mêmes; cautérisées dès le début, elles guérissent ordinairement sans accidents.

J'ai pu me convaincre, en examinant un grand nombre de malades de M. Gueneau de Mussy, combien ce traitement était efificace; il arrête promplement l'évo lution des phlyctènes.

D. Ophthalmie érysipélatecse. — L'érysipèle de la face peut se communiquer à la conjonctive palpébrale et occasionner une conjonctivite légère, simulau une phlegmasie catarrhale. Elle est bénigne et guérit facilement.

Dans d'autres cas, l'affection gagne le globe de l'œil, et il se forme au bord de la cornée une ou plusieurs larges bulles qui ne tardent pas à envahir cette tunique. Il y a alors un chémosis séreux consécutif à la kératite ou à une kérato-iritis. L'œil devient larmoyant, douloureux à chaque mouvement des paupières, et souvent il se manifeste des névralgies périorbitaires.

Les paupières et les voies lacrymales peuvent être atteintes, et il n'est pas rare de voir survenir, comme conséquences de tous ces désordres, soit la destruction des bords des paupières, soit l'obstruction des canaux lacrymaux ou bien la perforation de la cornée avec toutes ses suites.

Traitement. — Dans les conjonctivites simples, des lotions avec de l'eau de laitue ou de camomille sont suffisantes pour amener la résolution.

Lorsque l'altération se porte sur le globe oculaire, on a beaucoup de peine à l'arrêter; quelques scarifications sur le chémosis et la phlyctèue peuvent être utilement faites au début; mais si le mal envahit la cornée, on ne doit pas hésiter à pratiquer la cautérisation avec une solution de nitrate d'argent (10 ccnligr. pour 10 gr.), cautérisation que l'on exécutera au moyen d'un petit pinceau trempé dans cette solution.

BniMOCRAnilE. — George Gregory, Médical Gazette, vol. V, p. 222. London, 1830. — Sanson, Dictionnaire de méd. el de chirurgie pral., art. Ophthalmie. Paris, t. X.11,1

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OPHTHALMIE DES NOUVEAU-NÉS. l'^'?

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ARTICLE VI

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