OPHTHALMIE DES NOUVEAU-NÉS
mblant beaucoup à des fausses membraues diphlbéritiques. Le plus souvent, ces oûles se forment après la cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent, proiblemenl par l'effet de la coagulation du sang qui s'écoule de la surface conjonc- ^ale irritée.
J'ai vu ces pseudo-membranes se produire chez des enfants après chaque caurisation avec le crayon de nitrate d'argent, tandis que la cautérisation avec une rte solution n'occasionnait rien de semblable.
Dans des cas rares, je dirai même exceptionnels, les paupières deviennent genres et tendues; les conjonctives sont lisses, mais cyanosécs; la sécrétion est peu )ondante. C'est la forme diphthéritique grave, qui amène la destruction totale des mpières et des yeux. J'en ai observé un cas de ce genre en 1869.
A mesure que l'intensité de l'inflammation augmente, la sécrétion change de araclère; peu abondante et jaunâtre, dans les premiers trois jours, elle devient 3 plus en plus épaisse, verdrure, purulente. La quantité de cette sécrétion est '.llement abondante qu'on est forcé de faire constamment des injections entre les aupièrespour tenir ies yeuTt propres. Dix minutes après l'injection, la quantité \î pus est aussi grande qu'avant.
Abandonnée à elle-même ou «nal soignée, cette afl'ection prend un caractère de ravité tel, que souvent il devient impossible de prévenir la perte des yeux. Sous influence de la suppuration abondante, et par suite d'une gène de la circulation ans les parties voisines de la cornée, cette dernière membrane s'altère, se sphaîle et se détruit.
C'est pourquoi il importe beaucoup d'examiner soigneusement les cornées chez is enfants atteints de l'ophllialmie purulente.
La cornée reste trmsparente pendant les sept premiers jours, puis elle devient mche, opaline, surtout vers le centre. Bientôt cette opacité augmente et gagne les ouches profondes: c'est le ramollissement ou le sphacèle partiel de la cornée, qui le tarde pas à s'éliminer par morceaux, jusqu'au moment où se produisent la per- .uration et la hernie de l'iris.
Desmarres père (1) a observé dans certains cas un épanchement annulaire à la irconférence de cette membrane ; cet épanchement est pour lui le signe de la estruction totale de la cornée, qui ne tarde pas à se troubler dans toute son tendue et se gangréner.
L'opacité de la cornée prise à son début, ne présente pas de gravité, je l'ai vue isparaître habituellement d'une manière complète sous Tinfluence de mon traitenent. Mais si la maladie a pris un développement plus grand, si les couches opajues commencent à s'éliminer, il y a alors le danger de la perforation de cette mem- H'ane, soit partielle, soit totale.
Les altérations de la cornée sont accompagnées de douleurs ; l'enfant crie beaucoup et passe de très-mauvaises nuits; quelquefois il y a de la fièvre, et des trem- )lemcnts convulsifs, comme Boyer et Desmarres l'ont signalé.
Le docteur Peter et moi, nous avons vu les convulsions se produire après chaque nouvelle cautérisation des paupières. Peter explique ce symptôme par le spasme le la glotte et la dyspnée qui est provoquée par les cris de l'enfant.
(1) Desmarres, T)-aité dos maladies des yeux, t, H, p. 94.
iTifirciic et durée. ■ — ^ L'oplillialiilic (les iiouveau-iiés a une niarclie très-incor laine au dcbiil ; l'inflanimalion est souvent, pondant les quatre ou cinti premiers t jours, lelleuient faible, que les sages-femmes considèrent la maladie comme un • coup d'air et ne font rien pour l'arrêter. Mais, au bout de ce temps, la maladie : prend un développement rapide; dans d'autres c.is, elle prend dès les premiers ♦ jours une extension considérable.
On remarque fréquemment, dans le courant de la maladie, des périodes d'aiiié*,. lioration et d'aggravation successives. Le chirurgien ne doit jamais s'en effrayer
La durée de l'ophllialmie des nouveau-nés est variable, parce que cette affeciioiji affecte des formes plus ou moins graves, plus bénignes ou moins bénignes. Ilègle' générale, j'ai pu me convaincre que la guérison ne peut être obtenue avant quatre à six semaines. J
Pronostic. — L'ophlhalmie des nouveau-nés a été jusqu'à présent considérée par tous les auteurs comme excessivement grave, à cause des complications qui surviennent du côté de la cornée. Mes propres recherches m'ont permis d'arriv à des résultats diamétralement opposés. Avec le traitement que j'ai mis en usag cette maladie perd toute sa malignité et elle guérit toujours, si l'on s'y prend i temps. Je suis heureux de me trouver sous ce rapport d'accord avec Dej)aul Tarnier (1), qui ont exprimé à leur tour l'opinion qu'il est très-rare qu'un en faut perde les yeux lorsqu'il est soigné d'une manière convenable.
Le pronostic des complications cornéennes dépend du degré d'altération de ceijjj membrane; mais, tant que l'élimination des parties opaques n'a pas commencé l'on peut espérer une complète guérison.
Étioiogie. — La cause de l'ophllialmie des nouveau- néi?. se rattache incont tablemcntà la conlagion par inoculation. L'enfant contracte l'ophthahnie purulen au moment de son passage par le vagin qui est atteint d'un écouieirient blennor rhagique ou leucorrhéique. Ricord partage complètement cette manière de voirjji Spérino cite à l'appui plusieurs observations détaillées ; Berne et Rollet (de Lyon^ sont du même avis. Mes propres recherches me permettent d'affirmer que, daiwn la grande majorité des cas, les ophthalmies des nouveau-nés sont occasionnées, soi^' par la leucorrhée ou la blennorrhagie de la mère, soit par les lochies, qui deviennent purulentes et contagieuses pendant l'épidémie de fièvre puerpérale.
On sait, en effet, combien le nombre des ophthalmies des nouveau-nés au, mente avec chaque épidémie. Trousseau l'a démontré en 1852, et Lorain a véri: ce fait, il y a quelques années, à l'hôpital Saint-Antoine.
Nous trouvons aussi la confirmation de la transmission de la maladie par l'ini culation dans la note qu'a publiée Mackenzie (2). « Il résulte, dit-il, des recherches faites à la Maternité de Stockholm, que lesenfanis des femmes n'ayant pas d'écoJwl4( lements vaginaux étaient atteints d'ophthalmie dans la proportion de 1 sur 18,-1 tandis que la proportion de ceux des mères malades était de 1 sur 7 ». jii
On voit, par celte statistique, que l'oplithalmie survient beaucoup plus fr^'*'' quemment quand l'écoulement vaginal spécifique existe que lorsqu'il n'y en a pas
(1) Depaul et Tarnier, Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, t. VII, 2= série, i867- ,
(2) Mackenzie, Traité pratique des maladies des yeux, Irad. par Warlomonl et Tesleli". J Paris, 1856, t. 1, p. 708. > Aii^
OPHÏHA LAITE DES NOUYEAU-NÉS.
î traces. Quant aux autres cas, ils peuvent être attribués aux locliies qui, en iirant entre les paupières, causent leur irritation.
La maladie ()ui nous occupe i cconnaît encore une cause prédisposante, conslitionncile de l'enfant, celle-ci joue un rôle important, sinon dans son incubation, I moins dans son évolution ultérieure. Cette cause, c'est la syphilis, qui peut se aduire en même temps, d'après Denonvilliers et Gosselin, par d'autres manifestions morbides.
, L'influence de la syphilis sur cette maladie ne nous paraît pas douteuse, et nous •ons soigné, avec le docteur Peter, un enfant syphilitique atteint de périostites I bras et d'une ophthalmie purulente des plus graves, laquelle ne guérit que sous niluence du traitement antisyphilitiqne et des cautérisations fortes et prolongées. Quant à la cause qu'on a voulu attribuer au nettoyage des yeux de l'enfant ec des substances irritantes, il nous semble superflu de nous y arrêter: c'est une use tout à fait imaginaire.
Traitement. — Voici la méthode de traitement que j'ai adoptée suivant les fférentes phases et les variétés de la maladie :
,1. Après avoir pratiqué une injection h l'aide d'une seringue pour laver les îux et examiné l'état des cornées et des conjonctives, je commence par cauléser les conjonctives palpébrales au moyen d'une solution suivante-:
: Eau distillée 10 gr.
Nitrate d'argent. . 1 — I S. nM .
Eau distillée 10 gr.
Nitrate d'argent. . 50 c.
Eau distillée 10 gr.
Nitrate d'argent. . 10 c.
On promène un pinceau trempé dans la solution n°M, 2 ou 3 (selon l'intensité de maladie) sur la surface des conjonctives renversées, et puis au moyen d'un autre nceau imbibé d'eau salée l'on neutralise l'excès de nitrate d'argent.
2. Je renouvelle cette cautérisation une seconde fois dans la journée pendant le "emier temps de la maladie.
3. Les cautérisations faites deux fois par jour sont indispensables ; elles assurent guérison et préviennent les complications.
il. La cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent n'est utile que lorsque les )njonctives sont fortement boursouflées et qu'elles forment des plis larges et lais.
A cet ellet, nous nous servons des crayons mitigés de Desmarres, qui sont Dniposés d'un tiers de nitrate d'argent fondu avec deux tiers de nitrate de potasse, es crayons sont lisses, unis, cautérisent plus superficiellement et permettent d'ap- □yer davantage sur les parties les plus boursouflées.
5. Les injections d'eau tiède entre les paupières sont indispensables; on les fait )it avec une seringue, soit avec un simple irrigateur muni d'un tube fin en caouthouc. La personne chargée de cette opération écarte les paupières de la main auche, et de la main droite dirige le tube entre les paupières. Le jet qu'on btient avec l'irrigateur suffit parfaitement pour balayer le pus sécrété par les con- Hictives. Le lavage doit être fait toutes les heures ou toute les deux heures. Le lire toutes les demi-heures, et même plus souvent, conune le conseille Serres
(d'Alais) me semble superflu, et comme le dit très-bien Depaul, c'est une torture inutile.
6. Pour empêcher les yeux de se coller je me sers habituellement de la pommade de concombre très-fraîche ou de cold-cream.
7. Après chaque cautérisation, il est bon de faire appliquer sur les paupières de l'enfant des compresses imbibées d'eau froide, compresses que l'on maintiendra pendant dix minutes. i
8. Il arrive quelquefois que la cautérisation est suivie d'une hémorrhagie conjonctivale plus ou moins abondante. Les parents doivent être prévenus de cet accident, qui ne peut qu'agir favorablement sur l'état des paupières.
9. Les cautérisations provoquent par moments des douleurs tellement violentes, que les cris de l'enfant sont suivis de convulsions. Cet accident, habituellement consécutif au spasme de la glotte, n'offre aucun danger et disparaît aussitôt que ' l'enfant recommence à crier.
10. Dans les cas où il existe des affections de la cornée, le traitement ne doit pas ;] être modifié ; on ajoute seulement l'instillation de deux ou trois gouttes d'atropine par jour (voy. la formule, p. 173).
11. Ce traitement devra être continué pendant quatre k six semaines, selon la i gravité de la maladie. De temps à autre on aura soin pourtant de cesser les cautérisations un jour entier, et l'on observera si pendant cet intervalle la suppuration i„ ne s'arrête pas. Dans le cas favorable, les cautérisations ne seront contiiméeiib| qu'une fois tous les jours ou même tous les deux jours.
12. Quant à l'usage des poudres de calomel, à la dose de 1 demi-centigramme, trois ou quatre fois par jour, comme le recommande Wecker, de même que pommade mercurielle, je m'y oppose formellement. Ces moyens n'ont aucu efficacité contre la maladie, et peuvent au contraiie agir d'une manière trèi fâcheuse sur la santé des enfants faibles et chélifs.
13. Au lieu des cautérisations, quelques praticiens préfèrent l'instillation desj collyres trois ou quatre fois par jour. Ainsi Depaul emploie de deux à trois foii par jour l'instillation du collyre contenant 5 à 10 centigrammes de nitrate d'ar^ gent pour 30 grammes d'eau. itfoi
Ces moyens peuvent être utiles dans un grand nombre de cas; mais, poiq^jj les formes graves, ils restent sans efficacité, et il faut alors avoir recours à la m thode que je viens d'indiquer plus haut.
iU. Les scarifications des conjonctives peuvent être très-utiles, comme Desmarres et Guyon l'ont démontré ; mais le plus ordinairement on peut s'en passer. )
15. Certaines formes d'ophthalmie des nouveau-nés laissent après elles méi boursouflure chronique de la conjonctive ou même de véritables granulations, Dans ce cas, des cautérisations avec le sulfate de cuivre agissent très- efficacement, .jiiç Le sulfate de cuivre seul, employé au début, reste le plus souvent sans aucun effet ; quelquefois pourtant son application alternant avec le nitrate d'argent, est très-salutaire.
Bibliographie. — Dequevauvillers, De Vophthalmie des nouveau-nés observée sous les fonnti épidémiques {Arch. génér. de mdd., 1863, 4<= série, t. I, p. 397, t. II, p. 9. — Toincarfé^ De l'ophthalmie purulente des noiwenu-nés, thèse de Paris, 1852. — Trousseau, De» ophthalmies à l'Hôpital des Enfants malades (Ann, d'oculist., 1856, t. XXXY, p. 288, ete
OPnTHALMIE PURULENTE DES ENFANTS SCROFULEUX. 183
',azette médic. de Paris, 24 janvier 1852). - Berg, Recherches des médecins suédois sur ■ophthalmiedcs nouveau-nés {Ann. d'ocuL, 1856, t. XXXV p 290 et^^^mte Fojc/a.mn^a^^^ Barns juk domarne tid. allucanna Barnhuset i Stokholm. Stockholm, 1853. - lyler mith, The Lancet, August 20, 1853, p. 158. — Chassaignac, A7m. d ocuhst, t. XVlll, XXXIV et t XXXV p 34 — Natalis Guiilot, Traitement de la syphilis des nouveau-nés Gazette des hôpitaux, 1858, p. 377.) - Gosselin et 0. Lannelongue, Nouveau dictionnaire le méd. et de chirurgie, t. IX, p. 55. Paris, 1868. Art. Conjonctivite.
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