ÉRYSIPÈLE DES PAUPIÈRES
L’érysipèle de la face se communique ordinairement aux paupières ; quelquefois un seul œil est atteint; mais, le plus souvent, les paupières des deux yeux et surtout les paupières supérieures sont prises.
De même que dans les autres parties, on distingue sur la paupière deux sortes d’érysipèles : simple et phlycténoïde. Si la maladie n’est point intense, si elle dure longtemps sans amener un gonflement notable et sans occasionner de fièvre, on l’appelle érythème.
Symptomatologie . — L’ érysipèle débute par les paupières ; l’apparition de quelques symptômes gastriques annonce la maladie ; céphalalgie, bouche amère, nausées, lassitude et frissons ; les paupières sont pesantes, et le malade éprouve une sensation de brûlure et d’engourdissement. Les ganglions du cou ou préauriculaires sont engorgés.
Dès le deuxième ou Je troisième jour, le gonflement des paupières s’accentue et l’érysipèle est déclaré.
Aspect des paupières. — Les yeux sont fermés, et les paupières, surtout les paupières supérieures, sont sensiblement tuméfiées.
Couleur de la peau. — La peau palpébrale est rouge pâle, quelquefois écarlate intense et même livide. Cette coloration disparaît par la pression, pour se reproduire immédiatement. En même temps la peau paraît luisante, sèche au toucher.
Les sensations qu’éprouve le malade ne sont pas les mêmes que celles d’un phlegmon ou d’un abcès; c’est une chaleur ardente et des picotements accompagnés d’une vive démangeaison. L’épiderme est distendu et soulevé par places par suite de V infiltration du derme et de son tissu réticulaire par une exsudation séreuse. En s’accumulant dans ces régions, la sérosité forme des vésicules ou des bulles. Suivant que ces vésicules ressemblent à celles de la miliaire ou à des phlyctènes, on dit que l’érysipèle lui-même est miliaire ou phlycténoïde.
La première forme est la moins grave, et ne cause pas habituellement de désordres considérables. Il n’en est pas de même de l’érysipèle phlycténoïde. L’in-
PAUPIÈRES ET SOURCILS
flammation gagne le tissu cellulaire sous-cutané, qui se mortifie rapidement. En perçant les phlyctènes elles laissent échapper un liquide sanieux, qui se dessèche et forme des croûtes épaisses, se reproduisant avec la plus grande facilité.
Cette inflammation peut altérer les bords des paupières, détruire les bulbes des cils et amener leur chute. Si elle progresse vers la surface interne des paupières, elle y provoque la conjonctivite et même la kératite.
Complications. — Les complications que peut amener l’érysipèle sont les suivantes :
1. Phlegmon diffus avec ou sans abcès. Tantôt le mal envahit seulement le tissu cellulaire de la paupière et n’entraîne que des mortifications partielles et des raccourcissements consécutifs de cet organe; tantôt l’inflammation franchit la capsule de Ténon, gagne le tissu cellulaire de l’orbite, et amène une exophthalmie avec compression du nerf optique. La conséquence ultime est une atrophie du nerf optique et la perte de la vue.
2. Méningite. — Cette affection, qui a été signalée dans le courant de l’érysipèle delà peau et des paupières, ne peut pas être expliquée par la propagation au mal le long du nerf optique aux méninges; elle est au contraire consécutive à la congestion et à l’inflammation concomitante. J’ai examiné avec le professeur Richet un malade atteint d’érvsipèle des paupières et de la face, présentant des symptômes cérébraux sans qu’il ait été possible de découvrir la moindre altération des nerfs optiques.
3. Blépharite ciliaire et altérations des ouvertures des glandes de Meïbomius. Consécutivement, surviennent la chute des cils et un trichiasis partiel.
h. Conjonctivite. — Quoique très-rebelle, cette complication n’offre par ellemême aucun caractère de gravité.
5. Kératite suppurative. — Très-souvent la kératite amène une perforation et une hernie de l’iris, surtout chez les vieillards.
J’ai observé, avec E. Barthez, une kératite de ce genre, chez un homme âgé de soixante ans. Malgré les soins les plus assidus, le mal a été des plus rebelles et la cornée s’est perforée. L’érysipèle était monoculaire, phlvcténoïde, et les phlyctènes de la tête et de la paupière étaient remplies de sang.
6. lritis. — Il est excessivement rare de voir Tiritis se développer sous l’influence d’un érysipèle. J’en ai vu un exemple d’iritis monoculaire. E. Vidal (1) en a rapporté un cas d’iritis double de moyenne intensité.
7. Voies lacrymales. — L’inflammation gagne les voies lacrymales et amène leur obstruction temporaire ou définitive. La tumeur lacrymale peut même se développer au bout de quelque temps.
8. Phlébite dans les veines de îa face. Dubreuil, Blachez, Silvester l’ont quelquefois observée.
Étiologie. — L’étiologie de l’érysipèle est peu connue. Les causes directes de l'inflammation de la peau, telles que blessures, abcès des paupières, follicules enflammés, tumeur lacrymale, etc., peuvent donner lieu à des phénomènes ressemblant beaucoup à l’érysipèle, mais qui pourtant ne constituent qu’un faux érysipèle.
(1) E. Vidal, Mém. de la Soc. de biol. Paris, 1863, p. 51.