OPÉRATION DE LA CATAR1ACTE ET CHOIX DE LA MÉTHODE
Il est évident que, pour des variétés aussi nombreuses, ii est impossible d’iudi quer la méthode à laquelle il faut s’arrêter. D’une manière générale, on peut conseiller de choisir celle qui présentera le moins de danger et qui rétablira le plus facilement la vue.
1° Les cataractes capsulaires occupent le plus souvent un point très-limité de la pupille et ne gênent nullement la vision; c’est pourquoi aucune intervention chirurgicale n’est réclamée. Mais si l’opacité est très-large, et si l’enfant ne peut voir que lorsque la pupille est dilatée, il est alors nécessaire de recourir à l’iridectomie ou à Yiridesis, méthode employée avec tant de succès par Critchett dans les cataractes zonulaires. L’enfant doit être préalablement endormi, et, après l’opération, l’application d’un bandage compressif sur les deux yeux sera absolument indiquée,
2° Dans les cataractes stratifiées ou zonulaires, aucune opération n’est nécessaire pendant toute la période de l’enfance. Chez eux les pupilles sont suffisamment larges pour qu’ils puissent voir par lès parties périphériques du cristallin. Mais, avec l’âge, la pupille se resserré et la vision se trouble : l’opération d’iridectomiè ou d’iridésis réussissent dans Ces cas à rétablir la vue.
B° Les cataractes molles, laiteuses, constituent une des formes les plus fréquentes des cataractes congénitales des enfants. Leur opération se fait habituellement par une simple discision, méthode presque exclusivement 'suivie par les chirurgiens de Dublin et entre autres par le docteur Jacob, Dans d’autres cas, on doit appliquer la méthode combinée de discision préalable et d’extraction linéaire, avec ou sans iridectomie, ainsi que je l’ai toujours fait jusqu’à présent.
4° Lorsque la cataracte congénitale est volumineuse et que l’opérateur n’est appelé à pratiquer l’opération qu’à l’âge de dix, quinze bu vingt ans, on n’hésitera pas à faire l’extraction linéaire modifiée d’après le procédé de de Graefe ou de Critchett.
Quant à l’extraction à lambeaux ou l’abaissement, ces deux méthodes devront être abandonnées: l’abaissement expose l’œil à des souffrances et à des iridochoroïdites consécutives; l’extraction à lambeaux est, chez les enfants, tout aussi dangereuse que là méthode précédente. Les petits opérés « s’ennuient, comme le dit M. Giraldès, d’avoir les yeux couverts, supportent difficilement le bandeau, essayent de l’enlever, s’agitent, et cette agitation, ces frottements, compromettent le succès de l’opération ».
ARTICLE XI
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’OPÉRATION DE LA CATARACTE ET SDK LE CHOIX DE LA MÉTHODE.
Nous avons étudié en détail les différentes méthodes opératoires ; il nous reste à définir quelle est l’époque où l’opération doit être pratiquée, quelle est la méthode à laquelle on doit accorder la préférence dans un cas donné, et s’il faut opérer un œil ou les deux yeux à la fois.
1. La maturité de la cataracte n’est pas une CONDITION indispensarle pour l’opération. — Les cataractes incomplètes peuvent être tout aussi facilement opérées que les cataractes mûres; mais, dans ce cas, les fibres cristalli-
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niennes transparentes étant plus agglutinées entre elles et avec la capsule, une grande partie d’entre elles restent dans l’œil et donnent lieu à des cataractes secondaires.
Pour parer à ces inconvénients, on avait généralement l’habitude de remettre l’opération jusqu’à l’époque où la cataracte devient mûre.
Je ne partage pas cette opinion, et, dès que la vue est gênée, dès qu’un œil ne peut que difficilement compter les doigts à 30 centimètres, je procède à l’opération surtout lorsqu’il s’agit des cataractes demi-molles. Dans le cas où les couches antérieures sont en grande partie transparentes, je commence par faire une décision préalable de la capsule, et au bout de deux semaines je fais l’extraction linéaire simple ou modifiée.
2. On ne doit opérer a la fois qu’un seul oell. — L’extraction de la cataracte ne doit être jamais faite sur les deux yeux à la fois, d’abord à cause d’une plus grande irritation que peut éprouver le malade, et ensuite à cause du danger qu’il y aurait d’exposer le malade à perdre les deux yeux à la fois par suite des accidents qui peuvent survenir en dehors^ de toute prévision, et malgré toutes les précautions. Tout au contraire, si Fopéralion ne réussit pas sur un œil, les accidents qui surviennent pendant ou après l’opération peuvent fournir un enseignement précieux pour l’opération de l’autre œil.
3. La cataracte monoculaire doit être opérée, bien que l’autre oeil soit sain. — Il est incontestable que le cristallin une fois enlevé dans un œil, la vision binoculaire ne peut plus avoir lieu ; pourtant les malades s’habituent vite à cet état de choses et n’en sont point gênés. D’autre part, on obtient par cette opération des avantages considérables : l’étendue du champ visuel est sensiblement agrandie, et les malades ont la démarche plus sûre.
A la suite de l’opération, les malades voient double pendant quelque temps ; mais cette diplopie se dissipe à la longue complètement, ainsi que j’ai pu le constater chez un grand nombre de mes malades.
Comme les cataractes qui surviennent dans un seul œil sont le plus souvent molles ou demi-molles, il faudra employer l’extraction linéaire simple, même sans excision de l’iris.
h. Les cataractes congénitales des enfants doivent être opérées après l’age de deux ans. — Il est prudent de retarder l’opération de la cataracte chez les enfants jusqu’à l’âge de deux ans, pour éviter les inflammations de l’iris qui pourraient compromettre à jamais la vue. Chez eux, de même que chez les adultes, on n’opérera qu’un seul œil à la fois.
5. ÉPOQUE DE l’extraction des cataractes SECONDAIRES. — Les cataractes secondaires pourront être enlevées dès que la plaie cornéenne sera cicatrisée et que toute irritation de l’œil aura cessé. J’ai pu la pratiquer bien souvent quatre semaines après l’extraction de la lentille, et avec un plein succès.