MODE D'EXPLORATION DU NERF OPTIQUE ET DE SA PAPILLE
Le diagnostic des affections du nerf optique est beaucoup plus compliqué qu’on ne pourrait le supposer au premier abord. Cette difficulté provient des anomalies fréquentes dans la structure du nerf optique ainsi que d’une disposition particulière de ses vaisseaux; elle dépend aussi de la coloration très-variée de la papille chez les différents sujets; d’autre part, on rencontre fréquemment ;des troubles visuels très-prononcés sans que pourtant l’ophthalmoscope fournisse les signes essentiels qui doivent caractériser l’affection.
Comment faire alors le diagnostic à l’aicle de l’ophthalmoscope seul, si les signes qu’il fournit sont négatifs? Quelle méthode doit-on suivre pour ne pas confondre une anomalie ou un défaut de réfraction avec un état pathologique?
Pour échapper à toutes ces difficultés, il ne faut point se contenter de l’examen ophthalmoscopique seul, mais on doit aussi examiner L’individu au point de vue de l’acuité de la vision du champ visuel, de la faculté chromatique et d’autres phénomènes subjectifs. Voici l’ordre dans lequel cette investigation doit être pratiquée :
A. Examen ophthalmoscopique. — Pour trouver plus facilement la papille du nerf optique, on doit se conformer aux indications suivantes :
1° On fait regarder le malade au loin, mais en même temps à 20 degrés en dedans et en haut de telle sorte que, pour trouver la papille de l’œil gauche, le malade regardera à droite et légèrement en haut; il portera son regard à gauche quand on voudra trouver la papille droite.
2° La première chose qu’on doit chercher à apercevoir distinctement, c’est le fond rouge de l’œil avec quelques vaisseaux rétiniens, èt comme tous ces vaisseaux se dirigent vers la papille, -on jugera par leur direction de quel côté elle est située. On s’en rendra . encore plus facilement compte lorsqu’on apercevra l’angle de bifurcation d’un vaisseau, dont le sommet est toujours dirigé du côté de la papille.
3° Pour arriver, daus l’examen à l’image renversée, à la papille, on doit se rappeler que si la papille est en haut, l’observateur devra porter son œil et le miroir un peu en haut ; lorsque la papille se trouve à droite, c’est aussi à droite que l’observateur devra se porter avec son miroir, et ainsi de suite.
Après avoir exécuté ces quelques mouvements, on arrive facilement à trouver l’émergence du nerf optique.
U° Pour savoir si la partie qu’on voit de prime abord est rapprochée ou éloignée de la papille, on se déplace avec le miroir légèrement à.droite ou à gauche, et on observe si la nouvelle partie du fond’de l’œil qu’on aperçoit est plus rouge ou plus pâle; si dans ce déplacement, le fond de l’œil apparaît plus pâle, ce sera un signe non douteux qu’on se rapproche de la papille.
5° Si la pupille n’est pas suffisamment dilatée, on aura delà peine à trouver la papille, d’autant plus si une partie du champ pupillaire est masquée par le reflet central de la cornée. Pour obvier à ces inconvénients, on recommandera au malade de
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de regarder au loin et de côté: et, pendant ce temps, on cherchera d’abord à voir les parties voisines de la papille, et on s’approchera progressivement de l’un ou de l’autre de ses bords. Si cela ne suffit pas, on dilate la pupille.
6° Lorsque l’œil est hypermétrope, on peut voir très-distinctement la papille à un simple éclairage direct du miroir. L’image qu’on voit ainsi est droite.
Si l’on ne trouve pas du premier coup la papille à l’image droite, on devra suivre les vaisseaux de bas en haut, lorsqu’on la suppose en haut, et ainsi de suite.
B. Examen de l'acuité de la vision. — Dans la faculté de la vision, il y a deux phénomènes bien distincts a noter, la vision principale, permettant la perception des objets les plus fins, et la vision secondaire ou vague que l’on a des objets qui nous entourent, sans que nous les regardions. La première faculté s’appelle acuité de la vision ou vision centrale ; la seconde, la vision périphérique on champ périphérique de la vision.
Il est aujourd’hui démontré que les sensations lumineuses sont perçues avec d’aiitant plus de netteté qu’elles sont plus rapprochées du centre de la macula. Dans la macula elle-même, il n’v a qu’une portion très-petite, placée au centre, qui soit capable de percevoir les objets fins avec toute la netteté désirable. Cette partie, c’est le centre qui- se présente à l’ophthalmoscope sous un diamètre de 0mm,005; les autres parties de la macula sont moins sensibles. C’est ce point central qui nous fait voir les plus fins détails des objets; c’est cette minime portion delà rétine qui permet au graveur de fixer et de distinguer les plus fines lignes et les stries délicates de sa gravure, mais à condition que son attention soit dirigée sur le seul et unique point qu’il veut distinguer. Rien ne peut égaler le degré de sensibilité des éléments nerveux occupant le centre de la macula. Smith a calculé, d’après l’angle d’incidence des rayons, que le plus petit point sensible de la rétine avait un 1/8000e de pouce; selon Volkmann, le diamètre de la plus petite image projetée sur la rétine est de 0,000060 de ligne, ce qui correspond à peu près au diamètre des bâtonnets. Chaque bâtonnet est isolé et communique directement avec le cerveau par l’intermédiaire des fibres nerveuses ou cylinder-axis ; par conséquent, toute image qui pourra se dessiner sur le bâtonnet pourra être vue distinctement.
Tous les yeux normaux ont à peu près un degré égal d’acuité de la vision. En supposant la réfraction de l’œil normale, on peut trouver une unité, que chaque œil pourra voir nettement.
Pour reconnaître le degré d’acuité de la vue, Jaeger a formé une échelle des caractères d’imprimerie de différentes grandeurs, depuis le n° 1 (corps 3), dont les lettres mesurent à peu près pn tiers de millimètre, jusqu’au n° 20 (corps 60), de 21/4 centimètres en hauteur.
Au point de vue scientifique, cette échelle présentait quelques défauts : l’unité choisie par lui n’avait aucun rapport avec l’élément rétinien, et les rapports entre lès différents numéros des caractères n’étaient pas réguliers.
L’échelle de Snellen, ainsi que celle de Giraud-Teulon, diffère de celle de Jaeger en ce que le premier caractère est choisi d’une dimension égale à 10 millimètresle plus fort numéro de la série, marqué par CG, mesure 20 millimètres. Les caractères intermédiaires ont une grandeur croissante de 10 en 10 millimètres.
Ces différentes échelles permettent de mesurer exactement l’acuité de la vision