ATROPHIE DE LA PAPILLE DD NERF OPTIQUE
l’acuité de la vision, ce qui fait que le malade distingue à peine les caractères nos 7 à 10 de l’échelle des caractères.
La vue centrale peut être pourtant quelquefois altérée, et le malade ne lira que n° 12 ou 15 de la même échelle, sans que pour cela il y ait atrophie ; cela a notamment lieu dans l’intoxication alcoolique. L’examen de la faculté chromatique fait souvent dissiper le doute. On sait que dans une atrophie de la papille, les malades ne reconnaissent pas dès le début la couleur rouge-carmin et vert, ce qui n’existe pas dans une amblyopie alcoolique.
L’atrophie de la papille se déclare sous l’influence de causes très-diverses; et pourtant les symptômes fonctionnels sont presque toujours les mêmes. C’est pourquoi on a souvent rapporté au cerveau l’affection qui n’était due qu’à une cause locale. Pour éviter cette erreur, il faut explorer avec soin les diverses membranes de l’œil l’une après l’autre, examiner les milieux réfringents, et principalement le corps vitré ; rechercher s’il n’y a pas de rétino-choroïdite pigmentaire syphilitique. On s’assurera, en outre, si l’œil n’est pas saillant, s’il n’y a pas eu de blessure, si la maladie s’est déclarée brusquement et dans un seul œil, etc.
Marche. — L’atrophie de la papille marche ordinairement lentement, et il se passe trois, quatre à six ans avant que la cécité devienne complète. L’atrophie syphilitique du nerf optique est plus rapide; c’est par mois qu’il faut compter la durée de la maladie. Quelquefois elle se limite à un seul œil, mais ordinairement elle est binoculaire.
Pronostic. — L’atrophie de la papille, quelle que soit sa forme, est incontestablement une des affections les plus graves qui puissent atteindre la vue.
Dans les atrophies progressives, la guérison est presque une exception. On obtient quelquefois un mieux momentané, mais.il faut prendre garde de s’en laisser imposer par ces améliorations temporaires ; une certaine rémittence dans les symptômes fonctionnels s’observe très-souvent, malgré la marche fatale, quoique lente, vers la cécité absolue. Dans d’autres cas, le mieux n’est qu’illusoire, les malades se trompent eux-mêmes et trompent le médecin, croyant voir certains objets qu’on a l’habitude de leur montrer ou qu’ils cherchent à examiner eux-mêmes.
Le pronostic des atrophies consécutives à la névrite optique est souvent assez favorable. La maladie cérébrale qui a amené la névrite peut guérir, et l’atrophie papillaire, devenue partielle, ne fera point de progrès pendant toute la vie du malade.
Les atrophies de la papille, monoculaires et provoquées par une cause locale quelconque, oculaire ou orbitaire, sont moins graves ; la cause étant locale, la maladie s’arrête à ce seul œil et la vue de l’autre se conserve.
Les atrophies de la papille provoquées par une affection choroïdienne quelconque laissent plus de chance de conservation de la vue par la guérison de l’affection primitive.
Traitement. — Le traitement des atrophies de la papille doit varier suivant la nature et le siège des causes qui les ont produites.
1. Si l’affection est due à une intoxication alcoolique, il faut supprimer l’ingestion de toutes les liqueurs contenant de l’alcool, et principalement leur usage à jeun et avant les repas. Dans ces dernières conditions, l’action de l’alcool est beaucoup plus nuisible, puisque c’est sur l’estomac vide qu’il agit.
• NEUF OPTIQUE
2. Il faut rechercher s’il n’y a pas de cause débilitante quelconque, des diarrhées permanentes, des pertes considérables de sang menstruel ou hémorrhoïdal ; d’autre part, si les évacuations habituelles, menslruefles ou autres, n’ont pas été supprimées brusquement. Par le rétablissement des fondions physiologiques de l’organisme, ainsi que par la reconstitution des forces des malades au moyen des toniques, des préparations ferrugineuses, de quinquina, etc., on obtient quelquefois un mieux sensible et durable. J’ai réussi, dans quelques cas, à arrêter la maladie par des vomitifs souvent répétés, surtout dans les cas où les malades souffraient de gastrites chroniques.
3. Si la maladie reconnaît une cause syphilitique, on devra avoir recours au traitement antisyphilitique mixte. C’est ainsi que Desmarres (1) a obtenu une guérison dans une atrophie commençante, au moyen des préparations mercurielles administrées à l’intérieur.
Pendant longtemps les préparations mercurielles ont été considérées comme un puissant remède contre l’amaurose. Langenbeck, Travers et Duval ont préconisé le bichlorure de mercure, même dans les cas non syphilitiques. Nous ne pouvons pas avoir la même confiance dans ces moyens, d’autant plus que nous les avons vus échouer le plus souvent dans le cas de syphilis bien avéré.
4. Les atrophies de la papille qui reconnaissent une cause cérébrale ou cérébrospinale, doivent être traitées par les moyens qui agissent sur ces maladies.
Graves (2) conseille le nitrate d’argent à l’intérieur dans les amauroses cérébrales. Ce même moyen a été préconisé par Charcot, Vulpian et Allhaus (3) contre l’ataxie locomotrice. Trousseau, de son côté, recommande l’usage de la belladone à dose progressivement relevée.
5. Le traitement local consiste dans l’emploi des vésicatoires volants sur les tempes, le sommet de la tête, la nuque et le long de l’épine dorsale. Gueneau de lîlussy préfère l’application de petits cautères à la nuque et le long de la colonne vertébrale.
6. L’hydrothérapie, surtout sous forme de douches froides ou écossaises dirigées sur la colonne vertébrale, peut avoir aussi une certaine efficacité. De Graefe recommande des bains turcs pour les personnes qui perdent la vue par suite de la suppression de la transpiration cutanée.
7. Le bromure de potassium porté à des doses élevées de 5, 8 et 10 grammes par jour réussit à arrêter certaines affections épileptiformes ; il peut être employé efficacement contre l’atrophie de la papille cérébrale.
8. On doit rechercher si le malade n’est pas sous l’influence de la cause paludéenne, et, si cela avait lieu, le malade devra changer de demeure et même on le forcera, s’il le faut, de quitter le pays. Des préparations arsenicales et le sulfate de quinine seront utilement employés. C’est ainsi que j’ai réussi à arrêter deux fois l’atrophie de la papille très-avancée.
9. L’électrisation a été très-vantée pendant quelque temps pour guérir les amauroses. Depuis que l’ophthalmoscope nous a fait connaître l’intérieur de l’œil, les cas de guérison par l’électricité sont devenus très-rares.
(1) Desmarres, Ann. d’oculist., t. X.LVI1I, novembre et décembre 1862, p. 207.
(2) Graves, Leçons de clinique médicale. Paris, 1863.
(3) Althaus, Lectures on Epilepsy, Hysleria and Ataxy, 1866.