‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 150 sur 245 · ATROPHIE DE LA PAPILLE DE AERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

ATROPHIE DE LA PAPILLE DE AERF OPTIQUE

cause efficiente ni prédisposante. C’est dans ces cas que l'affection athéromateuse des vaisseaux cérébraux doit être admise comme cause probable de la maladie.

5. Affections de la moelle épinière. — L’ataxie locomotrice progressive et la dégénérescence grise des cordons postérieurs se complique très -fréquemment d’atrophie des papilles. Duchenne (1), de Boulogne, a en effet démontré que cette terrible affection de la moelle, dont il a donné le premier une si belle description, se complique bien souvent, et dès le début, d’une amaurose avec atrophie des papilles. Nous l’avons rencontré bien des fois, et ce qui nous a paru propre à cette forme d’atrophie, c’est qu’elle marche relativement bien plus lentement que les autres, et nous connaissons des malades chez lesquels la vue ne se perdit totalement qu’au bout de sept à huit ans. Nous avons vu, avec le professeur Lasègue, un nommé D..., dont le frère mourut à la suite d’une aliénation mentale, et qui fut lui-même atteint d’une ataxie locomotrice avec atrophie des papilles. La vue s’est affaiblie progressivement pendant plus de six ans, et lorsqu0 nous avons observé le malade dans l’été de 1869, elle n’était pas encore éteinte.

Il arrive pourtant que l’affaiblissement de la vue est le premier symptôme de l’ataxie locomotrice, suivi au bout de quelque temps d’autres signes généraux. C’est ainsi que les choses se sont passées chez une malade du service du docteur Gallard (2) à la Pitié, que nous avons examinée à plusieurs reprises en présence, de cet éminent praticien.

Chez une malade du docteur Yigla, à l’Hôtel-Dieu, atteinte de paralysie de la langue, du voile du palais et des lèvres, j’ai pu constater l’atrophie de la papille dans un seul œil, l’autre était complètement sain.

Dans l’épilepsie, l’idiotie, l’hydrocéphale, on trouve aussi l’atrophie de la papille, mais ces faits ne sont pas constants.

Nous avons eu l’occasion d’observer, avec le docteur Barthez, un enfant atteint d’une hydrocéphale considérable, et qui ne présentait qu’un faible degré d’atrophie des papilles.*

6. Glycosurie. — Elle prédispose aussi à l’atrophie de la papille, comme il nous a été permis de l’observer à plusieurs reprises, entre autres sur un homme âgé que nous avons èxaminé avec le professeur Nélaton (3). Mohammed Off a étudié d’une manière très-complète cette variété d’atrophie de la papille, et l’on trouve dans sou excellente thèse inaugurale (4) quelques observations intéressantes qu’il a pu recueillir à 'ma clinique.

7. Syphilis. — Il n’est point douteux que l’atrophie de la papille peut s’établir à la suite de la syphilis. C’est ordinairement à la période tertiaire qu’elle se déclare ; sa marche est rapide, elle envahit les deux yeux à la fois ; j’ai vu quelquefois la vision centrale se conserver très-longtemps pendant que le champ périphérique se rétrécissait de plus en plus jusqu’à amener la cécité complète.

8. Fièvre intermittente. — La fièvre intermittente, et en général l’intoxication

(1) Duchenne, de Boulogne, De l’électrisation localisée. Paris, 1861, p. 569.

(2) Voyez, pour les détails de cette observation, mon Atlas d’ophthalmoscopie.

(3) . Galezowski, Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopi? rêt 'mcnne. Paris, 1868, p. 185.

(4) Mohammed Off, ttaè e de Paris, 1870.

NERF OPTIQUE

paludéenne, peuvent amener une atrophie de la papille, soit progressive, soit précédée de névrite optique.

C’est ainsi que j’ai eu à soigner, en 1867, un jeune prêtre atteint de fièvre pernicieuse à la Martinique, et qui me fut adressé par le docteur Cougit pour une atrophie des papilles avec infiltration péripapillaire. Sa vue fut bien vite améliorée par le séjour en France et le traitement tonique et antipériodique. Selon Deval, l’amaurose cérébrale est susceptible de contracter une allure intermittente avec accès qui durent plus ou moins longtemps.

9. Affections gastro-intestinales chroniques. — Elles peuvent amener une altération du système ganglionnaire du grand sympathique, et de là retentir vers le cerveau, la moelle épinière et les nerfs optiques. Déjà Qualigno (1) (de Milan) avait admis l’existence de cette cause, et pour mon compte j’ai vu un cas des plus remarquables d’une atrophie de la papille complète de l’œil gauche et commençante dans l’œil droit. Cette dernière fut guérie par des vomitifs fréquents que j’ai cru nécessaire d’administrer par suite de l’état catarrhal gastrique chronique dont le malade avait souffert pendant plusieurs années consécutives.

10. Exostoses orbitaires, polypes naso-pharyngiens, altérations de la selle turcique et des artères de la base du crâne. — Ces affections amènent aussi l’atrophie de la papille d’un seul œil. Chez les vieillards, dit le docteur Quaglino, il y a une atrophie progressive des nerfs optiques consécutive à la dégénérescence a théromateuse et à la dilatation des artères du cercle artériel de Willis.

11. Affections oculaires. — L’atrophie monoculaire peut se développer à la suite d’une embolie de l’artère centrale, de la rétinite pigmentaire, de l’irido-choroïdîte, etc.

12. Rétrécissement de Vanneau de Zinn. — J’ai eu l’occasion d’observer une cause toute particulière de l’atrophie du nerf optique : c’est le rétrécissement de l’anneau de Zinn, à travers lequel passe le nerf optique.

13. Compression vicieuse des muscles sur le globe. — La compression exercée par les muscles externes sur le globe de l’œil peut amener l’atrophie du nerf optique. C’est un fait constant, en effet, de voir l’atrophie du nerf optique se déclarer chez les personnes qui ont la sclérotique dense et consistante. Tout au contraire chez les myopes, l’atrophie papillaire est rare, mais on voit chez eux se développer le staphylôme postérieur sous l’influence de cette même pression des muscles sur l’œil.

Diagnostic différentiel. — Une atrophie de la papille avancée se reconnaît facilement au moyen des signes fonctionnels et de Pophthalmoscope ; mais, à l’origine de l’affection, il n’en est pas toujours ainsi, et pendant que la blancheur de la papille n’est pas bien accusée, les vaisseaux eux-mêmes conservent presque leur volume normal. D’autre part, la difficulté du diagnostic provient souvent de ce que les papilles normales de certaines personnes présentent des teintes si blanches, qu’on est porté à confondre cet état, qui est physiologique, avec des atrophies, et ce n’est que par l’étude comparative des symptômes qu’on arrive à résoudre le problème. L’atrophie de la papille est en effet une maladie presque toujours progressive, qui se développe lentement et amène dès le début un affaiblissement de

(1) Qualigno, Sulle malattie interne dell’occhw. Milano, 1858, p. 332.

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