CHAPITRE PREMIER
MODE D’EXPLORATION DE LA CHOROÏ
Les lésions de la choroïde ne peuvent être diagnostiquées exactement pendant la vie qu’au moyen de l’ophthalmoscope. Mais il n’en est pas moins vrai que certaines choroïdites se traduisent par les symptômes fonctionnels, augmentation ou diminution de la tension de l’œil, changement de coloration de la sclérotique et de l’iris, et qui peuvent jusqu’à un certain point indiquer la nature de l’affection.
A. Examen ophthalmoscopique. — Les conditions de l’exploration de la choroïde avec Pophthalmoscope sont les mêmes que celles qui sont nécessaires pour l’examen de la rétine. On doit chercher d’abord la papille du nerf optique, et après avoir soigneusement noté la coloration du fond de l’œil tout autour d’elle, on se dirige le long des vaisseaux principaux de la rétine jusqu’à Yora serrata; on observe tout ce qu’il y a de particulier dans leur voisinage, soit dans la coloration de la choroïde, soit dans la disposition des vaisseaux choroïdiens et de son pigment. Cette exploration une fois terminée, on recommande au malade de regarder en haut et en bas, à droite et à gauche, et l’on s’assure si l’on ne trouve pas dans les parties périphériques du fond de l’œil quelques taches pigmentaires noires ou blanches exsudatives, qui indiqueraient une altération du cercle ciliaire.
L’examen du corps vitré au moyen d’un simple éclairage avec le miroir, en permettant d’y constater les moindres opacités ou flocons, facilite souvent le diagnostic de l’affection choroïdienne, puisque ces flocons ne sont le plus souvent que la conséquence des maladies de la choroïde.
B. Examen de l’acuité visuelle et du champ périphérique. — Les affections de la choroïde amènent beaucoup moins d’affaiblissement de la vision centrale que les maladies de la rétine ou du nerf optique ; il n’y a que les altérations de la région de la macula qui soient suivies d’un affaiblissement immédiat de la vision centrale.
Les exsudations périphériques et les épanchements de sang amènent une diminution partielle du champ périphérique, sans atteindre sensiblement la vision centrale.
C. Ophthalmotonométrie. — On sait depuis longtemps que la tension du globe de l’œil peut varier d’une manière notable, tant dans les yeux normaux que dans les yeux atteints des différentes affections choroïdiennes. C’est ainsi qu’un œil myope a une autre densité qu’un œil emmétrope; dans une irido-choroïdite, l’œil devient à la longue tout à fait mou, tandis qu’il est dur comme une bille de marbre dans le cas de glaucome ou d’hydrophthalmie.
Il est donc d’une grande importance de pouvoir indiquer d’une manière précise si la densité de l’œil est normale ou modifiée dans l’un ou l’autre sens.
Deux moyens peuvent être employés dans ce but, la pression de l’œil avec le doigt et l'examen avec le tonomètre.
1. Palpation. — Le moyen pratique est le suivant : Après avoir recommandé àu malade de fermer doucement les yeux, on appuie légèrement avec la pulpe des deux pouces sur les deux yeux, puis on roule successivement la paupière circuiairement sur le globe de l’oeil. Par ce moyen, on arrive à se rendre facilement
CHOROÏDE.
compte si l’un des globes est plus dur que l’autre, et si la densité est physiologique ou pathologique.
2. Ophthalmotonomètre. — le professeur Donders (1) a fait construire un instrument destiné à mesurer la tension du globe, et il lui a donné le nom d 'ophthalmotonomètre; C’est une sorte de petit manomètre auquel est adapté un petit bouton que l’on appuie sur la sclérotique, et un cadran muni d’une aiguille. Le nombre de degrés représenté par les chiffres indique jusqu’à quelle profondeur le bouton se laisse enfoncer dans la sclérotique, et quelle est la force de résistance.
Quelques années plus tard, Henri Dor (2) fit construire un autre instrument, mais qui ne présente pas, selon nous, d’avantages sérieux sur celui de Donders. Au moyen de cet appareil, il est arrivé à démontrer que la tension normale de l’œil correspond à 27 ou 28 grammes de tonomètre, soit de 40 à 50 millimètres de mercure.
Bowman (3) a fait des recherches très-intéressantes sur le degré de tension du globe oculaire. Pour lui, il y a utilité à distinguer neuf degrés de tension, qu’il désigne pour plus de facilité par la lettre T. Les nombres qui suivent cette lettre indiquent le degré d’augmentation de la tension. Si le T est précédé ou suivi du signe — , cela indique une diminution de la pression. Ainsi on lira :
T. N. : Tension normale.
T. 1 : Premier degré de tension, ou augmentation légère.
T. 2 : Second degré, on tension considérable.
T. 3 : Troisième degré, ou tension extrême.
T. 1? : Doute sur l’augmentation de tension.
— T. 1? : Doute sur la diminution delà tension.
— T. \ : Premier- degré de diminution de la tension.
— T. 2 : Second degré de diminution de tension.
— T. 3 : Dépression complète et affaissement sous la pression du doigt.
C’est dans le glaucome surtout et dans l’irido-choroïdite que la définition de la tension joue un rôle important.
D. Exploration a l’oeil nu. — Les altérations de la choroïde amènent des perturbations plus ou moins notables^dans la circulation de l’hémisphère antérieur de l’œil. Il s’ensuit que les vaisseaux ciliaires antérieurs deviennent tortueux et gorgés de sang, et une sorte de cercle vasculaire se forme autour de la cornée.
La sclérotique elle-même change de coloration, par places elle devient foncée, grisâtre. L’examen de tous ces phénomènes, de même que l’examen attentif de la cornée, de l’iris et de la pupille, qui peuvent subir des altérations notables dans des choroïdites, joint aux symptômes fonctionnels propres à certaines formes des choroïdites, sont autant de moyens d’investigation qui peuvent nous assurerle diagnostic certain des maladies de la choroïde.
(1) Donders, Sur F ophthalmotonomètre ( Annales d'oculistique , t. LI, p. 264, et Klinische Monatsbl ., 1863, oct. et nov.).
(2) Dor, Présentation d'un instrument pour la détermination de la tension oculaire ( Compte rendu du Congrès ophthalmologique, Paris, 1868, p. 161).
(3) Bowman, Sur les affections glaucomateuses et leur traitement par l'iridectomie ( Annales d'oculiste, 1863, t. XL1X, p. 241, et British Medical Journal , 1862, vol. II, p. 378).