‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 19 sur 245 · BLESSURES ET BRULURES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

BLESSURES ET BRULURES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES

glion ophthalmique, et qui aurait pu occasionner, d’après Wecker (1), une hypersécrétion intra-oculaire et un glaucome ample.

Les observations que j’ai pu faire avec l’ophthalmoscope, sur un malade de Nouât (2) et sur un autre de la clinique de Desmarres père, m’ont permis de constater un état de blancheur peu prononcée du nerf optique, sans excavation ni autre altération des membranes internes de l’œil.

Je suppose que, dans ce cas, une déchirure du nerf se produit quelquefois, et que cette déchirure a lieu au delà du point où l’artère centrale s’engage dans le nerf optique.

Pourtant ces cas d’amaurose consécutifs aux blessures du sourcil ne sont pas aussi fréquents que veulent bien l’admettre certains auteurs. Desmarres père (3) dit avoir observé un grand nombre de plaies du sourcil sans qu’il en soit résulté aucun accident du côté de l’œil.

3. Les plaies et les blessures peuvent atteindre les bords des paupières, et entraîner leur difformité (coloboma, trichiasis, ectropion, etc.).

U. Lorsque le traumatisme porte sur le coin interne de l’œil, il y a à craindre l’atteinte des points lacrymaux ou même du sac lacrymal. C’est ce qu’on doit vérifier.

5. Les blessures sont quelquefois tellement profondes, qu’elles traversent toute l’épaisseur des paupières et le globe de l’œil. Il est donc nécessaire de s’assurer s’il n’y a pas de blessure sur la sclérotique ou la cornée, quelle est sa gravité, et si le cristallin n’est pas luxé sous la conjonctive.

6. La violence du choc et la commotion éprouvée par l’œil peuvent être si fortes, que les membranes internes de l’œil en subissent le retentissement. L’examen ophthalmoscopique montrera la nature de l’altération du côté de ces membranes.

7. Les plaies produites par un éclat de capsule et des morceaux de fer, par armes à feu ou toute autre explosion, peuvent être compliquées par la présence de corps étrangers dans l’intérieur des tissus blessés. C’est à l’aide d’un stylet et de la palpation qu’on s’euquerra de l’existence du corps étranger et de la situation qu’il occupe.

8. Les plaies déchirées sont toujours plus difficiles que les autres à guérir par première intention; elles doivent être pansées avec soin, sans quoi les cicatrices vicieuses peuvent entraîner des difformités considérables et des adhérences des paupières au globe de l’œil.

9. Les brûlures peuvent atteindre les paupières à des degrés divers. Elles sont consécutives à l’action des agents très-variés : la flamme ordinaire, l’explosion des gaz, les préparations chimiques, l’eau bouillante, les acides, etc. Le degré de gravité dépend de la nature de l’agent et des conditions dans lesquelles l’accident a lieu. L’eciropion avec destruction des tissus est la conséquence la plus habituelle des brûlures ; il ne peut être guéri que par une autoplastie.

Traitement. — 1. Des ecchymoses palpébrales réclament rarement l’intervention du chirurgien. Mais lorsqu’elles sont plus étendues et accompagnées du gon-

(1) Wecker, Études ophthalmologiques . Paris, 1863, t. I, p. 666.

(2) Galezowski, Sur les altérations du nerf optique et sur les maladies cérébrales. Paris, 1865, p. 142.

(3) Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 542.

PAUPIÈRES ET SOURCILS

flement des tissus, on appliquera des compresses imbibées d’eau glacée, à laquelle on ajoutera un des mélanges suivants :

if Sous-acétate de plomb liquide. 50 centigr.

Eau distillée . 100 gram.

Teinture d’arnica. . 1 —

(Galezowski.)

Teinture d’arnica. . 8 gram.

Mixture ou eau camphrée . 120 —

(Soelberg Wells.)

2. Lorsque les plaies sont horizontales et qu’elles n’intéressent que la peau, un simple rapprochement des bords de la plaie avec le taffetas d’Angleterre et des compresses froides suffisent; mais, quand la plaie est verticale ou oblique, qu’elle est profonde et que ses bords sont irréguliers, il convient de la nettoyer préalablement, d’enlever des parties frangées et de réunir les bords par des sutures fixes en soie.

3. Les plaies du sourcil par suite de piqûre peuvent être suivies de douleurs névralgiques; on procédera alors, selon le conseil de Dupuytren, en ouvrant largement la plaie et incisant, s’il y a lieu, le nerf frontal blessé.

A. Les brûlures des paupières doivent être traitées avec les plus grands soins, et l’on cherchera surtout à prévenir les effets désastreux des cicatrices.

Dans les brûlures du bord libre, il faut étendre une couche épaisse de pommade de concombre, et instiller de l’huile d’amandes douces entre les paupières.

Dans les cas où la surface externe des paupières est atteinte et où il existe une séparation de l’épiderme, ou même des parties plus profondes, l’application de la peau de baudruche gommée et d’une couche de collodion élastique sur toute la paupière m’a toujours donné des résultats très-favorables. Pourvu que la cornée, la conjonctive et les bords libres soient sains, on peut laisser l’œil fermé, et étendre sur les deux paupières une couche assez épaisse de cette préparation, que l’on renouvellera tous les jours.

Bibliographie. — Richerand, Nosographie chirurgicale, t. î, p. 255. Paris, 1805. — Boyer, Traité d£s maladies chirurgicales, t. V, p. 245. Paris, 1816. — Dupuytren, Leçons orales, t. VI, p. 206. — Lawrénce, Treatise on the Diseases of the Eye. London, 1833, p. 126. — Von Ammon, Zeitschrift fur die Ophthalm,, vol. I, p. 125. Dresden, 1830. — Heifelder, Ammoris Zeitschriftfür die Ophthalmologie, vol. I, p. 481. Dresden, 1831. — Carron duVillards, Annales d’oculist., t. XXXIII, p. 241, et t. XXXIV, p. 65. — Vidal (de’ Cassis), Pathologie chirurg., t. V, p. 177 et 578. — Lenoir, Archives d' ophthalmologie, t. II, p. 261. — Chavanne, Gaz. méd. de Lyon, 1855, p. 45. — Rognetta, Lancette française ,

7 janvier 1837. — Walton, Operativç Ophthalm. Surgery. London, 1835, p. 93. — Siehel, Annales d’oculist., t. XXXI, p. 219. — Dixon, Med. Times and Gazette, 1859, p. 471, — Busch, Virchow’ s Archiv, 1859. — Hutchinson, Ophthalm. Hosp. Rep ., 1864, p. 120. — A. Zander, Die Verletzungen des Auges Art. Geissler. Zweites Heft, 1864, p. 472.

ARTICLE IX

ÉPH1DROSE ET CHROMHIDROSE.

ÉPHIDROSE. — Véphidrose consiste en une sécrétion abondante des glandes sudoripares des paupières.

Cette sécrétion exagérée se produit sur tous les points de la surface, et, en essuyant la paupière avec un linge, il est facile d’apercevoir à l’aide d’une loupe les pores entr’ou verts, laissant suinter le liquide. Au bout de quelque temps, la

ÉPHIDROSE ET CHROMHIDROSE.

peau devient rouge, et si cet état persiste, il se manifeste bientôt une irritation du bord libre et des conjonctives qu’on pourra confondre avec un eczéma.

Étiologie. — L’éphidrose est une affection très-rare ; on n’en connaît que quelques faits parfaitement authentiques. Il serait donc difficile de définir la cause.

Quoi qu’il en soit, elle ne présente aucune gravité.

Traitement. — L’application de compresses trempées dans une légère solution d’acide phénique (1 gramme pour 1000 grammes d’eau) pourra facilement maîtriser le mal.

CHROMHIDROSE. — Le Roy de Méricourt a désigné sous le nom de chromhidrose une sécrétion morbide particulière des paupières et de la face ; la matière sécrétée a une coloration noire ou bleue. Erasmus Wilson l’a appelée stearrhœa nigricans.

Cette maladie a été décrite par les observateurs anciens ; mais les faits authentiques faisaient défaut. C’est à Le Roy de Méricourt qu’en est due la démonstration évidente. Hardy a communiqué un cas de ce genre, et, en Belgique^ Warlomont, Van Roosbroeck et Libbrecht ont observé et analysé en détail cette maladie chez une femme âgée de vingt-huit ans ; ils ont confirmé l’existence de cette sécrétion bleuâtre (1).

Les recherches microscopiques faites par Ch. Robin ont démontré que la matière colorante a une grande puissance de coloration.

Au microscope, elle se présente sous forme de corpuscules lamelleux d’une dimension variable et ressemblant aux fragments brisés de gélatine desséchée (fig. 12).

Ch. Robin la compare à la cyanosine trouvée dans les urines bleues par Braconnot.

D’après Wilson et Neligan, cette sécrétion est produite par des follicules sébacés ; Le Roy de Méricourt, Ch. Robin et Hardy la considèrent, au contraire, comme une sueur colorée. Cette dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable, quoique ni l’une ni l’autre ne soient encore démontrées.

Fig. 12. — • Matière d ehromhidrose.

Symptomatologie, — La ehromhidrose est caractérisée par des taches bleuâtres ou noires situées le plus souvent sur la paupière inférieure et sur la joue, quelquefois aussi sur la paupière supérieure, le front, les ailes du nez et toute la face.

Lorsque ce pigment occupe une portion limitée de la paupière inférieure, les yeux acquièrent cet éclat particulier que certaines femmes cherchent à obtenir en se noircissant volontairement les paupières. Mais si la matière colorante est sécrétée en grande abondance sur les deux paupières, il en résulte une difformité tout à fait disgracieuse.

Cette matière s’enlève très-facilement avec une spatule ou un linge humecté d’huile, la peau redevient blanche ; mais, au bout d’un temps très-court, souvent quelques minutes, la matière colorante apparaît de nouveau.

Ordinairement il n’y a ni douleur ni irritation. Pourtant, dans le cas observé

(1) Warlomont, etc., Annales d’o'cculist., 1863.

PAUPIÈRES ET SOURCILS

par Hardy (1), les yeux devenaient larmoyants, plus sensibles à la lumière et étaient le siège d’une sorte de cuisson. Les trois femmes atteintes dechromhidrose, dont parle Le Roy de Méricourt, se plaignaient d’un affaiblissement de la vue.

Étiologie. — Les causes de cette maladie, de même que sa nature, ne sont pas bien connues.

L’habitation sur les bords de la mer semble y prédisposer ; on l’a observée surtout à Brest et Lorient, à Plymouth et à Dublin.

Traitement. — Tous ies moyens employés pour combattre cette sécrétion morbide sont restés sans résultat. Hardy conseille surtout les lotions astringentes, et principalement les douches d’eau astringente pulvérisée.

Bibliographie. — Yonge (James), Philosophical Transactions, 1709, t. XXVI, p. 4 et 521. — Leeat, Traité de la couleur de la peau humaine en général, 1765, p. 136. — Le Roy de Méricourt, Mémoire sur la coloration partielle en noir ou en bleu de la peau chez la femme ( Arch . gén. de mèd., novembre 1858, p. 430. — Mémoire sur la chromhidrose ou chromocrinie cutanée, suivi de l'Étude microscopique et chimique de la substance colorante par Ch. Robin et d’une note par Ordonez ( Annales d’occulistique, 1864). — Erasmus Wilson, Diseases ofthe Skin. London, 1857. — The Studenfs Book ofcutaneous medic., etc. London, 1865, p. 463. — Baerensprung, Die Hautkrankheiten. Erlangen, 1859. — Hardy, Observation de coloration noire des paupières recueillie à Brest (Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1859, et Union mèd., t. V, p. 437. — Fauvel, Nouvelle observation dé coloration noire des paupières ou chromhidrose ( Union méd., 31 mars 1860, p. 404). — A. Foot, Two Cases ofChromidrosis, with Remarks ( The Dublin quarterly Journal, Aug. 1869, p. 68).

ARTICLE X

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