GOÎTRE EXOPHTHALMIQUE, MALADIE DE GRAVES OU DE DEMOÜRS
Le goître exophthalmique, appelé autrement maladie de Graves ou exophthalmie anémique, est caractérisé par les trois phénomènes morbides suivants : exophthalmie, hypertrophie du corps thyroïde et battements de cœur.
C’est à Demours (1 ) qu’appartient le mérite d’avoir décrit le premier l’exophthalmos, accompagné d’un engorgement de la thyroïde qu’il a vu se déclarer chez une jeune fille, dont la mère présentait la même prédisposition augmentant à chaque grossesse. Mais ce fait était isolé, lorsque Graves a constitué une classe de mala-
(l) Demours, Traité des maladies des yeux, Paris; 1818, t. I, p. 484.
ORBITE
dies à part, en y ajoutant un troisième signe, celui des battements de cœur, qui se trouvait, d’après lui, avec les autres symptômes. C’est donc à Demours et Graves qu’on doit en réalité rapporter la découverte de cette maladie, et nous l’appelons maladie de Graves ou de Demours. Les auteurs d’outre-Rhin lui donnent le nom de maladie de Basedow , en raison des recherches plus complètes faites par cet auteur.
Depuis que l’attention a été attirée sur cette affection, un nombre considérable d’observations ont été rapportées par les auteurs de tous les pays ; celles de Begbie, Praël, Traube et Michel Peter ont d’autant plus d’importance que la nécropsie est venue compléter sa pathogénie.
Symptomatologie. — 1. Exophthalmos. — La première chose qui frappe chez ces malades, c’est la saillie des yeux plus ou moins prononcée, que nous appelons exophthalmos. Cet état est accompagné d’une certaine gêne dans les mouvements des globes oculaires, en bas, et d’une sorte d’insuffisance d’élévation et d’abaissement de la paupière supérieure, comme cela avait été signalé par Graefe. Les malades éprouvent de la peine à fermer les paupières, et, pendant le sommeil, l’œil reste souvent en partie découvert. Quelquefois la propulsion des globes oculaires devient tellement prononcée qu’il y a une vraie luxation de cet organe, et il faut le replacer avec les doigts dans l’orbite, comme cela arrivait chez une malade de Trousseau (1).
Il faut dire pourtant qu’un degré aussi prononcé d’exophthalmos est très- rare, ordinairement il est bien moins marqué. On a signalé des cas dans lesquels la saillie de l’œil était si peu prononcée qu’elle passait inaperçue.
L’exophthalmos se prononce sous l’influence des émotions morales, et surtout aux époques menstruelles. Dans le cas rapporté par Demours, l’affection était congénitale et héréditaire, et s’aggravait après les couches.
2. Trouble de la vue. — Sous l’influence d’une saillie très-prononcée et souvent inégale des deux globes oculaires, il peut se produire leur déviation en dehors (strabisme divergent) et la diplopie, mais ces faits sont rares. Ordinairement les yeux sont sensibles à la lumière et se fatiguent vite pendant le travail, surtout à certaines périodes de la maladie. Quelquefois la photophobie devient tellement prononcé^, qu’au grand jour ou à la lumière de la lampe les malades sont complètement éblouis et ne peuvent ni lire ni écrire.
L’examen ophthalmoscopique n’a point dévoilé d’altération particulière dans le fond de l’œil. Withuisen avait observé, il est vrai, une vive injection des vaisseaux delà rétine qui donnait à cette membrane une teinte rouge bien accentuée; le point d’entrée du nerf optique était de couleur rouge jaunâtre, différant manifestement de l’apparence normale. De chaque côté de la papille du nerf optique, il y avait des dépôts de pigment sous forme de taches semi-lunaires et de couleur presque noire. Pourtant ma propre expérience me permet d’affirmer que les signes dont parle Withuisen n ont aucune signification pathologique, et expriment tout simplement diverses variétés physiologiques. L’absence de toute altération du côté de la rétine doit reporter notre attention sur l’appareil accommodateur, qui seul ici peut être endommagé.
(1) Trousseau, Clinique de r Hôtel- Dieu, 3® édit., t. II, p. 526. Paris, 1868.