ALTÉRATIONS DE SÉCRÉTION DE LA GLANDE LACRYMALE
l’œil, que la sécrétion soit supprimée non-seulement dans la glande lacrymale, mais dans toute l’étendue de la conjonctive. Les expériences de Claude Bernard (1) ont démontré un fait très-curieux. A la suite de la section de la cinquième paire, la glande lacrymale sécrète moins ; mais, en même temps, il y a augmentation de la sécrétion des glandes de Meïbomius.
Cet antagonisme dans l’innervation des glandes oculaires prouve que l’affection de tel ou tel autre nerf oculaire ne peut pas troubler sensiblement la lubrifaction de l’œil.
Mais il y a des altérations chroniques et profondes de la conjonctive dans lesquelles tous les orifices glandulaires sont oblitérés, de même que ceux de la glande lacrymale. C’est seulement dans ces conditions que le xérome peut avoir lieu, comme nous avons. eu l’occasion de l’observer chez quelques malades.
Une simple diminution de la sécrétion lacrymale ne peut être considérée comme une maladie. Denonviiliers et. Gosselin pensent avec raison que ce fait, en supposant qu’il existé, n’exige jamais un traitement spécial.
B. Ëphiphora ou Hypersécrétion lacrymale.— Cet état est caractérisé par un excès de sécrétion des larmes par la glande. Il en résulte un larmoiement considérable : les larmes coulent sur la joue et y provoquent souvent un érythème.
Cette exagération de la sécrétion est le plus souvent un phénomène secondaire dépendant d’une irritation quelconque de l’œil, des paupières ou de quelques branches de la cinquième paire.
Ainsi l’irritation de la conjonctive entretenue par un corps étranger qui est logé à la surface interne de la paupière supérieure provoque une abondante sécrétion des larmes ; l’œil est baigné dans ce liquide, et entraîne le corps étranger au dehors.
Des conjonctivites phlycténulaires, des kératites et des iritis, celles surtout dans lesquelles se manifestent de la photophobie et des douleurs névralgiques, occasionnent un épiphora des plus abondants et souvent périodiques. Sous l’influence de l’irritation de l’un des fdets nerveux de la cinquième paire, la branche lacrymale subit aussi une irritation analogue, et donne lieu à une sécrétion abondante des larmes. Et comme les points lacrymaux ne sont pas assez larges pour absorber la quantité considérable des larmes, ces dernières franchissent le bord de la paupière inférieure et tombent sur la joue.
On observe encore un larmoiement consécutif à un rétrécissement ou à l’obstruction des voies lacrymales; ce n’est plus alors une altération de la glande, niais bien des organes excréteurs des larmes, et on ne l’appelle point un épiphora, mais un larmoiement (stillicidium làcrymarum), dont nous nous occuperons plus loin.
Magraostle. — Il n’est pas difficile de distinguer un épiphora d’un larmoiement occasionné par une affection des voies lacrymales. Une simple injection d’eau tiède dans les points lacrymaux permettra de voir s’il existe de ce côté un désordre quelconque. Mais on ne doit jamais négliger d’examiner scrupuleusement l’état de la cornée et de l’iris, parce que souvent c’est à l’inflammation de ces membranes que le larmoiement est dû. On ne doit pas non plus croire avec AVecker que, parce que la sonde passe facilement dans le canal nasal, le larmoiement est dû à une sécrétion
(i) Claude Bernard, Leçons sur lu physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858, t. II, p. 92.
MALADIES DE LA GLANDE LACRYMALE
exagérée de la glande lacrymale. Nous démontrerons que le larmoiement peut persister avec un canal nasal très -large, sans que pour cela il y ait épiphora.
Comme on le voit par ce qui vient d’être dit, Fépiphora, de même que le xérome lacrymal, ne constitue pas de maladie à part; ils ne sont, l’un et l’autre, qu’un épiphénomène d’autres affections des membranes de l’œil. Le traitement doit donc être tout entier dirigé contre la cause du mal et non contre le symptôme.
C. Larmes alcalines, acides ou sanguinolentes. — La sécrétion lacrymale peut être altérée dans ses qualités au point de provoquer une irritation de toutes les membranes avec lesquelles ce liquide est en contact.
La composition des larmes est aujourd'hui connue (voy. Anatomie ); elles contiennent une si minime quantité de sels, qu’on peut les considérer comme neutres : ce que j’ai pu, du reste, constater sur un très-grand nombre de mes malades, au moyen de papier de tournesol introduit entre les paupières.
Mais on rencontre beaucoup de personnes chez lesquelles les larmes sont constamment très-alcalines. Ces individus sont sujets à de fréquentes irritations des paupières ou de la cornée elle-même. D’autres n’accusent l’alcalinité des larmes que lorsque leur santé générale est gravement atteinte, que leur digestion est défectueuse, qu’elles ont des affections des reins, du foie, etc.
Pour connaître bien exactement l’état des larmes, je conseille d’introduire entre les paupières un morceau de papier de tournesol : l’exagération de l’alcalinité sera immédiatement dévoilée.
Dans quelques cas rares, surtout chez les phthisiques, les rhumatisants, ou pendant des fièvres graves, les larmes accusent des propriétés acides; ce qui explique l’injection des conjonctives chez les malades atteints dé ces affections.
La présence de l’iode dans les larmes peut être facilement reconnue au moyen de papier albuminé.
Chez les personnes qui sont sous l’influence de l’intoxication saturnine, les larmes peuvent contenir une faible quantité de sels plombiques, que l’on constatera au moyen de papier imprégné d’une solution de tannin.
On a observé lès larmes . sanguinolentes dans quelques cas exceptionnels. Forestier, H a vers, Rusas, en ont vu des exemples. Hasner a rapporté récemment un fait de ce genre chez une femme non réglée. H y a évidemment là une hémorrhagie ou transsudatîon sanguine dans l’intérieur des vésicules glandulaires.
Bibliographie. — Forestius, 'Observationês et curationes médicinales, 11b. XI, obs. 13. Francofurti, 1634. — Havers, Philosoph. Transact. London, 1716. — Rosas, Handhuch der Augenheilkunde , Bd. II, S. 347. Wien, 1830. — Wardrop, Lancet, 29 novembre 1834. — Weller, Maladies des yeux , t. I, p. 178. — Bouisson, Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier, mai 1847. — Salomon, Ann. d’oculist., 1854, t. XXXII, p. 96. — Denonvilliers et Gosselin, Compendium de chirurgie, t. lit, p. 178, 1858. — Hasner, Ann. d’oculist., t. XL1JI, p. 192 ; et Wiener medicinische Wochenschrift, 1859, n° 44, — Dixon, Medical Times and Gazette, -28. juill. 1860.
ORGANES EXCRÉTEURS DES LARMES OU VOIES LACRYMALES