OPHTHALMIE PURULENTE DES ENFANTS SCROFULEUX
Les enfants scrofuleux, chétifs, et tous ceux qui subissent l’influence d’une mauvaise hygiène, et qui se trouvent dans un air vicié, infecté, peuvent être atteints d’une ophthalmie purulente, qui diffère essentiellement de celle des enfants nouveau-nés.
Symptomatologie. — La maladie débute habituellement par une conjonctivite légère : la conjonctive palpébrale s’injecte, et il se manifeste une sécrétion peu abondante de mucosités. Mais bientôt l’affection prend un caractère plus sérieux, soit par suite de la négligence des parents, soit par l’effet de la contagion et de la transmission de l’affection purulente de la part des enfants nouveau-nés ou des malades atteints de l’ophthalmie purulente.
Sous l’influence de la constitution scrofuleuse, les paupières de l’enfant sont prises subitement d’un gonflement excessif : l’œil est gros , comme l’on dit habituellement. Lorsque cette affection atteint à ce degré de gravité dans un œil, l’autre, quoique malade aussi, devient plus clair, et son état s’améliore très-sensiblement.
Pour ouvrir l’œil ainsi affecté, on rencontre une très-grande difficulté, à peine est-il possible de voir la cornée. Il s’échappe du cul-de-sac conjonctival une certaine quantité de pus verdâtre, tandis que la conjonctive palpébrale paraît lisse, presque luisante, fortement injectée. La paupière est tellement épaisse que son volume est quatre à six fois plus grand que dans l’état normal. Si on la renverse, il peut se produire une luxation du cartilage tarse, et si la réduction n’est pas opérée pendant les vingt-quatre heures, il devient ensuite impossible de maintenir la paupière fermée : l’ectropion se reproduit continuellement.
Le pus arrive en grande partie du cul-de-sac conjonctival, ce qui a autorisé Giraldès (1) à dire que, sous l’influence de cette ophthalmie, les glandes folliculaires et en grappes de cette région sécrètent ce liquide purulent qui jaillit en véritable flot aussitôt qu’on écarte les paupières.
La conjonctive oculaire devient aussi le siège d’une inflammation; il y a un chémosis phlegmoné, qui est dangereux pour l’œil lui-même; d’autre part, dans les formes graves, la cornée est atteinte dès le début, et elle subit le travail de ramollissement qui peut amener la perforation partielle ou la destruction totale de cette membrane. Un pareil fait s’est présenté dernièrement chez un enfant que nous avons vu en consultation avec le docteur Ruffet (de Paris). Nous avons vu pourtant chez quelques malades l’infiltration rester pendant longtemps dans la cornée sans amener sa destruction.
(1) Giraldès, Maladies chirurgicales 0 1868, p. 468.
En gértéral, on peut dire que c’est surtout le tissu cellulaire des paupières, ainsi que le tissu fibreux (ligament du cartilage tarse), qui subit une infiltration scrofuleuse des plus marquées, et il est extrêmement difficile de le faire disparaître. Giraldès a donné à cette forme de la maladie le nom d’ophthalmie phlegmoneuse .
Je dois pourtant faire remarquer que, bien qu’elle offre l’apparence d’une inflammation phlegmoneuse des paupières, sa marche montre qu’il n’existe pas de véritable phlegmon ni d’abcès consécutif.
Cette maladie est très-douloureuse, surtout lorsqu’on essaye d’écarter les paupières. Le soir et la nuit, les petits malades sont sujets à des insomnies ; ils ont de la fièvre et se plaignent beaucoup. Ces douleurs vives indiquent une grave altération de la cornée et de l’iris.
Marche, terminaison. — La marche de l’affection n’est jamais bien déterminée ; ejle varie selon les individus et selon leur constitution.
/ La terminaison est ordinairement fatale; dans les cas heureux, c”est une opacification da la cornée sur une grande étendue. Mais, le plus souvent, cetta membrane se ramollit totalement et il survient un staphylôme général.
Anatomie pathologique. — La conjonctive n’est, en apparence, le siège que d’une légère altération; cette membrane est injectée, boursouflée et luisante; l’épithélium s’altère. La conjonctive bulbaire est fortement épaissie, ainsi que le tissu cellulaire sous-conjonctival. Celte infiltration est de la même nature que celle du tissu cellulaire palpébral ; elle est constituée par une sorte de lymphe plastique coagulable, et qui ne donne jamais lieu ni au pus, ni aux abcès. Par suite de cette infiltration, il se produit un chémosis phlegmoneux qui amène un étranglement des vaisseaux sanguins et lymphatiques au bord de la cornée, lequel gêne ou arrête la nutrition de cette membrane.
Étiologie. — Cette affection se déclare d’une manière insolite, sous l’influence / d’une cause scrofuleuse, chez les enfants qui subissent l’action d’un vice constitutionnel. Ces enfants présentent des éruptions sur le cuir chevelu ou derrière les oreilles; puis ces éruptions se portent au nez; les lèvres deviennent œdémateuses, boursouflées; ensuite l’œil se prend.
Les causes occasionnelles peuvent être recherchées dans le refroidissement, l’humidité, le mauvais régime, etc. Quelquefois la maladie a été communiquée par des enfants nouveau-nés là où se trouvent réunis un certain nombre d’enfants atteints d’ophthalmie purulente, comme dans les maisons d’accouchement et celles où sont recueillis des enfants trouvés. En général, c’est une affection de la pre- / mière enfance; elle se déclare à partir de quatre à six mois après la naissance jusqn’à huit à dix ans.
Pronostic. — Il est extrêmement grave, et, dans la grande majorité des cas, la vue de l’œil primitivement affectée est compromise.
Traitement. — La première indication est de tenir les yeux très-propres, ce qu’on peut obtenir par les injections faites entre les paupières avec une infusion légèrement aromatique et contenant une faible solution d’iode.
Qn doit examiner avec attention l’état de la cornée et de la sclérotique, observer si le chémosis se forme, et le scarifier immédiatement. L’instillation d’atropine dans l’œil, deux ou trois fois par jour, ne doit jamais être négligée.
Pour «ombattre l’inflammation des paupières, on agira simultanément sur la
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conjonctive et sur la peau. La conjonctive doit être touchée tous les jours une fois avec le crayon de sulfate de cuivre.
La peau des paupières esjt rouge, les tissus sous-jacents sont boursouflés et infiltrés. Pour combattre ces altérations, on badigeonnera la surface cutanée des paupières soit avec de la teinture d’iode, soit avec une solution concentrée de nitrate d’argent (2 grammes pour 8 grammes d’eau).
Les frictions mercurielles, des bains généraux avec le sublimé, et les préparations iodiques à l’intérieur doivent être associés au traitement local.
Cette maladie est grave; elle résiste souvent à tous les traitements, et ne cesse qu’après avoir fait des ravages considérables dans toutes les membranes de l’œil.
L’application de vésicatoires à la nuque ou derrière l’oreille peut être très-efficace pour combattre la prédisposition, et même dans la période d’évolution elle peut arrêter la marche de la maladie, ce qui a été constaté par Guéneau de Mussy et par moi-même.
Bibliographie. — Landau, Mémoire sur le diagnostic des ophthalmies catarrhales et scrofuleuses [Archives de mèd ., 1836, t. XII). — Trousseau, Des ophthalmies à l’hôpital des Enfants malades [Ann. d’oculistique, 1856, t. XXXV, 288). — Giraldès, Leçons cliniques sur- lès maladies chirurgicales des enfants, Paris, 1868, 3e fascicule, p. 464.
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