TUMEURS ÉPITHÉLIALES ET CANCÉREUSES DE LA CONJONCTIVE
Les tumeurs malignes de la conjonctive ne diffèrent en rien de celles que l’on rencontre dans les paupières et les autres parties du bulbe. Elles sont de trois sortes : V épithélioma, le cancer médullaire et le cancer mélanique.
Ces tumeurs débutent habituellement par les paupières ou les membranes profondes de l’œil et n’envahissent la conjonctive qu’après avoir atteint successivement tous les tissus interposés.
C’est ainsi que les choses se passent dans les trois variétés de tumeurs cancéreuses.
Il arrive pourtant que l’épithélioma semble débuter, soit par la conjonctive, soit par le tissu sous-conjonctival du bulbe, soit enfin par la caroncule, comme dans le cas de B. Anger (voy. fig. 103). Cette tumeur se montre primitivement au bord et à une certaine distance de la cornée, sur la sclérotique, sous forme d’une petite élevure rougeâtre, bien limitée, recevant une grande quantité de vaisseaux fortement développés.
Elle n’est pas douloureuse au toucher et n’amène ni irritation ni inflammation des parties voisines. Son volume reste à peu près le même pendant des mois; à ce moment, le diagnostic peut encore présenter quelque difficulté par suite de la ressemblance qu’elle peut avoir avec une périsclérite développée dans la région de la pinguécula ou avec une phlyctène périkératique, comme cela est arrivé chez un malade dont de Graefe (1) rapporte l’observation.
Mais bientôt la tumeur tendra à augmenter de volume ; elle prendra une teinte plus rouge, et sa surface deviendra bosselée et irrégulière ; le nombre des vaisseaux qui la nourrissent s’accroîtra d’une manière sensible, sans que pour cela la couleur de la sclérotique ou d’autres membranes change.
On aperçoit quelquefois au centre un petit ulcère, comme l’a remarqué Wells. De temps à autre le malade éprouve des élancements et des douleurs.
La maladie ne tarde pas à faire des progrès ; la tumeur s’avance du côté de la cornée et l’envahit bientôt si l’on n’intervient pas à temps.
A une période plus avancée,. le doute dans le diagnostic n’est plus permis; l’ulcère, devenant plus large, se couvre d’une sorte de masse granuleuse, pultacée, jau-
(1) Graefe, Archiv f. Ophthalmologie, Bd. VII, Abth. 2, p. 9, 1860.
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Fig. 103. — Épithélioma de la conjonctive et de la caroncule {*).
jonctive, doivent être extirpées le plus tôt possible. Afin d’éviter les récidives, on fera en sorte que l’extirpation dépasse de beaucoup les limites de la tumeur. La fig- 103, empruntée à B. Anger, représente le mieux l’opération qu’il faut pratiquer dans ce cas.
Lorsque la tumeur a envahi les couches sous-jacentes et qu’elle s’est portée à une certaine profondeur dans l’orbite, l’extirpation doit être abandonnée, et, selon le conseil du professeur Richet, il faut détruire la tumeur au moyen de la pâte de Canquoin.
Bibliographie. — Chelius, Handb . der Augenheilk., Bd. II, 1839, p. 486. — Sichel, Iconographie , texte, p. 604. — Mackenzie, Traité des mal. de l’œil , trad. par Warlomont et Testelin, t. I, p. 260. — Graefe, Archiv f. Ophthalm., Bd. VII, Abth. II, p. 9. — Thomas, Sur les tumeurs des paupières. (Thèses de Paris, 1865.) — Fano, Traité des maladies des ycax, t. I, p. 607. Paris, 1866.
(1) Abernethy, Sur gical Observations, etc. London, 1811.
. 0 À, tumeur épithéliale ; B, incision divisant la paupière supérieure ; C, incision séparant la partie inférieure du mal; D, incision découvrant l’apophyse montante : E, incision dé la conjonctive (B: Ansrer, Anatomie chi'mrteak. Paris, 1869, p. 316).