SCLÉROTIQUE
Anatomie. — La sclérotique est une membrane fibreuse qui constitue les cinq sixièmes de la coque oculaire (fig. 1 45, 1).
Elle est recouverte en avant par la conjonctive, qui s’unit à elle au moyen du tissu cellulaire très-lâche. Au-dessous de ces couches se trouve la capsule oeulo-palpébrale, ou capsule de Tenon, qui, en doublant le cul-de-sac conjonctival, s’avance sur le globe jusqu’à une distance très-rapprochée de la cornée, revient sur elle-même et constitue une coque externe qui se moule complètement sur la sclérotique et lui adhère d’une manière assez intime.
Fig. 144. — Capsule de Tenon recouvrant la sclérotique ainsi que le point d’insertion *• des muscles droits.
La capsule oculo-orbitaire fournit en arrière des gaines aponévrotiques à tous les muscles de l’œil. D’autre part, ces mêmes gaines s’élargissent en avant et se réunissent les unes aux autres, ainsi que l’ont démontré B. Anger (1) et Péan. La figure 4 44 représente exactement cette disposition de la gaine des muscles ainsique celle delà capsule s’avançant tout près de la cornée.
L’épaisseur de la sclérotique varie suivant l’âge et les individus; elle n’est pas non plus uniforme dans toutes ses portions. C’est dans le segment postérieur qu’elle a le plus de densité et d’épaisseur, de sorte que, au pourtour du trou optique, elle mesure, d’après J. Cruveilhier, Sée et Bowman, 4 millimètre. A mesure qu’on se rapproche
(1) Benj. Anger, Nouveaux éléments d’anatomie chirurgicale . Paris, 1869, p. 342.
de la partie équatoriale, elle s’amincit graduellement et n’a que 0mm,4 d’cpaisseur un peu en arrière de l’insertion des muscles; puis, arrivée près de la cornée, elle s’épaissit de nouveau et mesure 0mm,9. d’épaisseur (fig. 1 45).
Fie. 145. — Coupe du globe oculaire (*).
La couleur de la portion visible à l’œil nu est blanchâtre ou blanc bleuâtre ; souvent on remarque sur sa surface des taches grisâtres ou brunâtres constituées par des cellules pigmentaires incrustées pour ainsi dire dans son épaisseur, comme l’a démontré Talko (de Tiflis).
Structure. — La sclérotique est formée par des faisceaux du tissu fibreux, dont les uns sont disposés dans la direction des méridiens et les autres sont parallèles à l’équateur de l’œil. Ces fibres sont très-serrées et s’entre-croisent les unes les autres à angle droit (fig. 1 46). Ces différents faisceaux sont séparés par de fins réseaux de fibres élastiques, qui semblent présenter par places des cavités semblables à des canaux. Des masses pigmentaires se rencontrent surtout à la surface interne.
Vaisseaux. — Les artères et les veines sont très-nombreux dans la sclérotique; ce sont les ciliaires courtes postérieures qui forment autour du nerf optique un cercle vasculaire, dont une grande partie est destinée à la:choroïde, mais dont un certain nombre se répandent dans l’épaisseur de la sclérotique. Les ciliaires courtes anté-
(*) 1, sclérotique ; 2, conjonctive; 3, cornée ; 4, lame élastique antérieure de la cornée; 5, épithélium de la cornée ; 6, membrane de Demours ; 7, ligament peetiné ; canal de Fontana ; 9, choroïde ; 10, couche pigmentaire de la choroïde; 11, procès ciliaires; 12, muscle ciliaire ; 13, fibres orbiculaires de ce muscle; 14, iris î la, rétine ; 16, nerf optique ; 17, artère centrale de la rétine ; 18, fosse centrale ; 19, partie antérieure de la rétine et or a serrata ; 20, hyaloïde ; 21 , sa division en deux feuillets : 22, feuillet antérieur de l'hyaloîde ou zone de Zinn ; 23, ie même sectionné dans l’intervalle de deux procès ciliaires ; 24, feuillet postérieur de l’hyaloîde ; 25, canal de Petit ; 26, cristallin ; 27, ligne indiquant l’attache du feuillet postérieur de l’hyaloîde sur le cristallin ; 28, ligne onduleuse indiquant l’attache de la zone de Zinn ; 29, corps vitré ; 30, chambre antérieure ; 31, chambre postérieure.
MODE D’EXPLORATION DE LA SCLÉROTIQUE. 319
rieures, ou musculaires, fournissent des branches capillaires pour la portion antérieure de cette membrane. Au pourtour de la cornée il existe un plexus veineux, composé de vaisseaux très-serrés, ressemblant beaucoup à un canal et désigné sous le nom de cercle vasculaire de Hovius, ou canal Fontana. Dolbeau a fait de très-jolies préparations de ces vaisseaux, qu’on peut voir dans le musée Orfila.
Fig. 146. — Section de la sclérotique suivant la direction d’un méridien (*).
Jusqu’à présent, l’existence des lymphatiques dans la sclérotique n’a pas été démontrée.
Nerfs . — Les nerfs ciliaires passent à la surface interne de la sclérotique pour se porter à la membrane vasculaire ; mais, près de Fora serrata, ils donnent des ramuscules au muscle accommodateur, lequel est intimement lié, à sa partie antérieure, à la sclérotique. Il est donc très-probable que des filets nerveux se rendent aussi dans l’épaisseur de cette membrane. Bochdaleb et Kôlliker en ont, du reste, démontré l’existence .
Physiologie. — La sclérotique est une enveloppe protectrice des membranes internes de l’œil. Elle est très-dense, épaisse et résiste à toutes les violences qui viendraient du dehors. C’est ainsi qu’elle résiste jusqu’à un certain point à la pression exercée par les muscles droits externes, qui, en se contractant, compriment le globe de l’œil dans tous les points de leur contact.
D’autre part, grâce à son élasticité, elle peut se distendre jusqu’à un certain point, et elle permet ainsi à l’œil de contenir une quantité de liquides plus grande que d’ordinaire pendant certains troubles nutritifs et les inflammations, ce qui prévient la compression des membranes internes.
Mais, dans certaines conformations particulières, la sclérotique est très-épaisse et dure, sa distension devient impossible ; dans ces cas, la moindre augmentation de la sécrétion intra-oculaire amène une compression des nerfs ciliaires et du nerf optique, qui se traduit par un état pathologique connu sous le nom de glawxme.