‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 86 sur 245 · PROTHÈSE OCULAIRE, OEIL ARTIFICIEL · texte numérisé non relu

PROTHÈSE OCULAIRE, OEIL ARTIFICIEL

On peut commencer à porter la pièce d’émail trois ou quatre semaines après l’extirpation de l’œil, et six semaines à deux mois après l’amputation de l’hémisphère intérieur.

Les premiers jours, on ne la garde que pendant trois ou quatre heures, et on s’y habitue ensuite peu à peu.

En général, on ne doit pas laisser l’œil artificiel dans l’orbite plus de quinze à vingt heures : c’est pourquoi il est de règle de l’enlever pour la nuit, et de le mettre dans un verre d’eau tiède et non froide, autrement il pourrait éclater par suite du changement de température.

Quant à l’âge, il n’v a que l’extrême enfance qui contre-indique l’emploi de la prothèse oculaire, d’après le docteur Desjardins de Morainville. Boyer, Dupuytren et’Roux l’ont souvent conseillé pour les enfants de cinq à six ans.

Mode d'application. — L’introduction de l’œil artificiel est très-simple : après l’avoir humecté dans de l’eau, on le saisit par son bord inférieur, entre le pouce et l’index de la main droite, et on glisse son bord supérieur au-dessous de la paupière supérieure, qui est fortement écartée avec la main gauche. Une fois-la moitié de la pièce cachée par la paupière supérieure, on lâché cette dernière, et on écarte la paupière inférieure; à ce moment, on engage le bord inférieur de la prothèse dans le cul-de-sac conjonctival inférieur.

Pour enlever l’œil artificiel de l’orbite, on abaisse la paupière inférieure avec l’index de la main gauche, et on introduit la tête d’une grosse épingle dans l'angle interne, sous la coque d’émail. En appuyant avec celle-ci d’arrière en avant, on fait facilement sauter la pièce en bas; sur un mouchoir ou tout autre linge devant lequel on se tient pendant cette opération.

On ne doit pas oublier que l’introduction de l’œil entre les paupières, de même que son extraction, présentent quelques dangers pour l’œil d’émail, qui, luisant et poli, peut s’échapper des doigts, tomber sur le parquet et se briser; c’est pourquoi on aura soin de prendre les précautions que nous venons d’indiquer.

Conditions d’un œil artificiel bien confectionné. — 1° Un œil artificiel ne remplit son but que lorsqu’il n’est ni trop grand ni trop petit. Il n’est pas trop grand, quand les deux paupières peuvent se rapprocher l’une de l’autre lorsqu’on ferme les yeux, ou du moins si la fente qui reste est très-petite. Il n’est pas trop grand lorsqu’il ne repousse pas la paupière supérieure en avant, et que celle-ci peut exécuter libremeut tous ses mouvements.

2° La prothèse oculaire ne remplirait pas son but si la pièce était trop pet 'ie : les paupières n’auraient pas alors un appui suffisant, et ne pourraient s’ouvrir convenablement.

3° Un œil artificiel ne doit gêner le malade dans aucun de ses mouvements; la moindre souffrance indiquera une trop forte saillie de ses bords, ce qu’il faudrait corriger.

4° Ni trop petit, ni trop grand, l’œil exécutera tous les mouvements normaux.

5° Il faut que la couleur de l’iris et de la sclérotique soient les mêmes que dans l’œil sain ; que les vaisseaux sillonnent les angles, et que la pupille ait la même dimension que dans l’organe sain pendant qu’il regarde au loin.

6° La cornée et la pupille doivent se trouver un peu en dedans, afin que les

deux yeux présentent un léger degré de convergence. La cornée non plus ne doit être ni plus bas ni plus haut par rapport à l’autre œil.

7° Les pièces d’émail doivent toujours être d’un poli irréprochable ; les moindres rugosités peuvent irriter les paupières. C’est pourquoi il faut immédiatement changer la pièce lorsqu'on s’apercevra qu’elle est devenue terne et dépolie.

8° Les angles et les bords seront tout à fait lisses et émoussés, de même que toutes les échancrures.

9° Un œil artificiel doit être aussi léger que possible; il ne doit pas être non plus par trop mince, autrement il se briserait sous les doigts ou par les seuls efforts contractiles des paupières.

La prothèse oculaire reste complètement immobile dans l’orbite, lorsque l’œil a été extirpé en totalité avec les muscles, et non énuclé, comme cela est obtenu par la méthode de Bonnet. Un autre inconvénient non moins important, c’est qu’il y a à la suite un enfoncement disgracieux au-dessous de l’arcade sourcilière. Critchett corrige cette difformité en appliquant des petites ligatures de fil d’argent au-dessous du sourcil.

Bibliographie. — Ambroise Paré, Œuvres. Édition Malgaigne. Paris, 1840, t. II, p. 603. Hazard-Mirault, Traité pratique de l’œil artificiel. Paris, 1818. — Desjardins, Prothèse, œil artificiel {Bull, génér. de thérap. , 1831) ; et Essai sur Vhydropisie, etc., suivi des Réflexions sur l'ophthalmoplastie, thèse de Paris, 1837, p. 3). — Ritterich, Bas Künstliche Auge. Leipzig, 1852. — Boissonneau père, De la prothèse oculaire ( Comptes rendus du Congrès d’ophthalmologie, 1858, p. 434). — Burow, Notiz über künstliehe Augen {Archiv f. Ophthalm., Bd. VI, Abth. 1, p. 111). — Debout, Restauration de l’organe de la vision {Bull, de thérap., 1862, t,' LXIII, p. 417 ; 1863, t. XLIV, p. 188;, et 1864, t. LXVII). — Gaujot et Spillmann, Arsenal de lachirurgie contemporaine. Paris, 1870, t. II, p. 1 etsuiv.

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