NEUVIÈME PARTIE
CORPIS VITRÉ
Anatomie. — Le corps vitré ou hyaloïdien est une humeur hyaline, dense, sphéroïde, enveloppée d'une membrane mince et transparente, appelée membrane hya~ loïde. 11 remplit les deux tiers de la cavité du globe oculaire, et se trouve entre le cristallin et la rétine, à laquelle il sert de support.
1 . Membrane hyaloïde. — Celte membrane enveloppe l'humeur vitrée, et constitue un sac parfaitement clos. Son épaisseur varie selon qu'on l'examine dans son seg-
FiG. 247. — Membrane de l'humeur vitrée d'un fœtus de huit mois, vue par la face interne
ou rétinienne (*) .
(*) Préparation. Inciser successivement la sclérotique, la choroïde et la rétine ; l'humeur vitrée fait alors hernie et Von anlère d'un coup de ciseau la partie herniée, qu'on porte sous le microscope. Elle est homogène, amorphe,
CORPS VITRÉ
meût antérieur ou postérieur. Mesurant h peine 2 millièmes de millimètre dans le voisinage de la macula et du nerf optique, elle s'épaissit brusquement et d'une manière très-sensible, en s'approchant de l'ora serrata.
Cette membrane très -transparente, à déchirure très-nette, est, d'après Ch. Robin, tout à fait homogène, sans noyaux ni granulations (fig. 247). Sa surface externe est assez lisse et adhère intimement à la membrane limitante delà rétine; la surface interne est tapissée par un épithélium très-délicat. Les cellules épithéliales sont à peine perceptibles à l'état frais ; elles sont finement granulées, polygonales, mais à angles émoussés, comme le montre la figure 248, a,
2. Zonule de Zinn. — Au niveau de l'ora serrata, la membrane hyaloïde forme une sorte de collerette, qui porte le nom de zonule de Zinn. Plus loin elle se subdi-
f vise en deux feuillets, l'un antérieur et l'autre postérieur. Le feuillet antérieur, qui se moule d'une manière très-intime sur les plis des procès ciliaires, passe un peu en avant de ceux-ci, puis il les abandonne et s'attache à la partie antérieure de la capsule cristallinienne ; le feuillet postérieur se porte dans l'excavation hyaloïdienne, î et se confond avec la capsule postérieure. C'est la zonule de Zinn ou la couronne de la zone ciliaire qu'on voit autour du cristallin, enveloppant le corps vitré sous forme d'une collerette, dès qu'on a séparé la choroïde et l'iris du corps vitré.
La largeur de la zonule de Zinn est de 5 à 6 millimètres : d'abord d'une structure amorphe et dépourvue des stries fibrillaires, la hyaloïde ciliaire se décompose en fibres élastiques extrêmement fines et qui sont tantôt droites, tantôt onduleuses. Dans cette portion, elle se confond et s'unit intimement avec la partie terminale de la rétine. D'après Ritter, les fibres de la zonule de Zinn ne s'engagent point dans le? I intervalles des plis des procès ciliaires, qui ne sont occupés que par les dernières terminaisons de la rétine.
3. Canal de Petit. — L'espace triangulaire qui se trouve entre les feuillets antérieur et postérieur de la zone de Zinn, ainsi que la grande circonférence du cristallin, forme un canal qui porte le nom de canal de Petit ou canal godronné. Durant la vie, il est rempli d'un liquide clair qui facilite jusqu'à un certain point les fonctions d'accommodation.
4. Cupule hyaloïdienne. — Le corps vitré présente à sa partie antérieure une forte dépression, dans laquelle le cristallin est logé. Cette loge ou cupule porte le nom de cupule hyaloïdienne. Elle est recouverte par la membrane hyaloïdienne, à laquelle la capsule postérieure du cristallin adhère intimement, mais simplement par contact immédiat, comme le remarque très-justement le professeur Robin.
5. Humeur vitrée. — La substance dont se compose la masse du corps vitré est une humeur particulière que Ch. Robin compare au blanc d'œuf, et. qui, d'après Ritter, ressemble à du mucus épais. Sa structure intime n'est pas encore bien déterminée et reste jusqu'à présent matière à discussion et à controverse. Les uns la considèrent comme étant composée des cellules; d'autres comme Robin et Ritter, n'admettent pas la présence des cellules dans sa structure. La préparation qui nous a été obligeamment communiquée par le professeur Robin, et que nous sommes heureux de reproduire (fig. 247), montre d'une manière admirable la vraie structure delà membrane de l'humeur vitrée d'un fœtus de huit mois, vue par la face interne ou rétinienne. On y voit des leucocytes adhérents sans trace de cellules.
Donné (i) a, le premier, fait voir dans l'humeur vitrée un grand nombre de cor-
(1) Donné, Archives ginér. de méd., t. XXIII, p. 113, et Co7/,rs de microscopie complémentaire des études médicales. Paris, 18ii4.
hyaline, épaisse de 0""",002, et plisse très-facilement (voyez en dd), de manière à sembler striée au premier coup d'œil. On voit par transparence des leucocytes adliérents à sa face interne ou vitrée. Sa face externe ou rétinienne a entraîné de la matière amorphe de la couche limitante de la rétine, qui se cj-euse rapidement de nombreuses petites vacuoles (6, b, b) hyalines : elle a entraîné aussi des myélocytes de la rétine (c). — Grossissement de 550 diamètres. (Ch. Koôin.)
CORPS VITRÉ
puscules ayant 4/400 à 1/500 de pouce de diamètre, et d'une pesanteur spécifique moindre que le fluide dans lequel ils sont contenus.
Virchow et Kolliker avaient constaté la présence des cellules dans les corps vitrés des embryons de certains animaux. Mais c'est surtout Donkan (1), élève de Donders, qui a démontré d'une manière positive que les cellules entrent en grande proportion dans la conformation muqueuse de cette humeur.
Selon Weber (2), le corps vitré se compose des cellules fusiformes et étoilées^ qui
FiG. 248, — Cellules du corps vitré (*).
s'entrecroisent et s'anastomosent entre elles pour constituer une sorte de charpente, à laquelle sont attachés des appendices muqueux. Pour la mieux voir, on doit se servir des liquides dépourvus de la propriété de coaguler celte humeur et d'une solution de carmin ou de bleu de Prusse.
Que ces cellules existent, il n'y a aucun doute; mais sont- ce des cellules accidentelles, ou entrent-elles dans la composition inlime du corps vitré? C'est ce qui est jusqu'à présent difficile à dire.
Pour Iwanoff (3), à part les cellules étoilées de Weber, le corps vitré contient encore des cellules épithéliales, décrites par Ritter, les cellules étoilées observées par Virchow et Weber, et les cellules vésiculeuses semblables aux physalifores et que Donkan a si bien décrites.
6. Vaisseaux. — On sait que pendant un certain temps de la vie intra-utérine, l'humeur vitrée n'a qu'un petit volume, et que le cristallin se trouve très-rapproché du segment postérieur du globe. Dans ces conditions, l'artère centrale du nerf optique envoie une branche appelée artère hyaloïdienne, qui atteint la cupule hyaloïdienne, et se divise dans la capsule postérieure en plusieurs branches qui se portent
(1) Doukan, Dissert, de corporis vitrei structura. Utrecht, 1854.
(2) Weber, Archiv f. PathoL, Anat. u. Physiol.von Virchow, Bd. XIX, p. 376.
(3) Iwanoff, Arch. /. Ophthalm. von Graefe, Bd. XI, Abth. 1, p. 164.
(*) a, cellules épithéliales de la hyaloide ; h,b,b,b, cellules du corps vitré munies de nombreux prolongements : quelques-unes de ces cellules ne contiennent qu'un seul noyau, d'antres au contraire en possèdent jusqu'à trois ; c, leucocytes adhérents à la membx^ane hyaloidienne.
MODE d'exploration DU CORPS VITRÉ.
vers la grande circonférence de la lentille., et de là vers la capsule antérieure et le réseau pupillaire (fig. 249, i,h^i) et s'anastomosent avec les vaisseaux iriens.
Weber pense aussi que les branches terminales de l'artère hyaloïde s'anastomosent encore avec les vaisseaux externes du corps vitré, dont Schroder Van der Kqlk a démontré l'existence pendant la vie fœtale. Denonvilliers et Richet ont déposé au musée Orlila des pièces anatomiques où l'on peut voir comment l'artère hyaloïde arrive à la capsule postérieure et s'y termine par une ampoule.
Dans les dernières périodes de la vie fœtale, les vai^sseaux du corps vitré s'atrophient et disparaissent complètement.
J. Gloquet décrit un canal cylindroïde du corps vitré, qu'il a appelé canal hyaloidien, et qui résulterait de la réflexion de la membrane hyaloïdienne elle-même.
Slilling ('!), a reconnu, en effet, la présence de ce canal chez plusieurs animaux, mais il n'est pas, selon lui, tapissé par la membrane hyaloïde renversée. Pour Stilling on constate, dans le corps vitré, un noyau et les couches concentriques^ Cette opinion sur les couches concentriques a été déjà soutenue avant Stilling, et Vallée (2) n fait des calculs sur leur réfraction. Mais en est-il réellement ainsi? C'est ce qu'il est impossible de démontrer dans l'état actuel de la science.
Physiologie. — Le rôle physiologique du corps vitré est double, jouissant d'une transparence parfaite et ayant un indice de réfraction de 1 ,339 (Brewster), il concourt avec les autres milieux de l'œil à la réfraction des rayons lumineux. D'autre part, par sa consistance égale à celle du verre fondu et par son poids spécifique (1 ,005), cette humeur sert de support, sur lequel s'étale la rétine.
La nutrition du corps vitré se fait probablement au moyen des liquides sécrétés par le cercle ciliaire et qui y arrivent par l'endosmose et l'exosmose, en traversant la membrane hyaloïde à sa partie antérieure. La rétine étant dans cette région complètement confondue avec la membrane hyaloïde, ne remplit aucun rôle utile pour la vision, ce qui fait que ce mécanisme nutritif ne gêne en aucune façon ses fonctions visuelles.
Stellwag von Carion pense que la nutrition de la partie postérieure du corps vitré se fait au moyen des vaisseaux rétiniens, ce qui nous paraît inadmissible.
(t) Slilling, Eine Studie ùbcr den Bau der Glaskôrper {Archiv f. Ophthabn,, Bd. XV, Ablh. 3, S. 299).
(2) Vallée, Théorie de l'œil. Paris, ISliZ.
(*) a, h, artère hyaloïde s'épanouissant sur la cristalloide postérieure ; c,d,e,i, membrane piipillaire ses vaisseaux ; II, rentre de la membrane ; f,g,i^ soléro tique.
FiG. 249. — Corps vitré (*J.
CORPS VITRÉ