‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 32 sur 122 · ANATOM[E DU NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

ANATOM[E DU NERF OPTIQUE

la sclérotique avec les fibres de la membrane élastique. Dans d'autres cas, pourtant, je les ai vues se prolonger jusqu'au niveau de la rétine.

Fjg. 255. -- Coupe transversale du nerf optique, d'après Ritter (*).

Lame criblée. — Le Irou sclérotical que franchit le nerf optique est aussi traversé par des fibres scléroticales abondantes se croisant dans tous les sens et formant une sorte de membrane criblée. Cette disposition était évidemment nécessaire pour donner au nerf optique une grande force de résistance à la pression intra-oculaire.

Le nerf optique ne peut donc pas franchir le trou optique en masse, mais chaque fibre ou paquet de fibres isolées passe par une ouverture séparée de la lame criblée. La même chose a lieu pour les vaisseaux du nerf optique qui ont des loges et des ouvertures spéciales dans celte même lamelle.

Vascularisation des organes centraux visuels et des nerfs optiques, — Les organes centraux visuels sont trcs-vasculaires ; ils reçoivent, comme le premier nous les avons riécriîs, des branches qui leur sont spécialement destinées (1). Les recherches de Albult (de Londres) (2) ont complètement confirmé ma manière de voir, et ce n'est que dans quelques cas qu'il a vu une disposition différente. Ces parties reçoivent leur nutrition par les vaisseaux suivants :

1° Une branche artérielle entre dans le bord postérieur du testes et se distribue dans ce dernier ; c'est Vartére du testes ou optique postérieur ;

2° Quatre vaisseaux assez volumineux s'engagent dans la bandelette optique au niveau du bord postérieur des pédoncules cérébraux en m (fig. 254). Deux de ces vaisseaux sont des artères, et nous les désignons sous le nom ^'artères optiques m,oyennes ou genouillées. Elles proviennent du plexus choroïdien.

3" Une branche assez volumineuse l (fig. 25i), provenant de la cérébrale

(1) Galezowski^ Etude ophthahnoscopique sur les altératiotis du nerf optique, etc. Paris^ 1866, p. ?>!x.

(2) Albult, Medic. Times and Galette, 9 rnay 1868, p. ,A96.

(*) A; ^aîne extefiie ; 15, gaine iijterne; C, tissu celliilcux làclu? inturpuse entre les deux gaines; D, vaisseaux sanf>nins du nerf; E, vaisseaux eentraux ; F, vaisseaux les [dus étroits du nerf; G, vaisseau de la gaine exierue. - Grossissement, iO diamètres. (Wecker, Tmitv des maladies des yev.v.)

5io

moyenne (?'), se rend à la partie antérieure de la bandelette optique. Nous la nommons Va7Hère optique antérieure,

4° Quelques rameaux filiformes vont de la pie-mère au chiasma.

5" L'artère centrale de la rétine est une branche directe de l'artère ophthalmique, et quelquefois elle provient de la ciliaire postérieure externe. Elle pénètre dans le nerf optique à un centimètre de la sclérotique, et chemine dans son épaisseur au voisinage de la veine centrale dans une gaîne spéciale. Après avoir franchi le trou spécial de la lame criblée, elle se divise au moment d'arriver à la surface de la papille en deux branches, une supérieure et l'autre inférieure.

Celte artère est destinée à la nutrition de la rétine et ne donne que très-peu des branches collatérales pour le nerf optique lui-même, la nutrition de ce dernier ne se faisant que par les vaisseaux méningés ou cérébraux. Les expériences que nous avons établi avec le docteur B. Ânger (1), nous ont permis de démontrer que la nutrition du nerf optique "est presque complètement indépendante de celle des vaisseaux rétiniens ; elle dépend des vaisseaux cérébraux et non de l'artère centrale de la rétine.

Physiologie. — Le nerf optique est le nerf exclusif de la vision et nul autre ne peut le remplacer dans ses fonctions, c'est au moyen de ce nerf que les impressions lumineuses de la réline se transmettent au centre nerveux visuel. — Ch. Bell et Magendie ont démontré que le nerf optique est complètement insensible aux irritations mécaniques. Lorsqu'on les coupe, comme, par exemple, dans l'énucléation de l'œil, le malade éprouve la sensation de la lumière, comme j'ai pu m'en convaincre sur un grand nombre de mes opérés.

Mais le nerf optique n'est pas apte à saisir par lui-même les impressions lumineuses venues du dehors; en effet, il n'y a qu'un seul point dans toute l'étendue de la rétine qui forme un punctum cœcum dans le champ visuel, c'est la papille du nerf optique.

Les tubercules quadrijumeaux sont considérés comme des centres optiques. Il résulte de toutes les expériences qu'après l'ablation des tubercules quadrijumeaux ou bijumeaux (selon la classe de vertébrés), un animal ne peut plus voir les objets qui l'entourent. C'est ainsi que Vulpian et Philippeaux ont établi que si l'on blesse ou détruit les tubercules quadrijumeaux, il en résulte la perte de la vue avec immobilité et dilatation de la pupille.

Gratiolet place l'organe central de la vision dans les lobes cérébraux, mais ce fait n'est pas encore démontré. Il est vrai que Magendie (2) et Flourens (3) affirmaient que, lorsqu'on enlève à un animal le lobe cérébral d'un côté, l'animal ne voit plus de l'œil du côté opposé. Mais Bouillaud (4) par ses expériences, est arrivé à des résultats diamétralement opposés, et il est porté à croire qu'un animal sans lobes cérébraux perçoit des sensations lumineuses. Longet a relaté des faits pathologiques qui démontrent que chez l'homme, la vue peut rester intacte dans les deux yeux malgré l'atrophie considérable d'un hémisphère, ou malgré une perte énorme de sa substance dans certaines lésions traumatiques du cerveau.

Le rôle des corps genouillés n'est pas encore établi.

Quant aux couches optiques, nous savons aujourd'hui d'une manière positive qu'elles ne remplissent aucun rôle dans la vision ; il n'y a que la surface corticale, à laquelle sont accolés les corps genouillés et l'origine des bandelettes optiques qui sont en rapport direct avec l'organe de la vision.

(1) B. Anger, Nouveaux éléments (Tanatomie chirurgicale. Paris, 1869, p. 343.

(2) Magendie, Précis élémentaire de physiologie ^ t. I, p. 244. Paris, 1836.

(3) Flourens, Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux^ etc., 2^ édit. Paris^ 18à2, p. 31.

(4) Eouillaud, Recherches expérimentales sur les fonctions du cerveau en général et sur celles de sa portion antérieure en particulier {Journal de physiol. expérim., t. VI, p. 527, 1830).

Page 1