MALADIES DU NERF OPTIQUE
L'étude des maladies du nerf optique acquiert une importance considérable justement à cause des relations intimes qui existent entre le cerveau et ce nerf. Les altérations de certaines parties du cerveau, et principalement des parties qui restent en rapport direct ou indirect avec les centres optiques se traduisent par des modifications notables dans la papille.
L'observation journalière nous montre, en effet, que des méningites basilaires, des tumeurs cérébrales et différentes autres maladies des centres nerveux amènent des modifications tellement marquées dans la papille, que nous sommes souvent en état de conclure, d'après les désordres ophthalmoscopiques, du genre d'altération cérébrale, et quelquefois même de localiser son siège.
Ces résultats sont très- importants, et en parlant de chaque affection du nerf optique en particulier^ nous les exposerons d'une façon spéciale.
Mais entre les résultats certains, rationnels de l'examen ophlhalmoscopique et ceux qu'on a prétendu introduire dans la science sous le nom de cérébroscopie, il y a un abîme.
Il est diflficile, en effet, d'admettre que l'examen ophthalmoscopique puisse donner des résultats sûrs et constants dans l'idiotie, la mélancolie, l'épilepsie, etc. , et, malgré les chiffres qui ont été mis en avant à ce sujet par l'auteur de la Céréhroscopie, nous répondrons avec Perrin (2) :
« Ces résultats ont besoin, avant d'inspirer confiance, d'être confirmés par des observations assez complètes, assez précises pour permettre un examen critique; les gros chiffres, avancés sommairement, peuvent éblouir ou surprendre, mais ils n'éclairent ni n'entraînent la conviction de personne. »
Que dire aussi du glaucome considéré comme un signe d'apoplexie cérébrale et d'hydrophthalmie dans l'hydrocéphale? de l'hypérémie de la papille, après les accès, et de l'anémie pendant les accès de manie?
Pour nous, les affections du nerf optique sont de deux sortes; les unes inflammatoires; d'autres, au contraire, se traduisent par une atrophie et une destruction de ses fibres. Mais, pour bien comprendre les changements morbides qui se présentent à l'ophthalmoscope, nous sommes obligé de faire précéder cette étude d'une description de l'aspect physiologique de la papille.
Voici le tableau synoptique des différentes altérations que nous aurons à étudier :
1^ Aspect ptiysiologique de la papille. 5° Atrophies de la papille. 2° Hypéréraie de la papille. 6" Excavation de la papille.
3° Apoplexie du nerf optique. 7° Tumeurs du nerf optique.
4° Névrite et péri-névrite optique,
(1) Voyez pour plus de détails mon livre : Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatos copie rétinienne. Paris^ 1868.
(2) Perrin, Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optométrie, Paris, 1870. p. 261.
NERF OPTIQUF,.
ARTICLE II
ASPECT PHYSIOLOGIQUE DE LA PAPILLE OPTIQUE
L'extrémité intra-oculaire du nerf optique est appelée papille. A l'examen ophthalmoscopique, elle se présente sous forme d'un disque arrondi, de nuance blanc rosé qui se dessine très-distinctement sur le fond orangé rouge de l'œil.
L'aspect physiologique de la papille doit être étudié au point de vue de la forme des contours de volume et surtout de sa coloration, de sa transparence et de sa vascularisation.
1. Forme. — La papille se présente le plus souvent sous forme d'un disque ovale, son plus grand diamètre étant dirigé verticalement. Dans d'autres cas, elle est parfaitement ronde, surtout lorsqu'on l'examine à l'image droite et qu'on a affaire à un œil hypermétrope. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels qu'elle est ovale dans le sens horizontal^ et ce changement de forme est dû à une anomalie de réfraction, appelée astigmatisme.
La papille peut changer de forme pendant l'examen ophthalmoscopique; on la voit en effet s'allonger ou s'élargir à chaque mouvement de l'œil ou du miroir. Ces changements ne peuvent être dus qu'au staphylôme conique pellucide ou aux opacités centrales de la cornée, ce dont on peut s'assurer par l'éclairage oblique,
2. Contours. — Les bords de la papille se détachent d'ordinaire très-nettement du fond de l'œil; ses contours sont simples et bien accentués.
Dans certains cas, les contours sont doubles et la papille se présente entourée d'un anneau blanc, comme on peut en juger par la figure 259. Cet anneau blanc peut dépendre de deux causes, tantôt le trou choroïdien, à travers lequel pa^ise le nerf optique est relativement trop grand et ne peut être complètement rempli par ce dernier : on verra alors une partie du bord sclérotical. Tantôt les fibres de la gaîne interne du nerf optique se prolongent jusqu'à la papille et, étant d'une icinio différente de celle de la papille, elles forment un anneau blanc au pourtour. La figure 260, b représente la disposition de cette dernière.
Il n'est pas rare de rencontrer un demi-cercle ou une tache noire sur le bord externe ou interne de la papille. Elle est le résultat d'un dépôt de pigment dans le trou choroïdien; se trouvant par conséquent au-dessous de la réline, elle ne peut avoir aucune signification pathologique.
Les bords de la papille peuvent être échancrés et irréguliers sans que pour cela il y ait un état pathologique quelconque : cela ne pourra constituer qu'une simple anomalie.
3. Volume. — La papille se présente à l'ophthalmoscope de volume trèsvarié, selon que l'on se sert dans l'examen à l'image renversé d'une lentille de 1 1/2, de 2 ou 2 1/2 pouces de foyer. Ainsi, plus la lentille est forte, plus l'image sera petite; si elle est faible au contraire, la papille apparaît beaucoup plus grande.
En nous servant habituellement d'une lentille de 2 1/^ de foyer, nous obtenons une image de la papille dont le diamètre vertical est de 0"',12, sur O'^^IO de largeur. A l'image droite, la papille est encore plus grande.
La grandeur apparente de la papille varie aussi suivant le degré de réfraction
ASPECT PHYSIOLOGIQUE DE LA PAPILLE OPTIQUE
de l'œil examiné. L'observation journalière nous montre, en effet, qu'elle se présente très-petite chez quelques myopes, tandis qu'elle paraît être très-grande chez les hypermétropes,
FiG 259. — Papille physiologique vue à rophthalmoscopu.
Jaeger a constaté sur les cadavres que les dimensions de la papille changeaient selon les individus. Dans les yeux d'un grand volume, le diamètre transversal était
F)G. 260, — Coupe de la papille du nerf optique d'après Jaeger (*).
en moyenne de 0,75 et le vertical de 0,70 ; au contraire, dans les très-petits yeux, ces diamètres n'étaient que de 0,55 et 0,/!|9 lignes. Il est évident que les mêmes clilîcrences doivent s'observer aussi à l'examen ophthalmoscopique.
h. Coloration. — La papille du nerf optique présente une coloration bien distincte du reste du fond de l'oeil ; elle est blanche avec une teinte visiblement rosée. Celte teinte est beaucoup plus prononcée à la périphérie qu'au centre. Elle varie
(*) «, cupule unhale ; h, gaine interne du nerf optique ; c, gaîne externe.
ni:rf optique.
chez les difFéreiUs sujets et selon l'âge, ce qui dépend essentiellement des nombreux vaisseaux capillaires qui sillonnent le nerf optique.
On remarque au centre de toutes les papilles une tache ronde blanchâtre, située au point d'émergence des vaisseaux centraux (fig. 259). Souvent elle n'est pas plus grande qu'une grosse tête d'épingle ; dans d'autres cas, au contraire, elle occupe le tiers ou le quart de toute la papille.
Cette tache blanche est formée par une dépression qu'on observe habituellement au centre de toute papille normale, comme Muller et Sappey l'ont très-bien démontré. La dépression ou cupule, d'après Sappey, provient de ce que les fibres nerveuses, après avoir franchi la lame criblée, s'infléchissent pour s'épanouir ensuite à la surface interne de la réline. Mais l'inflexion des fibres nerveuses et leur épanouissement se faisant du centre de la papille vers sa périphérie, il s'ensuit naturellement une petite dépression au centre. Sa profondeur n'est pas toujours la même, et plus les couches rétiniennes sont épaisses, plus l'excavation devient profonde. Elle peut, en outre, s'étendre en largeur et se transformer en une vraie excavation que nous étudierons plus loin.
Les autres parties de la papille ne sont pas non plus colorées d'une manière uniforme: on remarque ordinairement plus de rougeur du côté externe et moins du côté interne (image renversée), ce qui lient à la distribution particulière des vaisseaux.
5. Transparence. — Le nerf optique se compose de tissu conneclif de la gaine et des fibres optiques, qui sont jusqu'à un certain degré transparents. D'où il résulte qu'en regardant dans le fond de l'œil avec l'ophlhalmoscope, non-seulement nous pouvons distinguer les détails de la surface de la papille, mais encore voir à une certaine profondeur dans l'épaisseur du nerf optique lui-même. !
6. Vascularisation. — La papille est sillonnée de nombreux vaisseaux, dont l'origine se trouve à peu près dans son centre ou un peu rejetée vers le côtéi nasal. Ces vaisseaux sont l'artère et la veine centrales de la réline. i
D'après les recherches de Donders (1), l'artère centrale traverse la lamecribléf comme une branche unique, et ce n'est qu'à la surface de la papille qu'elle s( subdivise en une branche supérieure et une ijiférieure. On la voit ainsi toujoun déboucher sur la papille par un petit bout de vaisseau placé transversalement ei se subdiviser ensuite en deux branches. La veine centrale opère sa subdivisior dans l'intérieur du nerf optique à 0,005 millimètres en arrière de la sclérotique et n'apparaît sur la papille que comme deux branches isolées, une supérieure el une autre inférieure.
Les deux branches artérielles et veineuses supérieure et inférieure se subdivisent chacune à la limite de la papille en deux branches collatérales, s'épanouis-l sent sur la rétine où, en se divisant dicholomiquement, elles forment un arbre vasculaire très- caractéristique.
11 y a pourtant dans la disposition et le nombre des veines centrales des variétés tellement nombreuses, qu'il serait difficile de les énumérer. On y remarque quelquefois jusqu'à quatre et cinq veines principales qui peuvent être unies ou séparées vers le centre de la papille.
(1) Donders, Archiv f. Ophthalm., Bd. I, Abth. 2, S. 86. ^
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L'arière et la veine centrales donnent encore dans l'épaisseur quelques rares branches secondaires qui sortent sur la papille comme des branches isolées et se perdent dans les parties voisines de la rétine.
A part ce système vasculaire central, il y a encore dans la substance du nerf optique des vaisseaux capillaires méningés ou cérébraux qui arrivent jusqu'à la papille avec la gaîne interne, et que j'appelle nourriciers du nerf optique. J'ai démontré le premier (1) leur existence, et ils ne me paraissent pas avoir une grande communication avec les vaisseaux de l'artère centrale.
La vascularisation de la papille est donc en rapport direct avec celle des centres optiques, tandis qu'elle reste habituellement isolée des vaisseaux choroïdiens et de tout le système des vaisseaux ciliaires. Pourtant, les recherches de Ed. Jaeger (2) ont prouvé que les artères ciliaires postérieures forment un cercle vasculaire autour du nerf optique, dont certaines branches collatérales s'engagent dans l'épaisseur du nerf optique ; elles s'anastomosent, d'après Leber (3), avec les branches de l'artère centrale.
Différence entre les artères et les veines. — Il n'est pas difficile de distinguer les artères des veines de la papille : les premières sont ordinairement moins volumineuses, et n'accusent point des varicosités ; leur couleur est ordinairement plus pâle, les parois sont foncées, tandis que la partie centrale est rosée, transparente, ce qui fait qu'elles paraissent accuser des doubles contours.
Les veines sont beaucoup plus foncées et plus volumineuses que les artères, et souvent on n'y remarque point de doubles contours, surtout à l'examen à l'image renversée.
Les artères sont ordinairement plus superficielles que les veines, et en croisant ces dernières, elles paraissent interrompre la circulation veineuse.
7. Pulsation spontanée des veines et des artères. — La circulation dans les vaisseaux de la papille s'exerce habituellement d'une manière régulière, et sans qu'on puisse constater des coniractions de leurs parois. Mais chez certains individus fatigués par des courses très-longues, ou chez les personnes chloro -anémiques, on perçoit une pulsation rhythmique dans la partie de la veine qui sort un peu rétrécie et effilée de l'excavation centrale. Ce phénomène n'a aucune signification pathologique.
Il n'en est pas de même de la pulsation spontanée artérielle. Vue pour la première fois par Ed. Jaeger, elle est, d'après de Graefe, le signe certain de la pression intra-oculaire augmentée, et que l'on remarque dans les affections glaucomaleuses.
On peut facilement provoquer la pulsation artérielle par une pression exercée sur le globe de l'œil avec le doigt. La colonne sanguine ne peut franchir le trou sclérolical que difficilement et par des poussées saccadées au moment de la systole, et celte difficulté de passage tient à une trop grande pression exercée par les milieux réfringents sur le point de sortie des vaisseaux sur la papille.
Bibliographie. — De Graefe, Notiz ûber die Pulsphânomene auf der Nezhaut {Archiv f. Ophth.^ Bd. I, Abth. i, S. 182). — Carter, The ophthalmoscope, its varietics and its use,
(1) Galezowski, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1865, eiGaz. hebrlomadaire, 1865, décembre.
(2) Ed. Jaeger, Ueber die Einstellungen des dioptrichen Apparates. Wien, 1861, p. 55.
(3) Leber, Archiv f. Ophthalm., Bd. XI, Abth. 1, S. 5.
iNERF OPTIQUE.
translated from tlie german of Zander. London, iSàli. — Donders, Ueber die sichtbaren Ersclicinungm der Blutbewegwig im Auge {Archiv f. Ophtii., Rd. I, Abth. 2, 1855, S. 82). — Métaxas, De Vexploration de la rétine et des altérations de cette memijrane visibles à rophthalmoscope. Thèses de Paris, 1861. — Qualigno, SuUe malattie interne delV occlno. Milano, 1858. — Follin, Leçons sur Vexploration de Vœil. Paris, 1863. — Schweigger, Leçons d' ophthalmoscoine , trad. franç. Paris, 1865. — Galezowski, Études ophthalmoscopiques sur les altérations du nerf optique et sur les maladies cérébrales, etc. (Thèses de Paris, 1865). — Mauthner, Lehrbuch der Ophthalmoscopie. Wien, 1868. — Perrin, Traité pratique d' ophthalmoscopie et d' optométrie . Paris, 1870.
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