AMAUROSES SANS ALTÉRATION DE LA PAPILLE
qu'une analgésie complète de tout le côté gauche, de la peau, ainsi que des muqueuses. Le fait que nous avons publié dans notre thèse inaugurale se rapporte à cette catégorie.
Au contraire, dans les analgésies qui occupent le côté droit du corps, le trouble de la vue est moins accentué, et se rencontre moins souvent.
L'amblyopie monoculaire est assez caractéristique; elle se présente sous forme d'hémiopie latérale interne, ce qui est plus rare, soit de l'externe, et alors elle s'observe aussi à un faible degré sur l'autre œil, comme nous avons pu le constater sur une malade du docteur Gueneau de Mussy, en 1870.
L'acuité visuelle est ordinairement affaiblie au point que les malades peuvent à peine compter les doigts, et elles perdent en outre la faculté de distinguer de l'œil malade les couleurs. Ainsi, le jaune et le rose leur paraissent blancs, tandis que le vert, le cramoisi et le bleu sont noirs.
3° Amblyopie binoculaire. — Cette forme est plus rare; elle survient quelquefois dans les deux yeux à la fois ; habituellement un seul œil se trouble d'abord, et puis l'affection passe insensiblement à l'autre œil. L'hémiopie interne apparaît d'abord avec diminution de l'acuité visuelle. La faculté chromatique se perd, et la vue s'éteint petit à petit complètement, après quoi l'autre œil subit le même sort.
Nous avons observé, dans le service du docteur Gharcot, à la Salpêtrière, en 1869, une malade qui présentait des phénomènes hystériques des plus bizarres. En l'examinant à plusieurs reprises dans le courant de l'année, en présence du docteur Gharcot, nous n'avons rien trouvé de morbide dans l'œil. Voici le sommaire de cette observation, d'après le docteur Hélot : Antécédents hystériques bien marqués; hémiplégie gauche survenue brusquement sans cause appréciable ; perte de connaissance au début; paralysie complète de la sensibilité et du mouvement du côté affecté; troubles de la vue centrale marqués avec hémiopie interne et dyschromatopsie; trouble de l'ouïe, de l'odorat, du goût; abolition du toucher et du sens musculaire à gauche; toux fréquente, hémoptysies et hémalémèses; pertes utérines alternant avec l'aménorrhée; paralysie complète de la vessie; dou-
; leurs hypogastriques très-intenses ; plusieurs attaques, dont une avec perte de connaissance, étendant la paralysie au côté droit, où la sensibilité et la motilité reviennent peu à peu; contractures dans l'extension du n»embre inférieur. Ajou-
I tons que la papille, dans les deux yeux, ne présentait aucune altération.
i Tels sont les caractères qui caractérisent les troubles visuels chez les femmes
! hystériques.
I E. Amblyopie sénile. — Il existe encore une forme particulière d'amblyopie ] qui ne présente aucun signe ophthalmoscopique, et qui s'observe chez les vieillards. 1 Depuis les recherches ophthalmoscopiques, elle n'a été jusqu'à présent signajlée par personne, si nous ne nous trompons, dans la forme que nous exposons ici. iNous trouvons seulement, chez un auteur du xvm*' siècle, Guérin, une mention |de l'héméralopie sénile, dont il donne la description suivante : « Le nerf optique, 1» ainsi que tous les autres nerfs, peut, avec le temps, devenir calleux, et par là ')) être moins propre à l'usage auquel il est destiné, ce qui arrive chez les vieil-
>) lards. » Ge que dit Guérin au sujet de l'héméralopie sénile peut être admig
pour les amblyopies séniles en général.
Nous savons, en effet, que tous les tissus perdent, avec l'âge, de leur souplesse et de leur élasticité; tous les organes des sens s'émoussent : la peau est moins sensible; l'ouïe devient dure et ne saisit plus toutes les nuances des sons. Le même phénomène se produit aussi,. dans quelques cas, pour le sens de la vue : les fibres nerveuses deviennent plus denses et plus calleuses, selon l'expression de Guérin, les éléments de la rétine moins sensibles aux impressions lumineuses; et il y a nécessairement une certaine incapacité pour distinguer aussi nettement les objets que dans l'état normal.
Dans ces conditions, la rétine est moins transparente et moins limpide ; les contours de la papille sont un peu moins nets et moins accusés, tandis que sa coloration reste normale. Les vaisseaux centraux et capillaires n'éprouvent aucune modification appréciable. Pourtant la vue des malades s'affaiblit progressivement, quoique lentement. Après avoir essayé tous les verres convexes jusqu'aux 9, 8 et 7, sans résultat, ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent lire que de très-gros caractères. La vue au loin est aussi affaiblie, mais le malade peut se conduire et distinguer les contours des gros objets.
Ces amblyopies séniles ne sont pas très-fréquentes; on les observe le plus souvent entre soixante-dix et quatre-vingts ans. Elles se prolongent pendant tout le reste de la vie, sans amener une amaurose complète.
F. Amaurose simulée. — Il n'est pas rare de rencontrer des malades qui, pour une raison ou pour une autre, simulent la cécité. L'ophthalmoscope ne révèle naturellement aucune altération^ et si l'on a lieu de supposer une simulation, on doit soumettre le malade à des contre-épreuves pour reconnaître s'il y a réellement de la simulation. Dans un article spécial, nous donnerons des détails sur la manière dont on doit procéder pour reconnaître cette amaurose (1).
Diagnostic. Avaiit de se prononcer sur la nature des amblyopies/qui ne sont liées à aucune lésion visible du fond de l'œil, on doit examiner les malades au point de vue du défaut de réfraction, savoir, si l'œil n'est pas hypermétrope, astigmatique ou même presbyte. En faisant essayer des lunettes convexes, sphériques ou cylindriques convenables, on résoudra facilement la question.
Étioiogie. — Tandis que la cause de l'amblyopie sénile réside dans l'état particulier des fibres du nerf optique^ les amblyopies des quatre premières formes dépendent d'une altération du cerveau lui-même. Ainsi, une cécité complète ou hémiopique qui survient à la suite d'une suppression des règles, ou sous l'influence de grossesse ou d'un processus morbide quelconque, doit dépendre d'un désordre matériel dans le centre nerveux de la vision, et plus probablement dans les tubercules quadrijumeaux. Il se produit là une congestion momentanée ou une infiltration séreuse, et la cécité a lieu. On comprend que les tubercules optiques étant très-éloignés de la papille, et leur nutrition se faisant au moyen de vaisseaux propres, une augmentation ou une diminution de la vascularcsation dans cet organe éloigné ne peut produire aucun changement dans la coloration du disque optique. Les apoplexies et d'autres affections essentielles des tubercules quadrijumeaux n'amènent pas immédiatement de changement dans la papille. Si ce changement survient, c'est ordinairement après un laps de temps plus ou moins
(1) Voyez, plus bas, la parlie Médecine légale.