‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 65 sur 122 · OPHTHALMIE SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

OPHTHALMIE SYMPATHIQUE

Le nom d'ophthalmie sympathique ou réflexe a été donné par Mackenzie pour désigner une affection qui, sous l'intluence d'une lésion traumatique, amène un affaiblissement ou une perte de la vision de l'autre œil.

L'histoire de cette maladie remonte à des temps irès-reculés, et d'après les recherches du docteur Brondeau, déjà Thomas Bartholin (1696) etBidloo (1649- 1713) ont rapporté des observations où l'influence sympathique a été constatée.

Mais c'est à Demours (1) qu'appartient en entier l'honneur d'avoir décrit le premier deux cas d'amaurose ou de « désorganisation sympathique d'un œil après une blessure de l'autre ». Selon lui, cette affection est suivie de paralysie de l'organe immédiat de la vue, et, de plus, menace d'opacité des milieux transparents. Une pareille combinaison, dit-il, rend cette maladie une des plus graves qu'on puisse rencontrer dans la pratique, cependant il n'est pas certain qu'elle soit au-dessus des ressources de l'art.

Mais les recherches sur cette maladie n'ont été reprises qu'en 18/i6, lorsque Mackenzie parla de l'iriiis grave sympathique. Après lui c'étaient White Cooper, . Pritchard, Taylor, Lawson, en Angleterre, qui ont fait connaître les détails intéressants sur l'ophthalmie syiiq)aihi([uc et sur les moyens de la guérir. En France,

(l)'^Demours, Traité des malad. des yeux. Paris, 1818, t. II, observ. 282, 298.

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Tavigiiot et laugier rapportèrent les premiers des détails intéressants à ce sujet, mais l'élude complète n'a été faite qu'en 1858 par le docteur Brondeau. En Allemagne, à part des observations isolées, nous pouvons citer le travail de de Graefe et de Mooren. En Hollande, citons les recherches de Donders et de Maals.

Variétés. — L'ophthalmle sympathique peut se présenter sous des formes trèsvariées. La plus fréquente de toutes est la forme d'irido-choroïdiie. On rencontre aussi au début une iritis sympathique, mais qui ne tarde pas à se transformer en irido-choroïdite. Dans des cas rares on trouve une affection sympathique du nerf optique de la réline et de la cornée.

A. Iriûo-cyclite sympathique. — Le début de la maladie n'est pas toujours le même : tantôt c'est une simple irritation, et, comme dit Donders, une névrose sympathique; dans d'autres cas elle apparaît sous forme d'une iritis.

Le malade ressent d'abord une douleur sourde et une inflammation exagérée dans l'œil blessé, en même temps l'autre œil devient sensible pour la lumière ; il lui est difficile de rien regarder fixement et de supporter la lumière un peu vive. Il aperçoit de nombreuses mouches et des nuages qui voltigent devant l'œil. La portée de la vue au loin diminue, et il ne peut plus distinguer à une aussi grande distance que d'habitude. Ces signes sont bientôt suivis d'une photophobic et d'un larmoiement très-prononcé, et quoique on n'ait considéré ces symptômes que comme de simples phénomènes d'irritation, je n'hésite pas à les considérer comme des symptômes graves, qui peuvent se terminer par une véritable ophthalmie sympathique. Bientôt, en effet, tous ces phénomènes prémonitoires s'accentuent ; les paupières, à force d'irritation et de larmoiement, deviennent enflées, le globe luimême s'injecte au pourtour de la cornée. Les douleurs périorbitaires ne sont pas très-prononcées, mais l'œil lui-même devient sensible au toucher, surtout dans la région ciliaire, ce qui peut être, sans aucun doute, considéré comme un signe pathognomonique de la maladie.

A ces signes il faut ajouter ceux d'une iritis. Cette membrane change de couleur ; elle devient foncée, brunâtre. Selon Critchett, elle devient si ferme, si coriace et si adhérente, que ce n'est qu'avec beaucoup de difficulté qu'on peut l'attirer au dehors, et il est même impossible d'en retrancher une portion. La pupille se rétrécit^ devient irrégulière et se recouvre presque tout entière d'une exsudation plastique, qui rend tous ses mouvements impossibles; l'atropine n'a aucune action sur elle. Peu à peu ces exsudations s'étendent sur toute l'étendue de la surface postérieure de l'iris, amènent une adhérence complète; l'humeur aqueuse devient trouble et la chambre antérieure diminue en profondeur; quelquefois pourtant elle paraît plus profonde, lorsque l'iris, par ses adhérences, est enchaîné en arrière. Dans la cornée, on trouve des dépôts près de la membrane de Descemet (kératite ponctuée).

Arrivé à cette période, on ne peut plus éclairer le fond de l'œil, bien que le malade conserve un certain degré de vision. Mais à une période moins avancée, les milieux de l'œil laissent passer la lumière de l'ophtlialmoscope jusqu'à la rétine. Souvent on ne trouve aucun trouble appréciable dans le corps vitré, niais la papille du nerf optique n'apparaît que trouble, nuageuse, comme si on la voyait à travers un verre dépoli. Cet aspect du fond de l'œil rappelle beaucoup celui de la choroïdite syphilitique, et, quoique les flocons ne soient pas visibles dans le corps vitré, le

CHOROÏDE.

trouble est poiirlant dû aux opacités prosqne microscopiques de celte humeur. Bienlôt après les flocons deviennent apparents et se présentent comme des filaments noirs très- fin s.

La vue centrale s'affaiblit de plus en plus, et c'est à peine si les malades peuvent se conduire, surtout si l'on se rappelle que, par suite d'une extrême photophobie^ il leur est impossible de sortir dehors. Quelquefois les malades sont sujets à des pholopsies.

La dureté de l'œil n'est jamais augmentée; avec le progrès du mal, c'est le contraire qui arrive, il tend à devenir de plus en plus mou, et souvent, à cette même époque, on voit apparaître un épanchement de sang dans la chambre antérieure ou une petite quantité de pus.

B. iRiTis SYMPATHIQUE. — L'iullammation peut prendre quelquefois le caractère d'une iritis séreuse ; la pupille, dans ce cas, paraît plus large que d'habitude et se contracte difficilement ; des dépôts pigmentés apparaissent dans la cornée, près de la meinbrane de Descemet (kératite poîictuée). On voit alors l'humeur aqueuse se troubler, l'iris contracter des adhérences résistant à l'action de l'atropine.

G. RÉTINITE ET RÉTiNO-CHOROïDiTE. — L'inflammation sympathique de la rétine n'est pas fréquente, je l'ai rencontrée deux fois; chez une malade, la rétine était recouverte d'exsudation blanchâtre et d'épanchements sanguins. Après l'extirpation de l'œil blessé, la rétinite guérit, mais en laissant quelques branches artérielles oblitérées. Les altérations de la rétine isolées sont rares ; elles sont, le plus souvent, accompagnées des désordres dans la choroïde et le corps vitré. De Graefe(l) a décrit une forme de rétino-choî'oïdite sympathique, dans lacjuelle les veines de la rétine étaient très-tortueuses et la papille entourée d'une infiltration séieuse, s'élendant sur la rétine le long des vaisseaux. La cornée présentait des opacités près de la membrane de Descemet.

Un fait très-intéressant se trouve rapporté par Dolbeau (2), d'une rétinite exsudative sympathique, que nous avons eu l'occasion d'examiner avec le professeur. Le malade, atteint par un éclat de bois à l'œil gauche, fut pris au bout de quelque temps de douleurs des deux yeux et de la perte de la vue dans l'autre œil. « L'ophthalmoscope, dit l'auteur, fit constater la présence de nombienx corpuscules dans le corps vitré ; au fond de l'œil des amas de dépôts plastiques. Les vaisseaux de la rétine ne pouvaient être aperçus. Dans le champ de la papille, et à sa partie inférieure, se voyait une tache blanche, analogue par la forme à un croissant, dont le bord inférieur est concave et le bord supérieur dirigé suivant une ligne droite. Au-dessus de ce point on constatait un décollement de la rétine, représentant un V, dont les branches étaient écartées. » Après l'énucléation de l'œil, les douleurs cessèrent et la vue s'améliora. A la dissection de l'œil blessé, le professeur a constaté l'ossification du tissu cellulaire sous-rétinien, qui se présentait sous forme d'une coque solide.

D. NÉVROSE SYMPATHIQUE. — Elle Constitue une des affections qui ne sont quelquefois que le prélude des inflammations sympathiques; dans d'autres cas, elle expriine une simple irritation nerveuse, connue l'a déinontré Donders. Ces malades souffrent d'une photophobie plus ou moins forte, de larmoiement exagéré, de

(1) Graefe, Archiv f. Ophth., Bd. XII, Abth. 2, p. 171.

(2) Dolbeau, Leçons de clinique chirurgicale. Paris, 1867, p. 39.

OPHTH ALM I E SYM P ATHIQUE .

sensations doulonronsos dans la profondeur de l'orbito, (l'on spasmo réflexe dans les paupières et d'une conjonctivite légère et chronique. Après l'extirpation de l'œil blessé, la maladie disparaît rapidement, mais quelquefois elle persiste longtemps, et alors il faut examiner l'état des voies laci'vmaies, qui sont bien souvent rétrécics ou obstruées et occasionnent, connue je l'ai démontré, ces désordres.

E. KÉRATJTE SYivil^ATiiiQUE. — Cette fomic d'altération est rare; j'ai été le ()remier qui ait démontié son existence. Les deux faits suivants sont instructifs à cet égard. J'ai été consulté par la sœur d'un des frères de la maison de Saint-Jean de Dieu, à Paris, personne âgée de dix-neuf ans et presque aveugle des deux yeux. L'œil droit ressortait entre les paupières et était 'itteint d'une hydrophihalmie avec sfapliylôme général de la cornée et de l'iris ; l'œil gauche était excessivement sensible à la lumière, et sa cornée était toute opaque par suite d'une kératite interstitielle disséminée. La cause de l'irritation de l'œil gauche était, selon moi, dans l'œil droit, et il fallait amputer le staphylôme. L'opération fut exécutée, et la cicatrisation delà plaie une fois obtenue, la vue de l'autre œil ne cessa de s'améliorer, jusqu'à ce qu'au bout de deux mois elle recouvra la vue.

Un second fait est celui que nous avons rencontré à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service de L. Labbé, professeur agrégé de la Faculté. Un homme âgé d'une quarantaine d'années avait l'œil droit atrophié depuis plusieurs années, lorsque, en 1868, il commença à souffrir d'irritation de l'autre œil et d'y voir trouble. C'était une kératite chronique ayant amené une tache centrale sur la cornée. L'œil resta rouge et sensible pendant presque un an, malgré les traitements nombreux qu'on lui avait fait subir. C'était une kératite sympathique; et en effet, dès que le docteur Labbé eut fait l'énucléation de l'œil atrophié, l'irritation de l'autre cessa, et au bout de quelques mois l'œil guérit, et la vue revint.

Je ne connais pas encore d'autres faits^ mais ils sont tellement concluants, que l'existence de l'ophthalmie sympathique, sous forme de kératite interstitielle, ne peut être mise en doute.

Étioiogie. — 1. Les blessures d'un œil, surtout dans la région ciliaire, constituent une des causes les plus fréquentes de l'ophthalmie sympathique. Les blessures de la cornée, (ju'elles soient accompagnées ou non de hernie de i'iris, n'amènent point d'altération sympathique de l'autre œil.

2. Les corps étrangers logés dans l'œil, tels que des éclats de capsule, des morceaux de pierre et de verre, etc., sont le plus souvent la cause d'irritation permanente de l'œil blessé et de l'ophthalmie sympathique de l'autre. Il n'y a que les corps étrangers situés dans le cristallin, qui peuvent rester sans amener de désordres sympathiques ; mais ceux situés dans l'iris, la choroïde et la rétine sont les plus dangereux. Dans un œil que j'ai énucléé (1), l'éclat de capsule avait traversé la cornée, le cristallin, le corps vitré, et s'était fixé dans la macula. Ces corps étrangers peuvent rester des mois et des années sans amener des douleurs ni inflammations, et puis, subitement, les symptômes d'irido-choroïdite apparaissent dans l'œil blessé, et ne tardent pas à s'emparer de l'autre, si l'on n'intervient pas à temps. Lawson rapporte deux observations très-intéressantes: dans un cas l'inflannnation ne se déclara qu'au bout de huit ans, et dans l'autre quatorze ans après la ble^>sure.

(1) Galezowsld, Gazette hebdomndairey septembre 1870.

CHOROÏDE.

De mon côté j'ai fait l'énucléation d'un œil qui ne s'était enflammé que dix-huit ans après la blessure occasionnée par un éclat de capsule.

3. L'existence des masses osseuses qui se développent d'une manière spontanée à la suite d'inflammation intra-oculaire, peut donner lieu à une ophthalmie sympathique (.Dolbeau).

Li, Les inflammations internes de l'œil, surlout si elles sont accompagnées d'épanchements sanguins considérables, ou quand elles sont suivies d'un décollement de la choroïde ou de la rétine, prédisposent à cette affection.

5. L'opération delà cataracte par abaissement, suivie d'une irido-cyclite, peut occasionner l'ophthalmie sympathique de l'autre œil.

6. Le staphylôme général de la cornée et de l'iris avec hydrophthalmie, chez les personnes scrofuleuses, peut amener une ophthalmie sympathique.

7. Toutes ces altérations oculaires ne peuvent avoir d'influence dangereuse pour le second œil qu'après que le premier aura longtemps soufl'ert, quMl sera sensible au toucher dans la région ciliaire, et que la vue sera abolie ou sensiblement affaiblie.

8. Mooren (1) rapporte un fait d'ophthalmie sympathique provoquée par un œil artificiel, qui, en irritant l'œil atrophié, amena la réaction sympathique dans l'autre. Il faut avouer, pourtant, que ce cas constitue une exception à la règle générale.

9. Selon Guépin (de Nantes), l'ophthalmie sympathique ou réflexe se déclare de préférence chez les individus débilités. Peut-être cela est-il exact en ce qui concerne les formes graves de maladie.

Pathogénîe. — Pendant longtemps on croyait que l'affection sympathique se transmettait d'une rétine à l'autre par l'intermédiaire du nerf optique. ïavignat (1849) a été le premier qui considéra cette maladie comme une simple névralgie ciliaire. De leur côté, Mackenzie et H. Millier avaient exprimé l'opinion que cetie altération pouvait se développer sous l'influence de l'irritation de la cinquième paire, qui, du cerveau, pouvait se propager à l'autre œil. Cette opinion a prévalu jusqu'à présent, et l'on croit que l'affection se transmet par action réflexe à travers les nerfs ciliaires; on en trouve la preuve, selon de Graefe et Bowman, en ce que la sensibilité au toucher de la région ciliaire se trouve toujours symétriquement disposée dans l'autre œil.

Quant à l'excitation sympathique, telle que l'admettent Pagenstecher et Brondeau , sans aucune localisation, elle nous paraît peu admissible.

Pronostic. — L'ophthalmie sympathique est très -grave, surtout lorsqu'elle prend la forme d'une iritis maligne ou d'irido-cyclite. L'énucléation de l'œil blessé n'arrête même pas souvent le mal. Critcheit dit, avec raison, qu'il doute de l'efficacité de l'iridectomie ; mais, dans le casd'iritis séreuse, de kératite et de névrose sympathique, il y a une guérison dès qu'on a enlevé l'œil blessé. Lawson dit que, dans aucun cas, il n'a vu une ophthalmie synipathique se déclarer après qu'on eut retiré l'autre œil.

Traitement. — Dès que l'ophthalmie sympathique aura été constatée, il n'y aura pas d'autres ressources que l'énucléation du globe oculaire, d'après ie procédé

(1) Mooren, OpJitlialmiatrisclie Beohachtwigeiu et Bes affections sympathiques de la vue^ trad. franç. Liège, 1870.

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de Bonnet (de Lyon) (1). Pricliard a clé le premier qui, en 185/j, proposa d'enlever complètement l'œil affecté. Les partisans de celte méthode s'accrurent rapidement, et aujourd'hui nous pouvons dire que c'est le seul moyen le plus efficace (pie nous ayons pour arrêter dans l'autre œil les progrès du mal.

On connaît le procédé opératoire que nous avons exposé plus haut (2), et nous n'y insistons point. Comme celte opération est douloureuse, il est indispensable de se servir du chloroforme. L'énucléalion une fois faite, on verse pendant quelques îninutes de l'eau fraîche dans le fond de l'orbite, et l'on arrête l'héujorrhagie. Quelques praticiens se servent de charpie pour remplir l'orbite et arrêter ainsi l'hémorrhagie ; mais ce moyen de pansement expose le malade à des souffrances inutiles, et j'y ai complètement renoncé.

Cette opération suffit ordinairement pour amener une guérison radicale de névrose sympathique. Quant aux autres affections sympathiques, le traitement consécutif est indispensable. C'est ainsi que dans le cas d'iritis grave et d'irido-cyclite, on cherchera à arrêter l'inflammation par les moyens que nous avons exposés à plusieurs reprises. On essayera de dilater la pupille et de rompre les adhérences en instillant fréquemment l'alropine. iMais comme ces moyens sont le plus souvent insuffisants pour atteindre le but, on sera forcé de prati([uer tôt ou tard une iridectomie. Celte opération peut donner lieu à des résultais très-favorables, mais à condition qu'elle soit exécutée à temps. Sous ce rapport, nous partageons complètement l'opinion de Lawson, qui émet l'avis que, dans le traitement de l'ophlhalmie sympathique, toute opération sur l'œil enflammé est nuisible tant que l'œil blessé n'est pas enlevé; après l'énucléalion, au contraire, tout doit être tenté pour rendre la vue.

Critchett et de Graefe ont déclaré avec raison que la thérapeutique de l'iridocyclite sympathique ne donne pas jusqu'à présent des résultats satisfaisants. L'observation nous démontre, en effet, que ni l'ènucléation de l'œil primitivement atteint, ni l'irideclomie n'arrêtent, dans un certain nombre de cas, l'affection sympathique du second œil. Mais il faut ajouter aussi que l'insuccès dépend souvent de ce qu'on a attendu trop longtemps pour faire l'ènucléation. Selon moi, dès que les symptômes sympathiques apparaissent, on ne doit pas hésiter à enlever l'œil primitivement atteint, même si la vision n'est pas complètement éteinte.

Lorsqu'on pratique l'irideclomie après l'ènucléation, on doit faire une très-large incision dans la cornée et exciser une aussi large portion de l'iris que possible.

Si à la suite d'une irido-choroïdite sympathique le cristallin devient opaque, on ne doit pas opérer son extraction pendant l'inflammation aiguë de l'œil, mais il faut attendre le moment où toute irritation aura diminué. Une trop grande sensibilité de l'œil atteint d'ophthalmie sympathique peut être efficacement combattue par des fomentations avec une infusion de belladone ou de pavots bien chaude. En même lemps on aura recours aux friciions avec des pommades belladonnèes ou au badigeonnage avec le collodion morphiné, dont je me sers souvent :

2c Collodion iO gram. 7f Onguent double d'hydrargyre. 10 gram.

Huile de ricin 2 — Extrait de belladone 5 —

Hydrochlorate de morphine. 1 Laudanum de Rousseau 1 —

(Galezowski.) (Desmarres père.)

(1) Bonnet^ Traité des sections tendineuses. Paris, 1841.

(2) Yoy. Tumeurs de la rétine, p. 637.

CHOROÏDE,

Sur l'avis de de Graefe, Ed. Meyer a pratiqué la section des nerfs ciliaires et a réussi à arrêter l'ophtljalmie sympathique. La même opération a été pratiquée avec succès par le docteur Secondi (de Gènes).

Le traitemeiU interne doit consister dans l'usage des toniques, des ferrugineux, des préparations de quinquina sous toutes les formes, ce qui est surtout important pour les personnes faibles et débilitées.

Bibliographie. — Mackenzie, Traité des malad. de Vœil^ 1857, Irad. franç., t. If, p. 117. — Tavignot, De l'iritis sympatliique {Gaz. des hôpitaux, 18Û9). — Fritchard^ Association Médical Journal j Oclober 185/i, et Annales d'ocidist., t. XXXII, p. 172. — Taylor, On syrnpath. inflamm. of the Eyeball {Med. limes and Gazette, 185/i,p. /i39 et 4G5). — Brondeau, Des affections sympathiques de Vun des yeux à la suite d'une blessure de l'autre œil, ttièse de Paris, 1858, — HaynesiWalton^ On sympath. inflamm. of the Eyetjall {British Med. Journ., 1860, et Med. Times and Gazette, iSQll, p. 488). — Critcl)ett, Sur ropJil/nd/nie sympathique (Ann. d'oculist., 1864, t. LI, p. 231), — Lawson, Synipat/ietic Ophthahnia, etc. {Ophth. Hosp. Reports, 1865, n° V, p. 42, et Ann. cVoculi^t., 1866, t. LV, p. 165), — Maats, De sympathische and oeningen van hetoog. Utrecht, 1865. — De Graefe, Zur Lehre der sympathischen Ophthalmie [Archiv f. Ophth., 1866, Bd. XII, Abth. 2, p. 149, et Clinique ophtlialmologique, édition française, Paris, 1867, p. 300), — Guépin (de Nantes), Quelques notes pour servir à Vétude de r ophthalmie sympathique [Ann. d'oculist., 1865, t. LUI, p. 232). — Secondi (de Gênes), Giornale d'oftalmologia italiano, 1869, 1^"^ fascicule.

ARTICLE VIIL GHOROÏDITt; SUPPURATIVE (PHLEGMON DE L'OEIL).

Cette affection est caractérisée par l'inflammatioii très-violente et rapide des membranes internes de l'œil, donnant lieu à une formation d'une quantité plus ou moins grande de pus dans la cavité oculaire. C'est l'ophtlialmie purulente profonde, selon Denonvilliers et Gosselin,

%Baspfo»iatoiogie. — Signes anatomiques. — Dès le début, le globe de l'œil devient rouge et fortement injecté ; la conjonctive oculaire est œdémateuse et boursouflée, de sorte qu'elle forme une sorte de bourrelet péricornéen pouvant même faire hernie entre les paupières. Ces dernières s'enflamment à leur tour et s'épaississent sensiblement; la paupière supérieure descend sur la joue en recouvrant l'inférieure; sa peau est d'un rouge vif et luisante. On s'aperçoit que l'œil ne sécrète que des larmes'.

Il est très-difficile de soulever la paupière supérieure; on constate une sécrétion abondantede larmes dans lesquelles nagent quelques.rares filaments de mucus. La cornée paraît légèrement trouble ; la chambre antérieure est diminuée et l'iris projeté en avant; souvent on y trouve une certaine quantité de pus ou de sang. La pupille conserve tantôt son volume normal^ tantôt elle est occupée par des exsudations. Elle peut être aussi dilatée, et l'on verra alors un reflet jaunâtre du fond de l'œil provenant de l'infiltration purulente des membranes internes.

L'œil est ordinairement tendu et augmenté de volume; il fait une saillie trèsmarquée en avant {exophifialmie). La cornée peu à peu devient plus trouble et blanchâtre; elle se sph^icèle dans un endroit quelconque pour donner lieu à l'issue du pus. Dans d'autres, cas elle reste transparente, mais alors le pus se fraye un passage au dehors à travers la sclérotique.

CHOROÏDITE SUPPURATIVE.

Signes fonctionnels. — La maladie se développe très- rapidement, et elle est accompagnée de douleurs piilsatives violentes qui occupent l'œil et la région périorbitaire; elles se répandent dans toute la moitié de la tête et ne laissent point de rej)0s. Bientôt la vue se perd, mais le malade éprouve constamment des sensations lumineuses et une chaleur insupportable; la sensation tle tension dans le globe devient tellement forte, qu'il lui semble que l'œil va éclater. L'œil sain ne peut suppoîler la moindre lumière.

i\ mesure que le pus s'accuinuie dans la coque oculaire et que la distension de la sclérotique augmente, les douleurs deviennent atroces; elles ne peuvent tarder à amener quelques symptômes de fièvre plus ou moins violente, accompagnée de frissons, d'anorexie et quelquefois de vomissements. Mais tous ces phénomènes disparaissent d'une manière subite dès que la cornée ou la sclérotique se perfore et que le pus s'échappe au dehors. Peu à peu la suppuration diminue, les symptômes inflammatoires s'atnendent jusqu'à ce que l'œil se réduise à un moignon. Il arrive pourtant que le phlegmon se termine par une résolution franche. Un de mes malades, pendant dix ans, éprouvait, tous les printemps, des inilammations phlegmoneuses d'un œil qui se terminaient toujours par résolution^ mais la dernière attaque amena la suppuration du globe.

Ana^omîe pathologique. — Cette affection est caractérisée plus spécialement par le développement rapide des globules du pus dans le stroma de la choroïde, dont le tissu cellulaire et la lamina fusca sont infiltrés et hypertrophiés dès le début; les capillaires ainsi que les nerfs ciliaires sont étranglés au milieu de ces tissus infiltrés, ce qui facilite la mortification des tissus. L'épanchement de sérosité et du sang se mélange au pus et infiltre toutes les membranes internes de l'œil. La rétine est ramollie, infiltrée et se désagrège ; le corps vitré s'infiltre de globules de pus et se transforme en une masse blanc jaunâtre purulente. Selon Ritter, le pus se forme à l'intérieur de l'œil aux dépens de l'iris et de la choroïde, etaucune autre membrane n'est susceptible de donner naissance à des corpuscules de pus: son assertion n'est pourtatit pas encore démontrée.

Étioiogie. — La choroïdite suppurative est occasionnée le plus souvent par un traumatisme quelconque : c'est ainsi que le splaies profondes de la sclérotique, et surtout les plaies déchirées, accompagnées de l'issue en grande partie du corps vitré, les contusions profondes de cet organe, les corps étrangers pénétrant dans l'œil, amènent ces inflammations. Certaines niéthodes opératoires d'extraction delà cataracte, surtout celle où l'on cherche à retirer un cristallin volumineux à travers une petite plaie, cominc cela a lieu dans la méthode de Schuffl, prédisposent à la suppuration. L'amputation du staphylôme de la cornée et de l'iris peut entraîner u n e c ho roïd i t e s u pp u r a t i V e.

La petite vérole, la fièvre typhoïde, la pyohémie, la fièvre puerpérale, etc. , peuvent, à une certaine période de leur évolution, donner lieu à cette ophthalmie interne, qui, dans ce cas spécial, prendra le nom ^.'ophthalmie métastatique. Middleniore a vu cette affection se déclarer à la suite d'attaques de choléra.

Le docteur Guigniet (d'Alger) m'avait communiqué un fait d'ophthalmie phlegmoneuse survenue à la suite d'un érysipèle de la face. Ce n'est que dans des cas tout h fait exceptionnels (ju'on trouve des phlegmons spontanés de l'œil sans aucune cause appréciable. J'en ai rapporté nn cas analogue en 1862.

70Zt CHOROÏDE.

Traitement. — Au début de la maladie, on cherchera h arrêler l'inflammation en appliquant des sangsues à la lempe, et en administrant le calomel, 5 à 10 centigrammes trois ou quatre fois par jour. Si ces moyens ne réussissent pas, on aura recours, d'après le conseil de Desmarres père, à la paracentèse souvent répétée. Pour calmer les douleurs^ on doit employer des compresses imbibées d'eau chaude ou d'infusions d'espèces narcotiques^ des injections hypodermiques de morphine, etc.

Si, malgré ces moyens, le mal ne s'arrête point et que les douleurs de l'œil deviennent de plus en plus violentes, que la suppuration apparaisse dans la chambre antérieure, on sera forcé de faire une large ouverture dans l'œil, en plongeant un couteau à cataracte dans la partie inférieure de la cornée, pour donner une direction verticale à la plaie. Par cette ouverture le pus s'écoulera facilement et les douleurs cesseront. La plaie sera maintenue ouverte au moyen d'une sonde que l'on enfoncera de temps à autre dans le globe oculaire.

Bibliographie. — Brown, D' Panton's, Inaugural Essay on utérine Phlebitis. Glasgow, 18/iO. — Bowman, Ophthalmie phlébitique consécutive à une amputation, suivie de pleurésie {Annales cVoculist.^ 185/i, t. XXXI^, p. 9). -— - Ritter, Ueber die Entstehung der Panophthalmie [Archiv f. Ophth.y 1861 , Bd.VIII, Abth. 1, p. 30). — Galezowski, Phlegmon spontané de Vœil {Ann. d'oculist., 1862, t. XLYIII, p. 267).

ARTICLE IX

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