‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 76 sur 122 · PARALYSIE DE L'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

PARALYSIE DE L'ACCOMMODATION

Le muscle ciliaire se contracte et se dilate sous l'influence de l'innervation des

RÉFRACTION ET ACCOMMODATION

mêmes nerfs qui font dilater et contracter la pupille. D'où il suit que les maladies des nerfs de la troisième paire et du grand sympathique doivent entraîner, soit la paralysie, soit le spasme de l'accommodation. La paralysie est artificielle ou morbide.

A. Paralysie artificielle.— Par l'instillaiion des solutions mydriatiques, telles que belladone ou son alcaloïde atropine, daturine, hyoscyamine, on amène nonseulement la dilatation de la pupille, mais aussi une paralysie du muscle accommodateur. Selon Follin, une goutte de la solution d'un centigramme de sulfate d'atropine dissous dans 500 grammes d'eau suffit pour dilater la pupille, ce qui fait 8 ou 10 millionièmes de centigramme; mais pour paralyser ou affaiblir l'action du muscle accommodateur, il faut une solution plus forte. D'après Donders,, la solution de 1 partie sur 120 parties d'eau suffit pour obtenir le relâchement du muscle accommodateur.

On reconnaît la paralysie de ce muscle par les signes fonctionnels suivants :

1. Dans un œil emmétrope, la vision au loin est netle, mais elle est confuse pour les objets rapprochés. Avec le verre n^ 10 convexe, on corrige la vue. Chez les hypermétropes, la vue devient trouble au loin comme de près^ et il faut employer des verres relativement beaucoup plus forts pour remplacer l'accommodalion paralysée. Dans l'œil myope, la paralysie du muscle ciliaire reste le plus souvent sans résultat sur la vue.

2. Les objets paraissent ordinairement beaucoup plus petits que d'ordinaire (micropsie), ce qui tient à ce qu'ils semblent au malade plus rapprochés qu'ils ne sont en réalité; et comme l'angle visuel n'est pas augmenté, l'objet paraît forcément plus petit.

3. Il y a une sorte d'éblouissement et de fatigue qui accompagne la paralysie accommodative ; elle dépend de la dilatation de la pupille qui laisse passer une trop grande quantité de lumière dans l'œil.

U. L'action de l'atropine est d'autant plus prolongée que la solution est plus forte; elle peut cesser au bout de deux jours, tandis que chez les individus anémiques et affaiblis, elle peut durer de quinze à vingt jours, même après une faible solution de 1 centigramme pour 10 grammes, comme j'ai pu m'en convaincre bien souvent.

B. Paralysie morbide. — Elle peut se déclarer dans des conditions très-variées, selon que les tilets nerveux de la troisième paire se rendant au muscle ciliaire seront seuls paralysés, ou que la troisième paire sera atteinte dans toutes ses branches. Nous aurons plus tard l'occasion de parler de cette dernière variété, et nous nous bornerons ici à décrire la forme de paralysie isolée du muscle ciliaire.

Celte paralysie peut se déclarer spontanément et dans les deux yeux à la suite d'une angine diphthériiique. Depuis longtemps on avait déjà signalé en France différentes formes de paralysies diphthéritiques et des troubles visuels. Donders a eu ensuite l'occasion de constater que ce trouble était dû à la paralysie du muscle accommodateur. Dans certaines épidémies d'angines, Donders a vu se déclarer la paralysie accommodative chez tous ceux qui avaient survécu à la maladie. Selon Follin, les troubles visuels qui ont été décrits sous le nom d'amaurose diphthéntique, doivent êire rapportés à la paralysie du muscle ciliaire. J'ai eu en effet l'occasion d'observer avec le docteur Barihez, à l'hôpital Sainle-Eugénie, un bon

TROUBLES d'ACCOMMODATIOlN.

nombre des enfants convalescenls après la diphiliérile, et chez lesquels le trouble visuel dépendait de la paralysie du muscle accommodaleur, tandis que l'ophthaU moscope démontrait l'intégrité parfaite des membranes internes de l'œil, Dor, de son côté, en rapporte des exemples.

La paralysie diphtliéritique est ordinairement binoculaire; elle persiste trèslongtemps et s'observe presque toujours avec la paralysie du voile du palais.

Cette affection peut se déclarer pendant la convalescence des fièvres éruplives, et de toutes les maladies graves qui amènent un affaiblissement général des forces du malade. Je l'ai vue se produire à la suite des diarrhées prolongées, de syphilis et de traumatisme.

Traitement. — Oîi Commencera par faire exercer les yeux à travailler avec des lunettes grossissantes, en commençant par les verres n° 10 biconvexes, dont on diminuera le numéro au fur et à mesure que la vision se fortifiera. L'usage d'une solution faible d'ésérine (calabarine) à la dose de 2 centigrammes pour 15 grammes d'eau, une ou deux gouttes par jour, agira efficacement au rétablissement des fonctions du muscle affaibli.

Quelques bains sulfureux généraux et le traitement tonique, fortifiant, seront d'un puissant secours dans le traitement de la maladie.

ARTICLE IIL SPASME DE l'accommodation.

Le spasme du muscle ciliaire peut être artificiel ou spontané : le premier est produit par l'extrait de fève de Calabar ou ésérme, et ne dure que quelques heures; tandis que le spasme spontané peut durer très -longtemps et donner lieu à des symptômes morbides assez sérieux pour qu'on ait besoin de s'en occuper.

A. Spasme artificiel. — Le resserrement delà pupille ainsi qu'une contraction spasmodique du muscle accommodaleur peuvent être produits par les préparations de fève de Calabar {Physostigma venenosum).

Le professeur Christison (1) étudia le premier les propriétés toxiques de la fève de Calabar. Mais c'est aux recherches remarquables de Thomas Fraser (2), Gubler, Laschkewicz et Germain Sée que nous devons l'étude intéressante de son action physiologique sur les divers systèmes de notre organisme.

Grâce aux travaux ultérieurs de Bowman, Soelberg Wells (3), de Graefe (4), Warlomont (5) et Navarro (6), nous connaissons aujourd'hui exactement l'action locale de cette préparation sur l'œil, et particulièrement sur l'iris et le muscle ciUaire. Pour mon compte, j'ai démontré son action efficace non-seulement sur ces membranes, mais aussi sur les vaisseaux péricornéens et ceux de la rétine.

Diverses préparations de fève de Calabar ont été employées; ce sont : extrait alcoolique dissous dans l'eau ou la glycérine, le papier et les rondelles de gélatine contenant une forte solution (méthode de Slreatfield).

(1) Chrislison, MontJdy Journal of Médical Science, y o\. XX, 1855.

(2) Thomas Fraser, On the physiol. action of the Ccdabar Bean. Edinburgli, 1867.

(3) Soelberg Wells, Médical Times, 16 mai 1863.

[li) Graefe, Deutsche Klinik, 1863, 29, Archiv f. Ophth., Bd. IX.

(5) Warlomont, Annales d' oculistique , septembre et octobre 1863.

(6) Navarro, Étude sur la fève de Calabar, thèse de Paris, 1869.

RÉFRACTION ET ACCOMMODATION

A. Vée et M. Leven ont découvert un alcaloïde qu'ils ont appelé ésérine. Il remplace très-avantageusement l'extrait de Calabar. On fait dissoudre 2 centigrammes d'ésérine dans 10 grammes d'eau, en y ajoutant huit gouttes de la soinlion suivante d'acide sulfurique :

:^ Eau distillée 50 grammes. | Acide sulfurique 3 gouttes.

Grâce au concours obligeant de M. Petit, de la pharmacie Mialhe, j'ai pu prescrire le sulfate neutre d'ésérine dans l'état de pureté absolue.

L'instillation de ce collyre est suivie des contractions spasmodiques de la paupière inférieure, et au bout de cinq à dix minutes la pupille se contracte et la vision au loin diminue. Ce dernier phénomène est dû au spasme dn muscle accommodaleur qui se révèle par le rapprochement du punctum remotissimum. L'œil devient ainsi myope pour tout le temps que dure l'action du médicament, ce qui ne dépasse pas ordinairement de quatre à six heures.

Selon Donders, la fève de Calabar agit en excitant les cellules ganglionnaires des filets de la troisième paire existant dans l'œil, et qui concourent à la contraction de la pupille et au spasme du muscle ciliaire. L'action paralysante sur les fibres nerveuses du grand sympathique, sans être démontrée, me paraît aujourd'hui incontestable.

Profilant de cette propriété physiologique de la fève de Calabar qui a une action antagoniste à l'atropine, nous employons son alcaloïde dans les mydriases, dans les iritis chroniques alternativement avec l'atropine pour rompre plus facilement les synéchies ; souvent elle agit favorablement dans des amblyopies alcooliques, comme j'ai pu m'en convaincre nombre de fois. Enfin Graefe a utilisé ce médicament pour faciliter l'iridectomie dans le glaucome, lorsque la pupille est fortement dilatée.

B. Spasme MORBIDE. — Cette affection est rare et se rencontre quelquefois chez des personnes qui font de grands efforts d'accommodation pour voir les objets très-fins. Graefe a observé ce spasme comme un symptôme réflexe de névralgies faciales et ophthalmiques.

Les signes les plus caractéristiques sont le myosis prononcé avec absence de contraction pupillaire, et la myopie survenue presque spontanément chez une personne qui jouissait toujours d'une longue et bonne vue. C'est une myopie acquise qui ordinairement n'a pas de longue durée; à l'examen ophthalmoscopique, nous ne trouvons pas de siaphylôme postérieur propre aux myopies.

Le repos des yeux et l'instillation du collyre d'atropine suffisent pour faire cesser ce spasme.

Bibliographie. — Accommodation physiologique et pathologique : Descaites, Lhomme deRené Bescarles. I^aris, 166^, p. 39 et 45. — Cramer, Het Accommodatievermogen der Oogen physiologisch rœ^reZ/cAY. Haarlem, 1853. — Helmholtz, Optique phynologiquf, traduit par Javal et Klein. Paris, 1867, p. l/i2. — Magni, DelV addatamento deW occhio umano al la visione distiuta {Cimento \, 12-22). — Follin, Leçons sur l'exploration de Vœil. Paris, 1863, p. 181. — Donders, On the anomalies of accommodation and refraction of theeije, translat. by W. D. Moorc. London, 186/i, p. 72, et 20/i, 572. — Giraud-TeuJon, Dioptrique physiologique et pathologique, dans Traité pratique des maladies de l'œil de Mackenzie, t. III, supplément de Warlomont et Testelin. Paris, 1865. — Polaillon, Des milieux réfringents de l'œil. Paris, 1866. — Perrin, Ophfhalmoscopie et optométrie. Paris, 1870.

TROUBLES DE RÉFRACIION.

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