TROUBLES DE RÉFRACTION
I Nous avons vu plus haut que l'œil emmétrope est celui qui, pendant le repos complet de son appareil accommodateur, réunit sur la rétine les rayons parallèles provenant d'objets infiniment éloignés. Ce n'est quedaiis celte condition que l'image est parfaitement nette.
Mais tous les yeux n'ont pas la même conformation, et des anomalies diverses
! de réfraction peuvent produire des cercles de diffusion sur la rétine, dont l'image sera confuse et la vue trouble.
Ces anomalies sont de trois sortes : 1» le foyer de l'appareil dioptrique peut se
: trouver en arrière de la rétine, ce qui constituera un œil hypermétrope ; 1^ ce même foyer peut être situé en avant de la couche des bâtonnets et des cônes, et constituer la myopie; 3° la réfraction peut se présenter toute différente dans les deux méridiens de l'œil, et tandis que dans un des méridiens, par exemple vertical, l'œil sera emmétrope, dans l'autre il sera hypermétrope. Cette anomalie donnera lieu à un dédoublement de foyer suivi d'une confusion de l'image rétinienne, et elle est appelée astigmatisme.
Examinons successivement chacune de ces trois anomalies de réfraction ou oméfropics.
ARTICLE PREMIER
HYPERMÉTROPIE.
L'œil hypermétrope est celui dans lequel les rayons parallèles, venant de l'infini, se réunissent en un foyer (lig. 339) en arrière de la rétine. Ce défaut de réfraction peut dépendre d'un raccourcissement du diamètre anléro-postérieur de l'œil, ce
H qui est le cas le plus fréquent, ou bien il peut être dû à une absence ou un apla-
p tissement du cristallin.
FiG. 339. — OEil hypermétrope.
L'œil hypermétrope ne peut ainsi voir les objets placés à de grandes dislances qu'en se servant de l'accommodation. En fixant, par exemple, le caractère n*" XX de l'échelle typographique placée à vingt pieds ^ le malade ne le verra que d'une manière confuse, ou bien il le distinguera en usant de son accommodation. Le degré de son hypermétropie sera donc défini par la somme d'accommodation qu'il aura usée à cet effet; mais comme l'effort accommodatif peut être remplacé
73^1 RÉFACTION ET ACCOi\lMODATIO.\.
par un verre convexe convenable, nous pouvons, à l'aide de ce même verre convexe, définir le degré d'hypermétropie.
En supposant qu'un œil hypermétrope voit bien au loin au moyen d'un verre convexe 20, 10 ou 6, nous disons que le degré d'hypermétropie est 1/20, 1/10, 1/6.
Diverses subdivisions et classifications ont été adoptées pour l'hypermétropie ; mais^ au point de vue pratique, il nous suffit de signaler deux variétés : hypermétropie latente {Hl) et hypermétropie rnoMifeste {Hm).
A. Hypermétropie latente. — Cette variété de défaut de réfraction peut rester pendant longtemps sans amener le moindre trouble dans la vue; la vision au loin aussi bien que celle de près se fait dans ce cas au moyen du muscle accommodateur, qui, en augmentant la courbure du cristallin, ramène le foyer principal sur la rétine. Mais si l'on paralyse le muscle ciliaire à l'aide de l'atropine, on constate immédiatement un trouble de la vue, qui ne peut être corrigé, pour les objets éloignés, qu'au moyen d'un verre convexe Zi8, 36, 1h, ou un autre numéro quelconque. Une pareille épreuve démontrerait d'une manière incontestable qu'on a affaire à une hypermétropie masquée par l'accommodation. C'est celte variété d'hypermétropie que nous appelons latente. Elle se rencontre, à partir de trente-cinq à quarante-huit ans, où le cristallin devient plus dense et le muscle éprouve des difficultés à ramener le foyer sur la rétine.
B, Hypermétropie manifeste. — Lorsqu'un œil hypermétrope est arrivé à un âge où le cristallin a perdu une grande partie de son élasticité et que le muscle ciliaire ne peut plus changer sa courbure, l'hypermétropie devient alors apparente, manifeste. Certains degrés d'hypermétropie forte sont manifestes dès la jeunesse; dans ces yeux l'accommodation est incapable de corriger le vice de réfraction. La même chose a lieu avec les yeux qui n'ont point de cristallin, par suite d'opération de la cataracte ou par état congénital (aphakie). L'hypermétropie, dans ce dernier cas, est manifeste et absolue.
Les yeux atteints de l'hypermétropie absolue ne peuvent pas voir distinctement i sans lunettes, tandis que, dans une hypermétropie manifeste et non absolue, la vue peut s'exercer jusqu'à un certain degré, mais la fatigue survient au bout de I quelque temps et ne permet point de continuer le travail.
S^mptomatologie d'hypermétropie en général. — 1. L'œil hypermétrope
apparaît ordinairement d'un petit volume; il est aplati en avant et saillant vers l'équateur. La chambre antérieure paraît présenter des dimensions plus petites que d'habitude.
2. Les yeux hypermétropes sont légèrement déviés en dehors, ce qui s'explique par la disposition anormale de la tache jaune. Selon la remarque judicieuse de Donders, l'axe visuel qui aboutit à celte même tache jaune^ passe en dedans du centre de la cornée, l'œil par conséquent paraît être tourné relativement plus t en dehors qu'à l'état normal, et il y a tendance à la divergence. \
3. Sous l'influence de la déviation des yeux en dehors^ la fatigue se déclare ! très-facilement pendant tout travail qui exige une application prolongée et assi- i due, et cette fatigue est appelée asthénopie.
h. TIn des plus sûrs moyens de reconnaître Thypermétropic, est incontestablement l'épreuve faite au moyen des verres convexes pour la vision au loin. Un œil ;