CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Aiiatomie. — Le corps vitré ou hj'aloïdien est une humeur hyaline, dense, sphéroïde, enveloppée d'une membrane mince et transparente, appelée membrane hyaloïde. Il remplit les deux tiers de la cavité du globe oculaire, et se trouve entre le cristallin et la l'étine, à laquelle il sert de support.
1. Membrane hyaloïde. — Cette membrane enveloppe l'humeur vitrée, et constitue un sac parfaitement clos. Son épaisseur varie selon qu'on l'examine dans son segment antérieur ou postérieur. Mesurant à peine 2 millièmes de millimètre dans le voisinage de la macula et du nerf optique, elle s'épaissit brusquement et d'une manière très sensible, en s'approchant de Yora sen^ata.
Cette membi'ane très transparente, à déchirure très nette, serait, d'après Ch. Robin, tout à fait homogène, sans noyaux ni granulations (fig. 278). Sa surface externe est assez lisse et adhère intimement à la membrane limitante de la rétine ; la surface interne est tapissée par un épithélium très délicat. Les cellules épithéliales sont à peine perceptibles à l'état frais: elles sovit finement granulées, polygonales, mais à angles émoussés, comme le montre la figure 279, a.
2. Zoniile de Zinn. — Au niveau de Vora serrata, la membrane hyaloïde forme une sorte de collerette, qui porte le nom de zonule de Zinn. Plus loin elle se subdivise en deux feuillets, l'un antérieur et l'autre postérieur. Le feuillet antérieur, qui se moule d'une manière très intime sur les plis des procès ciliaires, passe un peu en avant de ceux-ci, puis il les abandonne et s'attache à la partie antérieure de la capsule cristallinienne; le feuillet postérieur se porte dans l'excavation hyaloïdienne, et se confond avec la capsule postérieure. C'est la zonule de Zinn ou la couronne de la zone eiliaire qu'on voit autour du cristallin, enveloppant le corps vitré sous forme d'une collerette, dès qu'on a séparé la choroïde et l'iris du corps vitré.
La largeur de la zonule de Zinn est de 5 à 6 millimètres : d'abord d'une structure amorphe et dépourvue des stries fibrillaires, la hyaloïde ciUaire se décompose en fibres élastiques extrêmement fines et qui sont tantôt droites, tantôt onduleuses. Dans cette portion, elle se confond et s'unit intimement avec la partie terminale de la rétine. D'après Ritter, les fibres de la zonule de Zinn ne s'engagent point dans les intervalles des plis des procès ciliaires, qui ne sont occupés que par les dernières terminaisons de la rétine.
3. Cajial de Petit. — L'espace triangulaire qui se trouve entre les feuillets antérieur et postérieur de la zone de Zinn, ainsi que la grande circonférence du cristallin, forme un canal qui porte le nom de canal de Petit ou canal godronné. Durant la vie, U est rempli d'un liquide clair qui facilite jusqu'à un certain point les fonctions d'accommodation.
4. Capsule hyaloïdienne - Le corps vitré présente à sa partie antérieure une forte dépression dans laquelle le cristallin est logé. Cette loge ou cupule porte le nom de cupule hyaloïdienne. Elle est recouverte par la membrane hyaloïdienne, à laquelle
CORPS VITRÉ
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Kig. 278. — Membrane de l'humeiar vitrée d'un fœtus de huit mois, vue par la face
interne ou rétinienne (*).
ovale, avec ciment iutercellulaii'e amorphe dans tout le segment postérieur de l'œil. Dans le segment antérieur la substance fondamentale de la membrane hyaloïdienno prend un aspect fibroïde, très évident au niveau de la zouule de Zinn et de la cristalloïde postérieure.
(*) Préparation. Inciser successivement la sclérotique, la choroïde et la rétine ; l'humeur vitrée f«it alors hernie et l'on enlève d'un coup de ciseaux la partie herniée, qu'on porte sons le microscope. Elle est homogène, amorphe, hyaline, épaisse de 0""",002, et se plisse Irès facilement (voyez en dd), de manière à .sembler striée au premier coup d'djil. On voit par transparence des leucocytes adiiérents à sa face interne ou vitrée. Sa face externe ou rétinienne a entraîné de la matière amorphe de la couche limitante de la rétine, (lui se creuse rapidement de nombreuses petites vacuoles (b, b, b) hyalines : elle a entraîné aussi les myélocytes de la rétine (c). — Grossissement de 550 diamètres. (Ch. Robin.)
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Une dépendance de la membrane hyaloïdienne constitue ^^^^^^^l^^^^^f ' lymphatique, qui porte le nom de canal de Cloquet, et qm est le vestige de 1 artère
^^t^forp^titré. - La substance gélatineuse, qu'on appelle encore souvent humeur vitrée, n'est nullement privée de structure. A vrai dire les plus forts grossissements ne décèlent rien dans sa constitution, mais cela tient à ce que les éléments ligures qui y sont contenus jouissent d'un indice de réfraction égal à celui de la substance muqueuse intercellulaire.
Donné (1) a, le premier, fait voir^dans l'humeur vitrée un grand nombre de coipuscules ayant 1 /400o à l/500e de pouce de diamètre, et d'une pesanteur speciiique moindre que le fluide dans lequel ils sont contenus.
Virchow et Kolliker avaient constaté la présence des cellules dans les corps vitres des embryons de certains animaux. Mais c'est surtout Donkan (2), élevé de Donclers, qui a démontré d'une manière positive que les cellules entrent en grande proportion dans la conformation muqueuse de cette humeur.
Fig. 279. — Cellules du corps vitré (*).
Il est aujourd'hui acquis par une longue série de travaux, qui ont été repris et résumés récemment par M. Heensell (-3), que cette substance est un tissu muqueux, cellulaire, parfaitement déterminé.
Les recherches embryologiques ont particulièrement contribué à éclaircir cette structure.
Peu après la formation du cristallin, une couche de cellules du feuillet mésoderraique se développe entre la rétine et le cristallin. Ces cellules, rudiment du vitreum,
(1) Donné, Archives génér. de méd., t. XXIII, p. 113; et Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Paris, 18i4.
(2) Donkan, Dissert, de corporis vitrei structura. Utrecht, 18.S4.
(.3) Haensell, Bulletin clinique des Quinze-Vingts, 1884, et Société française d'ophthalmologie, 29 janvier 1885.
(*) a, cellules épithéliales de la hyaloïde ; b, b, ô, 6, cellules du corps vitré munies de nombreux prolongements : quelques-unes de ces cellules ne contiennent qu'un seul noyau, d'autres au contraire en possèdent jusqu'à trois; c, leucocytes adhérents ù la membrane hyaloïdienne.
CORPS VITRÉ
sont visibles à cette époque parce que noyaux et protoplasmas no sont pas transparents; n.a.s bientôt le protoplasma s'éclaircissant de plus en plus, seuls les noyaux resten visibles ainsi que de minces «brilles qui les tiennent suspendus au milieu d.i protoplasme muqueux. Plus tard les noyaux ne s'aperçoivent plus que comme de. nœuds d intersection de ces (ibrilles, dernier reliquat de la charpente cellulaire. Ces détads cessent de s'apercevoir peu de jours après la naissance
Toutefois ces cellules persistent invisibles, disposées en couches concentriques, que 1 ctit et Desmarres avaient déjà indiquées depuis longtemps, et que l'on peut faire réapparaître, a l'aide d'irritations expérimentales.
6. Vaisseaux. - On sait que pendant un certain temps de la vie intra-utérine l humeur vitrée n'a qu'un petit volume, et que le cristallin se trouve très rapproché du segment postérieur du globe. L'artère centrale du nerf optique envoie une branche appelée artère fiyaloïdienne, qui atteint la cupule hyaloïdienne, et se divise dans la capsule postérieure en plusieurs rameaux qui se portent vers la grande circonférence de la lentille, de Jà vers la capsule antérieure et le réseau pupillaire (flg. 280, i, h, i) et s'anastomosent avec les vaisseaux iriens.
Fig. 280. — Corps vitré (*).
Weber pense aussi que les branches terminales de l'artère hyaloïde s'anastomosent encore avec les vaisseaux externes du corps vitré, dont Schroder Van der Kolk à démontré l'existence pendant la vie fœtale. Denonvilliers et Richet ont déposé au musée Orflla des pièces auatomiques où l'on peut voir comment l'artère hyaloïde arrive à la capsule postérieure et s'y termine par une ampoule.
Dans les dernières périodes de la vie fœtale, les vaisseaux du corps vitré s'atrophient et disparaissent complètement.
J. Cloquet décrit un canal cyliudroïde du corps vitré, qu'il a appelé canal liyaloïdieii, et qui résulterait de la réflexion de la membrane hyaloïdienne elle-même. Stilling a reconnu, en effet, la présence de ce canal chez plusieurs animaux, mais il n'est pas, selon lui, tapissé par la membrane hyaloïde renversée. Suivant ce même auteur on constate, dans le corps vitré, un noyau et des couches concentriques. Cette opinion sur la présence des couches concentriques a été déjà soutenue avant Stilling, et Vallée a calculé leur réfraction. Mais en est-il réellement ainsi? C'est ce qu'il est impossible de démontrer dans l'état actuel de la science.
L'anatomie du corps vitré vient de s'enrichir de très intéressantes recherches de Hache, qui ont fait l'objet d'une communication du professeur Ranvier, à l'Académie
(*) a, 6, artère hyaloïde s'épanouissant sur la cristalloïde postérieure ; c, d, e, i, membrane pupillaire, ses vaisseaux ; A, ceatre de la membrane ; f, g, i, sclérotique.
MODE D'EXPLORÀTION.
des sciences (1), Hache, cherchant à expliquer cette notion ancienne, que le corps vitré desséché et réduit à un simple feuillet aplati est susceptible de reprendre pai imbibition son volume et son aspect gélatineux, a réussi à démontrer, a 1 aide e l'acide osmique, que cet organe est formé d'une multitude de lamelles anastomosées. Ces lamelles sont constituées par du tissu conjonctif amorphe, analogue a celui des gaines nerveuses. Quant aux éléments cellulaires ils ont disparu chez l'adulte. La propriété d'imbibition de ces lamelles est capitale, car elle seule, comme Ranvier a ^"inontré pour la cornée, assure la transparence des milieux optiques.
Physiologie. — Le rôle physiologique du corps vitré est double ; jouissant d une transparence parfaite et ayant un indice de réfraction de 1,339 (Brewster), il concourt avec les autres milieux de l'œil à la réfraction des rayons lumineux. D'autre part, par sa consistance égale à celle du verre fondu et par son poids spécifique (1,005), cette humeur sert de support, sur lequel s'étale la rétine.
La nutrition du corps vitré se fait probablement au moyen des liquides sécrétés par le cercle ciliaire et qui arrivent par endosmose et exosmose, eu traversant la membrane hyaloïde à sa partie antérieure. La rétine étant dans cette région complètement confondue avec la membrane hyaloïde ne remplit aucun rôle utile pour la vision, ce qui fait que ce mécanisme nutritif ne gêne en aucune façon ses fonctions visuelles.
Stelwag von Carion pense que la nutrition de la partie postérieure du corps vitré se fait au moyen des vaisseaux rétiniens, ce qui nous parait inadmissible.