ASPECT PHYSIOLOGIQUE DE LA PAPILLE OPTIQUE
2. Contows. — Les bords de la papille se détachent d'ordinaire très nettement du fond de l'œil; ses contours sont simples et bien accentués.
Dans certains cas, les contours sont doubles et la papille se présente entourée d'un anneau blanc, comme on peut en juger par la figure 306. Cet anneau blanc peut dépendre de deux causes, tantôt le trou choroïdien, à travers lequel passe le nerf optique, est relativement trop grand et ne peut être complètement rempli par ce dernier: on verra alors une partie du bord sclérotical. Tantôt les fibres de la gaine interne du nerf optique se prolongent jusqu'à la papille et, étant d'une teinte différente de celle de la papille, elles forment un anneau blanc au pourtour. La figure 307, 6 représente cette dernière disposition.
Il n'est pas rare de recontrer un demi-cercle ou une tache noire sur le bord externe ou interne de la papille. Elle est le résultat d'un dépôt de pigment dans le trou choroïdien; se trouvant par conséquent au-dessous de la rétine, elle ne peut avoir aucun signification pathologique.
Les bords de la papille peuvent être échancrés et irréguliers sans que pour cela il y ait un étal pathologique quelconque : cela ne pourra constituer qu'une simple anomalie.
3. Volume. — La papille se présente à l'ophthalmoscope de volume très varié, selon que l'on se sert dans l'examen à l'image renversée d'une lentiUe de 1 d/2, de 2 ou 2 1/2 pouces de foyer. Ainsi, plus la lentille est forte, plus l'image sera petite; si elle est faible, au contraire, la papille apparaît beaucoup plus grande.
En nous servant habituellement d'une lentille de 2 1/4 de foyer, nous obtenons une image delà papille dont le diamètre vertical est de 0°',12 sur 0°», 10 de largeur. A l'image droite, la papille est encore plus grande.
La grandeur apparente de la papille varie aussi suivant le degré de réfraction de l'œil examiné. L'observation journalière nous montre, en effet, qu'elle se présente très petite chez quelques myopes, tandis qu'elle parait très grande chez les hypermétropes.
Jaugera constaté sur les cadavres que les dimensions de la papille changeaient selon les individus. Dans les yeux d'un grand volume, le diamètre transversal était en moyenne de 0,75 et le vertical de 0,70; au contraire, dans les très petits yeux, ces diamètres n'étaient que de 0,53 et 0,49 lignes. Il est évident que les mêmes dififérences doivent s'observer aussi à l'examen ophthalmoscopique.
4. Coloration. — La papille du nerf optique présente une coloration bien distincte du reste du fond de l'œil; elle est blanche avec une teinte visiblement rosée. Cette teinte est beaucoup plus prononcée à la périphérie qu'au centre. lilUe varie chez les différents sujets et selon l'âge, ce qui dépend essentiellement des nombreux vaisseaux capillaires qui sillonnent le nerf optique.
On remarque au centre de toutes les papilles une tache ronde blanchâtre située au point d'émergence des vaisseaux centraux (fig. 306). Souvent elle n'est pas plus grande qu'une épingle; dans d'autres cas, au contraire, elle occupe le tiers ou le quart de toute la papille.
Cette tache blanche est formée par une dépression qu'on observe habituellement au centre" de toute papille normale. La dépression ou cupule, d'après Sappey, provient de ce que les fibres nerveuses, après avoir franchi la lame criblée, s'infléchissent pour s'épanouir ensuite à la surface de la rétine. Mais l'infiexion des fibres nerveuses et leur épanouissement se faisant du centre de la
papille vers sa périphérie, il s'ensuit nalurellemenL une petite dépression au centre. Sa profondeur n'est pas toujours la môme, et plus les couches réti-
Fig. 306. — Papille physiologique vue à rophthalmoscope.
niennes sont épaisses, plus l'excavation devient profonde. Elle peut, en outre, s'étendre en largeur et se transformer en une vraie excavation que nous étudierons plus loin.
Les autres parties de la papille ne sont pas non plus colorées d'une manière uniforme : on remarque ordinairement plus de rougeur du côté externe et
Fig. 307. — Coupe de la papille du nerf optique d'après JiBgcr (*).
moins du côté interne (image renversée), ce qui tient à la distribution particulière des vaisseaux.
S. Transparence. — Le nerf optique se compose de tissu connectif de la gaine et des fibres optiques, qui sont jusqu'à un certain degré transparents. D'où il
(*) h, cupule anhale ; b, gaine interne du nerf optique ; c, gaine externe.
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résulte qu'en regardant dans le fond de l'œil avec l'ophthalmoscope, non seulement nous pouvons distinguer les surfaces de la papille, mais encore voir à une certaine profondeur dans l'épaisseur du nerf optique lui-même.
6. Vascularisation. — La papille est sillonnée de nombreux vaisseaux, dont l'origine se trouve à peu près à son centre ou un peu rejetée vers le côté nasal. Ces vaisseaux sont l'artère et la veine centrales de la rétine.
D'après les recherches de Donders, l'artère centrale traverse la lame criblée comme une branche unique, et ce n'est qu'à la surface de la papille qu'elle se subdivise en une branche supérieure et une inférieure. On la voit ainsi toujours déboucher sur la papille par un petit bout de vaisseau placé transversalement et se subdiviser ensuite en deux branches. La veine centrale opère sa subdivision dans l'intérieur du nerf optique à o millimètres en arrière de la sclérotique et n'apparaît sur la papille que comme deux branches isolées, une supérieure et une autre inférieure.
Les deux branches artérielles et veineuses supérieures et inférieures se subdivisent chacune à la limite de la papille en deux branches collatérales, s'épanouissent sur la rétine où, en se divisant dichotomiquement, elles forment un arbre vasculaire très caractéristique.
Il y a pourtant dans la disposition et le nombre des veines centrales des variétés tellement nombreuses, qu'il serait difficile de les énumérer. On y remarque quelquefois jusqu'à quatre et cinq veines principales qui peuvent être unies ou séparées vers le centre de la papille.
L'artère et la veine centrales donnent encore dans l'épaisseur quelques rares branches secondaires qui sortent sur la papille comme des branches isolées et se perdent dans les parties voisines de la rétine.
A part ce système vasculaire central, il y a encore dans la substance du nerf optique des vaisseaux capillaires méningés ou cérébrau? qui arrivent jusqu'à la papille avec la gaine interne, et que j'appelle nourriciers du nerf optique. J'ai démontré le premier (1) leur existence, et ils ne paraissent pas avoir une grande communication avec les vaisseaux de l'artère centrale.
La vascularisation de la papille est donc en rapport direct avec celle des centres optiques, tandis qu'elle reste habituellement isolée des vaisseaux choroïdiens et de tout le système des vaisseaux ciliaires. Pourtant, les recherches de Ed. Jœger ont prouvé que les artères ciliaires postérieures forment autour du nerf optique un cercle vasculaire dont certaines branches collatérales s'engagent dans l'épaisseur du tronc nerveux; elles s'anastomosent, d'après Leber, avec les branches de l'artère centrale. '
Différence entre les artères et les veines. — 11 n'est pas difficile de distinguer les artères des veines : les premières sont ordinairement moins volumineuses et leur couleur est ordinairement plus pâle, les parois sont foncées, tandis que la partie centrale est rosée, transparente, ce qui fait qu'elles paraissent accuser des doubles contours.
Les veines sont beaucoup plus foncées et plus volumineuses que les artères, et souvent on n'y remarque point de doubles contours, surtout à l'examen à l'image renversée.
(1) Galczowski, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1865; et Gaz. hebdomadaire, décembre 1865.
GALEZOWSKI, 3^ édlt. 3^
Les artères sont ordinairement plus superricielles que les veines, et en croisant ces dernières elles paraissent interrompre la circulation veineuse.
7. Fulsalion spontanée des veines et des artères. — La circulation dans les vaisseaux de la papille s'exerce habituellement d'une manière régulière, et sans qu'on puisse constater les contractions de leurs parois. Mais chez certains individus fatigués par des courses très longues, ou chez les personnes chloro-anémiques, on perçoit une pulsation rythmique dans la partie de la veine qui sort un peu'rétrécie et effilée de l'excavation centrale. Ce phénomène n'a aucune signification pathologique.
11 n'en est pas de même de la pulsation spontanée artérielle. Vue pour la première fois par Ed. Jœger, elle est, d'après de Graefe, le signe certain de la pression intra-oculaire que l'on remarque dans les affections glaucomateuses.
On peut facilement provoquer la pulsation artérielle par une pression exercée sur le globe de l'œil avec le doigt. La colonne sanguine ne peut franchir le trou sclérotical que difficilement et par des poussées saccadées au moment de la systole, et cette difficulté de passage tient à une trop grande pression exercée par les milieux réfringents sur le point de sortie des vaisseaux sur la papille.
BiBLiOGKAPHiE. — De Grasfe, Notiz ilber die Pulsphœnomene auf der Nezhaut [Archiv f. Ophihalm., Bd I, Abth. I, S. 182). — Donders, Ueber die sichtbaren Erscheinungen der BLutbewegimg im Auge {Archiv f. Ophlhabn., Bd. I, Abth. II, 1855, S. 82). — Métaxas, De l'exjjloj^ation de la rétine et des altérations de cette membrane visibles à l'ophthalmoscope. Thèse de Paris, 1861. — QuagUno, Sulle malattie interne deW occhio. Milan, 1858. — FoUin, Leçons su7' l'exploration de l'œil. Paris, 1863. — Galézowski, Études ophthalmoscopiqiies sur les altérations du nerf optique et sur les maladies cérébrales, etc. Thèses de Paris. 18G5. — Mauthner, Lehrbuch der Ophthalmoscopie, Wien, 1863. — Perrin, Traité pratique d'ophtkalmoscopie et d'optométrie.Vaxï?,, 1875. — Panas, Troubles circulatoires de la papille dans les lésions traumatiques du cerveau. Bull, de l'Académie de médecine, 1876. — Chauvel, Précis théorique et jji'atique de l'examen de l'œil et de IcC vision. Paris, 1883. — Galezowski, Traité ico7iographique d'ophthalmoscopie . Pai-is, 1886.