‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 176 sur 251 · DÉCHIRURES, APOPLEXIE ET DÉCOLLEMENT DE LA CHOROÏDE · texte numérisé non relu

DÉCHIRURES, APOPLEXIE ET DÉCOLLEMENT DE LA CHOROÏDE

A. Déchirures. — Les déchirures de la choroïde peuvent se produire à la suite d'un coup ou d'une simple contusion de l'œil. C'est ainsi que j'ai vu cette altération se produire chez un homme, à la suite d'un coup sur l'œil par une balle en caoutchouc et sans qu'il y eût la moindre plaie à l'extérieur. Il s'ensuit souvent une hémorrhagie plus ou moins abondante dans le corps vitré, ainsi que dans la choroïde.

En examinant ces malades avec l'ophthalmoscope, on constate habituellement une tache blanchâtre ayant la forme d'un cercle ou anneau qui entoure le nerf optique en partie ou en totalité, mais à une certaine distance. Souvent ce cercle traverse la macula elle-même; la tache blanche montre des contours bien limités et bordés de masses pigmentaires. La rétine elle-même est souvent déchirée et présente des inilltrations séreuses dans le voisinage.

On aperçoit dans le segment postérieur de l'œil, à un ou deux diamètres de la pupille, une traînée blanchâtre linéaire, sorte de fissure laissant voir la sclérotique mise à nu et devant laquelle passent les vaisseaux rétiniens. La forme curviligne embrassant la papille abords entourés de taches hémorrhagiques au début, et plus tard ourlés d'un liséré pigmentaire, est caractéristique de la lésion .

Becker expUque la forme particuUère de la rupture par la résistance du nerf

optique qui s'enfonce en quelque sortedans l'œil, lorsque celui-ci s'aplatit entre le choc et la paroi résislante de l'orbite.

Le pronostic de ces déchirures est d'autant plus grave que les désordres sont plus étendus et se rapprochent davantage de la macula. Des fomentations froides et de légers dérivatifs ou antiphlogistiques suffiront à prévenir toute inflammation. Mais, si les désordres sont plus étendus et qu'ils soient accompagnés de largesinfiltrations du côté de la macula, ils se terminent par la cécité presquecomplète, comme j'ai eu occasion de le constater chez un militaire qui reçut un éclat d'obus sur le front et eut en môme temps la choroïde déchirée par contre-coup.

Dans un cas de blessure du bord orbitaire, le docteur Raymond (de Turin) a constaté une large déchirure s'étendant sur une longueur transversale de six fois le diamètre papillaire ; la vue était perdue et l'organe fut pendant très longtemps le siège de névralgies ciliaires très violentes,

B. Apoplexie de la choroïde. — Ces apoplexies se rencontrent beaucoijp plus rarement que les autres; elles apparaissent ordinairement près de la région ciliaire et de l'ora serrata. Là elles forment des taches rouges foncées, d'une forme oblongue, disposées le plus souvent dans le sens transversal, contrairement à ce qu'on observe dans la disposition des hémorrhagies rétiniennes. Ces hémorrhagies ne constituent ordinairement qu'un des symptômes de certaines affections choroïdiennes. Lorsque le sang est épanché en une grande quantité, il peut perforer la rétine et se répandre dans le corps vitré, comme le démontre une observation rapportée par le docteur Esmarch.

G. Décollement de la choroïde. — Cette affection est rare; on n'en connaît que quelques exemples, entre autres ceux de de Graefe et d'Arlt. Il est occasionné par un épanchement sanguin ou séreux. Quelquefois il est provoqué par une tumeur. J'en ai vu un exemple dans un cas de traumatisme direct du globe.

Les signes ophlhalmoscopiques sont très caractéristiques : on aperçoit dans la partie intérieure du fond de l'œil une sorte de tumeur globuleuse, le plus souvent très foncée et présentant une fluctuation appréciable. La rétine se trouve en même temps décollée sur une plus grande étendue, et le corps vitré présente de nombreux flocons. L'iris avec la pupille est souvent entraînée en arrière, ce qui agrandit le diamètre de la chambre antérieure outre mesure ; quant à la vue, elle est totalement perdue.

Le diagnostic différentiel entre k décollement de la choroïde et celui de la rétine ne peut être élabh que par la teinte foncée de la tumeur et son peu de mobilité, contrairement à ce qu'on observe dans un décollement de la réline.

Le pronostic est le plus souvent très fâcheux, et il faut s'attendre à une atrophie de l'œil, malgré tous les moyens que l'on voudrait essayer. Une paracentèse scléroticale pourrait être tentée. Dans un cas j'ai obtenu une amélioration très sensible en faisant une irideclomie.

Ces altérations peuvent amener une congestion plus ou moins prononcée de la choroïde; dans d'autres cas, j'ai trouvé une congestion de la papille accompagnée des phénomènes de chrupsie et de vision colorée sans que la choroïde ait présenté les moindres désordres.

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COLOBOMÀ ET ALBINISME DE LA CHOROÏDE. '*5

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COLOBOMA ET ALBINISME DE LA CHOROÏDE.

On désigne sous ce nom une altération causée par la fermeture tardive de la fente oculaire.

A. Coloboma. — Cette anomalie congénitale de la choroïde, située le plus souvent dans la partie inférieure de l'œil, est habituellement accompagnée d'une même anomalie du côté de l'iris. Le coloboma existe plus souvent chez l'homme que chez la femme et affecte ordinairement les deux yeux ; quand il est monoculaire c'est l'œil gauche qui est affecté de préférence.

Stymptomatologie. — Signes ophthalmoscopiques. — Cette altération se présente le plus souvent sous forme d'une tache blanche, ovale, située dans la partie inférieure et qui s'étend depuis le cristallin, en arrière, jusqu'au voisinage de la papille et même au delà. Cette tache est blanche, luisante, ressemble beaucoup à une atrophie choroïdienne, étant constituée par le tissu de la sclérotique dénudée qui présente ça et là de légères marbrures grisâires. Elle est parcourue, dans toute son étendue, de vaisseaux choroïdiens non atrophiés, dont les uns vont se confondre avec la membrane vasculaire, pendant que les autres se perdent dans la sclérotique qu'ils perforent. Les limites de la tache sont très nettement accusés et bordés dans tout leur trajet de dépôts pigmentés noirs, comme on peut s'en assurer par une des figures de noire Traite' iconographique opklhalmoscopic. Quelquefois cette tache s'arrête près du bord de la papille; dans d'autres cas, cette dernière est enveloppée de tous les côtés, et alors on ne reconnaît la papille que par l'origine des vaisseaux rétiniens et par sa teinte légèrement rosée.

La rétine manque habituellement dans toute l'étendue du coloboma; quand elle existe elle présente toujours dans sa structure des modifications histologiques importantes.

Cette anomalie coïncide avec la myopie, ce qui tient probablement à une sorte d'ectasie sclérolicale, qui est moins résistante dans l'œil mal conformé et arrêté dans son évolution. Elle peut aussi coïncider avec les anomalies du cristallin (cataracte zonulaire ou polaire) et de l'iris (coloboma). L'affection peut être héréditaire.

B. Albinisme ou absence du pigment choroïdien. — Cette anomalie, qui consiste en un arrêt ou plutôt un retard de développement, est anatomiquement caractérisée, ainsi que Manz l'a observé sur le cadavre d'un jeune homme de dix-sept ans, par l'absence du pigment dans l'épilhéhum rétinien. Elle existe

habiluellement dans les yeux dont les iris ont aussi le défaut analogue Ces yeux sont appelés albinotiques. La pupille de ces individus, de même que l'iris lui môme, paraît rouge; la lumière entre dans l'œil à travers la sclérotique et l'iris et est réfléchie dans tous les cas, ce qui donne la coloration rouge à l'œil Ces yeux sont ordinairement très sensibles à la lumière, ce qui les force à cligner fortement, à porter des conserves foncées. C'est une erreur de croire que les albinos sont myopes, car ils ne tirent aucun bénéfice des lunelles concaves 11 y a chez eux, ou arrêt de développement de la rétine, ou bien souvent exagération de la sensibilité à la lumière, et il suffit de leur placer des lunettes slénopéiques pour qu'ils puissent bien voir.

Pour préserver les yeux des albinos d'une action trop vive de la lumière on leur fait porter des conserves teinte fumée, d'une forme creuse et de grand format. Cela leur donne plus d'assurance dans la vue.

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