CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Anatomie. — L'œil est placé avec ses muscles et ses nerts dans une cavité osseuse qui est appelée orbite. Elle a la forme d'une pyramide quadrangulaire, dans laquelle on distingue quatre parois, une base et un sommet.
Fig. 460. — Section horizontale à travers l'orbite (*).
1. La base de l'orbite, appelée autrement rebord orbitaire, n'est autre que l'ouverture de la cavité. En haut, elle est constituée par l'os frontal, fortement proéminent
{*) B, Globe oculaire ; R, L, muscle droit externe ; F, tissu graisseux de l'orbite ; No, nerf optique ; T, B capsule de Tenon ; L pl, ligament palpétral externe ; (jl, glande lacrymale ; So, Septum orbitaire ; M. ir, parties supérieure du muscle de Horner (tenseur du tarse) ; Uc, réflexion de la conjonctive ; T, cartilage tarse ; Mop, muscle orbiculaire des paupières; P mo, paroi interne de l'orbite ; C e, cellules ethmoïdales ; P lo paroi externe de l'orbite ; M t, muscle temporal ; X, jonction de la capsule de Tenon avec la conjonctive bulbaire ; Y, terminaison faciale de la gaine du droit interne ; Z, terminaison faciale de la gaine du droit externe. X 1,7. (D'après Gerlach).
ORBITE
et qui prend le nom iï arcade ovbilaire ; en bas et en dedans parle bord externe de l'apopliysc montante du maxillaire supérieur; en bas et en dehors, par le bord interne et antérieur de l'os malaire. Selon le professeur Richet, le diamètre transversal prédomine constamment sur le vertical dans la proportion de 5,4 à 3 1/2.
2. La paroi supérieure est constituée par deux os, le frontal, à la partie antérieure et la petite aile du sphénoïde en arriére. Elle forme une voûte fortement excavée surtout du côté externe, où se trouve la fossette lacrymale pour loger la glande de ce nom. A la partie antérieure de cette paroi, on trouve en dedans une échancrure pour la poulie cartilagineuse du muscle grand oblique. Sur le bord orbitaire lui-même, il existe une autre échancrure ou plus souvent le trou sus-orbitaire pour le passage de l'artèi'e et du nerf sus-orbitaires.
Au niveau de la suture fronto-ethmoïdale, on trouve deux trous ethmoïdaux : l'antérieur communique dans la cavité crânienne avec les gouttières ethmoïdales et donne passage à l'artère ethmoïdale antérieure, et au filet ethmoïdal du rameau nasal du nerf ophthalmique de Willis. Le postérieur laisse passer l'artère ethmoïdale posérieure.
3. La paroi inférieure est plane et présente une légère inclinaison en bas et en dehors. Elle est formée par l'os malaire, le maxillaire supérieur et la facette orbitaire du palatin. La gouttière sous-orbitaire la traverse d'avant en arrière, et se transforme près du bord antérieur en un canal du même nom.
4. La paroi interne se compose d'avant en arrière de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, de l'os unguis, de l'os planum de l'ethmoïde et d'une petite portion du sphénoïde. Cette face est légèrement convexe et présente près du bord antérieur une forte dépression, appelée gouttière lacrymale qui se transforme en bas en canal nasal. Sur le côté, cette gouttière est limitée par deux crêtes saillantes, formées par l'apophyse montante du maxillaire supérieur et par
l'os unguis.
5. La paroi externe est la plus résistante de toutes ; dans sa portion antérieure elle est constituée par l'os malaire, et dans sa partie profonde postérieure par la grande aile du sphénoïde. Elle repond à la fosse temporale et au sommet de la fosse zygomatique.
L'angle externe inférieur présente dans sa moitié postérieure une fente appelée sphéno-maxillaire, conduisant dans la fosse ptérygo-maxillaire. Elle se prolonge ea avant jusqu'à 1 centimètre et demi du rebord orbitaire externe.
6. Le sommet de la cavité orbitaire est occupé par la fente sphénoïdale. Cette dernière présente sur le bord supérieur une saillie osseuse pour le tendon de Zinn, et sur le bord inférieur une autre saillie qui sert de point d'insertion au muscle droit externe.
Au-dessus et un peu en dedans de cette fente, on voit le trou optique par lequel passent le nerf optique et l'artère ophthalmique.
Rapports de la cavité orbitaire avec les autres cavités. — La cavité orbitaire est séparée des cavités voisines par des lamelles osseuses qui constituent ses parois. C'est ainsi que la paroi supérieure supporte le lobe antérieur du cerveau, dont le? circonvolutions se moulent sur les impressions digitales qui s'y distinguent. Cette lamelle osseuse est tellement mince, que les inflammations du périoste peuvent se transmettre aux enveloppes du cerveau. Près de l'angle interne et supérieur, cette paroi correspond aux cellules du sinus frontal. La paroi inférieure correspond au sinus du maxillaire supérieur. Du côté externe, la paroi osseuse sépare la cavité orbitaire de la fosse temporale et, un peu en arrière, de la fosse moyenne du crâue où vient se loger le lobe moyen du cerveau. Du côté interne, l'orbite se trouve au voisinage des cellules ethmoïdales et de la partie supérieure des fosses nasales, dont elle n'est séparée que par la paroi interne la plus mince de l'orbite.
Parties molles intra-orbitaires. — Les parties molles qui remplissent cette ravito
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sont : 1" le périoste orbitaire ; 2" le tissu celiulo-graisseux ; 3° les vaisseaux : 4° les muscles et les nerfs.
1. Périoste orbitaire. — Le périoste orbitaire est la continuation de la dure-mère, i[ui entre dans cette cavité par le trou optique et la fente sphénoïdale pour tapisser toutes ses parois. Arrivée vers la base de l'orbite, elle se divise, comme nous avons vu plus haut (1), en deux feuillets, l'un qui se prolonge sur les os du contour de l'orbite, et l'autre, qui se porte vers le tarse et le globe de l'œil pour constituer une membrane toute particulière appelée aponévrose orbito-ocidaire, et qui sépare le globe de l'œil des parties remplissant la partie de l'orbite.
2. Tissu celiulo-graisseux. — Le globe de l'œil repose en arrière sur une sorte de coussinet moelleux, qui est constitué par du tissu cellulaire jaunâtre, graisseux, très mou, plus ou moins abondant est très élastique. Ce tissu permet à l'œil de se laisser refouler en arrière et d'éviter de cette façon les contusions et les compressions auxquelles cet organe est exposé par sa position superficielle.
Le tissu celiulo-graisseux forme des mailles plus ou moins serrées (fîg. 461), et constitue par cela même une masse assez résistante. Ces paquets adipeux enkystés
Fig. 461. — Tissu adipeux (*). Fig. 46?. — Cellules avec la*
gouttelette graisseuse (**).
par des parois lamineuses sont constitués par la réunion des vésicules sphéroïdales comprimées (fig. 462). Enfermé en arrière dans la cavité osseuse, il ne peut, en augmentant de volume, que se porter en avant et refouler le globe de l'œil, comme cela a justement lieu dans les inflammations de ce tissu. La cavité postérieure de l'orbite communique avec la fosse zygomatique par l'intermédiaire de la fente sphénomaxillaire, et avec le tissu cellulaire de la paupière supérieure par l'intermédiaire de la gaine du muscle releveur. Ces communications nous expliquent les infiltrations des paupières dans les cas de phlegmons de l'orbite, et la propagation de divers autres processus pathologiques de cette cavité vers la fosse zygomatique.
C'est au milieu de ce tissu celiulo-graisseux que se trouvent placés les muscles de l'œil, les vaisseaux et les nerfs ophthalmiques.
3. Vaisseaux de l'orbite. — Uartère ophthalmique naît de la carotide interne au moment où cette dernière sort du sinus caverneux (fig. 463, 3). Accolée au côté externe du nerf optique, elle pénètre dans l'orbite par le trou optique, de là elle se porte en haut entre le droit supérieur et le nerf optique, pour se rapprocher de la poulie du grand oblique, où elle se divise en deux branches terminales. Les branches musculaires f4 et 8) proviennent de l'ophthalmique de même que les artères ciliaires
(1) Voyez p. 823.
(*) Vésicules prenaut la forme polyédrique en raison de leur pression réciproque (300 diamètres^ (") Vésicules adipeuses isolées, prises sur un individu émacié, offrant de face et de côté des cristaux de raargariae.
ORBITE
courtes (C) etlougues (1), et se trouvent disséminées au milieu du tissu cellulo-graisseux.
La veine o/ihthalmiqiie est constituée par un tronc unique, apparaissant à la base de l'orbite près de la poulie du grand oblique, elle accompagne l'artère du uièirir» nom jusqu'au sommet de la cavité, où elle se sépare pour traverser la fente splir;.
Fig. 463. — Artère ophthalmique (*).
noïdale et se jeter ensuite dans la partie antérieure du sinus caverneux. D'apre? Seeman, outre la veine décrite plus haut, il y aurait encore une autre veine ophthalmique inférieure qui s'ouvrirait tantôt isolément dans le sinus caverneux, tantôt dans la veine ophthalmique supérieure et offrirait en ce point une valvule. Selon les' recherches de Sappey, la veine ophthalmique ne présente point des valvules da son trajet. Cet émiuent auatomiste ne les a trouvées que dans les veines destmé aux muscles de l'œil.
n 1, carotide interne ; 2, méningée moyenne ; 3, artère ophtlialmique ; 4, musculaire inférieur , lacrymale; 6, ciliaires courtes; 7, ciliaires longues ; 8, musculaire supérieure; 9 etlimoidalc su ieure iO, ethmoïdale antérieure ; H. artère sus-orbitaire ; 12, frontale interne ; 13, nasale ; li, p
rieur pébrale
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II est important de connaître les rapports exacts de l'artère et de la veine ophthaluùqucs avec l'artère carotide et les sinus caverneux.
Le sinus caverneux est situé sur le côté de la selle turcique et communique avec le sinus pétreux supérieur et inférieur et le sinus circulaire. C'est dans sa partie antérieure que s'ouvre la veine ophlhalmique. L'artère car tide interne traverse le sinus caverneux, où eHe s'infléchit deux fois et offre dans ce trajet des parois très minces. D'après Trolard (1), la carotide est séparée des parois osseuses de ce canal par un sinus qu'il appeUe sinus carolidien. C'est en sortant du sinus que la carotide interne fournit l'artère ophtalmique.
4. Muscles et nerfs. — Les muscles de l'orbite sont ceux qui concourent aux mouvements de l'oeU. Nous les avons étudies ailleurs (voy. muscles de l'oeil).
Les nerfs de l'orbite sont très nombreux, et, à l'exception des nei'fs optiques, ils nnt des connexions intimes avec le sinus caverneux. Ces nerfs sont : moteur oculaire rommun pathétique, moteur externe, nerf optique et la branche ophthalmique de Willis avec le ganglion ophthalmique. Ils se trouvent placés au milieu du tissu cellulo-graisseux de l'orbite. Le nerf sous-orbitaire se trouve placé au-dessous du périoste dans une rainure osseuse qui lui est propre.