PUSTULE MALIGNE ET AFFECTION FARCINEUSE DES PAUPIÈRES
jours. Ce moyen peut arrêter le progrès et quelquefois enrayer complèlemenL le mal, mais il faut que ce médicament soit bien préparé. Voici sa formule telle que nous l'avons fait préparer par le pharmacien Wurtz :
Collodiou officinal 100 gramm. \ Vaseline ou huile de ricin.. 7 gramm.
Si la maladie est trop avancée, il est nécessaire de pratiquer une large et profonde incision et d'appliquer ensuite des compresses d'eau fraîche sur la paupière recouverte avec un petit morceau de toile cirée ou de caoutchouc.
Les compresses humides, même froides, se réchauffent très vite sous une toile imperméable et agissent à la façon des cataplasmes émollients, qui calment les douleurs et diminuent le gonflement.
Bibliographie, — Dupuytreu, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. IV, art. Anthrax. — CoIIis, Dublin quarterhj Journ. of med. se: Febr., 18G4. — A. Guérin, Nouveau Diction, de méd. et de chir. praf. Paris, 1865, t. II, art. Anthrax.
ARTICLE m
PUSTULE MALIGNE. AFFECTION FARCINEUSE DES PAUPIÈRES. BOUTON d'aLEP.
A. Pustule maligne. — Cette affection se développe ordinairement sur les paupières par suite d'une inoculation des matières putrides d'animaux infectés, transmise soit par des mains ou instruments sales, soit par des piqûres d'insectes.
Les cochers, les maréchaux, les bergers, les corroyeurs, etc., et tous ceux que leur profession met en contact avec des animaux infectés, y sont particulièrement exposés. Elle paraît se développer aussi à la suite d'une piqûre d'insectes qui se nourrissent de la chair des cadavres.
D'après Bourgeois (d'Étampes), il se forme d'abord une petite induration lenticulaire, qui se transforme bientôt en une vésicule dont la base est fortement ecchymosée et tendue, luisante. La paupière tout entière devient tuméfiée et érysipélateuse, d'un rouge foncé. Deux jours plus tard, la vésicule se transforme en eschare gangréneuse.
Anatomie pathologique. - Les pustules de la peau proviennent de nodo* sites développées dans le tissu même de la peau. L'examen microscopique fait par Virchow (1) montre une prolifération cellulaire abondante, qui s'étend quelquefois jusqu'au tissu musculaire interstitiel. Au bout de quelque temps, les vaisseaux lymphatiques se prennent sur une grande étendue. D'après Da-^ vaine (2), les pustules malignes contiennent un grand nombre de bactéridies.
Depuis que M. Pasteur a trouvé le moyen de guérir et prévenir le charbon Chez les animaux par des inoculations préventives, les pustules malignes chez les ùommes se rencontrent relativement beaucoup plus rarement en France qu il y a 10 ans.
(1) Virchow, Spec. Pathol. und Thérapie, i. li, p.- .yo, et Simon's HauskranL, p. 106.
(2) Davaine, Mém. de la Soc. de Biol. Paris, 1865; p.' 93.
OALEZOWSKI, 3c ('•clil. 2
Mackcnzie et Wells affirnienl que celle affection n'a jamais été observée en Angleterre.
Marche. — Elle est très rapide ; le malade est pris de lièvre, de frissons et de nausées; la tuméfaction gagne la face et le cou, et quelquefois la mort survient au bout de trois ou quatre jours. Dans d'autres cas, la paupière se détruit, et l'œil se trouve complètement à découvert.
Traitement. — L'indication principale est de s'opposer avec la plus grande rapidité possible à l'absorption du pus vénéneux. Lisfranc cautérisait avec le fer rouge toute la partie gonflée ainsi que la pustule (1), Bourgeois fd'Élampes) préfère employer la potasse caustique. Ricbet fait saupoudrer la plaie avec la poudre de sublimé. Nous faisons de plus laver souvent la plaie avec la solution de sublimé au millième.
Le traitement Ionique, le vin et le rhum, devront être prescrits à l'intérieur.
B. Affection farcineuse. — Elle atteint de préférence les angles et apparaît sous forme de pustules ou d'abcès, se transformant très rapidement en croûtes dessécbées. La gangrène n'est pas fréquente ; mais la suppuration se transmet à la conjonctive et à la cornée, comme chez le malade de Tarnawski.
Quelquefois la morve et le farcin sont accompagnés de tuméfaction excessive des paupières avec exophlhalmie phlegmoneuse. De Graefe (2) en a rapporté un cas, dans lequel Virchow a découvert des nodosités morveuses dans la choroïde.
L'affection farcineuse des paupières a été souvent confondue avec la pustule maligne. Mackenzie dit avec raison que le diagnostic devient facile lorsqu'on se rappelle que, dans la morve, une affection constitutionnelle ayant quelque analogie avec le rhumatisme précède les symptômes locaux. Dans la pustule maligne, au contraire, l'affection débute par le mal local.
Ryaer, A. Tardieu et Tarnawski ont rapporté des faits d'affection farcineuse des paupières. Ce dernier a cité un cas très intéressant d'affection morveuse ayant atteint de préférence les paupières et le globe oculaire, que j'ai pu observer avec lui sur un malade de l'Hôtel-Dieu.
Pour traitement local, je conseille la pommade à l'iodoforme à la dose de 1 gramme pour 10 grammes de vaseline, le spray phéniqué et les cautérisations des conjonctives quatre ou six fois par jour avec la solution de nitrate d'argent au i/20.
C. Bouton d'Alep. - Celle affection, comme son nom l'indique, se rencontre surtout à Alep de préférence sur des sujets jeunes, et apparaît de préférence sur les paupières sous forme de lupus tuberculeux. D'après Godard, tous les pays chauds prédisposent à ces sortes de boutons tuberculeux. C'est ainsi qu'on les observe à Biskra, à Bagdad, etc. Selon toute probabilité, il s'agit dans ces cas d'une variété particuhère de pustule infectieuse, produite par inoculation de bactéridies venimeuses, propres aux pays chauds.
BiBLiOGRAPiuE. — Rayer, De la morve et du farcin chez l'homme {Mém. de l'Acad. de méd., t. VI, p. 733, 1837). — Vigla, Thèse de Paris,. 1830. — A. Tardieu, De la morve et du farcin chronique, thèse de Paris, 1843. — Bourgeois (d'Étampes), Ârch. gén. de niéd., 1843, et Traité delà pustule maligne, 18G1. — Elliotsou, Medico-chirurgical Transact.l vol. XVI, 1830 et 1833. — Raimbcrt, Traité des maladies charbn7m€uscs, 1859, et
(1) Lisfranc, Clinique chirurgicale, 1. 1, p. 173.
(2) Graefe, Archiv f. Ophthalm., 1857, t. 111, Abth. 3, p. 418.