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CHAPITRE III

PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE

Les affections des paupières sont très variées : les unes, de nature purement infiammatoire : blépharite ciliaire ; orgeolet; furoncle et anthrax; phlegmon et abcès; érysipèle, érythème et emphysème des paupières;

D'autres sont de nature dartréuse : eczéma, psoriasis, éphidrose et ochromydrose, herpès, zona, acné, vitiligo, alopécie, pustules varioloïques et les scrofulides des paupières.

Les altérations syphilitiques des paupières constituent une classe à part. Ce sont : chancre, syphilides bénignes, tuberculo-serpigineuses et gommes syphilitipues.

Les productions néoplasiques et les kystes sont de plusieurs sortes; ce sont notamment : i° des kystes sébacés, chalazions, kystes dermoïdes, etc.; 2° des tumeurs solides, telles que : tumeurs érecliles, verrues, lipomes, éléphantiasis, névromes, épilhéliomes et carcinomes,

BLÉPRARITE GILIAIRE.

ARTICLE PREMIER

BLEPHARITE GILIAIRE

L'inflammation du bord libre des paupières désignée sous le nom de blépharite ciliaire est caractérisée par une rougeur du bord et des angles palpébraux, tuméfaction h la racine des cils, avec formation des croûtes qo recouvrent des excoriations.

Elle peut aflecter uniquement la peau au pourtour des cils, ou bien loute l'épaisseur du bord palpébral. Dans le premier cas, il y a blépbarite simple furfuracée ou pityriasis ; dans le second, c'est une vraie blépharite glandulaire ou bulbaire, blépbaro-adénite. Ce sont ces deux formes de maladie que nous distinguons. Quant aux divisions adoptées par les auteurs, en blépbariles catnrrhale el scrofuleuse, dipbthéritique, ulcéreuse, hypertropbique, etc., elles ne nous paraissent pas pratiques, et ne sont qu'un embarras pour le diagnostic.

A. Blépharite pityriasique. — Le phénomène caractéristique de cette variété de blépharite est une desquamation de l'épiderme sous forme de petites lamelles blancbâlres, pulvérulentes, à la racine des cils. Elle est identique avec celle que l'on constate au cuir chevelu, à la face et dans d'autres parties du corps. Développée sur le bord des paupières où la peau est très mince et très sensible, elle ne tarde pas à être accompagnée de démangeaisons et d'une vive irritation. La sécrétion des glandes de Meibomius et des glandes sébacées, augmentée, s'accumule à la surface du bord libre; les lamelles de l'épiderme s'agglutinent à la base des cils, et forment des pellicules fines et molles qui enveloppent les cils, et s'y attachent souvent même à une certaine distance de leur base. Par le frottement, ces lamelles se détachent et tombent souvent dans l'œil et produisent une sensation de corps étranger.

En examinant attentivement celte région à la loupe, on constate quelquefois de petites pustules, semblables aux boutons d'acné, situées entre les cils. Peu à peu l'épiderme s'amincit et s'exfolie, le derme s'injecte et devient rouge. Si la maladie dure longtemps, des ulcérations et des abcès peuvent s'y former ; l'inflammation gagne les parties sous-jacentes, el peut envahir successivement les glandes sébacées, les bulbes pileux, et se transformer en une blépharite glandulaire.

La blépharite pityriasique peut avoir d'autres conséquences non moins désagréables; les cils ne reposant plus sur le derme sain deviennent fragiles et cassants, el les paupières s'en dégarnissent de plus en plus. L'irritation peut gagner la conjontive, et donner lieu aune vraie conjonctivite.

B. Blépharite ciliaire glandulaire ou blépharodanite. — Elle atTecte une forme éminemment chronique et se complique d'altération de tous les tissus qui composent le bord libre des paupières.

Symptomatologie. - Dans celte afl'ection, on remarque : une boursouflure du bord des paupières, soit par places, soit sur toute son étendue. De plus, on voit se développer une rougeur de la peau et des conjonctives au voisinage du point affecté. Les angles palpébraux présentent souvent des excoriations très étendues.

Un cliaiif^'omonl de diroction des cils qui deviennent cassants et tombent en grande partie; ailleurs ils sont ramassés en pinceau, et s'entre-croisent. Çà et là ils manquent coinpkHenient, tandis qu'ailleurs ils sortent par faisceaux à travers les mômes orifices.

A mesure que la maladie fait des progrès, le nombre de cils diminue, ceux qui remplacent les anciens n'acquièrent pas le môme développement; ils pâlissent et s'étiolent, et quelques poils rares et incolores se montrent çà et là, de sorte que la paupière peut être complètement dépourvue de cils {mad(trosis).

La sécrétion des glandes sébacées, mélangée à celle des glandes de Meibomius, s'accumule sur le bord libre, au pourtour de la racine des cils, et forme une sorte de croûte composée d'écaillés friables, luisantes, adhérentes aux cils et à l'épiderme. Si l'œil n'est pas irrité, les croûtes peuvent rester inaperçues pendant un certain temps, mais peu à peu l'irritation gagne en intensité et en étendue ; les croûtes deviennent plus épaisses et au-dessous d'elles on trouve une surface ulcérée qui saigne au moindre contact. Souvent tout le rebord palpébraldes paupières est recouvert d'une large croûte au-dessous de laquelle on retrouve des collections du pus. Au voisinage du bord libre il se forme de véritables boutons d'acné, situés dans le tissu cellulaire sous-cutané, ce qui constitue, pour Soelberg Wells, une forme particulière d'acné ciliaris.

Les cils sont très souvent agglutinés, et collés pendant le sommeil; le malade, en ouvrant le matin les yeux, arrache les cils par pinceaux. A la racine des cils on trouve presque toujours des ulcérations. Elles sont superficielles, et occupent une large surface du derme, ou bien elles sont profondes et disséminées ; dans ce dernier cas, l'ulcération affecte la forme de cupule, au milieu de laquelle on trouve un ou plusieurs cils.

Dans cette période, les cils ne tiennent plus à l'épiderme (voy. fig. 9, b), comme Ranvier et Cornil l'ont démontré sur les préparations que je leur ai fournies. Des trajets fistuleux se sont ouverts sur le bord libre autour de chaque cil malade et ont formé, en se réunissant, des ulcères en cupule.

Par suite de la rétraction de la peau et d'excoriation du derme, le bord palpébral s'arrondit, surtout à sa marge interne, devient rouge et luisant. La paupière inférieure se renverse en dehors et constitue soit un ecli opion, soit un état particulier auquel on donne le nom de lagophthalmie.

Dans certains cas, il y a désorganisation complète de tous les tissus du bord libre avec épaississement, induration, et une éversion en dehors complète du bord libre et du tarse appelée tylosis.

L'oblitération partielle ou totale des orifices des glandes de Meibomius est aussi une des conséquences de ces altérations ; de là des kystes meiboniiens, et des abcès de ces glandes.

La muqueuse oculaire est souvent injectée, devient rouge, charnue, veloutée, surtout dans les pai ties ectropionées.

Les points lacrymaux sont tantôt déviés et rétrécis, tantôt exulcérés et enflammés.

La peau, au voisinage du bord libre et surtout dans les deux angles palpébraux, s'ulcère, s'excorie et forme une sorte d'eczéma, qui, chez les personnes strumeuses et lymphatiques, peut prendre une grande extension sur les parties voisines et sur la joue.

Pour compléter le tableau de la maladie, il faut y joindre les signes fonc-

BLÉPHARITE CILIÂIRE.

tionnels. Les malades se plaignent de démangeaison, de picotement, de raideur des paupières, de la pholophobie, de larmoiement, d'une sensation de gravier entre les paupières, etc. Ces symptômes sont quelquefois accentués à tel point qu'on croit les rapporter à une affection interne de l'œil. On comprend que le hord palpébral étant exulcéré, les nerfs trophiques du derme transmettent leur irritation aux autres branches oculaires, pour constituer le larmoiement, la pholophobie, etc.

Anatomie pathologique. — Nous avons indiqué que la maladie débute le plus souvent par les glandes sébacées (fig. 8, g, g,) qui avoisinent les canaux des

Fig-. 8. - Coupe des cils (*). Fig. 9. — Poils sortant de la

peau au milieu d'un ulcère(**).

cils; leur suppuration donne lieu à des trajets fistuleux très nombreux sur le bord libre au pourtour de cils. Leur réunion forme des ulcères en cupule, au milieu desquels les cils vacillants frottent les parois ulcérées en b, (fig Ô) et jouent le rôle d'un corps étranger. Ranvier et Cornil ont confirmé ces faits Dans d'aulres cas, il y a altération de l'enveloppe des cils eux-mêmes. Robin avait démontré que la gaine du cil était dans ces cas remplie d'une quantité considérable de cellules épithéliales, de matière sébacée et souvent de pus

Les recherches microscopiques faites à ma clinique par le docteur Remy ont démontré que la substance propre du cil subit une dégénérescence et devient granuleuse, opaque et volumineuse; sa coloration est noire, pigmentée, molle et comme imbibée de liquide (fig. 8). Souvent nous avons vu avec le docteur Muron des excroissances papillaires à la surface des cils

Étiologie. - Une des causes lapins fréquentes de blépharile ciliaire est incontestablemen une déviation, un rétrécissement ou une obstruclion des voies lacrymales (I). J étais un des premiers qui ait démontré ce rapport éliologique e aujourd hui cette opinion a été adoptée par tous les auteurs

Les diathôses strumeuse et scrofuleuse ont une certaine influence sur la production de cette affection. Nous avons observé de préférence Ta blé pharite bulbaire chez les individus atteints d'engorgement des glandes du

P) o! riTsïit":'"'*' ' ^" --m. ,«i se cas. ca a.

(I) Galpzow.ski, Gazette des fiopitauT, im, p. 830.

cou et des glandes sous-maxillaires. Les individus mal nourris, hal)ilant des appartements humides, froids et mal aérés, ou travaillant dans une atmosphère chargée de miasmes putrides, de gaz irritants, etc., les sujels faihies et anémiques, sont plus que les autres prédisposés au développement de cette maladie.

Marche, durée. — La blépharite ciliaire est une affection chronique; elle dure des mois, des années ; mais il y a des périodes d'amélioration très notable, faisant croire à la guérison, suivies au bout de quelque temps de nouvelles poussées inflammatoires.

Diagnostic différentiel. — Il est difficile de confondre la blépharite ciliaire avec aucune autre maladie ; tout au plus pourrait-on la prendre pour une simple conjonctivite, granuleuse ou lacrymale. Mais dans une conjonctivite, les mucosités, au lieu d'être accumulées à la racine des cils, les collent au contraire vers leur sommet.

La boursouflure des paupières dans les conjonctivites se présente ordinairement dans toute la paupière et sous forme d'œdème ; tandis que, dans la blépharite, elle est limitée au bord libre.

Pronostic. — La terminaison dépend en grande partie du degré d'altération. En général, la maladie est bénigne. Les tylosis et les lagophthalmos deviennent de plus en plus rares, car on oppose à la maladie un traitement plus rationnel qu'autrefois et on soigne la maladie des voies lacrymales.

Traitement. — Cette affection exige un traitement tout différent selon que l'on a affaire à la forme pityriasique ou glandulaire.

A. Blépharite pityriasique. — Il est très simple :

1. On doit recommander au malade de se laver les yeux matin et soir avec de l'eau chaude simple, ou en y ajoutant une faible dose de sous-carbonate de soude :

C'est une excellente solution qui facilile la dissolution des écailles graisseuses et des pellicules du bord libre.

^ Eau distillée 100 grammes. | Sous-carbonate de soude.. 1 gramme.

2. Pour combattre l'irritation des conjonctives et diminuer la photophobie, on ordonnera des injections d'eau tiède dans les points lacrymaux avec la seringue d'Anel. Ces injections, qui nous ont donné des résultats remarquables, dégagent les voies obstruées et contribuent efficacement à la guérison.

3. Le badigeonnage des paupières avec le crayon de nitrate d'argent constitue un des points essentiels du traitement. Le chirurgien pratique cette opérotion une ou deux fois par semaine, en ayant soin de préserver l'entrée du caustique dans l'œil.

Des démangeaisons palpébrales dont se plaignent les malades, sont combattues avantageusement par la poudre de calomel porphyrisé, ou la poudre de sousnitrate de bismuth, avec laquelle on saupoudrera les bords libres souvent dans la journée.

S. Pour prévenir les rechutes, on emploiera les préparations arsenicales, odées, ferrugineuses, toniques, et fortifiantes, prises à l'intérieur pendant un certain temps.

B. Blépharite glandulaire. — Le traitement de cette forme de blépharite est plus complexe et plus difficile.

\, On commence par inspecter les voies lacrymales qui sont le plus souvent

BLÉPHÂRIÏE CILIÂIRE. 13

le point de départ de la maladie, et, eu guérissant l'altération dont elles sont le siège, on guérit leblépharite ciliaire elle-même. Ce moyen est pour nous la base principale du traitement. Nous avons souvent guéri des blépharites chroniques de quinze, de vingt ans, dans l'espace de deux ou trois mois, rien qu'en rétablissant les voies lacrymales oblitérées.

2. Il faut recommander aux malades les soins d'une propreté minutieuse. Les croûtes desséchées qui occupent la base des cils seront détachées avec les ongles ou une pince ; laissées sur place, elles abriteraient le pus et activeraient l'irritation.

3. Vépilation des cils doit être pratiquée sans retard. Les croûtes une fois en levées, on découvrira, soit à l'œil nu, soit au moyen d'une loupe, des ulcères en cupule qui entourent les cils. Ces cils, placés au fond des ulcères, devront être enlevés. Pour les arracheron se sert d'une pince (fig. 10 et 11), puis on cautérise les ulcérations avec un crayon effilé de nilrate d'argent.

Fig. 10. Pmce à épiler. Kig. 11. — Pinces courbes.

Je regarde V arrachement des cils comme le moyen le plus efficace dans le traitement de cette aiïection. En effet, les cils, qui se trouvent au centre de l'ulcération, jouent le rôle de corps étrangers, et s'opposent à la cicatrisation. L'épilation des cils ne détruit pas les bulbes pileux qui sont très souvent intacts, mais elle active la cicatrisation des ulcères, et on voit ensuite les cils repousser au milieu d'un tissu déjà cicatrisé.

L'arrachement a fourni aussi de bons résultats à Quadri, et Lawrence ; mais leur opération avait pour but de rendre plus facile la cautérisation des bords des paupières. Bazin (I) a indiqué le moyen de guérir les blépharites ciliaires par l'épilation des cils, croyant qu'il s'agissait là d'une végétation cryptogamique. Cramoisy (2), qui a introduit l'épilation générale des cils comme moyen de guérison, pratiquait souvent deux ou trois épilations générales et successives.

Je pense que l'épilation générale de tous les cils pourrait amener une trop grande irritation, c'est pourquoi il faut y renoncer.

Ma méthode de traitement consiste à n'arracher que quelques cils les plus malades et cautériser ensuite l'ulcère. Mais, pour ne pas provoquer une trop grande irritation, il ne faut épiler que tous les cinq ou six jours et sur des points éloignés.

Ce n'est donc pas, comme'quelques auteurs l'ont dit, un moyen accessoire de guérison, mais bien une indication essentielle du traitement. Une seule épilation ne suffit pas, et il faut quelquefois arracher le même cil deux et même trois fois avant que la partie ulcérée du bord libre soit guérie.

4. Lorsque les cils poussent d'une façon irrégulière, qu'ils tombent constam-

(1) Daziu, Considératiojis générales sur lamentagre et les teignes de la face. 185 i.

(2) Cramoisy, Courrier médical^ 1860, p. 87, 100 et 111.

ment, n'étant pas solides à leur base, je les coupe non loin de la racine sur toute l'étendue de chaque paupière. J'obtiens de cette façon un rad'ermissement de ces poils, et la guérison plus facile de la blépbarile.

5. On combattra l'inflammation et les excoriations étendues des paupières en les touchant avec le crayon de nitrate d'argent après chaque épilalion.

6. L'usage des pommades au précipité rouge et blanc, à l'oxyde de zinc ou au sulfure de mercure, est en général considéré comme un remède spécifique contre toutes les blépharites ciliaires. Ces pommades sont en eflct utiles, lorsqu'elles sont employées à l'origine de la maladie, au moment où les bulbes ne sont pas très altérés et où les ulcères ne sont ni profonds ni étendus. Elles réussissent surl^out à la fm de la maladie en facilitant la résolution des parties engorgées. Les pommades de Lyon, de Desault, du Régent, d'Arlt, ne doivent leur réputation qu'au précipité rouge simple ou additionné de quelque autre agent, tels que : acétate de plomb et camphre (Régent), oxyde de zinc (Deval), précipité blanc (Arlt), etc.

Des résultats favorables ne seront obtenus à l'aide de ces pommades que si on les applique à doses faibles (Ob^IO à 08'',f5 pour 10 grammes de vaseline), et en couches très minces sur les bords des paupières. Voici quelques formules des plus usitées :

"if Précipité rouge 10 ccnligr. % Précipité rouge 15 ceutigr.

Acétate de plomb cristallisé. 5 — Camphre 15

Vaseline 10 grauim. Huile d'olives 1 goutte.

(Galezowski.) Beurre lavé à l'eau chaude. 3 gramm.

(Desmarres.)

Ift Turbithe minérale 10 centigr.

Vaseline 10 gramui.

Huile de Cude 25 gouttes.

(Galezowski.)

7. Dans une inflammation trop vive des paupières et lorsqu'il existe une prédisposition aux abcès, on aura recours aux cataplasmes de fécule de riz ou de glycérolé d'amidon tiédi, que l'on appliquera sur l'œil deux ou trois fois par jour, pendant une demi-heure ou une heure.

8. Le sirop antiscorbutique ou de brou de noix, l'huile de foie de morue, les préparations iodées et arsenicales, et le vin de Vial phosphaté seront prescrits pour combattre les causes générales et constitutioimelles de la maladie. On prescrira au malade un régime convenable, tonique, et on défendra l'usage des alcooliques, du café et des mets fortement épicés.

9. L'usage des conserves bleues ou neutres pourra être recommandé pendant tout le traitement. Le malade doit éviter une lumière trop vive et le travail au gaz.

10. Le séjour aux stations thermales d'Uriage et de Saint-Nectaire, de La Hourboule peut être indiqué. Les malades y sont soumis aux douches oculaires d'eau pulvérisée, aux bains généraux et à la boisson de l'eau minérale et y obtiennent des améliorations des plus sensibles.

BiBLiOGnAPUiK. — Chassaiguac, Du décaparje des cils dans les ophlhalmies [Arcfi. d'o/>hl/i. Paris, t. U, p. 88). — Moll, Archiv f. Ôphth., t. VI, a. 1, p. 3S(>. — ])«>vai, Traitemont de la blépharite ciliaire {Gaz. des liôp., 1862, n. 12). — E. Williams, Blépharite ciliaire [New-York Med. Hecord, mars 180(i). — Sœmiscli, Veher die verschiedenen For-

ORGEOLET, FURONCLE, ANTHRAX. i'ô

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ORGEOLET, FURONCLE, ANTORAX

A. Orgeolet. — Il est constitué par une inflammation furonculeuse du tissu cellulaire épilarsien et du pourtour des cils. Habituellement, il présente la grosseur d'un grain d'orge, et c'est de là qu'il tire son nom.

Selon Richet, tout furoncle a son siège dans le follicule pilo-sébacé; nous pensons aussi que l'inflammation d'une des glandes sébacées des cils est le plus souvent le point de départ de l'orgeolet.

La tumeur est dure, rouge foncé, se perdant d'une manière insensible dans les parties voisines. Le toucher provoque une douleur très vive, ainsi que les mouvements des paupières. U'abord limité au bord libre, le gonflement envahit souvent toute la paupière.

Au bout de quatre ou cinq jours, il se forme une élevure d'un blanc jaunâtre qui ne tarde pas à percer pour donner issue à un pus épais, contenant de petits lambeaux de lissu cellulaire mortifié. L'ouverture se produit, soit sur la face cutanée, soit sur la marge conjonctivale du bord libre. Le gonflement cesse immédiatement, et la cicatrisation qui en résulte ne laisse pas de trace.

L'orgeolet amène un gonflement des tissus voisins, et il n'est pas rare d'observer l'oblitération d'un ou de plusieurs orifices des glandes de Meibomius ou des glandes sébacées, ce qui fait naître des kystes sébacés ou des chalazions. L'œdème palpébral qui accompagne l'orgeolet devient quelquefois tellement intense, qu'il peut simuler un érysipèle ou un phlegmon du sac. L'erreur sera facile à éviter en s'assurant par une injection que le canal lacrymal est libre.

Il n'est pas rare de voir une conjonctivite très intense accompagner l'orgeolet et qui durera tant que l'abcès n'est pas percé. L'étranglement des tissus environnants peut être tellement prononcé, qu'il en résultera une inflammation des vaisseaux lymphatiques de la paupière et un engorgement dos glandes préauriculaires, qui deviennent sensibles au toucher.

Certaines personnes sont prédisposées d'une manière toute particulière aux orgeolels ; des récidives sont si fréquentes, que, pendant des mois entiers, toute occupation leur est interdite. Cela se voit souvent après les couches ou aux périodes de menstruation.

La douleur qui accompagne l'orgeolet, bien qu'elle ne soit pas des plus vives et qu'elle n'oblige pas le malade à renoncer au travail, est très gênante et peut devenir insupportable quand le malade se livre h. des travaux de cabinet, surtout le soir.

Lorsque l'orgeolet proémine sur la peau, il est moins douloureux et produit moins d'inflammation que lorsqu'il fait saillie sur le bord libre ou la muqueuse.

Traitement. — 1. Au début de la maladie, lorsque le pus n'est pas encore formé, je cautérise la peau en face de l'orgeolet avec le crayon de nitrate

d'argent. Par ce moyen, j'ai réussi très souvent à faire avorter le mal. Dans la période de suppuration on aura recours aux fomentations d'eau de guimauve chaude et cataplasmes de fécule de riz. Des fomentations avec de l'eau blanche pourront aussi être employées avec succès.

2. Quand l'abcès tarde à percer, il est urgent de l'ouvrir du côté de la peau par une incision parallèle au bord libre de la paupière, et par une incision verticale du côté de la conjonctive en ayant soin de ménager les cils.

3. Pour combattre la prédisposition aux récidives, on doit badigeonner les bords des paupières avec un crayon de nitrate d'argent, promené à la racine des cils, sur la surface cutanée des paupières.

5. Le traitement interne consistera en purgatifs salins et des eaux minérales de Hunyadi Janos et de Montmirail, un grand verre tous les deux ou trois jours. L'eau de Rubinat et l'eau espagnole Lœches, un verre à bordeaux tous les huit jours, produisent aussi un assez bon effet.

Le professeur Hardy recommande l'usage de l'eau de goudron à l'intérieur pendant quelque temps. Ce moyen combat efficacement la dialhèse furonculaire, et peut être mis en usage pour la guérison des orgeolets.

B. Furoncle. — Ce qui distingue le furoncle de l'orgeolet, c'est que son siège est différent et qu'il occupe une étendue plus considérable. Comme l'orgeolet, c'est une inffammation des folhcules du derme et du tissu cellulaire, et il occupe de préférence l'angle externe des paupières ou le sourcil. La paupière tout entière devient œdémateuse ; souvent la paupière inférieure et la face y prennent part, et le chémosis séreux envahit le globe de l'œil. Les glandes préoculaires sont parfois engorgées.

C. Anthrax. — C'est une inflammation du tissu cellulaire sous- cutané, se propageant au tissu aréolaire du derme et amenant très rapidement la mortification de la peau. Pour Richet, l'anthrax est le résultat d'inflammation de plusieurs follicules pilo-sébacés à la fois.

L'anthrax des paupières est excessivement rare. A. Guérin déclare ne l'avoir jamais observé dans cette région. En effet, c'est plutôt le sourcil qui est le siège de cette tumeur inflammatoire, et la paupière ne sera enflammée que d'une manière secondaire et par voisinage.

L'anthrax débute par la rougeur et le gonflement du sourcil, accompagnés de chaleur et d'une douleur excessivement vive. Au centre de la grosseur apparaît une phlyctène, qui une fois percée laisse s'écouler un liquide sanguinolent. Quelques jours plus tard, des ouvertures cribriformes se montrent au centre; il s'en échappe un peu de pus et des lambeaux du tissu cellulaire, que l'on appelle bourbillon.

Une fois les tissus malades éliminés, on aperçoit une large ulcération à bords frangés, au milieu de laquelle se trouve une masse grisâtre, pullacée, qui n'est autre que le tissu ceHulaire du derme sphacélé. Cette cavité se remplit bientôt de bourgeons charnus, et la cicatrisalion a lieu, mais avec raccourcissement de la peau de la paupièie, suivie quelquefois d'ectropion.

Traitement du furoncle et de Vanthrax. — H est rare que l'on puisse faire avorter le furoncle ou l'anthrax en voie de formation. Peut-être même s'obtienl-il plus difficilement sur la paupière que partout ailleurs. Pourtant, je ne saurais trop recommander, au début de la maladie, l'application sur la paupière d'une couche assez épaisse de collodion élastique, que l'on renouvellera tous les

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