DE LA SUGGESTION HYPNOTIQUE DANS LES MALADIES D'YEUX
Nous avons insisté sur ce poiul, parce qu'il nous semble fort important, et que des malades en puissance do suggestion ou d'hystérie soumises aux expériences que nous avons décrites à propos de la simulation peuvent ne pas répondre correctement bien que le trouble soit réel. Il l'aut donc être prévenu de ce fait et ne pas conclure à la simulation sans avoir recherché au préalable les stigmates de l'hystérie ou essayé l'effet d'une contre-suggestion.
Nous devons enfin reconnaître que la suggestion a une influence thérapeutique favorable indéniable sur les amauroses et achromatopsies hystériques.
B. De même que pendant l'iiypnose on peut empêcher le patient d'ouvrir les yeux et provoquer ainsi une contracture légère de l'orbicuiairc, de même on a pu réussir, par ce même procédé, à diminuer ou faire disparaître le blépharospasme. M. Fontan a cité deux cas de ce genre.
La strabisme ^eut être provoqué par la suggestion. M. Borel a pu déterminer chez trois hystéro-épileptiques des strabismes convergents de 30 à 40°; à leur réveil les malades s'effrayèrent de voir double, se plaignant d'une constriction dans le globe oculaire, symptômes qui, indiquant à la fois paralysie et contracture musculaires, ne disparaissaient que par une contre-suggestion. M. Fontan a rapporté deux cas du même genre.
Heureusement que ces faits sont raines, car, au Conseil de revision, un conscrit, se présentant avec un strabisme suggéré de l'œil droit de 40°, comme le fait très justement remarquer mon excellent collaborateur, le docteur Ch. Schmit, serait très probablement exempté.
L'accommodation est facilement influencée par la suggestion. La contraction ou le relâchement du muscle ciliaire variant pendant l'état de somnambulisme au gré de l'hypnotiseur est aujourd'hui un fait bien connu. Il suffi'de suggérer au somnambule qu'un gros bâton qu'il tient dans les mains est une aiguille pour voir la pupille se rétrécir aussitôt; qu'un navire au large court droit sur celui où se trouve le patient pour que le diaphragme irien primitivement dilaté se resserre graduellement (observations de Fontan). Un fait plus récent et plus intéressant est celui signalé par M. Borel d'une contracture partielle du muscle accommoda teur produisant ainsi l'astigmatisme.
« J'ai examiné, dit Isï. Borel, une malade atteinte d'une amblyopie hystérique qui avait abaissé l'acuité visuelle à 2/10 de la uormale; des verres concaves cylindriques inclinés de 10 degrés en dehors donnaient une acuité visuelle de 6/10; des examens répétés montrèrent que tout autre verre et toute autre inclinaison étaient impuissants à procurer cette amélioration; il ne pouvait donc s'agir ici d'une de ces améliorations inexpliquées que donne aux amblyopies hystériques tel ou tel verre fumé ou même un léger prisme. La malade, qui présentait les stigmates caractéristiques, devint tellement amblyope qu'elle ne pouvait plus se conduire seule. Une guérison subite dans la piscine de Lourdes vint confirmer le diagnostic. J'ai revu ensuite la malade emmétrope et jouissant d'une acuité visuelle parfaitement normale des deux yeux. Les verres cylindriques ne faisaient que troubler la vue.
(' Il y a donc un asUymatisme hystérique dû à la contraction partielle du muscle ciliaire. »
Cette observation vient corroborer les faits d'après lesquels la suggestion agirait non seulement sur les mouvements musculaires de l'œil, mais encorp sur la réfraction.
(jALEZoNVSKi, 3* édit. (^2
MÉDKCINE LÉGALE.
En soniiuo, ainsi que le faisait prévoir ranalo^ie (Hablie par l'école de Ja Salpètrièrc entre le grand liypnoUsnie et la grande névrose, la suggestion peut provoquer, faire naître tous les trouilles oculaires connus et décrits dans l'hystérie; elle peut de môme faire disparaître ces troubles quand ils sont une manifestation de la névrose. On voit donc que si la suggestion peut rendre quelques services en thérapeutique générale, cette action se réduit à fort peu de chose en thérapeutique oculaire.
Bibliographie. — Kontan, liecueil d'ophtalmologie. — Borcil, Société française d'ophtulmotogie, 188T. — Cullcrrtr, Magnétisme et hypnotisme, exposé des phénomènes observés pc?u/ant le sommeil nerveux provoqué, 2* éditiun, 1887, I vol. iii-lG {BUAioihéquc srientifi(/ue contemporaine].