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BLESSURES ET BRULURES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES

Lorsque le traumatisme porle sur le coin interne de l'oeil^ on doit examiner si les points lacrymaux ou le sac lacrymal ne sont pas atteints, s'il n'y a pas d'emphysème, qui pourrait dépendre de la fracture de l'os unguis.

Les blessures sont quelquefois tellement profondes qu'elles traversent toute l'épaisseur des paupières, la sclérotique ou la cornée. Il est donc nécessaire d'explorer le globe de l'œil, et, s'il y a une plaie, de définir sa gravité.

La commotion éprouvée par l'œil par la violence du choc peut se traduire par des épancheraenls et des déchirures des membranes internes de l'œil. L'examen ophthalmoscopique montrera la nature de l'altération.

Les plaies produites par un éclat de capsule et des morceaux de fer, par armes à feu ou toute autre explosion, deviennent très graves lorsque le corps étranger reste dans l'intérieur des tissus blessés. C'est à l'aide d'un stylet et de la palpation qu'on s'enquerra de la présence du corps étranger et de la situation qu'il occupe.

J'ai soigné dernièrement un homme qui avait été blessé avec une pipe, et le morceau du tuyau de pipe est resté dans la plaie de la paupière inférieure pendant plus de deux semaines. La guérison n'a eu lieu qu'après l'extraction de ce corps étranger long de 2 centimètres.

Les brûlures peuvent atteindre les paupières à des degrés divers. Elles sont consécutives à l'action d'agents très variés : la flamme ordinaire, l'explosion des gaz, les préparations chimiques, l'eau bouillante, l'acide sulfurique, etc. Le degré de gravité dépend de la nature de l'agent et des conditions dans lesquelles l'accident a lieu. L'ectropion cicatriciel et Je symblépharon sont des conséquences habituelles des brûlures.

Traitement. — 1. Des ecchymoses palpébrables réclament rarement l'intervention du chirurgien. Mais lorsqu'elles sont plus étendues et accompagnées du gonflement des tissus, on appliquera des compresses imbibées d'eau glacée, à laquelle on ajoutera un des mélanges suivants ;

2i Sous-acétate de plomb liquide 50 centigr.

Eau distilléiî 100 gramm.

Teinture d'arnica 10 gramm.

^ Teinture d'arnica 8 gramm.

Mixture ou eau camptirée. 128 — (Soelberg Wells.)

2. Lorsque les plaies sont horizontales et qu'elles n'mtéressent que la peau, un simple rapprochement des bords de la plaie avec le tafl'etas d'Angleterre et des compresses froides suffisent; mais quand la plaie est verticale ou oblique, qu'elle est profonde et que ses bords sont irréguliers, il convient de la nettoyer préalablement, d'enlever les parties frangées et de réunir les bords par des sutures en soie.

3. Les piqûres de la région sourcilière peuvent être suivies de douleurs névralgiques; on procédera alors, selon le conseil de Dupuytren, en ouvrant largement la plaie et incisant, s'il y a lieu, la nerf frontal blessé.

4 Les brûlures des paupières doivent être traitées avec grands soins, dans les brûlures du bord libre, il faut étendre une couche épaisse de pommade de vasehne pure ou de vaseline boriquée.

Si l'épiderme des paupières est enlevé, on fera bien d'appliquer de la peau de

baiidruclie gommue et une couche de collodioii élastique sur toute la portion dénudée et recouverte de la peau de baudruche.

BiDUOGRAPHiE. — Boycr, Trintd des maladies chirurgicales, t. V, p. 245. Paris, 181C.

— Dupuytron, Leçons orales, t. VI, p. 206. — Lenoir, Arch.d'ojthlhalm., t. II, p. 261.

— Walton, Operutive Ophthalm. Surgery. London, 1835, p. 93. — Sichel, Ann. d'ocuL, t. XXXI, p. 219. — Dixon, Med. Times and Gaz., 18.59, p. 471. — Biisch, Virchow's Archiv, 1859. — Hutchinson, Ophthalm. Hosp. Rep. 1864, p. 120. — A Zander, Die Yerletzungen des Auges. Zweite Hefte, 1864, p. 472. — Lucas, The value of palpebral and subconjonctival ecchymosis as a symptom anatomically and experimentally siudied

Giiî/'s Hosp. Report, XIX, p. 423, 18/4).

ARTICLE VIII

§ I. — Eczéma. Herpès. Psoriasis. Acné. Pustules varioloïques,

A. Eczéma des paupières. — Cette aflfection est caractérisée dès le début par des vésicules, accompagnées souvent de fissures épidemiques qui donnent lieu à une sécrétion séro-purulente. Bientôt la sécrétion se dessèche en croûtes ou squames qui tombent peu à peu et laissent voir des ulcères arrondis et superficiels ; le tissu cellulaire sous-jacent se gonfle et entraîne un œdème.

Dans l'eczéma des paupières, de même que dans celui d'autres régions, l'éruption vésiculeuse devient facilement confluente, elle dure ordinairement très longtemps à cause de l'irritation qui se communique à la conjonctive. L'œil devient plus sensible, un larmoiement abondant entretient l'irritation et le malade éprouve une sensation de chaleur et de démangeaison désagréable.

On le rencontre très souvent chez les enfants scrofuleux avec une maladie des conjonctives et des cornées. D'après Hardy, l'eczéma de la face se propage très facilement de la peau aux muqueuses, et occasionne des conjonctivites et des blépharites chroniques.

L'eczéma se cicatrise complètement sans laisser de traces ; la rougeur seule persiste pendant un certain temps.

Étiologie. — Le tempérament lymphatique et scrofuleux prédispose à cette éruption; souvent elle reconnaît pour cause l'application de topiques, tels que compresses trempées dans des solutions irritantes, des cataplasmes de farine de graine de lin et des pommades.

Traitement. — 1. Le moyen le plus efficace est la poudre de calomel porphyrisé dont on saupoudrera toutes les parties malades, gonflées ou ulcérées, On enlèvera les croûtes, on nettoiera les parties ulcérées et on les recouvrira avec la poudre de calomel. Rien n'amène aussi rapidement la guérison que cette médication. On peut remplacer avantageusement chez certains individus la poudre de calomel par la poudre porphyrisée de sous-nitrate de bismuth ou la poudre d'acide borique porphyrisé.

2. Parmi les pommades, les plus usitées sont celles à base mercurielle. Nous recommandons les formules ci-dessous :

^ Vaseline 10 gramm.

Calomel porph 50 centigr.

Acide borique porph.... 25 centigr.

(Galezowski.)

% Axonge 10 gramm.

Protonitrate d'iiydrar-

gyre là 3 centigr

(Hardy.)

3. En général, dans l'eczéma h. sa première période, on ordonne des cataplasmes. Je suis d'avis de les proscrire pour l'eczéma des paupières à toutes les périodes. C'est aux lotions chaudes avec de l'eau ordinaire qu'on devra avoir recours de préférence, (rois ou quatre fois par jour.

S. Le traitement interne consistera dans l'usage des purgatifs tels que follicules de séné (5 à 10 grammes pour 1 litre d'eau bouillante), de 2 à 3 verres par jour, ou les eaux minérales de Pullna, Friedrichshall, Rubinat, Loeches, Montmirail. Dans le cas de récidive, l'arséniate de soude est administré dans la proportion de 5 cà 15 centigrammes pour 200 grammes d'eau (une à deux cuillerées par jour). Quelquefois l'usage des eaux de Marienbad, de la Bourboule peut être prescrit avec avantage.

B. Herpès fébrile, palpébràl. — Des vésicules réunies les unes à côté des autres en groupes le plus souvent arrondis sur une surface rouge et enflammée constituent l'herpès. Ces vésicules, au nombre de dix, quinze, vingt, etc., forment des groupes séparés entre eux par des intervalles où la peau est saine. Le liquide se dessèche dans les vésicules, et il se produit des croûtes sous lesquelles s'établit un suintement séropurulent.

Rayer a décrit sous le nom dWierpes palpebralis des vésicules semblables à celles de Yherpes labialis, se développant dans certaines ophthalmies sur la paupière supérieure. Je les ai vues occasionner des névralgies très violentes et l'engorgement des glandes préauriculaires.

L'herpès peut être artificiel ou dartreux ; souvent il apparaît après un embarras gastrique une tlèvre intermittente, ou après une angine : c'est pourquoi nous lui donnons de préférence la dénomination d'herpès fébrile.

L'herpès des paupières parcourt les mêmes périodes que ceux qui occupent les autres régions du corps : sa durée varie entre quinze et vingt jours. °

Traitement. - La maladie n'est point grave, le plus souvent elle guérit toute seule; c'est pourquoi le professeur Hardy conseille l'expectalion.

J'ai employé avec avantage la poudre de calomel, dont je fais saupoudrer toute la surface malade.

De légers purgatifs salins, et quelquefois le sulfate de quinine administré pendant quelques jours, favorisent la guérison.

C. Psoriasis. - Le psoriasis des paupières est caractérisé par des squames blanc argenté très adhérentes à la peau. Celte dernière est rouge et un peu tu-

L'épaississement de la peau et la présence de nombreuses squames gênent les mouvements et le plissement des paupières. Des croûtes furfuracées tombent souvent dans le cul-de-sac conjonctival et y provoquent une irritation suivie de larmoiement. Les yeux deviennent sensibles à la lumière et la conjonctive

s'enflamme. D'après Hardy, cet état peut môme amener quelquefois un eclropion et un épiphora fort incommodes.

Étiologic. — Le psoriasis reconnaît fréquemment pour cause l'hérédité, et il se développe surtout vers l'âge adulte chez les sujels à tempérament sanguin.

Marche et durée. — C'est une affection chronique d'une durée excessivement longue ; elle guérit, mais laisse une prédisposition à des récidives.

Traitement. — Un des meilleurs agents modificateurs de la nutrition de la peau est l'arsenic. Il réussit mieux que tout autre dans le traitement de cette affection. On le prescrit à la dose de 5 à 10 centigrammes dans 200 grammes d'eau, une cuillerée ou deux par jour.

Hardy donne quelquefois du copahu à la dose de 4 à 6 grammes par jour.

Gomme topiques, je n'emploie point de pommades; mais après avoir enlevé les croûtes, je touche chaque plaque rouge avec le crayon de nitrate d'argent. Par ce procédé, on modifie le derme et l'on amène la cicatrisation. Quelquefois on obtient de bons résultats, en badigeonnant les paupières avec du goudron.

D. Acné. — L'acné simple ou indurée est consécutive à une altération des follicules sébacés de la peau. Ces deux formes se rencontrent simultanément sur la joue et sur les paupières; elles ne causent ni douleur ni cuisson. Le seul désagrément qu'elles entraînent est de donner aux parties importantes du visage qu'elles occupent une teinte couperosée.

On peut employer contre les boutons d'acné des frictions avec la pommade

suivante :

(^Vaseline 10 grammes. | Carbonate de potasse 5 ceutigr.

E. Pustules variolques. — Les pustules varioliques apparaissent ordinairement en assez grand nombre sur les paupières. Elles n'amènent à leur suite aucune complication sérieuse tant qu'elles se trouvent éloignées de ses bords. Mais lorsqu'elles se développent sur les bords Mbres qui gonflent et se recouvrent des sécrétions purulentes, on peut concevoir des craintes sérieuses. En s'introduisant entre les paupières, le pus des vésicules cause l'inflammation des conjonctives et de la cornée : l'œil est compromis.

Les paupières commencent à gonfler ordinairement vers le quatrièmejour de l'éruption variolique; en même temps apparaissent sur leurs bords des pustules plus ou moins larges, plus ou moins nombreuses. Il importe de surveiller alors l'état du globe oculaire pour prévenir la formation d'ulcères ou d'abcès de la cornée, etc.

Lorsque les pustules ne sont pas encore fermées, mais contiennent quelque peu de pus, il faut les vider avec un petit bistouri et les cautériser ensuite.

Trailement. — L'intervention du médecin est de la plus grande importance. On doit laver très fréquement les bords des paupières avec une solution concentrée d'acide borique, enlever les croûtes qui agglutinent les cils et "raisser, pendant toute la durée de la maladie, les bords des paupières avec de la vaseline boratée ; de plus, on aura soin de cautériser chaque pustule qui se développe sur le bord libre avec un crayon de nitrate d'argent. Si l'on ne réprime pas ces pustules, comme le conseille Guéneau de Mussy, par des eau-

lérisations méthodiques, leur contact avec la cornée provoquera des kératites pustuleuses, surtout à l'époque de leur maturité.

Bibliographie. — Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections mtanées. Paris, 18G2. — Guéueau de Mussy, Gaz. des hôpitaux, iendi 2 février, 1871. — Hardy, Traité des maladies de la peau. Paris, 1886.

§ II. — Zona ophthalmique.

Le zona ophthalmique est une éruption herpétique qui se développe sur une moitié du front. Elle est rare sur la face, et occupe plus spécialement le front, le sourcil et la paupière supérieure, le nez, et atteint souvent la cornée et l'iris.

Hutchinson est le premier qui a donné, en 1866, la descriplion précise de cette maladie, quoique des faits isolés aient été déjà signalés par Rayer et Cazenave. Après lui, Ste/îan, Bowmann, Wyss et Hybord ont ensuite donné l'histoire complète de cette maladie.

Symptomatologie. — Habituellement le zona débute par des douleurs névralgiques périorbitaires qui peuvent durer o à 6 heures, quelquefois même de deux à trois jours. Il arrive aussi que la maladie est précédée de douleurs névralgiques d'un, de deux, de trois mois, comme cela avait lieu chez un malade de Mackenzie (1). Ces douleurs sont très violentes, lancinantes ou tensives et .brûlantes; elles arrivent par crises, s'exaspèrent le soir et se répandent dans la moitié de la tète et dans toutes les branches du trijumeau. Quelquefois, au contraire, j'avais vu les douleurs se déclarer plusieurs jours après l'éruplion et n'accuser qu'une très faible insensité. La sensation de cuisson, de brûlure et de démangeaison, de froid et d'engourdissement accompagnent souvent cette éruption.

L'éruption est précédée de plaques rouges dans la direction des branches sus-orbitaires. C'est sur ces taches rouges qu'on voit apparaître des vésicules. Le nombre de vésicules et leur distribution ne sont pas toujours les mêmes ; elles peuvent s'étendre à toutes les branches terminales du nerf sus-orbilaire Elles sont assez nettement distribuées, suivant un certain nombre de lignes verticales, commençant au sourcil, au sorlir du nerf sus-orbitaire et se continuant a la racine des cheveux et même jusqu'au sommet du crâne. Elles apparaissent quelquefois toutes d'emblée ; dans d'autres cas elles se font par poussées et dans des points différents.

Le siège le plus habituel du zona ophthalmique est l'épanouissement de la deuxième branche du trijumeau, et notamment du nerf sus-orbitaire. Il arrive quelquefois que 1 éruption occupe de préférence l'angle interne du front et la paroi correspondante du nez, et alors il s'agit d'une irritation du nerf soustrochleaire. Dans d autres cas, plus rares il est vrai, l'herpès gagne de préfé-

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Quelquefois la paupière inférieure se couvre aussi de vésicules, et alors elle est due a une uritation du nerf sous-orbitaire. Exceptionnellement Laillier et

(1) iMackcuzie, A case of herpès fronlalis {Indian med. Gaz. Aug. I8G0).

Hybord (1) ont observé les ramiPicaLions de toutes les branches du trijumeau soit d'un scuI,soil de deux côtés.

La paupière supérieure est œdémaliée, gonflée et rougie, et l'on voit près du bord libre, et plus parliculièrement au grand angle de l'oeil, de petites vésicules peu profondes. Quant à la paupière inférieure, elle reste ordinairement intacte, cl moins que le zona n'occupe toute la joue.

Sur le nez les vésicules peuvent s'étendre depuis la racine jusqu'à la pointe du côté de l'reil malade.

j. Avec les douleurs névralgiques, il existe une autre altération de sensibilité, c'est l'aneslhésie plus ou moins complète de la peau dans toute l'étendue où le nerf sus-orbitaire se répand; les malades se plaignent d'un engourdissement de toute cette région, et ils n'éprouvent pas de douleur lorsqu'on enfonce une aiguille dans la peau.

Les vésicules du zona subissent des modifications très rapides ; en 24 ou 48 heures, leur contenu devient trouble, souvent sanguinolent; puis il se dessèche, la croûte tombe, et laisse à sa place un ulcère profond, qui se transforme en une cicatrice indélébile, reconnaissable après plusieurs années.

La persistance des douleurs même après la cicatrisation des vésicules est la règle générale. Hybord a réuni tous les cas publiés par les auteurs et par lui, et il est arrivé à cette conclusion que, sur 98 cas, les douleurs se sont prolongées longtemps après l'éruption dans 27 cas.

Les altérations du globe oculaire sont fréquentes ; dans un relevé fait par Hybord on les voit se produire 44 fois sur 98. En premier lieu c'est la conjonctive qui est hyperémiée, quelquefois enflammée sans qu'on y distingue de vraies vésicules. Cette conjonctive est très probablement occasionnée par un épiphora abondant qui est à son tour le résultat de l'excitation des nerfs lacrymaux.

Du côté de la cornée j'ai pu distinguer de petites pustules, disposées dans la direction des lignes s'irradiant du centre. Elles se rompent et sont suivies d'ulcérations le plus souvent superficielles : quelquefois les ulcérations sont primitives, comme pense Bowman, et dépendant des nécroses partielles de cette membrane. Ce sont de vraies vésicules d'herpès.

Chez les personnes plus âgées la cornée peut se prendre d'une manière plus grave, l'ulcère devient rongeant et il entraine une nécrose de la cornée partielle ou totale si on ne l'arrête pas par une opération.

L'iritis accompagne souvent la kératite, elle peut aussi se développer d'une manière indépendante, accuse souvent la forme plastique, et apparaît vers le septième jour de la maladie d'après Hutchinson. Selon Hybord, l'iris et la cornée souffrent rarement quand l'éruption ne siège pas sur le territoire des branches du nerf nasal; ils soufi"rent habituellement, quand le côté du nez est envahi.

La durée d'éruption est variable, celle d'un groupe en général est de trois semaines. Les croûtes laissent après leur chute de véritables cicatrices blanchâtres, profondes et indélébiles. Bazin à vu le zona du front devenir gangréneux.

Des paralysies des nerfs de la 3"= paire complète (Hutchinson) ou incomplète (Vernon) ont été observées à la suite de zona d'une manière tout à fait exceptionnelle. Bowman a vu survenir une paralysie de la sixième paire et dans un autre cas une atrophie de la papiUe optique.

(1) Hybord, Thèse de Paris. 1872.

De Noyés a observé des accidents sympathiques à la suite de zona ophthalmique développé dans un œil.

Cette maladie n'atteint qu'une fois le même individu.

Anatomie -pathologique. — Le zona ophtbalmique est le résultat d'une névrite ou d'une inflammation soit du ganglion de Casser soit du nerf ophlbalmique luimême, comme cela est démontré par 0. WysseL et Cbarcot. Hutchinson a vu le zona se développer dans un cas de migraine très violente. Steffan pense que c'est dans les terminaisons périphériques de la première branche du nerf trijumeau qu'il faut rechercher la cause immédiate de cette affection.

Pronostic. — C'est une maladie très sérieuse, elle se complique des affections de la cornée et de l'iris el expose à des névralgies très violentes et prolongées.

Diagnostic. — La maladie peut être confondue au début avec iritis ou kératite, mais la violence des douleurs el l'éruption avec anesthésie de la peau de la moitié correspondante du front éclaircira facilement la question.

Traitement. — 1" Il faut combattre les névralgies qui sont excessivement violentes par des injections sous-cutanées de morphine, des frictions avec la pommade morphinée, et par l'éthérisation localisée. Voici les formules pour les préparations morphinées :

y Eau distillée 10 gramm.

Hydrochloratc de morphine ÔO centigr.

S. solution pour injection hypodermique, de 5 à 10 gouttes.

Hydrochlorate de morphine 10 centigr

Vaseline lo gramm

S. pommade pour les frictions périor bitaires.

2° Des douches de vapeur administrées plusieurs fois par jour sur toute la région malade, à l'aide du vaporisateur de Lourençot amènent généralement un très grand soulagement.

3° On pourra saupoudrer les vésicules avec la poudre d'acide borique porphyrise. Quelquefois on calme la douleur en badigeonneant les vésicules avec la solution suivante de cocaïne :

Collodion élastique lo gramm. | Chlorhydrate n. de cocaïne. 60 centigr.

40 Contre les altérations de la cornée l'atropine n'a point d'action, et c'est au contraire a uistdlation d'ésérme ou de pilocarpine qu'on doit avoir recours. Dans les u cères profonds, rongeants avec bypopyon, j'ai obtenu des résultats satisfaisants en faisant une large incision dans toute l'étendue de l'ulcère

50 Si tous ces moyens restent sans efficacité, et que les douleurs persistent ongtemps après 1 éruption, on peut pratiquer, à l'exemple de Bowman, la section sous-cutanee du nerf sus-orbitaire.

60 Pour rétablir plus tard la sensibihté cutanée de la région anesthésiée on emploiera les courants électriques continus et souvent répétés. '

Galezowski, 3« édit,

Amer, ophthalm. Soc. Now-York, 1868. — Joen iu Dùreii, Herpès zo.iler ophthnlmicus avec kératite phli/clénulaire et irilis [Deutsche Klinik, 18(58, p. 2o). — Oscar Wyss, Beitràge sur Kennlniss der Herpès zoster {Archiv. dcr Heil/cunde, 1871). — Hyliord, Du zona opht/ialmifjuc, Ihôse de Paris, 1872. — Noycs, Herpès zoster ophthalmicus causing loss of the corres pouding eye [Transact. of the American ophlh. Soc, 1873). — Kosmiuski, Herpès zoster facialis [Wochenschrift der Wureuchaer Airzte, 1874). — Wordsworth, An unusunl case of herpès ophthalmicus {Bost. med. nnd surg. Journ. 1875). — Cofter, Contribuzione alla casuistica dell herpès zoster otlalmic. (Annali de ottalm., t. IV, p. 391, 1875.) — Cop^^ez, Zona ophlhalmique [Auncdes d'oculistique. 1876, t. XLXXVI.p. 33).

§ III. — Xanthelasma des paupières.

Le xanthélasma des paupières est caractérisé par de petites plaques jaunes, arrondies, agglomérées au-dessus du ligament oculo-palpébral interne. Ces plaques sont d'abord isolées, et forment de petits îlots; elles sont saillantes à la surface de la peau et forment de petites tubérosités ; peu à peu, elles se multiplient et s'étendent le long du pli de la paupière supérieure. A ce moment on voit habituellement apparaître des taches jaunes argileuses, semblables aux précédentes, à la paupière inférieure, et presque en face du sac lacrymal. L'affection est généralement progressive, et on voit au bout de quelques années des groupes de taches analogues, arrondies, s'étendre le long du pli palpébral. Dans quelques cas, rares il est vrai, nous avons vu un vrai cercle jaunâtre complet autour dos deux yeux. Si l'on examine attentivement chacune de ces plaques à l'aide d'une loupe, on constate que leur surface est rugueuse quelquefois légèrement plissée.

La sensibilité tactile est complètement abolie, dans toutes les parties de la paupière où ces taches sont développées, de sorte qu'on peut gratter, piquer ces plaques, sans que les malades en éprouvent la moindre sensation douloureuse. Il semblerait donc que cette maladie soit le résultat d'une altération des nerfs trophiques, tactiles de la peau.

D'après le professeur Gornil (1), le vrai caractère du xenthélasma consisle en une dégénérescence granulo-graisseuse des corpuscules du tissu celluraire hypertrophié. Chambard a constaté aussi une néoformation du tissu conjonclif et une localisation du tissu nouveau autour des glandes sudoripares, autour des nerfs et des vaisssaux (2).

D'après Poncet, l'altération xanthélasmique réside exclusivement dans la gaine des vaisseaux, qui se présentent sous le microscope, entourés de bandelettes du tissu conjonctif, séparées les unes des autres par de larges cellules à noyaux multinucléolaire. Baraqueur a trouvé des vacuoles dans ces cellules et une grande partie de ces cellules se trouvent situées, d'après ce confrère, dans les espaces que séparent les faisceaux du tissu conjonctif dermique et sous-cutané. Les micrographes ne signalent point des lésions des nerfs cutanés, mais il n'y a pas pour moi de doute que l'altération originaire dans cette maladie réside dans les nerfs trophiques, car ces plaques, j'ai dit plus haut, sont complètement anesthésiées.

Cette affection se rencontre le plus souvent chez les femmes entre 40 et 60 ans. Church a signalé la disposition héréditaire.

(1) Cornil, Journ, des conn. méd. elRecueil d'ophlh , 188i, p. 4i2.

(2) Chambard, Archives de physiologie, 1879-

ÉPHIDROSE ET CHROMIDROSE. 3o

Elle ne trouble en aucune façon les fonctions des paupières, mais elle constitue une difformité des plus désagréables pour les femmes. Chez une malade de ma clinique, dont l'observation a été rapportée par Despagnel,la dégénérescence xan- Ihelasmique avait envahi les quatre paupières et le creux sourcilier.

Ti-aitemenl. — L'excision des plaques de xanthelasma est indispensable, dès le début de la maladie, et aussi étendue, aussi complète que possible, car j'ai eu l'occasion d'observer que si on laisse la plus pelite tache, elle se répand et s'étend plus tard au voisinage de la cicatrice.

L'opération est on ne peut plus simple ; après avoir circonscrit la région malade à l'aide d'un bistouri, on dissèque rien que la peau, et on applique ensuite des points de suture en fil d'or. Au bout de deux ou trois jours, on enlève les fils et la cicatrisation est complète.

Bibliographie. — Talko, Ueber xanthelasma pol/^ebi-arum, Klin. Monatsbl. p. 187, 18T0. — Virchow, Veber xantelasma mnltiplex {Archiv. f. palhol. Anat., XLII, p. 318, 1871). — Waldeyer, Xantelas77in palpebrarum [Arc/i. f. pathol. Anat., XLI, p. 504, 1871)! — Hutchiiison, Xanlelasinn palpebrarum in a weak wommi w/io su/fers of severe sick headaches (Brit. med. Journ. p. 367, 1872). - Peye-Smith, On xanthelasma {Lancet, 1872, p. 601). — Church, Notes on the hereditary character of certain form of xanthelasma palpebrarum [Saint-Bartkolomeio's hosp. Rep., t. X, 1874). - Chambard, Archiv. de physiologie, 1879. — Despagnet, Recueil d'ophthalmologie, 1881, p. 525. — Cornil, Journal des connaissances médic, et Recueil d'ophthalmologie, 1884, p. 442.

§ IV. — Ephidrose. Chromidrose. Madarose. Affection parasitaire.

A. Ephidrose. — Elle consiste en une sécrétion abondante des glandes surdoripares des paupières.

Cette sécrétion exagérée se produit sur toute la surface du bord libre, et, en essuyant la paupière avec un linge, il est facile d'apercevoir, à l'aide d'une loupe, que les pores sont entr'ouverts, et qu'ils laissant suinter le liquide. Au bout de quelque temps, la peau devient rouge, et si cet état persiste, il se manifeste bientôt une irritation du bord libre et des conjonctives, qu'on pourra confondre avec un eczéma.

L'éphidrose estune affection trèsrare,etil serait difficile d'en défmirla cause: elle ne présente aucune gravité.

Traitement ~ L'application de compresses trempées dans une légère solution d acide phemque [i gramme pour 1000 grammes d'eau) pourra être employée avec avantage. Quelquefois les cautérisations au nitmte d'argent amènenl la guerison. ^

B. Chromidrose. - Elle est caraclérisée par aie sécrélion .norbide partilad e ë n 1 ■ ' ''""^'«'«^^ -^^"e

st:;:L\iJ::r' ^— ^-^ ^ppeiee

.e^CTZTT ~ °" """"«"^ ""^ Weuâlre ou noire de la

peau, située le plus souvent sur la paupière lutérieure et sur la joue quelanelois aussi sur a naumère siin<irlB„„« i. f , , -, . ' ' l^oique-

1 orsdue ce niJml,, '"P*"^""'. 1" f'™'. les ailes du nez et toute la face.

l.orsque ce pigment occupe nue portion liniilée de la paupière inférieure les

e^i" TolZ^lt'les'?' ""^ cherche,!, To ;

eii SL noiicissani es naunièrp<; Mi o i - i

laupitjies. iviais si la matière colorante est sécrétée en

grande abondance sur les deux paupières, il en résulte une diirormité tout à fait disgracieuse.

Cette matière s'enlève facilement avec une spatule ou un linge humecté d'huile ; la peau redevient blanche ; mais, au bout d'un temps très court, souvent quelques min ii les, la matière colorante apparaît de nouveau.

Ordinairement, il n'y a ni douleur ni irritation. Pourtant, dans le cas observé par Hardy (1), les yeux devenaient larmoyants, plus sensibles à la lumière et étaient le siège d'une sorte de cuisson. Les trois femmes atteintes de chromidrose dont parle Le Roy deMéricourl se plaignaient d'un alFaiblissement de la vue. Anatomie pathologique. — Warlomont, Van Roosbroeck et Libbrecht ont

observé et analysé celte maladie chez une femme âgée de vingt-huit ans; ils ont confirmé l'existence -^^k^ ^ de la sécrétion bleuâtre particulière.

W Les recherches microscopiques faites par Ch. Ro-

Ifcf àlLrf ^i'^ démontré que la matière colorante a une

^^^f0f^^^jmm grande puissance de coloration.

|k ^T^^^ÉÉPK Au microscope, elle se présente sous forme de '^M^To corpusctdes lamelleux d'une dimension variable et

ni^ ressemblant aux fragments brisés de gélatine dessé- ^ ^"^^"^ chée (fig. 11). Ch. Robin la compare à la cyanosine Yio, 11. — Matière de la trouvée dans les urines bleues par Braconnot.

chromidrose. D'après Wilson et Neligan, cette sécrétion est

produite par des follicules sébacés; Le Roy de Méricourt, Ch. Robin et Hardy la considèrent, au contraire, comme une sueur colorée. Celle dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable, quoique ni l'une ni l'autre ne soient encore démontrées.

Étiologie. — Les causes de celte maladie, de môme que sa nature, ne sont pas bien connues. L'habitation sur les bords de la mer semble y prédisposer; on l'a observée surtout à Brest et Lorient, à Plymoulh et cà Dublin.

Traitement. — Tous les moyens employés pour combattre cette sécrétion morbide sont restés sans résultat. Hardy conseille surtout les lotions astringentes, et principalement les douches d'eau astringente pulvérisée.

C. Madarose ou alopécie des paupières. — Une disparition partielle ou totale des sourcils et des cils est appelée madarose.

Les cils et les poils du sourcil peuvent tomber à la suite des affections graves, telles que fièvre typhoïde, petite vétole, etc., mais ils repoussent au bout de ([uelque temps.

Ils disparaissent aussi, mais d'une manière définitive, sous l'influence de dispositions constitutionnelles, syphilitiques ou scrofuleuses, ou bien après certaines affections nerveuses graves, à la suite de douleurs violentes de tètr.

J'ai observé un malade qui avait perdu en quelques semaines à la suite de violentes névralgies les cheveux sur la tête, et d'un seul côté le sourcil et les cils de deux paupières, les moustaches et la barbe. Chez un autre, qui a eu un spasme de la septième paire droite, tous les cheveux de la tôle et des deux sourcils sont tombés. Bazin a vu l'alopécie des sourcils se déclarer dans la deuxième période de la lèpre ou de l'éléphantiasis de la face.

Selon Alfred Fournier, l'alopécie sourcilière syphilitique est assez commune dans la période secondaire, et elle est plus fréquente chez la femme que chez

AFFECTION PARASITAIRE DES PAUPIÈRES ET DES SOURCILS. 37 l'homme. Tantôt le sourcil se raréfie d'une manière générale tantôt il se dégarnit par pelits Ilots. Fournier l'a vue se généraliser sur tout le corps chez les femmes syphiltiques. . .

La chute totale des cils chez les syphilitiques est rare, à moins qu elle ne soit

le résultat d'une syphilide ulcéreuse.

Traitement - Dès l'apparition de cette maladie, on appliquera des compresses imbibées dans de l'esprit-de-vin additionné avec un tiers ou un quart de teinture d'arnica. Dans d'autres cas, on appliquera des compresses imbibées dans la solution suivante ;

Eau distillée 100 gramm.

Sublimé t centigf.

Hydrochlorate d'ammoniaque. 2 gramm.

D. Affection parasitaire des paupières et des sourcils. - Parmi les aflFections parasitaires, nous ne connaissons que les poux du pubis {pediculus pubis) qui puissent envahir les paupières et les sourcils. Ils se logent parmi les cils et les poils des sourcils, pondent un très grand nombre d'œufs qui adhèrent fortement aux cils, lesquels paraissent couverts d'une poudre noire et provoquent une inflammation chronique et une démangeaison insupportable.

Laurence est le premier qui ait décrit un exemple de ce genre. Steffan a rapporté un autre fait analogue; je l'ai rencontré deux fois chez les enfants des juifs allemands.

On peut confondre cette maladie avec une blépharile ciliaire ; la démangeaison très vive, s'exerçant surtout la nuit, et l'absence de toute ulcération et de gonflement du bord libre facilitent le diagnostic.

Traitement. — Une ou deux frictions sur les bords des paupières et les sourcils, soit avec l'onguent citrin ou gris, soit avec la pommade au précipité rouge, font rapidement disparaître les poux. Quelques bains amidonnés suffiront pour guérir l'irritation.

Bibliographie. — Steffau, Pediculi pubis ans den Cilien {Klin. Monals., t. IV, 1866, p. 44, et Ann. d'oculisl., 18G7, p. 152). — Harkness, Phthiriasis palpebrarum [Ophth. hosp. Rep.,%. Il, 18G0, p. 125). — Le Roy de Méricourt, Mémoire sur la coloration partielle en noir ou en bleu de la peau chez la femme{Arch. ge'n. de me'd,, nov. 1858, p. 430); Mémoire sur la chromidrose ou chromocrinie cutanée, suivi de l'Étude microscopique et chimique de la substance colorante, par Ch. Robin, et d'une note par Ordonez [Ann. d'ocuL, 1864). — Hardy, Observation de coloration noire des paupières recueillie à Brest [Bull, de la Soc. méd. des hôpit., 1859, et Union me'd., t. V, p. 437. — Nouveau diction, de méd. et de chir., art. Chromhydrose, t. YIII, p. 584 et Traité des mal. de la peau. Paris, 1886. — A Foot, Two cases of Chromidrosis, rvith remarks [The Dicblin quarterly Journal Aug. 1866, p. 68). — Warlomont, Ann. d'ocuL, 1863. Bazin, Leçons sur les affections mitances. Paris, 1862, p. 265. — Alfred Fournier, Leçons sur la syphilis. Paris, 1873, p. 465.— Galezowski, Chromidrose de deux pa%(.pières [Recueil d'oplUh., 1880, p. 120).

SCROFULIDE DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL

Les paupières et les sourcils peuvent être atteints, d'après Bazin, de deux différentes formes de scrofulides : bénignes et malignes. La première n'est pas grave. Les scrofulides malignes des paupières se présentent au contraire sous des aspects très variés, et peuvent, dans certains cas, compromettre les mouvements des paupières et rétrécir l'ouverture palpébrale.

Chez un malade de Bazin, atteint de scrofulide maligne tuberculeuse fibroplastique, les paupières étaient hypertrophiées et perdirent leur souplesse et leur mobilité; il s'ensuivit un rétrécissement notable et une rigidité insolite de l'ouverture palpébrale.

Dans d'autres cas, les scrofulides se présentent sous forme de lupus tuberculeux. Elles ont une couleur rougeâtre avec un reflet translucide; par-ci parlà on aperçoit de petites squames et des cicatrices qui leur donnent une certaine ressemblance avec des cicatrices provenant de brûlure.

Les bords de ces productions sont très irréguliers, découpés, festonnés et paraissent plus épais au toucher que ne l'est la partie médiane de la plaqu'e elle^ même. Il y a évidemment, à la limite de cette production scrofulique, une sorte de bourrelet constitué par des productions tuberculeuses du derme. La cousis-, tance de ces taches est parcheminée, analogue à celle des cicatrices.

Quelquefois la scrofulide maUgne est circonscrite par une ligne circulaire parallèle à la courbe orbitaire. Partant de la joue, elle peut gagner la tempe et s'étendre de là à la paupière supérieure et au sourcil, de sorte que l'œil se trouvera alors entouré d'un cercle rouge de lupus.

Pronostic. — Les scrofuhdes bénignes ne présentent aucune gravité; elles guérissent facilement, mais laissent cependant une prédisposition aux réci^ dives.

Le pronostic des scrofulides malignes est plus sérieux ; les moyens Ihérapeu^ tiques sont le plus souvent impuissants pour obtenir la guérison, et pour prévenir les accidents consécutifs, tels que cicatrices vicieuses et déformations des paupières.

Traitement. — Le traitement comprend deux sortes de movens. On s'efforcera d'abord de combattre la diathèse scrofuleuse par la médication appropriée, puis on emploiera les moyens topiques contre les manifestations cutanées.

1° L'huile de foie de morue joue un rôle important dans le traitement; à elle seule est due souvent la guérison. On commence par une cuillerée abouche par jour, et l'on augmente la dose jusqu'à trois et quatre cuillerées. En général, il faut que le malade en prenne en moyenne 60 grammes par jour.

Concurremment à l'huile de foie de morue, on ordonnera le sirop d'i'odure de fer dans la proportion de 30 grammes par jour, et quelquefois de potassium (Hardy). Les amers, tels que la gentiane, la tisane de houblon, la macération de quinquina, le sirop de brou de noix, doivent être souvent associés aux moyens précédents.

AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES PAUPIÈRES. 39 I es bain, alcalins n'onique peu d'action sur les scrofulides ; mais les bains su L:::' :™ peuvent emcacen.enl. On prescrira aux mandes eu ou trois saisons à Luchon, à Aix en Savoie ou a f , "'^^i.^.^^^^^l yr»nl7mch et Les Salins peuvent être aussi très salutaires. Ces dernières sont torirm^tlalLes e! jouissent d'une grande réputation contre les scrofulides.

'V' Quant au traitement local, la teinture d'iode me parait l'agent le plus efficace On badigeonne tous les jours les parties malades avec une solution

rnnrenlrée de cette teinture. . i„ i.,

Hardy a employé avec avantage le biiodare de mercure sous forme de la

pommade suivante :

Biiodure de mercure.. 1 gramme. | Axonge 2 à 3 grammes.

Avant de s'en servir, on liquéfie cette pommade en la faisant chauffer, et l'on en étale avec un pinceau une petite couche sur les parties malades.

40 Vidal a trouvé un moyen très précieux et très efficace pour combattre les scrofulides : ce sont des scarifications, répétées et multiples, sur la surface malade et assez profondes pour atteindre toute l'épaisseur du derme. ^

Les scrofulides malignes peuvent entraîner des difformités dont la guerison réclame des opérations spéciales, des scarifications et des excisions Mais avan de recourir aux moyens chirurgicaux, on doit soumettre les malades pendant quelques mois aux frictions mercurielles générales et à l'iodure de potassmm. Nous avons obtenu des guérisons complètes par ce traitement antisyphilitique mixte, malgré l'absence de tout antécédent spécifique.

Bibliographie. - Barensprung, Die IJauth^cinkheUen. E^^^^ Leçons sur la scrofule, 2« édit., Paris, 1861. - Erasmus Wdson, 1 he Student s Book of cutaneous medic, etc. London, 18G5, p. 4G3. Vidal. - Hardy, Traiie des maladies de la peau, Paris, 1886.

AFFECTIONS SYI'HILITIQUES DES PAUPIÈRES.

A. Chancre des paupières. — Les affections syphilitiques des paupières se présentent sous des formes très variées : tantôt c'est un chancre induré qui prend naissance sur le bord Hbre, tantôt ce sont des manifestations secondaires et tertiaires qui atteignent les voiles palpébraux. Les paupières peuvent être le siège d'un chancre infectant. Desmarres, Mackensie, Ricord ont été les premiers qui ont rapporté des faits de ce genre. Sur 771 chancres, Alf. Fournier en a trouvé i cas, et Clerc en a vu 1 sur 404. Pour ma part, je l'ai observé nombre de fois. L'inoculation peut avoir lieu de deux manières : la personne infectée peut communiquer le mal par un baiser, ou bien en transportant Je pus du chancre dans l'œil au moyen des doigts.

L'ulcère syphilitique primitif affecte ordinairement une seule paupière, et se trouve situé sur le bord libre. 11 occupe d'abord la conjonctive, et de là il se porte à la peau et aux tissus sous-jacents. Celte inoculation peut se reproduire

à tout âge. Starfiis(l) a rapporté un cas de chancre induré de la paupière in- Jénoure droite chez un enfant de 22 mois.

Symptomatologie. ~ Ke chancre des paupières n'est jamais mou, comme du Rollet, mais il est au contraire induré. Il se présente sous forme d'un ulcère creux, profond, à bords arrondis, durs et taill<Î8 à pic.

Cet ulcère est placé cà cheval sur le bord libre ; la paupière est épaissie, dure et gonflée, mais ce gonflement est surtout visible au voisinage de l'ulcère - la conjonctive est rouge et enflammée au pourtour du chancre, tandis que, dans les parties éloignées, elle est à peine congestionnée.

Dès la période d'incubation, les glandes préauriculaire et sous-maxillaires du côté correspondant sont engorgées. On ne peut pas considérer pourtant ce signe comme pathognomonique de la syphilis ; l'observation journalière nous montre qu'un engorgement des mêmes glandes se produit dans les cancroïdes de la face ou des paupières, dans les furoncles et orgeolets de l'angle externe de l'œil, dans les dacryadénites, elc. Chez un malade que nous avons vu avec Fournier le chancre s'est compliqué rapidement d'une iritis et d'une kératite disséminée, pointillée (2).

Pronostic. — Le pronostic est le plus souvent favorable si la maladie est reconnue à temps ; mais, abandonné à lui-même, le chancre palpébral peut détruire la paupière dans toute son épaisseur et causer des ravages considérables.

Diagnostic. — Le chancre palpébral peut être facilement confondu avec un épithélioma, et il existe des exemples, cités par Clerc et Heurtaux, où ces deux maladies ont été prise l'une pour l'autre, soit sur les paupières, soit sur les lèvres. L'âge du malade facilite le diagnostic. Dans cette région, en effet, les cancers se montrent rarement avant quarante ans, tandis que le chancre est plutôt l'apanage de la jeunesse.

La nature de l'ulcération, sa forme ronde et ses bords taillés à pic, un gonflement considérable, la marche rapide de la maladie et la coexistence de la roséole ou de toute autre éruption sont des signes qui, considérés dans leur ensemble, faciliteront la diagnostic.

Traitement. — Le traitement est celui de la syphilis en général : les préparations mercurielles sous forme de pilules à l'iodure d'hydrargyre ou au sublimé. Les frictions mercurielles générales sont souvent indiquées.

Le traitement local consiste dans l'emploi des moyens qui aident à la cicatrisation et arrêtent la suppuration. Dans ces cas, j'emploie la poudre de calomel porphyrisée pour saupoudrer l'ulcère; de temps en temps, je touche la plaie avec une solution de subhmé ou de nitrate acide de mercure, surtout au commencement de la maladie et en prenant les précautions nécessaires pour empêcher le liquide de s'introduire dans l'œil.

B. Syphilides bénignes des paupières. — Les éruptions syphihtiques des paupières apparaissent quelquefois chez les adultes; mais on les observe plus souvent chez les enfants. La syphilis héréditaire se manifeste sous forme d'herpès, de syphilides tuberculeuse ou crustacée, etc. Dans la période de la syphilis secondaire nous voyons apparaître sur les paupières des papules plus ou moins nombreuses et souvent des plaques isolées simulant des scrofulides.

(1) Slurgis, Americ. Journ, of mcd. sciences, Janv. 1873.

(2) Galczowski, Journal d'oplUhalinologie, 1873.

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