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AFFECTIONS SYPHILITIQUES DU SOURCIL ET DES CILS. M

Les gommes syphilitiques des paupières ont été observées par nous dans l'épaisseur des paupières plus d'une fois. Elles occupent habituellement la paupière inférieure, près du bord adhérent du tarse, et au-dessus de la peau ; quelquefois elles sont accompagnées de douleurs nocturnes, Hirschler a décrit une forme particulière d'infiltration gommeuse des paupières.

Diagnostic. — 11 est facile de reconnaître les syphilides des paupières. Ces éruptions se montrent en même temps sur d'autres parties de la face. Suivant Rollet et Fournier, la syphilide papuleuse est une des formes les plus fréquentes que l'on rencontre sur les paupières ; la syphilide impétigineuse se développe dans les sourcils. Les croûtes qui succèdent de bonne heure aux pustules présentent presque toujours une certaine étendue et ont une coloration jaunâtre, cuivrée.

Traitement. — Les syphilides des paupières ne réclament aucun traitement local particulier; tout au plus, dans certains cas, est-il nécessaire d'appliquer sur les boutons ou les ulcères la pommade suivante :

!^ Axonge 8 grammes | Calomel porphyr 1 gramme.

Le traitement interne seul est le plus souvent indiqué dans les syphilides précoces, c'est le traitement mercuriel ; dans les syphilides intermédiaires ou tardives, on aura recours au traitement mixte antisyphilitique.

Chez les enfants, on doit se borner à l'usage du calomel à la dose d'un centigramme par jour et aux bains de sublimé. Souvent on devra se borner à prescrire le traitement mercuriel etioduré à la nourrice de l'enfant, à la mère. J'ai vu Peler employer avec succès des bains au sublimé chez les nouveau-nés atteints de la syphilis.

C. Syphilide tuberculo-serpigineuse ou maligne des paupières. —

La surface des paupières, du nez et des joues, est le siège de tubercules syphilitiques, durs et secs ; ils restent stationnaires pendant longtemps, s'ulcèrent ensuite, se ramollissent et se couvrent des croûtes.

A partir de ce moment, l'altération s'étend de plus en plus aux parties voisines, gagne en profondeur et surtout en étendue. Elle devient serpigineuse ; des croûtes grisâtres la recouvrent, et elles saignent au moindre attouchement : c'est Vimpetigo rodens. Alfred Fournier l'a vue envahir toute une moitié de la face et du crâne, et résister à tout traitement pendant plusieurs années.

La paupière inférieure est ordinairement attirée vers l'ulcération et donne lieu à l'ectropion.

Diagnostic différentiel. — L'épithélioma est, de toutes les affections, celle qui ressemble le plus à la syphilide tuberculo-serpigineuse. Toutes deux présentent des bords ulcérés arrondis, durs et engorgés. L'étendue relativement plus considérable de l'affection syphihtique peut seule faciliter le diagnostic.

De larges cicatrices accompagnent d'ordinaire les scrofulides ulcérées, ce qui n a pas heu dans les syphilides.

Traitement. — Les syphilides malignes sont le mieux modifiées par le mercure, qui est, selon Fournier, l'agent le plus efQcace que nous ayons à leur opposer et qui doit être employé de préférence en frictions générales. On doit lui associer 1 lodure de potassium à la dose de i à o et 6 grammes par jour, ou le sirop de Gibert. r j > «

42 rAUPlÈUES ET SOURCILS.

Comme traitement local, on cautérisera avec avantage ù l'aide du nilralo acide de mercure. Le badigeonnage avec la teinture d'iode sera aussi efficacement employé. Plusieurs cas analogues se sont présentés à mon observation, avec tous les signes d'épithélioma; je l'ai guéri par l'iodure de potassium administré h l'intérieur, les frictions mercurielles sur les jointures et le badigeonnage avec la teinture d'iode.

BiULioGnAPHiE. — Campbell, Edinburgh med. and surg. Joiirn., 1832, p. 254. — Cazcnave, Traité des syphilides. Paris, 1838. — Ricord, Chancre induré du grand angle de l'œil [Union mëd. 1850); Lettres sur la syphilis, 3» ôdit. Paris, 18C3. — Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, 2» édit. Paris, 1857. — Simon, Die Jlautkrankheiten durchanat. Untersuch. erlautert. Berlin, 1851. — Wilson, On syphilis const. and hered., and on sijphilis éruptions. London, 1853. — Strealfield, Opht. Iiosp. Rep., 18G0, V, H, p. 125. — Salomon, Cas de tubercules syphilitiques des paupières [Brit. med. Journ., 17 janv. 1863). — Rollet, Traite' des maladies vénériennes, 1866, p. 836. — Alfred Fournier, Leçons sur la syphilis. Paris, 1873, p. 403. — Galezowski. Journal d'ophtalmologie, 1872.

KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL

Les kystes sont des tumeurs constituées par des cavités closes remplies d'un liquide. Le plus souvent, les cavités kystiques sont préexistantes et prennent naissance, soit dans les cavités normalement closes, soit dans celles dont les canaux excréteurs se ferment d'une manière accidentelle. Ce sont là les lignes proyénes de Broca.Plus rarement, les cavités kystiques sont de nouvelle formation, d'où le nom de néogènes.

§ I. — Chalazion ou kyste méibomien.

Le chalazion ou kyste méibomien, appelé par quelques auteurs granulome, est une petite tumeur, développée dans l'épaisseur des paupières et qui fait saillie au-dessous de la peau, sous la conjonctive ou sur le bord libre.

Elle est simple ou multilobaire et représente à la surface des paupières une ou plusieurs saillies plus ou moins prononcées, situées à une certaine distance du bord libre, et distribuée souvent sur le trajet du môme conduit excréteur

des glandes méibomiennes.

Le chalazion est un kyste provenant de l'oblitération d'une des glandes de Méibomius. Selon Ch. Robin, il est constitué par des éléments fibro-plastiquos et des cytoblastions, de la matière amorphe, des vaisseaux et du tissu lanuneux Au centre, on trouve souvent un petit kyste. Quelquefois pourtant 1. kyste est néogène, et il est développé entre l'enveloppe du tarse et le cartilage

lui-même. , , j u i^.

Le microscope y démontre la présence d'un grand nombre de cellules rondes pales, contenant peu de noyaux; ces cellules, qui sont de grandeur variée, ont la plupart un noyau pâle, rond ou oblong; elles sont entourées d'une substance intercellulaire, en partie gélatineuse, en partie fibreuse, le plus

KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. 43

souvenl muqueuse. D'après Panas et Remy (1), l'élément prédominant est l'élément cellulaire, formé presque exclusivement de cellules embryonnaires. Selon Michel (2), on y distingue aussi des cellules rondes, granulaires, de grandeur variable, entourées d'une substance gélatineuse, au milieu de laquelle on trouve de nombreux vaisseaux, qui traversent le tarse lui-même. Le tissu cellulaire prétarséen se trouve rempli de cellules allongées, très nombreuses, qui se répandent entre les faisceaux musculaires et forment là des prolongements en champignons. Les vaisseaux, dans ces endroits, ceux surtout qui traversent le tarse, sont très sinueux.

Selon Yincentiis (3), il existe dans le chalazion un certain nombre de cellules géantes, qui proviennent, selon lui, de la transformation de l'épithélium des glandes de Méibomius. Il y a, d'après cet auteur, deux parties bien distinctes dans

Fig, 12. — Coupe microscopique d'un chalazion.

le chalazion : l'une, l'enveloppe, transformée, désorganisée; et l'autre, le contenu, dépendant de la prolifération des cellules et du tissu tarséen. Peu à peu la masse granuleuse se répand au voisinage de la glande, et il se forme tout autour des cloisonnements et des prohférations cellulaires, au milieu desquelles on trouve de vraies poches kystiques, remplies souvent d'un liquide séreux mélangé parfois de pus.

Cette tumeur se développe ordinairement dans l'épaisseur du tarse, dont il est difficile de la détacher; au centre, on trouve une petite poche kystique qui appartient aux kystes pyogènes de Broca. Constituée par l'occlusion du canalicule méibomien et par l'accumulation des produits de sécrétion de la glande, elle se présente souvent sous forme d'une masse gélatineuse granuleuse envahissant successivement les tissus voisins.

Symptomatologie. — Le chalazion se présente sous forme d'une saillie globuleuse, circonscrite, quelquefois diffuse, intimement adhérente aux tissus yoisms et particulièrement au tarse. Souvent il est très peu saillant, et atteint a peine le volume d'une lentille ou d'une fève; on ne le reconnaît que lorsqu'on

(1) Panas et Rcmy, Anal, pathol. de Vœil, pl. I fia i

(2) Michel, Hanrlbuch der ges. Augenheilkunde von Grœfe und Sœmisch, t. XIV

(3) Yincentiis, Délia slrutturae genesi del chalazion, Napoli, 1875.

promène la pulpe du doigl sur la paupière. Dans d'autres cas la tumeur est; beaucoup plus développi'ie et fait une saillie considérable à la surface de la pau-pière, La peau, dont la coloration reste la môme, et la couche musculaire, ne sont pas adhérentes à ce kyste.

Lorsqu'on renverse la paupière et qu'on examine la conjonctive dans lai partie correspondant au kyste, on y aperçoit le plus souvent une injection i prononcée sous forme d'une tache ronde, d'un rouge sombre, ou rouge livide. En détruisant le tarse dans les parties avoisinantes, le chalazion fait bientôt; saillie sous la conjonctive, qui devient très rouge et tuméfiée. On aperçoit alors,, vis-à-vis de la tumeur, un petit point jaunâtre.

Le chalazion se développe quelquefois sur le bord tarsien. Peu à peu, il de-vient proéminent sur le bord libre et y constitue une petite tumeur fongueuse; d'un rouge jaunâtre, qui peut simuler un cancroïde. Cette dernière variété ses rencontre surtout à la paupière inférieure.

D'ordinaire celte tumeur n'est pas douloureuse ; mais elle peut s'enflammerr et devenir très sensible; la peau change de couleur et devient rouge. En sevidant, soit par la peau, soit du côté de la conjonctive, elle peut être suivie de^ la guérison spontanée.

Tant que la tumeur ne dépasse pas certaines dimensions, il y a à peine^ difformité, et aucune gêne n'en résulte pour le malade; lorsqu'elle se développe? au contraire, elle embarrasse les mouvements des paupières. Si elle occupe unee région voisine du point lacrymal, elle peut occasionner la déviation et l'obstruction de cette ouverture et consécutivement un larmoiement.

On rencontre chez certains individus deux ou trois kystes dans la mêraei* paupière ; quelquefois les deux paupières du même œil ou des deux yeux présentent à la fois des kystes méibomiens développés à des degrés différents. Boyerr et Gosselin déclarent avec raison que les kystes de la paupière supérieuree font plus souvent sailUe du côté de la peau, et que ceux de la paupière inférieure s'avancent habituellement du côté de la conjonctive.

Diagnostic différentiel. — Il est difficile de confondre le chalazion avecc toute autre tumeur. Son état stationnaire, son indolence ainsi que sa fixité, née permettent pas d'erreur dans le diagnostic.

Les chalazions du bord libre des paupières peuvent seuls être pris pour dess tumeurs épithéliales ; toutefois, ces dernières sont ordinairement plus limitées^ et plus dures près de leurs bords. Le chalazion enflammé et suppuré peut êtree facilement confondu avec un orgeolet.

Durée et pronostic. — Les chalazions durent des mois et des années sanss causer de graves désordres.

Le pronostic en est favorable ; quelquefois ces kystes guérissent spontanément, mais le plus souvent une intervention chirurgicale est indispensable.

Étiologie. — 11 y a des individus qui présentent une prédisposition parlicu . lière aux chalazions. Deux causes évidentes prédisposent au développement du-, chalazion : l'une locale, qui se rattache aux inflammations du tissu cellulaire, péritarsien ou des glandes de Méibomius, en amenant l'oblitération d'un de conduits; et l'autre, générale, qui laisse une prédisposition à ces kystes che; certains individus. Souvent le chalazion est précédé d'un orgeolet : c'est 1 m-, flammation qui amène dans ce cas l'obstruction d'une des glandes de Mei^ bomius.

KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. 4b Traitement médical - Les chalazions disparaissent quelquefois spontanément, on doit donc essayer en premier lieu le traitement résolutif.

C'est dans ce but que j'ai employé avec succès des cautérisations de la surface cutanée avec le crayon de nitrate d'argent.

Des frictions sur la paupière avec une pommade iodurée ou de simples massages peuvent également réussir; voici les formules :

lodure de plomb 25 centigr,

Axouge.

4 gramm.

Camphre

5 centigr.

(Desmarres.)

Si ces frictions n'amènent pas de changement au bout de quelques semaines, ou si elles déterminent une irritation dans la paupière, on aura recours aux moyens chirurgicaux.

Traitement chirurgical. — 1. Dans les kystes récents et peu développés nous employons avec succès l'incision simple de la tumeur par la surface conjonctivale avec énucléation du contenu. Il suffit de renverser la paupière malade, de diviser la tumeur dans toute sa longueur avec un bistouri perpendiculairement à son bord, et de faire sortir, par une pression, tout son contenu.

2. Lorsque la tumeur est plus volumineuse et plus ancienne, il est préférable d'avoir recours à l'extirpation. On la pratique de deux manières différentes, selon que le chalazion est plus rapproché de la surface conjonctivale ou de la surface cutanée. J'ai dit plus haut qu'à la paupière supérieure ces kystes sont habituellement près de la peau, tandis qu'ils sont situés sous la conjonctive à la paupière inférieure; donc à la paupière supérieure on les enlèvera en incisant la peau, tandis que, dans la paupière inférieure, on fera l'extirpation du côté de la conjonctive.

3. Extirpaiionde chalazion de la paupière supéneure. — Depuis que Desmarres père a imaginé une pince fenêtrée (fig. 13), cette opération est devenue très simple et très facile à exécuter.

Voici quels sont les instruments nécessaires pour la pratiquer : la pince fenêtrée de Desmarres (fig. 13), une érigne simple (fig. 14), une pince à érigne (fig. IS), une autre à dissection, à branches très fines, un bistouri droit pointu (fig. 16), une paire de ciseaux courbes de Cooper, deux ou trois petites éponges mouillées et exprimées, et une aiguille fine courbe munie d'un fil de soie. La présence d'un aide chargé d'écarter les bords de la plaie pendant l'opération est indispensable.

Le malade est assis sur une chaise, la tête appuyée contre le dos du siège ou contre la poitrine de l'aide. Le chirurgien engage sous la paupière supérieure la branche en plaque de la pince de Desmarres, soit par une de ses extrémités, soit^ tout entière, puis il tend convenablement la peau et rabat la branche fenêtrée sur la paupière, afin que le kyste soit entouré par l'anneau de la branche antérieure. Il serre ensuite très fortement les deux branches au moyen de la vis. A ce moment on pratique sur la peau une incision transversale dépassant le kyste de quelques milhmètres, et l'on dissèque la tumeur en haut et en bas. Une fois le chalazion mis à découvert, l'opérateur le saisit en masse à l'aide d'une pince à érigne, et le sépare des parties environnantes en se servant du

bistouri, el en prenant garde de (raverser le tarse. Les ciseaux de Cooper peuvent ôire utiles pour enlever les débris du kyste au fond de la plaie.

Après l'extirpation on réunit les bords de la plaie culanée au moyen d'un fil de soie si la plaie était large ; celles de petite dimension peuvent ôlre abandonnés à elles-mêmes ou recouvertes de taiïelas gommé.

L'hémorrhagie est ordinairement très peu abondante et s'arrête au bout de quelques minutes après une légère compression.

Des compresses froides sont renouvelées constamment pendant les premières vingt-quatre beures, et le lendemain on retire la suture.

Au bout de cinq à six jours la plaie est babitucllement cicatrisée. Quelquefois du pus se forme dans le fond de la plaie et au-dessous de la cicatrice vers le troisième ou le quatrième jour ; il y a alors urgence de pratiquer à l'aide d'une sonde une petite ouverture et de faciliter son écoulement.

Fig. 13. — Pince fenêtréc Fig. H. — Érigue. Fig. 15. — Place Fig. 16. — Bistouri, de Desmarres. à érigne.

Quant au conseil que donnent quelques auteurs allemands, de faire après 'excision simple une cautérisation delà cavité du kyste, je le crois peu pratique et souvent dangereux, c'est pourquoi jè le rejette complètement. Gayet(i) conseille le raclage de la cavité à l'aide d'une petite cuillère à bord trancbant. Quel-

(l)Gayet, France médicale, u"81, I87G.

KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL. 47 quefois, après l'exlirpalion de la tumeur principale, nous excisons le reste du conlenu à l'aide d'une paire de ciseaux courl)es.

4. Extirpation de chalazion de la paupière inférieure. — Les chalazions de la paupière inférieure se développent le plus souvent aux dépens de la conjonctive, qui se distend dans cet endroit et acquiert un développement plus grand qu'à l'état normal. Il n'y a donc aucun inconvénient d'enlever un lambeau de la conjonctive en même temps que la tumeur.

lin aide tient la tête du malade, soulève la paupière supérieure d'une main et de l'autre éponge la plaie pendant l'opération. On traverse le chalazion dans son grand diamètre et jusqu'à sa base avec une forte érigne (fig. 14) ou une pince à crochets (fig. 15), que l'on saisit de la main gauche; puis avec un bistouri droit (fig. 16), on pratique une première incision parallèle au bord libre et en avant de l'érigne. La tumeur est soigneusement disséquée jusqu'à ce qu'on réussisse à la détacher presque complètement. En faisant une seconde incision en dedans du kyste on achève son extirpation.

Une hémorrhagie artérielle très abondante suit immédiatement l'extirpation : c'est l'arcade palpébrale artérielle qui est ouverte. Pour arrêter le sang, il suffit de pincer avec deux doigts pendant quelques secondes la paupière à l'endroit de la plaie. J'ai vu une fois l'hémorrhagie persister pendant plusieurs heures et ne s'arrêter qu'à une compression de la paupière saisie entre les deux plaques métalliques.

5. Extirpation de chalazion du bord libre. — Les kystes situés près du bord libre altèrent souvent la forme de l'arc marginal.

La dissection de ce kyste doit être pratiquée avec beaucoup de soin, et l'on n'enlèvera que la portion occupée par le kyste, en ménageant autant que possible le bord ciliaire.

Lorsque le chalazion forme une saillie limitée sur le bord, on enlève la partie exubérante d'un coup de ciseaux fins et courbes sur le plat, ou en la saisissant préalablement avec un crochet.

Bibliographie. — Demours, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 121. — Zeis, Ammon's Zeitschr. f. die Ophtahn., t. IV, 1834, p. 2-40. — Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. I, p. 610, 2" édit. — Dupuytren, Leçons orales, t. III, p. 277, 2* édit. — Velpeau, Diction, de méd. en 30 vol., t. XXXIII, p. 287. — Bcudz, Considérations pratiques sur l'adénite méibomienne et la périchondrite tarsienne {Ann. d'ocidist., 1858, p. 145). — Sichel, Iconographie, p. G22. — Legrand du Saulle, Kyste de la paupière {Gaz. des hôpit., 1861, n» 138). — Fauo, Bull, de thérap., avril 1862. — Michel, Handbuch der Ges. Augenheilk., t. XIV. — Thomas, Des tumeurs des paupières, thèse de Paris, 1866. — Vincenliis, Del/a struttura e genesi del chalazion con osservazioni sull origine epiteliale délie cellule giganti. Napoli, 1875.

§ II. — Kystes sébacés du bord libre. Vésicules des paupières.

Millet. Molluscum.

A. Kyste sébacé du bord libre. — C'est une petite tumeur kystique qui se développe sur le bord libre des paupières et quelquefois au voisinage de la joue, où ils existent souvent en grand nombre. D'un aspect blanc, perlé, ce kyste atteint ordinairement la grosseur d'une grosse tête d'épingle.

Elle est située au-dessous de l'épidei-nie et provient de l'oljstruclion d'un des roUiculcs sébacés dont l'ouverlure alwulit dans le canal du follicule pileux.

La matière contenue dans ce petit kyste est de nature sébacée; elle est constituée par des cellules épilhéliales et des molécules de graisse.

Ordinairement ce kyste est indolent, arrondi, lisse à la surface, quelquefois un peu vascularisé par quelques ramuscules capillaires.

Des kystes sébacés peuvent prendre une bien plus grande extension, et former une tumeur du volume d'une fève ou d'une petite noisette. Ils sont dans ces cas situés soit à l'angle interne et près de la région du sac, ou bien près de l'angle externe et au voisinage du bord sourciller. Dans ce dernier cas ces kystes > peuvent simuler les dermoïdes du sourcil, dont ils ne diffèrent que parleurposition superficielle, leur adhérence intime aveclapeau, et par une absence detoute communication pédiculée avec le sourcil.

Le traitement de ce kyste est très simple; on passe le crochet fin à sa base etl on le dissèque avec un bistouri.

B. Molluscum des paupières. — Les follicules pileux du derme, em s'oblitérant, donnent lieu à un millet. En se transformant, -ce millet prendrai une extension plus considérable; ses parois s'épaississent; il devient sessileavec une base étroite, mais non pédiculée. C'est le molluscum. On remarque aui centre une petite ouverture d'une teinte brunâtre par laquelle suinte un liquide blanchâtre gélatineux.

Celte petite tumeur kystique est, dit-on, contagieuse : d'où le nom de 7nolluscum contagiosum. Mackenzie cite un cas de transmission de cette tumeur par contagion d'un enfant à un gentleman. D'après le même observateur, elle perdi avec l'âge cette propriété contagieuse.

Comme pour les kystes précédents, le traitement est chirurgical, et ne diffère ^ en rien de celui qui leur est appliqué.

C. Vésicules transparentes du bord libre des paupières. — On ren-contre quelquefois un ou deux kystes transparents implantés sur le bord fibre.. Ces kystes, de la grosseur d'un pois, contiennent un liquide limpide. Les parois^ sont ordinairement très épaisses et résistantes. Pour Cruveilhier, ces kystes^ sont formés aux dépens des follicules muqueux du bord libre des paupières, eti contiennent tantôt de la sérosité, tantôt du mucus. Selon Verneuil, ce sont dess kystes développés dans les glandes sudoripares. Yvert croit qu'il s'agit de: glandes sébacées obhtérées.

L'excision à l'aide des ciseaux ne peut se faire sans quelques difficultés, dues? à la résistance et à la dureté de la tumeur, qui s'échappe des ciseaux. Il est doncpréférable de saisir d'abord le kyste avec un crochet pointu, et de l'extirperensuite avec un bistouri.

Bibliographie. — Sichel, Avcli. géii. de méd., t. XI, p. 445, 1846 et Iconographiec ophthalmologique. Paris, 1852-1859. — Virchow, Die Krankheiten Geschwïdste, t. I,, Abth. I 18G3, p. 10,2 et 223. — Petersoii, Sic7- le molluscum [Edinbur g li mcd. and siirg. Journ.,\ LVI, p. 279]. — Cruveilhier, Trait(f d'anat. pathol. gén., t. II, 1856, p. 351.

KYSTES DES PAUPIÈRES ET DU SOURCIL

§ III. — Dermoïdes du sourcil.

Les kystes sébacés du sourcil, appelés dermoïdes, sont des tumeurs progènes ■' et se développent dans une poche préexistante au niveau du sourcil et spécialementàTangle externe, comme l'adémontré Verneuil.lls contiennent de lamatière sébacée, graisseuse ; souvent on y trouve des poils en assez grand nombre, d'où le nom de kystes pilifères.

Symptomatologie. — Ces kystes affectent la forme d'une tumeur ovale du vo- > lume d'un œuf de pigeon. Quelquefois ils prennent une extension considérable, et, en descendant vers le bord orbitaire, ils font saillie sous la conjonctive. En partie mobiles, ils sont fixés à l'os par leur base, et n'adhèrent à la peau que lorsqu'ils ont des trajets flstuleux consécutifs à l'opération. La fluctuation est souvent évidente. Sans être douloureux, ils constituent une difformité, et leur développement peut à la longue gêner les mouvements des paupières.

Les kystes dermoïdes s'observent le plus souvent dans la moitié externe et à la queue du sourcil, mais on les voit aussi à l'angle interne de l'ouverture orbitaire, comme l'ont démontré Broca et Richet. J'ai extirpé deux kystes dermoïdes situés près du bord interne du sourcil.

Il arrive que ces malades viennent réclamer une opération pour la deuxième ou troisième fois; on constate chez eux l'existence de trajets fistuleux qui donnent issue à un liquide tantôt sébacé, tantôt à demi purulent. Ces récidives sont dues aune extirpation incomplète de la poche kystique, et leur guérison devient plus difficile à cause des adhérences consécutives à la première opération.

Diagnostic. — On rencontre dans cette région, de même qu'à la paupière inférieure, des hjstes sébacés du derme. Ils sont plus superficiels que les précédents et n'ont aucune adhérence avec le bord orbitaire. Leur volume est peu considérable, et ils sont généralement adhérents à la peau. . Les lipomes sont plus superficiels que les kystes dermoïdes et divisés en cloisons que l'on sent par la palpation; de plus, leurs limites sont mieux définies.

Anatomie pathologique et étiologie. — Gomme tous les autres kystes, les kystes dermoïdes de la région sourcilière sont constitués par une enveloppe celluleuse condensée, tapissée d'épithélium pavimenteux et par une sécrétion épaissie composée de masses épithéliales et graisseuses, souvent entremêlées de cristaux de cholestérine. On trouve quelquefois dans l'intérieur des kystes dermoïdes une matière grasse avec des lamelles épidermiques, des poils, et plusieurs autres éléments de la peau. Quelquefois on voit naître à la surface interne de ces kystes des poils avec leurs glandes sébacées. Dans les parois du kyste dermoïde extrait par Follin, les glandes étaient plus volumineuses et plus distinctes que dans la peau normale.

L'origine de ces kystes est très intéressante à étudier ; on sait qu'ils sont situés au-dessous de la couche musculaire et qu'ils adhèrent à l'os, soit à la partie externe du bord orbitaire, soit à sa partie interne. C'est à Verneuil «lu appartient le mérite d'avoir expliqué leur origine, qu'il attribue à une aberration de développement du fœtus. On sait que dans la vie fœtale la face se forme aux dépens de bourgeons latéraux, appelés arcs branchiaux, séparés par des fentes branchiales. La fente branchiale supérieure sépare la vertèbre cérébrale antérieure qui devient plus tard le front, et le premier arc branchial r.ALEzowsKi, 3" édit. ,

qui constituera les mâchoires, le nez, les joues, etc. L'extrémité postérieure de cette fente correspond justement à la moitié externe de l'orbite où les kystes se développent. Les deux bords tapissés par l'enveloppe cutanée, au lieu de se- . réunir complètement, ne se fusionneni qu'en partie en laissant entre eux um sac cutané entièrement clos, qui devient plus tard, d'après Verneuil, l'originedes kystes sébacés ou piliféres.

Broca explique de la même façon la formation de ces mômes kystes à la partie interne du sourcil.

Ces kystes sont quelquefois enfoncés dans l'os frontal, oii ils forment des, loges très profondes. On rencontre quelquefois des kystes séreux congénitaux dans l'épaisseur des paupières. Talko (t) en a rapporté cinq cas.

Pronostic. — Ces kystes n'offrent pas de gravité, mais l'extirpation de toute:* la poche kystique est nécessaire pour éviter les récidives.

Traitement. — Le seul moyen de guérison radicale est Yexth^ation. Après-* avoir rasé les poils du sourcil, on fait une incision parallèlement au j)ord1 orbitaire sur toute la longueur du kyste. L'incision comprendra la peau, le^ tissu cellulaire et la couche musculaire. La tumeur une fois mise à nu, onii cherchera à la disséquer sans l'ouvrir, en la séparant d'abord de la peau, puis<i des parties profondes. S'il arrivait que le kyste fût ouvert, on saisirait une dee ses parois, et, par un mouvement de traction, on continuerait son énucléation ;, à l'aide d'une spatule ou du manche d'un scalpel, on le détachera soigneusement.

La plaie étant horizontale et parallèle aux plis de la peau du sourcil et des-> paupières, on obtient une réunion complète de la plaie sans difformité. Mais,, pour assurer le succès, j'applique trois ou quatre sutures au moyen d'un fill en or et je ne laisse qu'un coin de la plaie ouvert pour l'écoulement du pus. Cinq ou six jours après l'opération, les fils doivent être enlevés.

Bibliographie. — Verneuil, Bull, de la Soc. anat., juin, juillet, août, sept. 1852,, p. 300, et A7xh. gén. de méd., 1855, p. 302. — Broca, Traité sur les tumeurs, Paris,, 1869, t. II, p. 80. — FoUin, Traité de pathol. externe, 1. 1, Paris, 1869, p. 173. — Richet, , Joum. d'ophth., 1872.

§ IV. — Gysticerques des paupières.

Les cysticerques des paupières constituent une très grande rareté; et nous ne* trouvons dans la science que quelques cas isolés rapportés par Gros, Canton,, Straetfield et Hirschberg.

Ces kystes présenient une surface résistante, ou fluctuante avec une surface lisse, ils sont habituellement sous-cutanés et n'adhèrent point à la peau. Ils sont habituellement peu saillants, et leur volume atteint rarement la grandeur d'une grosse fève. Ils se développent très lentement et ne produisent point des^ douleurs,

La dissection méthodique et l'extirpation doit être la règle que l'on devra* suivre pour enlever ces kysles hydatiques.

(1) Talko, Klin. Monatsbl., 1877, p. 141.

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