CHAPITRE III
PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE
ARTICLE PREMIER
INFLAMMATION DE LA GLANDE LACRYMALE (dACRYADÉNITE)
On distingue deux variétés d'inflammations de la glande lacrymale : aiguë et chronique.
A.Dacryadéniteaiguë. — Celte affection atteint une ou plusieurs glandule s .et s'annonce par une douleur très vive, lancinante, siégeant à l'angle externe de l'œil, et qui s'aggrave à chaque mouvement des paupières.
La paupière supérieure se gonfle d'une manière très notable, surtout cà son angle externe ; elle est rouge, souvent même d'un rouge violacé. Son volume est tellement augmenté, qu'à une simple inspection on pourrait croire à l'existence d'une ophthalmie purulente. Le ganglion parotidien et sous-maxillaire correspondants sont gonflés et douloureux au toucher.
Le globe de l'œil, la conjonctive oculaire et palpébrale, ne sont pas très sensiblement enflammés; il se manifeste une légère irritation de ces membranes ; mais du côté de l'angle externe de l'œil on voit sortir un fort bourrelet chémosique, qui s'avance jusqu'au bord de la cornée et fait souvent entre les paupières une saillie tellement prononcée que souvent il recouvre la cornée.
Des douleurs péri-orbilaîres accompagnent la maladie ; elles s'exaspèrent surtout la nuit et occupent toutes les branches de la 5° paire, ce qui fait confondre cette maladie avec une iritis, d'autant plus qu'il existe un chémosis el une rougeur partielle péricornéenne.
Selon Todd, l'œil est souvent propulsé en avant et en bas.
A l'angle externe on constate au toucher une tumeur dure, consistante, mal délimitée, et qui se confond avec le rebord orbitaire : c'est la glande enflammée. En renversant la paupière, on aperçoit une saillie globuleuse, bombée, rougeâtre, à l'angle externe, qui correspond à la région de la glande.
Marche, durée, terminaison. — De même que son début, l'évolution de cette maladie est rapide ; dans l'espace de quinze jours, l'inflammation atteint à son summum d'intensité, puis arrive la résolution complète. On peut dire que la guérison est la règle générale. La durée habituelle est de trois à six semaines. Chez un de mes malades, j'ai vu l'inflammation revenir au bout d'un an.
Diagnostic diférentiel. — Il sera facile de confondre cette affection avec une conjonctivite catarrhale ou leucorrhéique des jeunes filles, et même avec une conjonctivite purulente, si le début et lamarche rapide de cette maladie, de même que 1 absence de toute suppuration conjonctivale, ne rendaient presque impossible une erreur de diagnostic. La sensibilité exagérée à l'angle externe de l'œil et une saillie plus prononcée de ce côté, de môme qu'une infiltration séreuse
dans Ja conjonctive ou la paupière tout entière, compléteront le diagnostic.
Étiologie. — Celle affection se rencontre très rarement et le plus souvent pendant les épidémies de la fièvre scarlatine, ou des oreillons quelquefois accompagnés d'une orchite. Mais il faut dire qu'il se passe quelquefois de 4 à 6 ans sans qu'on la rencontre. Desmarres père déclare ne l'avoir jamais vue. Béer, Stellwag von Carion la considèrent aussi comme très rare, et on ne trouve une description détaillée de la maladie que dans Todd et Schmidt. J'ai eu l'occasion de l'observer 15 fois et j'en ai donné une description détaillée (1).
Quelquefois la maladie est constitutionnelle, lymphatique, strumeuse ou scrofuleuse ; on la rencontre chez les enfants aussi bien que chez des personnes adultes. Mackensie l'a vue survenir à la suite d'un coup de pierre. Le docteiu' Châlons a rapporté un cas d'altération de la glande lacrymale dû à la syphilis.
Traitement. — Des fomentations chaudes et des cataplasmes de mie de pain et de lait ou de fécule de riz, tièdes, appliqués deux fois par jour sur l'œil, pendant une heure chaque fois, amènent un soulagement.
Lorsque le gonflement est considérable, et qu'un chémosis soulève la conjonctive bulbaire et empêche les paupières de se fermer, je n'hésite pas à appliquer huit ou dix sangsues à la région préauriculaire, quelquefois il faut faire une excision de la conjonctive boursouflée.
L'iodure de potassium administré à l'intérieur à la dose de un gramme donne d'excellents résultats. Je recommande aussi de badigeonner la peau des paupières avec la teinture d'iode.
B. Dacryadénite chronique. — Sy mptomatologie. — Vdii^eciion débute lentement par une légère tuméfaction de la paupière et un engorgement des vaisseaux conjonctivaux partant de l'angle externe. Au bout de quelque temps il y a un ptosis.
Par la palpalion on sent un corps arrondi, élastique, un peu mollasse, dépassant le rebord orbitaire à l'angle externe de l'œil. C'est la glande qui fait saillie. En soulevant la paupière et pendant que le malade porte son œil en dedans, on aperçoit à l'angle externe une légère saillie lobulée.
Les mouvements de l'œil sont un peu gênés, et le malade éprouve une sensation de plénitude et de tension dans l'orbite. Quelquefois des douleurs sourdes circum-orbitaires surviennent par crises.
La tumeur, augmentant successivement de volume, chasse en partie l'œil de l'orbite, et il y a un exophthalmos marqué. Par suite de l'espace limité qu'elle occupe, l'inflammation de cette partie de la glande lacrymale tend à repousser les parties voisines et l'œil lui-même en avant. L'œil, constamment larmoyant, est sensible à la lumière.
Heynes, Walton et Heymann n'ont pas vu de changement dans la sécrétion. Selon Todd, la composition des larmes change sensiblement : elles deviennent acres et irritantes, ce qui explique la prédisposition de l'œil à des inflammations continuelles.
Cette afl'ection, de très longue durée, est sujette à des inflammations subaiguës qui se dissipent; un engorgement et une hypertrophie simple de celte glande en sont ordinairement la conséquence.
Quelquefois, à la suite des attaques inflammatoires subaiguës, la suppura-
Galczowski, Dacryadénite aiguë [Recueil d'opJUh., 1873, p. 74 et 94).