TUMEURS SOLIDES DE LA GLANDE LACRYMALE
Les tumeurs de la glande lacrymale sont de diverses espèces : o, tumeur hyperlrophique ou adénome; 6, chloroma; c, myxome; d, cancers.
A. Adénome ou hypertrophie. — Cette affection est très rare, on n'en connaît que neuf cas, dont huit ont été analysés par Polaillon (1), le neuvième a été publié par Becker (de Vienne) (2).
Anatomie pathologique. — Les premières recherches microscopiques faites par Gluge (3), dans le cas de Cunier, d'hypertrophie congénitale de la glande, ont démontré que la substance de la glande était constituée par des granulations entourées par des vésicules glandulaires. La structure des vésicules agglomérées était normale, mais leur volume était augmenté. Ses canaux étaient très distendus, et présentaient un diamètre de 2à6 millimètres, et souvent avec des dilatations en forme d'ampoules. Leurs parois étaient épaisses. Des altérations
^I}d°\*^"""' ^ncydop. des se. méd. Paris, 18G8, 2= sér.,t. I, p. 35.
(2) Becker, Augenklinik der Wiener Universitât. Wien, 18G7, p. 162.
(3) Gluge, Hypertrophie congéiiitale de la glande lacrymale et de ses ca7iaux excréteurs [Ann. docuhst., 30 avril 1850, t. XXIII, p. 146)
104 OKGANES SÉCRÉTEURS ET EXCRÉTEURS DES LARMES.
analogues ont été constatéos dans les cas de Cliassai{,'nac, tandis qno l adénomi^ de Bockor était compliquû d'une production colloïde.
B. Chloroma ou tumeur fibro-plastique. — Cette afîeclion est cuiactérisée par la transformation de la glande en une substance verte; ordinairement cette tumeur n'est pas seulement [imitée à la glande, mais elle envahit successivement les parois de l'orbite, la dure-mère crânienne et quelquefois môme le mal se généralise dans l'économie. Elle a été observée par Paget, Burns, William et autres. La marche de l'affection est très rapide, et il résulte des observations publiées par ces auteurs que quelques mois ont souvent sulïi poui amener la mort.
La couleur verte qu'afîeclent ces tumeurs a attiré l'attention de Vogei et de Lebert, et ils l'attribuent à un principe tout particulier qui leur est propre. La teinte verte provient, selon Cli. Robin (1), de l'hématosine du sang épanché ou stagnant dans les capillaires oblitérés. Les autres éléments de cette tumeur sont les mômes que ceux des tumeurs fdjro-plastiques,
C. Myxome ou tumeur embryoplastique. — Un seul fait de ce genre a été rapporté par Sautereau, il s'agissait d'une tumeur qui a été opérée par le professeur Richet, et analysée au microscope par Legros. J'ai eu l'occasion d'observer cette malade avant et après l'opération, et j'ai pu constater l'intôgril •• parfaite des membranes internes et la mobilité complète du globe qui élaii sensiblement refoulé en bas et en dedans.
D. Cancer. — Les tumeurs cancéreuses de différente nature prennent rarement naissance dans cet organe. Cloquet et Knapp ont rapporté chacun des faits de ce genre. Cloquet a dià faire deux fois l'extirpation par suite de récidive ; La vue se rétablit et l'œil ne perdit pas sa lubréfaction.
Le plus souvent la dégénérescence cancéreuse de cette glande est secondaire; développée primitivement dans d'autres parties de l'orbite ou dans le globe de l'œil, elle envahit ensuite la glande lacrymale.
Symptomatologie. — Les tumeurs solides de la glande lacrymale, en s'accroissant, se portent de plus en plus en arrière dans l'orbite, et le premier phénomène que l'on remarque, c'est la projection de l'œU en avant. Elle est quelquefois tellement prononcée que l'œil se luxe et sort hors de l'orbite.
La paupière supérieure est gonflée, distendue; cà sa parlie externe apparaît une saillie plus ou moins prononcée. L'œil est larmoyant, rouge, injecté. Le malade voit double, et le strabisme est divergent. Pourtant l'œil conserve pendant très longtemps tous ses mouvements. Si la glande continue à s'accroître, elle tend à envahir l'orbite, et il y a alors une compression de tous les nerfs de l'œil; la nulrilion du globe est compromise : la cornée s'ulcère et se perfore, et il y a pour l'organe danger de destruction. A cette époque, la vue s'obscurcil et se perd, et l'examen ophthalmoscopique permet de constater la névrite optique.
Diagnostic différentiel. — En premier lieu, on doit s'assurer si l'exophthalmos est dù à une affection néoplasti(iue venant du fond de l'orbite ou de la glande lacrymale, et en second lieu déterminer la nature de la tumeur.
Lorsque la maladie commence dans le fond de l'orbite, la vue se trouble d( > le début, et il y a névrite optique; l'exophthalmos se développe conséculive-
(1) Ch. Robin, Leçons sur les tumeurs, 2^ édition.