ALTÉRATIONS DE LA SÉCRÉTION
La sécrétion de la glande lacrymale n'est jamais constante ni bien déterminée; elle varie selon les individus et les conditions physiologiques ou pathologique de l'organisme de l'œil. Une exagération ou une diminution de la sécrétion ne peut être appréciée que si elle donne lieu à des symptômes morbides.
Trois conditions peuvent se présenter dans la perturbalion de la sécrélioa lacrymale : suppression de la sécrétion (xérome lacrymal ou xérophthalmie) ;
ALTÉRATIONS DE LA SÉCRÉTION. l'^'^
augmentation de la sécrétion (épiphora) et altération dans la composition des larmes (larmes fortement alcalines, acides ou sanglantes).
A. Sécheresse de l'œil, xérophthalmie. — Cet état est excessivement rare; il ne peut être expliqué par la seule suppression de la sécrétion lacrymale, puisque l'extirpation complète de la glande lacrymale ne trouble aucunement les fonctions de l'œil et ne s'oppose pas à sa lubrification. Nous pensons que, pour qu'il y ait sécheresse de l'œil, il faut que la sécrétion soit supprimée non seulement dans la glande lacrymale, mais dans toute l'étendue de la conjonclive. Ce n'est que dans les altérations chroniques et profondes de la conjonctive dans lesquelles tous les orifices glandulaires sont oblitérés, de même que ceux de la glande lacrymale, que le xérome peut avoir lieu.
B. Épiphora ou hypersécrétion lacrymale. — Cet état est caractérisé par un excès de sécrétion des larmes par la glande. Il en résulte un larmoiement considérable : les larmes coulent sur la joue et y provoquent souvent un érythème.
L'exagération de la sécrétion peut dépendre de l'action spéciale et directe de certains agents thérapeutiques sur la glande lacrymale. Selon Hardy (1), cette sécrétion s'accroît sous l'influence de l'arsenic, d'où l'aspect brillant de l'œil des individus soumis à cette médication. En général, il dépend de l'irritation de l'œil, des paupières ou de quelques branches de la cinquième paire. Ainsi firritation de la conjonctive entretenue par un corps étranger qui est logé à la surface interne de la paupière supérieure provoque une abondante sécrétion des larmes; l'œil est baigné dans ce liquide et entraîne le corps étranger au dehors.
Des conjonctivites phlyctonulaires, des kératites et des iritis, celles surtout dans lesquelles se manifestent de la photophobie et des douleurs névralgiques, occasionnent un épiphora des plus abondants et souvent périodique. Sous l'influence de l'irritation de l'un des filets nerveux de la cinquième paire, la branche lacrymale subit aussi une irritation analogue, et donne lieu à une sécrétion abondante des larmes. Et comme les points lacrymaux ne sont pas assez larges pour absorber la quantité augmentée de ce liquide, on le voit franchir le bord de la paupière inférieure et tomber sur la joue.
L'épiphora spontané, idiopathique, peut provenir de l'exagération de la sécrétion de la grande lacrymale. L'examen des voies excrétoires des larmes démontre leur perméabihté parfaite. Cette affection est excessivement rare; pour ma part j'en ai rencontré cinq cas. Un de ces faits se rapporte à un jeune homme, fils d'une grande famille de France, et que nous avons soigné avec le professeur Charcot ; sa guérison n'a pas pu être obtenue malgré que les voies lacrymales soient complètement libres.
Diagnostic. — Il n'est pas difficile de distinguer un épiphora d'un larmoiement occasionné par une affection des voies lacrymales. Une simple injection d'eau tiède dans les points lacrymaux permettra de voir s'il existe de ce côté un désordre quelconque. Mais on ne doit jamais négliger d'examiner fétat de la cornée et de l'iris, parce que souvent c'est à l'inflammation de ces membranes que le larmoiement est dû.
Traitement. — Il doit être dirigé contre la cause probable de la maladie, et «omme elle survient quelquefois chez les sujets jeunes, anémiques et débiUtés,
i\) Hardy, Bull, de tAcad. de mèd. Paris, 1870, séance du 14nov., t. XXXV, p. 910
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il faut les soumettre à un réyime tonique, forlifiant, à l'huile de foie de aioru. au vin de quinquina et à l'iodure de polassium. Localenienl, dans les deux ca que j'ai eu à soigner, j'ai obtenu de bons eflets en badigeonnant la surfa^ cutanée des paupières à la région de la glande lacrymale avec de la teintui d'iode. L'électrisation à courants continus peut être aussi salutaire.
G. Larmes fortement alcalines, acides ou sanguinolentes. — Lasé crétion lacrymale peut être altérée dans ses qualités au point de provoquer utjr; irritation de toutes les membranes avec lesquelles ce liquide est en contact.
La composition des larmes est aujourd'hui connue (voy. Anatomie) ; elles cou tiennent une petite quantité de sels, ce qui fait qu'elles sont presque toujoui -i légèrement alcalines, ce que du reste j'ai pu constater sur un très grand nomlji i; de mes malades, au moyen de papier de tournesol introduit entre les paupières.
Dans l'état pathologique et dans certaines constitutions arthritiques, les larmes sont toujours très fortement alcalines. Ces individus sont sujets à de fréquentes irritations des paupières ou de la cornée elle-même. D'autres n'accusent l'alcalinité des larmes que lorsque leur santé générale est gravement atteinte. J'ai vu môme des malades -atteints de kératite ou d'iritis présenter une alcalinité excessive des larmes dans l'œil enflammé pendant toute la durée drla maladie, tandis que dans l'autre œil sain les larmes étaient neutres.
Pour connaître bien exactement l'état des larmes, je conseille d'introduire entre les paupières un morceau de papier de tournesol. L'exagération de l'alcalinité sera immédiatement dévoilée.
Dans quelques cas rares, surtout chez les phthisiques, les rhumatisants, ou pendant des fièvres graves, les larmes accusent des propriétés acides, ce qui explique l'injection des conjonctives chez les malades atteints de ces affections.
La présence de l'iode dans les larmes peut être facilement reconnue au moyeu de papier albuminé.
Chez les personnes qui sont sous l'influence de l'intoxication saturnine, les^ larmes peuvent contenir une faible quantité de sels plombiques, que Ton cons tatera au moyen de papier imprégné d'une solution de tannin.
On a observé les larmes sanguinolentes dans quelques cas exceptionnels Forestier, Havers, Rosas, en ont vu des exemples. Hasner a rapporté un fait de ce genre chez une femme non réglée. 11 y a eu, selon lui, une héraorrhagie ou transsudation sanguine dans l'intérieur des vésicules glandulaires. Pour ma part, j'ai vu presque toujours, dans ces cas, de petits abcès ou de petits kystes conjonctivaux, rompus et déchirés à leur surface, qui donnaient lieu à un larmoiement sanguinolent. C'est pourquoi je conseille d'examiner avec soin la surface de la conjonctive palpébrale en renversant la paupière supérieure.
Bibliographie. — Bouisson, Joum. de la Soc. de méd. prat. de Montpellier, mai 1847J — Salomon, Ann. d'oculist., t. XXXII, 18.4, p. 9G. — Denouvilliers etGossclm, Compejq dium de chir.,l. III, p. 178, 1858. — Hasner, Ann. d'oculist., t. XLIII, p. 192, cl Wiene Med. Wochenschrift, 1859, 44. — Dixon, Med. Times and Gaz., 28 juil. 1860.