LE VEILLÉ, DEL
Fig. 118. — Épithélioma de la conjonctive et de la caroncule (").
bord et à une certaine distance de la cornée, sur la sclérotique, sous forme d'une petite élevure rougeâtre bien limitée, recevant une grande quantité de vaisseaux fortement développés.
Elle n'est pas douloureuse au toucher et n'amène ni irritation ni inflammation des parties voisines. Son volume resle à peu près le même pendant des mois : à ce moment, le diagnostic peut encore présenter quelque difficulté par suite de la ressemblance qu'elle peut avoir avec une périsclérite développée dans 1 1 région de la pinguicula ou avec une phlyctène périkératique, comme cela c^i arrivé chez un malade dont Graefe (1) rapporte l'observation.
Mais bientôt la tumeur tendra à augmenter de volume; elle prendra une teinle
(*) A, tumeur éjiithéliale ; B, incision divisant la paupière supérieure; C, incision séparant la partie inférieure du mal; D, incision découvraut l'apophyse montante; E, incision de la conjonctive (B. Anger, Amtomie chirurgicale. Paris, 1869, p. 316).
(1) Graefe, Archiv f. Ophlhalm., Bd. VU, Abth, ?, p. 9, 1860.
TUMEURS DE LA CONJONCTIVE. 23i
plus rouge, et sa surface deviendra bosselée et irréguliére ; le nombre des vaisseaux qui la nourrissent s'accroîtra d'une manière sensible, sans que pour cela la couleur de la sclérotique ou d'autres membranes change.
On aperçoit quelquefois au centre un petit ulcère, comme l'a marqué Wells. De temps à autre le malade éprouve des élancements et des douleurs. La maladie ne tarde pas à faire des progrès; la tumeur s'avance du côté de la cornée et l'envahit bientôt si l'on n'intervient pas à temps.
A une période plus avancée, le doute dans le diagnostic n'est plus permis; l'ulcère, devenant plus large, se couvre d'une sorte de masse granuleuse, pultacée, jaunâtre ou grisâtre, qu'on ne rencontre peut-être dans aucune autre maladie que dans l'épilhélioma.
Le cancer encéphaloîde, développé spontanément, débute par de petites excroissances mollasses, qui s'élèvent à la surface delà membrane et font saillie entre les paupières. Les tumeurs de ce genre ne diffèrent en rien dans leur évolution des cancers fongueux des aulres muqueuses.
Le cancer mélanique est aussi rare que les deux premières formes ; il se développe habituellement, simultanément avec les tumeurs de même nature du globe de l'œil.
Anatomie pathologique. — L'épithélioma de la conjonctive appartient au genre décrit sous le nom d'épilhélioma lobulé. Il ne mérite pas histologiqueraent une description spéciale; mais ses rapports avec les diverses membranes de Tœil sont intéressants. Le plus souvent le néoplasme atteint à la fois la muqueuse et la peau des paupières; mais, quand il siège dans la conjonctive bulbaire, il peut atteindre successivement toutes les membranes de l'œil, môme la sclérotique dont le tissurésiste plus que tout autre aux transformations cancéreuses. A dire vrai, dans ces cas, on se trouve en présence d'un épithélioma du globe de l'œil. Parmi les faits de ce genre que nous avons observés récemment, nous citerons celui dont Parisolti a présenté l'étude analomique au congrès d'opthalmologie de 1885 (1).
Traitement. — Les tumeurs épithéliales, de même que les cancers de la conjonctive, doivent être extirpées le plus tôt possible. Afin d'éviter les récidives, on fera en sorte que l'extirpation dépasse de beaucoup les limites de la tumeur. La figure H8, empruntée à B. Anger, représente le mieux l'opération qu'il faut pratiquer dans ce cas.
Lorsque la tumeur a envahi les couches sous-jacentes et qu'elle s'est portée à une certaine profondeur dans l'orbite, l'extirpation doit être abandonnée et selon le conseil du professeur Richet, il faut détruire la tumeur au moyen de la pâte de Canquoin.
JZîTr- ~w , ' ^'"'"'S'IphteMxXe, p. C04. - Mackeusie, Traité des maladies
M ^l'ISh Tn q Th"' ''^'''''r'- ''P- 260. -Graefe, Ârchiv f. OphthalT, Bd. VII, Abth. II, p. 9. - Thomas, Sur les tumeurs des paupières, thèse de Paris, 18G5.
ARTICLE XVIIl
DÉfiÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DE LA CONJONCTIVE.
La dégénérescence amyloïde de la conjonclive n'a été observée et décrite que dans les dernières années. Oeltingen, Kyber, Samisch el Leber ont donné des descriptions détaillées sur celte bizarre affection.
En examinant atten tivement quelques observations rapportées par ces auteui s, nous pouvons résumer ainsi que suit l'historique de la maladie.
Symptomatologie. — La maladie se développe lentement, elle envahit d'abord le cul-de-sac conjonctival, la caroncule et le pli semi-lunaire, et s'avance ensuite jusqu'au bord de la cornée.
Les yeux sont sujets à des inflammations fréquentes et à une pholophobie
Fig. 110. — Corps amyloïde de k\ conjonclive, vu à 500 diamètres ^*).
intense. Par moment, il y a des hémorrhagies spontanées dans celte membrane. Au premier aspect, la conjonctive se présente comme infiltrée, boursouflée. ri du côté du cul-de-sac on distingue comme des plis granuleux.
Anatomie pathologique. — Les recherches microscopi({ues les plus intén santés sont celles de Leber, auquel nous avons emprunté ces détails.
L'aspect extérieur des masses dégénérées est celui des masses gélatineuses. Examinées au microscope, elles se composent des nombreux corpuscules luisants de différente grosseur contenus dans une masse amorphe Iransparenii-. Plusieurs de ces corps sont allongés, à bords arrondis, et à leur surface on v 'it souvent des saillies plus ou moins grandes.
La figure 119 représente très bien cet état pathologique.
Pronostic. — Il semblerait que cette affection ne présente pas de gravité con-
(•) A, corps amyloïde allongé avec des bouts arrondis; B, C, U, corpuscules isolés recouverts de n. breuses saillies globuleuses.
KYSTES ET LITHIÂSES DE LA CONJONCTIVE. ZJ3 sidémble, elle est locale, ressemble beaucoup au trachome, et comme telle elle a été décrite par quelques auteurs.
Traitement. — C'est à l'excision qu'on doit avoir recours, mais en ayant soin d'éviter de placer les deux surfaces saignantes de la conjonctive l'une en face de l'autre.
BiBLiOGnAPiuE. OEtlingen, Dorpattr med. Zeitschr., Bd. Il, p. 49. - Saemiscli, Sitzungsberg. der ntedersfiein. Gesellsh fïir Nat. und Heilk. 17 marz 1873. — Lebcr, Ueber amyloide Degeneration der Bindekaut des Auges {Arch. f. O/ifith., Bd. XIX, Abth. I, p. 1U3, 1873).