XÉROPHTHALMIE OU SÉCHERESSE DE LA CONJONCTIVE
Symptomatologie. — Cette affection est caractérisée par une sécheresse complète de la conjonctive dans toute son étendue, sécheresse et opacité de la cornée. L'œil prend un aspect cadavéreux, il n'est lubrifié ni par les larmes ni par la sécrétion muqueuse normale. Wharton Jones a vu une fois la conjonctive comme enduite de matière grasse et ne se laissant pas mouiller par les larmes.
C'est une sorte de cutisation de la conjonctive, et, comme cette dernière n'est point lubrifiée, les malades ressentent dans l'œil une sensation de sécheresse très désagréable; les paupières glissent difficilement sur l'œil, ce qui fait que la fente palpébrale paraît rétrécie. L'œil est insensible à l'attouchement, ainsi qu'à l'instillation des collyres fortement astringents.
Si l'affection restait limitée à la conjonctive, la vue ne serait pas sensiblement troublée; malheureusement la cornée est atteinte, et se couvre, d'après Desmarres, de taches blanches crétacées, semblables à du plâtre en poussière. La vue est ainsi complètement compromise.
Le xérosis occupe le plus souvent toute la muqueuse conjonctivale ainsi que la cornée. Mais il peut arriver qu'une partie limitée de la cornée en soit atteinte, comme je l'ai observé sur un malade du professeur Richet, affecté de staphylôme opaque de la cornée. Une partie de ce slaphylôme était toujours sèche, et des gouttelettes de larmes s'y accumulaient par place, ce qui faisait même penser à la transsudation cornéenne.
En examinant la conjonctive dans toute son étendue, on trouve des adhérences partielles entre les paupières et le globe de l'œil (symblépharon), comme Desmarres père l'a signalé.
Anatomie pathologique etétiologie. — La xérophthalmie est une affection excessivement rare ; elle est le plus souvent consécutive à une conjonctivite granuleuse ou diphlhéritique, ayant amené une atrophie complète de la muqueuse oculaire avec obstruction de tous les orifices des glandes conjonctivales, ainsi que de la glande lacrymale elle-même. Quelquefois elle est due à la brûlure; dans d'autres cas, elle se manifeste à la suite de l'usage prolongé d'un œil artificiel.
Vidal (de Cassis) pense que cette affection peut être congénitale, et se développer indépendamment du phénomène inflammatoire sans que les larmes aient cessé de couler. Duprez l'a rapportée à l'inflammation chronique de cette membrane suivie d'oblitération de tous les conduits excrétoires des glandes. Cette opinion est combattue par Ammon et Schmidt. ^ Selon moi, l'obstruction des conduits lacrymaux et glandulaires est une de* causes les plus importantes; mais on doit encore prendre une autre circons« tance en considération. Je veux parler de la destruction et de l'absence com|^ plèle de l'épithélium ; le tissu cicatriciel qui renferme alors la oonjon clive et
ÉPANCIIEMENT SÉREUX INTERCELLULAIRE ET ŒDÈME CONJONCTIVAL. 2J3
l'épithélium est incapable de se lubrifier. De là le dessèchement progressif par froltement. Au microscope, on constate une atrophie complète du stroma de la conjonctive et de son épilhélium; les vaisseaux sont très rares, et le tissu sous-conjonctival est très dense. L'ensemble de la muqueuse est analogue au tissu cicatriciel.
Traitement. — Celle affection est incurable; c'est pourquoi on doit se contenter des moyens palliatifs. Graefe et "Wells recommandent l'insLillation du lait dans l'œil. Taylor et Meyer proposent l'usage de la glycérine. Wharton Jones emploie un collyre composé de trois gouttes de potasse pour 60 gr. d'eau, dans le cas où la surface de la conjonctive était trop grasse et repoussait l'humidité, comme cela est arrivé avec un de ses malades. Courserant a obtenu une amélioration notable par une occlusion permanente et prolongée des paupières. Selon moi, le moyen le plus efficace contre cet état de la cornée est l'usage des douches de vapeur d'eau chaude dirigée sur l'œil au moyen de l'appareil vaporisateur. La transplantation de la conjonctive du lapin a été appliquée avecquelques avantages par WolIT. J'ai employé ce même procédé dans un cas avec un plein succès.
Bibliographie. — Duprez, De la xërophlhalmie, thèse de Paris, 1836. — Taylor, De la xérophthalmie (Edinbiirgh Med. and Surg. Journal et Annales d'ocul., 1854). — Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe- Paris, 1861, 5" édit., t. III, p. 321. — Meyer, Traité des maladies des yeux, 3" édit. 1886.
ÉPANCHEMENT SÉREUX INTERCELLULAIRE ET OEDÈME CONJONCTIVAL.
A. Épanchement séreux intercellulaire. — Il arrive quelquefois que dans les voies lymphatiques sous-conjonctivales, tout près du pinguecula externe, il se produit subitement un épanchement séreux d'un liquide lymphoïde. On iiperçoit sur la sclérotique plusieurs saillies transparentes, globuleuses, grandes comme une graine de chènevis, tantôt isolées, tantôt réunies en groupes. C'est l'épanchement de la lymphe dans les voies lymphatiques intercellulaires. Les malades éprouvent une sensation de gravier et de corps étranger qui les gêne, à chaque mouvement des paupières. Cette sensation est accompagnée d'un larmoiement et de photophobie, que rien ne peut calmer; elle peut durer des semaines et des mois sans modifications.
Dans une autre variété d "épanchement sous-conjonctival, chez les vieillards et chez certains individus anémiques et cachectiques, la conjonctive peut subir une infiltration séreuse; elle se distend d'une manière très prononcée, et, après avoir perdu les attaches qui l'unissent à la sclérotique, elle forme des plis, plus ou moins saillants à la surface du globe, simulant le chémosis. Le relâchement de la conjonctive occupe ordinairement l'espace qui correspond à la fente palpébrale, en dehors et en dedans de la cornée. Dans les plis ainsi formés, il s'accumule souvent un peu de liquide aqueux, ce qui le fait ressembler à un kyste.
Traitement. — Le seul traitement radical est celui qui consiste, selon moi, à faire une incision de la conjonctive avec le couteau de Graefe, on transperce la poche de part en part, et on l'ouvre largement
Desmarres père, qui a décrit d'une manière très complèLe l'épanchement sous-conjonctival des vieillards, propose de faire l'excision d'un lambeau horizontal de la conjonctive, éloigné d'un centimètre de la cornée et tout près du cul-de-sac conjonctival inférieur. La guérison peut être ainsi facilement et promptement obtenue.
B. Œdème conjonctival. - On rencontre très fréquemment l'infiltration séreuse de la conjonctive bulbaire comme complication des différentes maladies inflammatoires des paupières et des voies lacrymales, et notamment dans l'orgeolet, le furoncle et l'inflammation du sac ou de la glande lacrymale, dans les conjonctivites catarrhales et les iritis. 11 se produit alors une inflitration séreuse plus ou moins prononcée au-dessous de la conjonctive bulbaire, qui est soulevée par un liquide aqueux, transparent, un peu jaunâtre, presque gélatineux.
De pareilles infiltrations, quoique moins accentuées, s'observent aussi chez les personnes débilitées, anémiques, chez les albuminuriques. Dans ces dernières conditions, l'œdème change fréquemment d'intensité; il est pendant longtemps à peine marqué, et devient ensuite, sans aucune cause, plus accusé.
Cette affection ne constitue qu'une complication de peu de gravité, et n'exige le plus souvent aucune intervention. Mais lorsqu'on la rencontre dans le courant d'une iritis intense, on peut faire avec avantage des scarifications sur les parties infiltrées de la conjonctive. Il s'en écoulé un peu de sang, après quoi le malade éprouve un soulagement réel.
Bibliographie. — Midlemore, A Trealise on the Diseuses of the Eye and its Appendage, London, 1835, t. I, p. 421 — Dubois, Ann. d'ocul. XXXIV, p. 268.
ARTICLE XIII
ECCHYMOSES SOUS-CONJONCTIVALES.
Les ecchymoses sous-conjonctivales se rencontrent dans les différentes parties des paupières et de la conjonctive. Tantôt elles sont spontanées, tantôt au contraire elles sont occasionnées par une chute ou une blessure de la tête, et indiquent une fracture de la base du crâne.
Symptomatologie, — Une tache rouge, uniforme, plus ou moins étendue, se montre sur le globe de l'œil. Elle est quelquefois située à l'angle externe et inférieur et s'étend jusqu'à la cornée; dans d'autres cas, elle occupe le cul-de-sac conjonctival inférieur et les parties voisines.
Ces taches ecchymotiques ne sont accompagnées d'aucune douleur, et le plus souvent les malades ne s'aperçoivent de leur existence que lorsqu'ils en sont prévenus par les personnes qui les entourent.
Un épanchement plus abondant peut soulever la conjonctive bulbaire en forme de disque autour de la cornée. Il y a alors une gêne pour les mouvements des paupières; l'œil devient tout noir, et si on ne l'examine pas avec une attention suffisante, on pourrait attribuer à cet état plus de gravité qu'il n'en comporte.
Les épanchements sous-conjonctivaux se résorbent lentement; quand ils sont considérables, ils prennent au bout de quelques jours une coloration plus foncée ; petit à petit, le sang se résorbe par place ; la conjonctive devient orangée,
BLESSURES, BRULURES ET CORPS ÉTRANGERS DE LA CONJONCTIVE. 21î> jaunâtre, et ce n'est qu'après quinze jours ou un mois qu'elle reprend sa teinte
habituelle. • »• i trin
Etiologie. — H y a plusieurs variétés d'ecchymoses sous-conjonctivaies : traumatiques, syraptomatiques de fractures du crâne ou de l'orbite et spontanées.
Les ecchymoses traumatiques s'observent après toutes les opérations quel on pratique sur l'œil ou la conjonctive, de môme qu'après les blessures et les coups portés sur cet organe. Dans d'autres cas, elles sont consécutives aux fractures par contre-coup des os de la base du crâne ; elles apparaissent alors vingt-quatre heures après l'accident, et sont considérées comme le signe pathognomonique de la fracture. Pour Legouest, il existe aussi, conjointement avec l'ecchymose, une projection de l'œil en avant. Les paupières elles-mêmes subissent aussi une infiltration sanguine; mais elle arrive, d'après Nélaton, beaucoup plus tard.
Les ecchymoses spontanées sont dues à plusieurs causes ; elles se montrent a la suite de violents accès de toux, ou d'efforts de vomissement. Ainsi il est très fréquent d'observer ces ecchymoses chez les enfants atteints de coqueluche ou chez les adultes emphysémateux.
L'ecchymose apparaît aussi après le sommeil chez les individus tout à fait bien portants. Elle peut être quelquefois le signe précurseur d'une inflammation grave interne de l'œil, comme Desmarres père a eu l'occasion de l'observer.
L'épancliement sous-conjonclival s'observe le plus souvent dans un seul œil, mais quelquefois les deux yeux présentent la même altération, surtout lorsque c'est la toux qui en est la cause. Les ecchymoses sous-conjonctivales se manifestent aussi dans des conjonctivites catarrhales, ce qui donne à la conjonctive une teinte jaune orangé.
Ptwiostic. — Ces épanchements spontanés ne présentent aucune gravité ; ils disparaissent tout seuls sans aucun traitement. Les ecchymoses apparaissant après les chutes et les blessures de la tête sont graves, en ce sens qu'elles indiquent le plus souvent une fracture de la base du crâne.
Traitement. — Nous faisons appliquer sur les yeux des compresses imbibées d'eau froide pure ou mélangée avec un dixième de teinture d'arnica, ou avec de l'eau de Goulard.
Dans le cas où l'épanchement sanguin est très abondant et quand il soulève fortement la conjonctive, on pourrait inciser la conjonctive la plus distendue et faire évacuer le sang par des pressions successives. Mais cette opération ne peut être faite que dans les premières vingt-quatre heures, lorsque le sang n'est pas encore coagulé. L'instillation de quelques gouttes du collyre d'ésérine ou de pilocarpine peut favoriser la résorption du sang épanché.
. BiBLiOGRAPiuE. — Nélatou, Éléments de pathologie chirurgicale, t. II, i847, p. 562. — Legouest, Traité de chirurgie de l'armée, 2c édit. Paris, 1872, p. 264.
A. Blessures. — La conjonctive oculaire est très sujette aux blessures, soit par accident, soit pendant les opérations. Ces blessures ne sont pas graves sur-
tout lorsqu'elles ont pour siège la conjonclive bulbaire. L'observation journalière nous démontre que celte partie de la muqueuse oculaire se cicatrise et se repro c uit sans difficulté sur une grande étendue. Mais à la suite d'un traumatisme
I se déclare ordinairement une conjonctivite franche : les malades se plaignent de pesan eur et de lourdeur des paupières, surtout le soir. En même temps ils éprouvent une sensation de chaleur dans les yeux, et de temps à autre il leur semble qu un corps étranger s'est introduit entre les paupières
La conjonclive palpébrale est celle qui s'injecte la première'; ses vaisseaux deviennent flexueux, smueux, variqueux; les branches collatérales, ainsi que les capillaires, se distendent et forment des réseaux fins sur toute la surface palpébrale. La conjonctive scléroticale reste intacte. Consécutivement à cette injection la muqueuse oculaire gonfle; le tissu cellulaire sous-jacent se boursoufle, et SI cet état se prolonge, la rougeur se communique au globe oculaire tout enlier. ^
Après une perte de substance, on voit se former le lendemain un exsudât blanchâtre qui recouvre toute la plaie ; le reste de la conjonctive s'enflamme et donne lieu aux symptômes analogues àceux de la conjonctivite catarrhale. Après la reproduction de la partie détruite, l'œil se guérit sans laisser de traces. C'est amsi que les choses se passent après les extirpations des tumeurs conjonctivales et après les tonsures partielles de la conjonctive dans le pannus.
Les blessures de la conjonctive palpébrale sont plus graves, surtout lorsqu'elles sont accompagnées d'une perte de substance dans une grande étendue. Les cicatrices qui s'ensuivent peuvent entraîner des adhérences entre les paupières et l'œil (symblépharon) et gêner considérablement les mouvements des paupières.
Traitement. — On doit examiner soigneusement l'état de la blessure, réunir les bords avec un ou deux points de suture, après avoir préalablement enlevé des lambeaux déchirés et frangés, s'il y a lieu.
Pour faciliter la cicatrisation et prévenir les douleurs il faut verser constamment dans l'œil de la vaseline fondue. Des compresses froides suffisent pour combattre une trop vive inflammation.
B. Brûlures. — Les brûlures de la conjonctive sont occasionnées par la flamme au moment d'un incendie, ou, ce qui est plus ordinaire, par des corps incandescents, la vapeur d'eau, les explosions de gaz, l'eau et l'huile en ébullilion, etc. L'acide sulfurique, l'acide acétique, etc., la chaux vive et les fulminates de toute sorte, étant projetés contre la figure, peuvent occasionner des brûlures de la conjonctive, des paupières et de la cornée.
II y a encore un genre de brûlure tout particulier : à la suite d'insufflation dans l'œil de poudre de calomel chez les individus qui prennent de l'iodure de potassium à l'intérieur, il se produit du biiodure de mercure qui brûle la conjonctive.
Les brûlures par suite d'explosion sont excessivement graves, et quoique, au commencement, la cornée semble conserver son luisant et sa transparence, il arrive bien souvent que ce n'est que vers le troisième jour qu'elle devient terne, et que vers le huitième ou le dixième jour elle s'opacifie complètement. Pendant ce temps la conjonctive bulbaire et la conjonclive palpébrale ne présentent qu'une large plaie. Le travail de suppuration qui s'ensuit amène très souvent l'adhérence totale du globe avec les paupières (ankyloblépharon). L'action de la
■chaux éteinte sur l'œil présente une gravité toute particulière; ff llf ^^^' par le professeur Gosselin, qui est arrivé par ses expériences a cette conclu on, que les désordres de la conjonctive et de la cornée sont dus surtout a 1 mliHralion des molécules de chaux dans les mailles de la cornée.
Traitement — Les compresses d'eau froide appliquées sur les yeux, et la glace pilée, contenue dans de petits sacs de peau de baudruche, sont les moyens les plus efficaces contre les brûlures conjonctivales.
On devra faire souvent des injections d'eau boriquée entre les paupières et des instillations d'huile d'amande douce ou de vaseline fondue, afin d'empêcher autant que possible le contact de deux feuillets opposés de la conjonctive brûlée. On aura soin, en même temps, de laver les yeux plusieurs fois par jour en dirigeant sur les paupières un jet de spray phéniqué à l'aide d un pulven- ScitGiir
Quant aux collyres, on ne recommandera que des lotions antiseptiques et légèrement astringentes, dont voici les formules :
2C Eau distillée 1000 grammes.
' Sublimé 1 gramme.
:5c Eau distillée 100 grammes.
Acide borique
1 gramme.
L'instillation d'atropine souvent renouvelée est indispensable pour combattre l'inflammation. L'instillation du collyre de cocaïne calmera les douleurs.
Lorsque le cul-de-sac conjonctival n'est pas brûlé, on devra chercher à tenir les paupières écartées du globe de l'œil, afin d'empêcher les adhérences. Quelquefois môme on devra fendre l'angle externe de l'œil, et, après avoir renversé les paupières, on cherchera à fixer ses bords par quelques points de suture à la joue et au front. Les paupières seront maintenues dans cette position jusqu'à cicatrisation complète des conjonctives. Ce n'est qu'alors qu'on remettra les paupières £1 leur place, et l'on en recoudra l'angle externe.
Dans le but d'empêcher la soudure des parties ulcérées, Tyrrel introduisait entre les paupières une plaque métallique. Dans ces derniers temps on a cherché à remplacer la plaque métallique par un œil artificiel, ou une coque en verre transparent. Cette méthode pourrait réussir dans le cas où le cul-de-sac resterait intact.
Pour combattre l'elfet désastreux de la chaux vive ou éteinte sur la cornée, Cosselin conseille l'instillation fréquente d'eau distillée fortement saturée de sucre.
G. Corps étrangers. — L'introduction de corps étrangers entre les paupières occasionne des symptômes inflammatoires plus ou moins graves et qui peuvent même compromettre cet organe.
Différents corps étrangers s'introduisent, soit dans le sac conjonctival, soit dans le stroma de la conjonctive. Ce sont ordinairement des grains de poussière, des paillettes de fer, des morceaux de verre, de bois, des grains de poudre de chasse, des insectes, des épis de blé, etc. Quelques-uns de ces corps sont enchâssés dans les plis de la conjonctive et restent fixes; d'autres, au contraire, sont mobiles et libres, et se déplacent par le jeu des paupières. Ces corps se placent habituellement sous la paupière supérieure, et se fixent à un endroit quelconque de la conjonctive tarséenne après avoir roulé pendant quelque temps. Les mouvements des paupières deviennent alors excessivement douloureux; l'œil est larmoyant et gêné, à tel point que le malade ne cesse de
le frotter. Quelquefois ce frottement et le lavage avec de l'eau suffisent nour le déplacer; en général pourtant il est nécessaire de renverser la naunière supérieure et d'enlever le corps étranger.
Des petits corps étrangers ne se voient pas à lœil nu, et il est nécessaire pour les découvrir d exammer avec une loupe toute la surface conjonctivale. L'irritation occasionnée par la présence du corps étranger peut devenir quelquefois si grande, que 1 œil s injecte d'une manière considérable ; la sclérotique prend une teinte rouge violacé. Cette rougeur ne tarde pas à disparaître aussitôt que le corps étranger a été enlevé.
Les coques de millet se rencontrent quelquefois attachées à la conjonctive par une sorte de vide qui se fait entre leurs cavités et le globe de l'œil; une rougeur se manifeste tout autour de la coque et simule une phlyctène. On reconnaît la présence de ces coques à la couleurjaune, à leur surface polie, uniforme et a la durée du mal. En se logeant dans le cul-de-sac conjonctival, les insectes peuvent donner lieu à une inflammation considérable de la conjonctive, suivie de très fortes ecchymoses. Tant que ces animalcules ne sont pas éloignés de l'œil, il faut craindre que l'inflammation ne provoque une suppuration abondante.
Les grains de plomb ou de poudre de chasse, logés dans l'épaisseur de la conjonctive, peuvent y rester pendant longtemps enkystés sans occasionner aucune souffrance. Legouest rapporte un fait très curieux dont il fut témoin sur un bâtiment qui le transportait à Constantinople. Un officier reçut dans l'œil un fragment de charbon. La femme du bord essaya de l'enlever avec un anneau d'or qu'elle portait au doigt. « L'anneau échappa des mains de l'opérateur, dit Legouest, et vint se loger au-dessous delà paupière supérieure en coiffant exactement le globe de l'œil; il fut facilement extrait avec la tête d'une longue épingle. »
Traitement. — La première, presque l'unique indication, consiste à débarrasser la conjonctive du corps étranger, et, à cet effet, on renverse la paupière supérieure et on l'examine attentivement à l'œil nu ou avec une loupe, et, quand on l'a découvert, on cherche à l'enlever, soit en le touchant avec un linge, soit en le détachant avec la pointe d'une aiguille. Le malade se trouve immédiatement soulagé ; mais, pendant plusieurs heures encore, une sensation persiste analogue à celle qu'il éprouvait avant l'extraction. C'est la conséquence de la» blessure et de l'irritation occasionnée par l'accident.
L'application des compresses imbibées d'eau froide, glacée, suffît pour faire disparaître les derniers vestiges d'inflammation ; il est rare qu'on ait besoin de recourir aux collyres calmants tels que cocaïne ou atropine.
Bibliographie. — Demours, Traité des maladies des yeux. Paris, I8I8, t. Il, p. 327. — Mackensie, Traité des maladies de l'œil, trad. franc, par Warlomont et Testelin. — Bouilhet, A7i7i. d'oculist., t. XV, p. 135. — GosseVm, ' Ophthalmie causée parla projection de la chaux dans l'œil (Arch. gén. de méd., 1855, vol. YI, p. 513). — Wordsworth, Ophthalmie Hosp. Reports, vol. III, p. 216. — Legouest, Traité de chirurgie d'armée,édition. Paris, 1872.
SYMBLÉPHARON ET ANKYLOBLÉPIIARON.
SYMBLÉPHARON ET ANKYLOBLÉPHARON..
Les blessures et les brûlures, plus ou moins étendues ^es paupières ^et^ des
:t n "a rk la longue le raccourcissement total ou partiel de cette membrane l .s adhérences entre le globe de l'œil et les paupières peuvent amsi s établir,
r^ar d^^^^^^^ qui unissent les deux feuillets de la conjonctive, soit par s' rte 1: 'outrée des deux paupières entre elles. Dans le premier cas, on aura un symblépharon, et dans le second un ankylobl pharon
A Symblépharon. - Les adhérences que contractent les paupières avec 1. globe oculaire se font au moyen des brides cicatricielles de la conjonctive Ces adhérences peuvent être partielles et ne former qu'une bride sous orme a unpont plus ou moins restreint qui gênera très peu les mouvements d s paupières. Dans d'autres cas, le symblépharon est large et R etend depui la cornée et le bord d'une paupière jusqu'au cul-de-sac conjonctival ; il est alors
''pour reconnaître l'existence des brides cicatricielles, môme les plus uetites, il est nécessaire de renverser fortement la paupière inférieure et îl effacer le cul-de-sac conjonctival. Les plus petites brides cicatricielles qui. s'étendent de la paupière au globe de l'œil deviennent alors très notablement
SoLlllO-TitCS
Au point de vue pratique, il importe beaucoup de reconnaître si l'on peut faire passer une sonde au-dessous de la bride, entre cette dermère et le cul-desac. Lorsqu'il existe, en effet, un canal libre, quelque petit qu'il soit, pourvu qu il permette l'introduction d'un stylet, la guérison est alors assurée. Dans le cas contraire, les difficultés qu'on rencontre pour détacher ces brides et surtout [lour prévenir les récidives sont très grandes.
Étiologie. — Les causes du symblépharon sont très variées; le plus souvent, ces brides cicatricielles proviennent de brûlures de la conjonctive bulbaire et palpébrale dans les parties opposées et qui restent encore en contact. Des blessures très profondes, qui intéressent toute l'épaisseur de la paupière, donnent aussi lieu à des brides cicatricielles s'élendant du globe h la paupière. La même production morbide se rencontre fréquemment à la suite d'ophthalinie purulente, diphthéritique ou granuleuse; là, les brides cicatricielles sont le résultat de la rétraction des cicatrices conjonctivales.
Pronostic. — Il n'est pas toujours possible de guérir le symblépharon; dans quekiues cas toute tentative d'opération serait nuisible à cause de l'aggravation qu'elle peut occasionner dans les symptômes morbides. En général, on doit établir le pronostic de celte maladie en se basant sur la présence ou l'absence de trajet libre sous le pont cicatriciel, sur l'étendue de la cicatrice et sur le degré de mobilité des paupières et du globe de l'œil.
Traitement. — Les symblépharons partiels, qui ne gênent pas les mouvements des paupières et de l'œil, ne doivent être opérés dans aucun cas. Telles sont notamment les brides cicatricielles consécutives aux granulations.
Mais une large bride cicatricielle, qui attire le bord de la paupière ainsi que la cornée, constitue une grande difformité, qui peut (fig. 104) môme occasionner des troubles notables de la vision. Dans ce cas, l'intervention chirurgicale
Fig. 104. — Symblépharon.
est indispensable. Voici quels sont les procédés les plus usités pour remédier à cette difformité.
1 . Lorsqu'il reste un passage libre sous le pont cicatriciel et que ce pont n'est pas large, on fera passer un fil de soie ou d'argent au-dessous du symblépharon, et l'on appliquera la ligature afin d'étrangler le pédicule et de le couper progressivement. Si l'on suit le conseil de Boyer, on le divisera môme d'un seul coup avec un bistouri que l'on glisse sur une sonde cannelée.
2. Dans un symblépharon complet, mais peu large, on disséquera en forme de V la partie adhérente au globe, et on le laissera s'appliquer et adhérer à la paupière. Pendant ce temps, on pratiquera dans la conjonctive des incisions parallèles à la cornée, afin de mobiliser la conjonctive, et l'on réunira les bords de la plaie conjonclivale avec un ou deux points du suture.
Afln que le lambeau de la conjonctive bulbaire adhère plus facilement à la paupière, Arlt l'attache au fond du cul-de-sac au moyen d'une suture qu'il fait passer à travers toute l'épaisseur de la paupière, pour faire un nœud sur la peau.
Lorsque le symblépharon est complet et très large, les difficultés deviennent plus grandes; ici, un simple débridement, la déchirure itérative de la membrane pyogénique, comme le conseillait d'Amussat, ne donneront pas des résultats satisfaisants. La seule méthode rationnelle et pratique est celle qui est basée sur la transplantation conjonctivale, autrement dit la méthode autoplastique du docteur Teale. Voici en quoi elle consiste :
Après avoir fait une incision (fig. 105) dans une direction qui corresponde au bord de la cornée, on dissèque la paupière jusqu'à ce qu'on l'ait séparée du globe de l'œil dans toute l'étendue de l'adhérence morbide. Le second temps de l'opération consiste à tailler deux lambeaux dans la conjonctive, un, b, dans la partie interne de la conjonctive bulbaire, et l'autre, c, dans sa moitié extern (fig. 106). Ces lambeaux, une fois bien disséqués et séparés du bulbe, sont placé
SYMBLÉPHARON ET ANKYLOBLÉPHARON. 221
de façon à pouvoir se placer l'un à côté de l'autre et à combler la plaie occupée précédemment par le symblépharon. La figure 106 représente la position nouvelle de ces deux lambeaux b et c, qui sont unis l'un à l'autre, ainsi qu'aux parties saines de la conjonctive par des points de suture. Quatre autres points
Fig. 105. — Autoplasie coujonctivale de Fig. 106, — Suture des lambeaux coujoncli- Teale dans un symblépharon (*). vaux dans le même procédé (**).
de suture rapprochent les bords des plaies qui résultent de la dissection des lambeaux b et c. La réunion une fois faite, la paupière reste libre et le petit lambeau cutané, a, qui a été abandonné sur le bord de la cornée, s'atrophie à la longue tout seul.
Celte méthode a été modifiée par Teale de la manière suivante. Au lieu de prendre deux lambeaux latéraux b, c, l'auteur détache un lambeau demi-circulaire au pourtour de la cornée en haut, en laissant à droite et à gauche ce lambeau adhérent, puis il rabat le lambeau en bas et le fixe dans l'endroit du symblépharon.
B. Ankyloblépharon. — Les bords libres des paupières peuvent être complètement soudés dès la naissance, et constituer un ankyloblépharon congénital. Ces cas sont excessivement rares, et la désunion des bords libres palpébraux n'offre aucune difficulté.
L'ankyloblépharon acquis est beaucoup plus fréquent. II est le plus souvent occasionné par brûlure et se complique de symblépharon plus ou moins étendu. Ordinairement cette adhérence morbide n'est pas complète, et l'on trouve une partie du bord libre des paupières intacte, soit à l'angle externe, soit au grand angle. C'est par là que suintent les sécrétions conjonctivales et les larmes; c'est par là aussi qu'on pourra mesurer l'étendue de l'adhérence.
■ (*) a, bord palpébral laissé adhérent à la cornée ; 6, c. lambeaux de la conjonctive disséqués ; rf, partie de la sclérotique dénudée que l'on doit recouvrir. (•♦) a, lambeau cutané qui a été abandonné sur la cornée ; b, c, deux lambeaux transplantés.
Élîologie. - Les causes les plus constantes de l'ankyloblépharon acquis soni les brûlures par les gaz explosibles, par les acides et par les fulminates - quel quefois cel état est dû à un érysipèle phlegmoneux des paupières etc
Traitement - On doit avant tout reconnaître si Fankyioblépharôn est accom pagné ou non de symblépharon, et jusqu'à quel degré l'œil conserve les mou' vements, ce dont on peut s'assurer au moyen d'un stylet très fin. II faut en outre, s'enquérir de l'état de la cornée, ce qui devient quelquefois très difficile On peut quelquefois tenter de détacher la paupière de la cornée en dissé' quant soigneusement les tissus autour de la cornée, pour enlever ensuite couche par couche tout ce qui recouvre cette tunique.
Pour prévenir de nouvelles adhérences entre les parties qui ont été détachées par la dissection, nous conseillons d'enduire les deux surfaces antérieurement soudées avec une couche de vaseline et d'interposer une plaque plus ou moins épaisse de gélatine.
Bibliographie. - Arlt, Prager Vierteljahrschrifl, t. XI, p. 161,- Pridgin Tealo, On the relief of Symblépharon by Transplantation 0/ conjonctiva [Ophth. Hosp, Reports October 1861; Repon of the fourth international OphthalmoL congress. London I873' p. 143). — Wordsworth, Roy. London Ophth. Hosp. Reports, vol. III, p. 216 '
PTÉRYGION.
Le ptérygion est une sorte d'hypertrophie de la conjonctive bulbaire affectant la forme triangulaire, dont la base plus ou moins large est tournée vers le grand angle et se perd au-dessous de la caroncule, et dont le sommet touche le bord interne de la cornée ou s'avance même sur cette membrane.
Symptomatologie. — Les ptérygions affectent des formes et des variétés diverses, ce qui les a fait diviser en ptérygions sarcomateux, vasculaires, celluleux et graisseux. Mais ces divisions ne nous paraissent présenter aucune importance pratique; nous préférons les étudier au point de vue de l'état stâtionnaire, progressif et enflammé. Le ptérygion débute lentement et sans que le malade s'aperçoive de l'époque de son apparition. Au voisinage de la cornée et à l'angle interne se montre une légère pellicule pâle, blanchâtre, un peu saillante et ressembanl beaucoup à une phlyctène. De l'intérieur de cette pélhcule partent quelques vaisseaux en plus ou moins grand nombre; en s'écartant vers la caroncule, ces vaisseaux forment une sorte de triangle (fig. 107).
Lorsqu'on examine attentivement les côtés de ce triangle en haut et en bas, on trouve des rebords saillants qui les limitent ; il semblerait que dans cet eudroit la conjonctive a été soulevée. C'est cette membrane qui constitue le ptérygion avec le tissu cellulaire sous-conjonctival hypertrophié. Il n'est pas très fortement adhérent à la sclérotique, et on le fait glisser assez facilement sur le globe de l'œil.
Ces ptérygions restent pendant longtemps stationnaires sans aucune inflammation. Mais, sous l'influence de causes irritantes, il s'y manifeste une injection très prononcée ; son épaisseur augmente, il devient bientôt charnu et envahit la
PTÉRYGION.
cornée. Le sommet du plérygion conserve toujours la forme dune lance; sa base s'élargit au far et cà mesure qu'il s'avance vers la caroncule.
'sur la cornée, le ptérygion semble se développer sous la couche épitheliale, quil soulève sensiblement; une membrane aponévrotique s'avance de plus en plus vers le centre et amène une opacification dans la partie correspondante de la cornée. Son accroissement ne larde pas à troubler notamment la vue. Jamais pourtant le plérygion ne dépassera le centre de la cornée, mais il peut troubler cette dernière d'une manière très sensible et compromettre la vue.
Fig. 107.
Ptérygion à base très large et ayant son sommet au centre de la cornée.
En se développant, le ptérygion cause au malade une gêne de plus en plus considérable; au bout de quelque temps, cette gène peut se compliquer d'une irritation et d'une inflammation de la conjonctive. On trouve quelquefois au sommet du ptérygion une ulcération manifeste. Dans d'autres cas, on y remarque un petit kyste transparent, séreux, et qui peut simuler une phlyctène. Les bords du ptérj^gion, surtout près de son sommet, sont quelquefois distendus, soulevés et forment comme des poches ou culs-de-sac.
Le plus ordinairement le ptérygion se rencontre dans l'angle interne de l'un ou des deux yeux; du côté externe, celte hypertrophie est beaucoup plus rare; quant au plérygion supérieur ou inférieur, on ne peut noter que des faits rares et isolés rapportés par Travers, Schmidt et autres. Dans an cas, Beer a rencontré trois ptérygions sur le même œil; Velpeau en a vu cinq.
Les ptérygions sont toujours situés dans la direction des muscles droits de l'œil. Pourtant, dans un cas, je l'ai vu se développer dans la direction du muscle grand oblique ; il était très étroit, et avait pour cause une blessure ancienne de la coT'née.
Diagnostic différentiel. — Le ptérygion se reconnaît d'ordinaire facilement par les signes caractéristiques décrits plus haut. Dans quelques cas exceptionnels, l'hésitation est cependant possible.
Les kystes transparents, silués sur le bord de la cornée, provoquent eux aussi un développement des vaisseaux qui partent de la caroncule ; mais il n'y a pas là, comme dans le ptérygion, de pli conjonclival ni de rebords saillants.
Les phlyctènes et les ulcères cornéens, lorsque leur cicatrisation tarde long-
temps, peuvent faire croire à l'existence d'un ptérygion. L'absence du pli, sur la conjonctive, permettra d'éviter une erreur.
La pinguicula vasculaire et enflammée, située au bord de la cornée, peut simuler le ptérygion, surtout lorsqu'elle subit une hypertrophie et même une dégénérescence cancéreuse, comme Brown l'a observé. Mais dans ces cas le gonflement est limité à la tumeur ; les douleurs sont vives, et la forme triangulaire n'existe point.
Il serait difficile aussi de confondre le ptérygion avec le symblépharon : l'histoire de la maladie, l'aspect de l'œil et des paupières adhérentes feront cesser le doute à cet égard.
Anatomie pathologique. — Le ptérygion est constitué, d'après Ch. Robin (1), par une hypertrophie partielle cellulo-vasculaire et fibro-plastique de la conjonctive oculaire. La couche épithéliale cornéenne et celle du ptérygion sont presque en contact sur la cornée. D'où vient cette formation de ptérygion dans l'angle interne? 11 est difficile de le savoir. M. Poncet croit que ce sont des microbes qui s'y développent.
Si l'on se fondait sur l'observation des ptérygions développés à l'angle interne, on devrait penser qu'ils sont constitués par un développement et un allongement particulier delà membrane semi-lunaire. En effet, ce pli s'elTace toujours el se confond totalement avec le ptérygion. Mais les ptérygions, situés dans la direction d'autres muscles, ne peuvent être expliqués que par un développement du tissu sous-conjonctival. Souvent ils ont pour point de départ un abcès de la cornée ou une blessure.
Étiologie. — Deux causes peuvent donc présider à l'évolution de la maladie. Dans la plupart des cas de ptérygion interne, la cause est une prédisposition individuelle à l'hypertrophie et à l'allongement du pli semi-lunaire; dans d'autres cas, il est la conséquence d'une ulcération ou d'une blessure du bord de la cornée. Une inflammaliou lente mais prolongée qui persiste dans une région correspondante amène l'hypertrophie des tissus, comme Arlt et Stellwag von Carion l'ont clairement établi.
Le ptérygion se rencontre fréquemment dans les pays chauds. Heinekein l'a vu si souvent à Madère, qu'il considère cette maladie comme endémique dans ce pays. Macnamara l'a souvent constaté chez les indigènes des Indes anglaises.
Pronostic. — Le ptérygion ne disparait pas spontanément, mais il peut être radicalement guéri par une opération. Deux conditions défavorables peuvent se présenter : la première, quand le mal a envahi le centre de la cornée ; on est alors obligé de faire une pupille artificielle. Une autre condition défavorable est la récidive, en partie ou en totalité, surtout si le ptérygion est très épais et possède une base plus ou moins large.
Ti^aitement. — Le traitement chirurgical est le seul moyen curalif du ptérygion. Trois méthodes différentes peuvent être employées avec avantage.
1. Déviation. Méthode de Desmarres père (flg. 108). — Après avoir écarté les paupières, soit avec les deux élévateurs, soit avec un blépharostat, le ptérygion est saisi à son sommet au moyen d'une pince à griffe très fine, et disséqué dans son point d'attache à la cornée avec un couteau à cataracte. Le chirurgien glisse ensuite une branche des ciseaux de Cooper sous la conjonctive, successivement
(1) Ch. Robin, Diclionn. de méd., art. Ptérygion, 13« édit. Paris, 1873, p. 1277. [
PTERYGION.
le long du bord supérieur, puis inférieur du plérygion, et pratique une incision lusqu'ci la caroncule. Le ptérygion reste ainsi séparé et ne lient au globe que par sa base; à ce moment, une incision parallèle à la circonférence de la cornée est pratiquée dans la conjonctive sur une étendue de 6 à 8 millimètres. La plaie ainsi faite s'écarte assez pour laisser un espace triangulaire dans lequel doit être logé le ptérygion et où il est fixé au moyen d'un point de suture, comme on le voit sur la figure 116. L'espace laissé dénudé se couvre prompLement d'un produit d'exsadalion et se cicatrise au bout de huit ou dix jours.
Fig. IIG. — Opération de ptérygion par la méthode de Desmarres.
Cette opération présente des avantages incontestables : le ptérygion dévié s'atrophie progressivement par le seul frottement des paupières ; la rougeur et l iiiflammation se dissipent bientôt complètement, et les malades sont exempts le plus souvent de récidive.
Dans le cas oh le ptérygion est large et très volumineux, Desmarres fils, après l'avoir disséqué, le divise en deux moitiés, du sommet à la base, et transplante ensuite une moitié en haut et l'autre en bas de la cornée. Un procédé analogue a été mis en pratique par Knapp, avec cette différence que la partie (le la plaie qui se trouve dénudée, près de la cornée, est recouverte par deux lambeaux de la conjonctive comme dans le procédé suivant.
2. Excision et auloplastie. — Après avoir disséqué le ptérygion, Wells (1) conseille de l'exciser à sa base, près de la caroncule, puis de réunir les bords opposés de la plaie conjonctivale au moyen de deux ou trois points de suture. Cette méthode est fort simple et peut être appliquée dans tous les cas où la hase du ptérygion est très large, et surtout lorsqu'il est très volumineux et charnu.
Au lieu d'exciser, Pageustecher, après l'avoir détaché, comme Wells, réunit les bords de la plaie conjonctivale et laisse le plérygion s'atrophier dans l'angle de l'œil. Pour les larges ptérygions,la méthode de Wells nous paraît préférable à cette dernière.
3. Ligature. Méthode de Sz-okalski. — Deux aiguilles courbes sont enfilées sur les deux bouts du même fil de soie (fig. 117); l'une d'elles est passée au-dessous du ptérygion, à son sommet, tout près de la cornée, pendant que l'autre le
(I) Wells, A Treatise on the Diseases of the Eye. Londou, 1869, p. 75. Galezowski, 3° édit.
traverse près de sa base, comme lemonlre la figure. On coupe ensuite le fil prés des deux aiguilles, que l'on enlève ; la ligature se trouve par cela même divisée en trois portions : celles du sommet et de la base du ptérygion, qu'on lie fortement pour l'étrangler complètement, et celle du milieu, formant une anse en
Fîg. 117. — Opération de ptérygion par la méthode de Szokalski.
haut, laquelle, une fois liée, sert à détacher le ptérygion de la sclérotique. Les bouts de la ligature sont ou coupés ou collés sur la joue. Quatre jours après, le ptérygion est détaché avec une paire de ciseaux.
4. Enroulement, Procédé de Galezoïoski.— 'Pour obtenir une atrophie du bourrelet membraneux que forme le ptérygion à l'angle interne, les méthodes ci-dessus indiquées sont quelquefois insuffisantes, et le mal revient. J'ai pensé qu'en engageant le sommet de cette membrane, détachée soigneusement de la cornée, dans le fond de la plaie, et en attachant le sommet vers la base, on arriverait à amener son atrophie complète et définitive. Cette méthode, que j'appelle d'enroulement et que j'ai mise en pratique il y a plusieurs années, peut être considérée comme une des plus radicales.
Voici comment je pratique cette opération : Le malade étant couché, et l'œil aneslhésié par une instillation du collyre de cocaïne, toutes les iO minutes pendant une heure, j'écarte les paupières avec un fort blépharostat, puis après avoir disséqué soigneusement le ptérygion, je passe à travers son sommet un fil de soie, muni à chaque bout d'une aiguille fine. Ceci une fois fait, j'attire la pointe en dedans et la ramène jusqu'au fond de la plaie pour l'attacher à l'aide de mes deux aiguilles à la base du ptérygion lui-même. Quelquefois, si la perle de substance à la suite de dissection est trop grande, je rapproche les deux bords de la plaie conjonclivale avec un point de suture. On trouvera les détails de celte méthode rapporté dans un travail que j'ai publié ainsi que dans une excellente thèse sur ce sujet par un de mes élèves, M. le D'" Darrigade.
BiBiJOGRAPUiE. — Desmarres, Traité des maladies des yeux, t. II, p. 160. — Arll. Krankheiten des Auges. Wien, 1851, Bd. I, p. lG2. — Siebel, Icono (graphie opldhaltn logique. Paris, 1852-1 8r)9, pl. XXVI, fîg. 1 et 3. — Knapp, Pterygium Opération' i durch doppelten Transplantation {Archiv Ophth., Bd. XIV, Abth. I, 1868, p. 267). - Galezowski, Recueil d'ophthalmologie Mars 1879. — Darrigade, Du Ptérygion et de son traitement par la méthode dite d'enrotdement. Thèse, Paris, 1885.
TUMEURS DE LA CONJONCTIVE
ARTICLE XVII
TUMEURS DE LA CONJONCTIVE
Les tumeurs de la conjonctive sont relativement très rares, sur(,out celles qui ont leur origine dans la muqueuse oculaire. Nous pourrons les diviser en tumeurs solides, bénignes ou malignes, et en kystes.
Les tumeurs solides bénignes sont : les pinguicula, les lipomes, les dermoïdes, les polypes, les végétations charnues. D'autres sont malignes, telles que l'épithélioma et le cancer.
Les kystes de la conjonctive sont les vésicules ou kystes transparents, les kystes sébacés, les lithiases et les hydatides.
§ I- — Pinguicula.
On désigne sous le nom de pinguicula une petite tumeur d'un blanc jaunâtre située dans le diamètre transversal de l'œil, soit du côté interne, soit du côté externe de la cornée, à 3 ou 4 millimètres de cette tunique.
C'est une sorte de petit lobule graisseux, aplati, pou saillani, mais dont le volume varie entre celui d'un grain de cbènevis et d'une tête d'épingle. Jaunâtre ou blanchâtre, il est très intimement attaché à la sclérotique, et sillonné de quelques vaisseaux qui viennent de la caroncule. Pourvu que le nombre de ces vaisseaux soit un peu grand, la petite tumeur, ainsi vascularisée, peut ressembler d'une manière frappante à un ptérygion, d'où le nom pterygium pingue qu'on lui donnait autrefois.
, La pinguicula ne constitue point de maladie et n'amène aucune géne pour la vision. Mais si l'œil est un peu rouge et irrité, la pinguicula devient plus apparente et inquiète les malades en leur faisant croire à l'existence d'une tumeur grave. J'ai été fréquemment consulté par des personnes qui n'avaient aucune afiection, mais auxquelles ces petites tumeurs causaient de l'inquiétude.
La pinguicula est souvent confondue avec un ptérygion ou une phlyctène L'examen attentif de la conjonctive, à son voisinage, et la durée relativement ancienne de cette grosseur, facilite le diagnostic.
La pinguicula peut être enflammée et hypertrophiée. Elle augmente alors très notablement de volume, devient rouge, boursouflée, gêne le malade et amène une conjonctivite. Ces complications nécessitent quelquefois son extirpation
Anatomie pathologique. - Son aspect jaunâtre lui a valu le nom de tum'euv graisseuse; telle élait aussi l'opinion de Virchow. Mais l'analvse et les recherches microscopiques de Ch. Robin ont démoniré que cette sorte de tumeur est'consituee par 1 hypertrophie du tissuconjonctif condensé et de l'épithélium pavimenteux, dont les cellules sont plus grosses à la surface qu'ailleurs
Traitement. - D'ordinaire aucun traitement n'est nécessaire contre cette maladie. Pourtant dans des cas excep.ionnels, la pinguicula devient te emen volumineuse et enflammée qu'on doit l'extirper. Ch. Magne a opéré une t me de ce genre, et moi-même j'ai dû, dans un cas, procéder à son exUrpat on oU
BinuoGn^piiiE. — Robin m Desmarres, Traité dea malndios dex yeur, t. II, p. 233. — Magiio, Ablation d'une pinguicula très volumineuse, examen micrar/rapliique et chimiquede la tumeur [Union niéd. et Ann. d'ncuHst. 1853, t. XXIV, p. 218. — Beer, v )!. 11. pl. IV, lïg. G — Sirhel, Iconographie ophUinlmologique, Paris, I8r,2-I8i9, pl. XXVIil' iig. 2. —\'\vc\\o\v, Pathologie des tumeurs, trad. franc., 1807,1. 1, p. 385.
§ II — Lipomes de la conjonctive.
Les tumeurs graisseuses de la conjonctive ne sont pas fréquentes ; on les rencontre surtout dans sa portion bulbaire. Tantôt elles sont situées dans le voisinage de la cornée, près de son bord externe ou interne , tantôt, au contraire, elles se trouvent cachées dans l'angle externe de l'œil, au voisinage de la glande lacrymale.
En général, ces tumeurs sont assez mobiles et peu adhérentes à la sclérotique ; elles sont lisses, unies, à demi transparentes et blanchâtres, sans aucun mélange de couleur jaune, simulant beaucoup les kystes. Situés près de la cornée, les lipomes n'occasionnent point de souffrance aux malades. Lorsqu'ils sont situés dans l'angle externe, qu'ils acquièrent quelque développement, ils gênent les mouvements de l'œil, sortent de l'angle et apparaissent sur le globe comme jn voile blanchâtre ayant la forme d'une tumeur blanchâtre, semi-lunaire.
Quelques auteurs pensent que ces tumeurs sont congénitales et qu'elles ne font que s'accroître avec l'âge. Cette opinion me paraît exagérée au moins dans un certain nombre de cas. Mais il est incontestable, que les tumeurs graisseuses qui se développent dans l'angle externe de l'œil, sont le résultat d'une adhérence incomplète congénitale, de deux feuillets de la capsule de Tenon, à travers laquelle le tissu cellulo-graisseux de l'orbite fait saillie au dehors. Souvent, la maladie n'a débuté qu'à 20 à 30 ans, et quelquefois même plus tard. Selon moi, c'est le tissu cellulo-graisseux de l'orbite qui fait saillie sous la conjonctive.
Traitement. — Il n'est pas nécessaire, dans l'extirpation d'un lipome, de conserver la conjonctive qui l'enveloppe. Ce n'est que dans les lipomes très larges occupant l'angle externe de l'œil qu'il est préférable de faire la dissection préalable de la conjonctive, et d'appliquer, après l'extirpation delà tumeur, une ou deux sutures. Mais on doit éviter de tirer trop fortement sur la tumeur, car elle est en communication intime avec la graisse de l'orbite, et les tiraillements, exercés sur ces tissus, peuvent amener des déchirures plus ou moins graves.
BiBLiOGBAPHiE. — Kauka, Tumeurs lipomateuse de la conjonctive oculaire [Zeitschrift. fûr Natw. und Heilk. in Ungnrn, 1853, n° 4; Prag. Viert^lj., 1853, t. IV, ei Ann. d'ocid. 1854, t. XXXI, p. 105). — Graefe, Archiv f. Oi.hfhalm.,L VU, Abth. II, p. G. — Alo~-i TÀpome sur l' h>imisphère antérieur île L'œil. {Ann. d'ocul., 18ii2, t. XLVII, p. 41). — Becki ; Spitals Zeitung, 16-18, 18G3. — Galezowski, Lipomes de la conjonctive [Journ.d'ophthalm.. Paris, 1872, p. 311).
§ III. — Dermoïdes, polypes et végétations charnues de la conjonctive.
A. Dermoïdes. — Les dermoïdes sont des tumeurs qui se développent constamment au bord de la cornée. Elles sont d'une couleur gris jaunàlre, lisses,
TUMEURS DE LA CONJONCTIVE. 220
mais couvertes à la surface de nombreuses sinuosités, et souvent garnies de poils. Le dermoïde atteint le volume d'une lentille et au delà; Soelberg Wells dit avoir vu en 1860, dans la clinique de Graefe, un dermoïde qui recouvrait les deux tiers de la cornée. J'ai vu, pour ma part, une tumeur, grosse comme une petite noisette, occupant un tiers de la cornée. Ces tumeurs sont élastiques, et se montrent au microscope composées d'éléments du tissu cellulaire élastique, au milieu duquel se trouvent, en plus ou moins grande quantité, des follicules pileux, beaucoup de graisse et de nombreux vaisseaux.
Les dermoïdes sont le plus souvent congénitaux : ils se rencontrent simultanément avec des tumeurs de même nature, soit au sourcil, soit dans d'aulres parties de la face.- Dans le cas observé par Virchow, les deux yeux présentaient la même altération.
L'extirpation doit être pratiquée avec soin, et il faut détacher soigneusement la tumeur dans son point d'implantation à la cornée. A la suite d'extirpation de la tumeur, il reste ordinairement une lâche blanche au bord de la cornée, que l'on recouvre avec du noir de Chine, au moyen du procédé de tatouage (voy. Leucome de la cornée).
B. Polypes. — Les polypes de la conjonctive, analogues à ceux que l'on rencontre dans les fosses nasales, sont excessivement rares. Ils sont constitués par de petites tumeurs pédiculées, d'un rose pâle, quelquefois avec une teinte légèrement jauiultre.
Le mot de polype, commode en clinique, parce qu'on rappli([ue à toute tumeur pédiculée qui nécessite l'excision, ne répond à aucune espèce anatomique. Il répond tantôt à des myxomes comme ceux des fosses nasales, tantôt à des papillomes analogues aux végétations de la muqueuse génitale, tantôt èt des adénopapillomes de contexture très complexe. Les premiers sont les plus rares, les derniers les plus fréquents. Les papiilomes s'accompagnent du reste de formations glandulaires et kystiques, dès qu'ils se développent sur un terrain riche en glandes comme la caroncule et toute la région du grand angle. Nous avons décrit et figuré ces formations avec le D"^ Fontan (I).
Ces polypes sont peu volumineux et s'implantent en général près de la caroncule ou du pli semi-lunaire. Lawrence en a observé les premiers exemples, et de puis, Desmarres, Graefe et Arlt ont rapporté des faits analogues. Parisotti a publié une élude détaillée sur ces tumeurs (2). L'excision simple avec un coup de ciseaux amenait habituellement la guérison ; mais dans un cas, Arlt a été obligé de faire plusieurs excisions et des cautérisations successives, tant il y avail chez son malade de prédispositions aux récidives.
G. Végétations charnues. - On voit quelquefois à la surface de la conjonctive des végétations charnues dont la cause est le plus souvent traumatique telles que blessures, opération du strabisme, cautérisation et irritation permanente de la conjonctive par un œil de porcelaine. Ces végétations doivent être enlevées avec des ciseaux, mais il faut s'apphquer, en outre, à faire disparaître la cause de l'irrilalion.
teljaluschnft, t. lU. Virchow, Archiv f. pathol. Amd. und Phrj.ioL, 1858, t. VI,
(1) Fontan .l,/e>io-p«;;///o»>,« de la conjonctive. {Recueil d'ophlh., déc. 1884 et 1885 ) U) Pansotti, Tumeur.- bénignes de la conjonctive. {Recueil d\.plUhal,nologie.)
p. 555. - Hays et Lawrence, Treatise on thp. Diseuses of the E, je. kvmnc edit PhiladH phia, 1854, p. 3 il. — Graefe, Ungevenliche Fovmen von Dennoide (Arc/nv f Ou/dhn/m M. XII, Ablh. 2, p. 2.G) - Seitz, llandOuch der Gev. Angenheilk. EvLÀn p. 90. - llulke, Ophlh. Uospilal Reports, vol. 111, p. 333. ^ '
§ IV. - Tumeurs épithéliales et cancéreuses de la conjonctive.
Les tumeurs malignes de la conjonctive ne diffèrent en rien de celles que 1 0.1 rencontre dans les paupières et les autres parties du bulbe. Elles sont de trois sortes : Y épUhélioma, le cancer médullaire et le caricer mélanique.
Ces tumeurs débutent habituellement par les paupières ou les membranes profondes de l'œil et n'envahissent la conjonctive qu'après avoir atteint successivement tous les tissus interposés.
Il arrive pourtant que l'épithélioma semble débuter, soit par la conjonctive, soit par le tissu sous-conjonclival du bulbe, soit enfm par la caroncule, comme dans le cas de B. Anger (fig. 118). Celle tumeur se montre primitivement au