CHAPITRE III
PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE
L'étude des maladies de la cornée a toujours présenté des difficultés considérables, et pendant longtemps on ne savait pas si cette membrane pouvait ou non s'enflammer. Demours s'exprime en termes vagues sur les phlegmasies de la cornée. La dénomination de kératite n'apparaît qu'après que Vetch et Wardrop eurent décrit l'inflammation de cette membrane en 1807. Mirault (d'Angers) a démontré le premier en 1823 que la cornée, comme tous les autres tissus, peut s'enflammer.
Virchow explique l'inflammation par l'activité exagérée de la cellule. En se basant sur les expériences faites sur les animaux, Ilis est arrivé aux conclusions suivantes : \ ° dans une inflammation, les cellules augmentent de volume; 2" la paroi de la cellule se sépare d'avec son contenu; 3» de jeunes cellules apparaissent ultérieurement et se transforment ensuite en graisse.
Gohnheim a émis une nouvelle hypothèse : il pense que les globules du pus se forment en dehors de la cornée et qu'ils ne sont autres que les leucocytes émigrés. Ce serait, d'après lui, l'irritation produite sur les nerfs de la cornée, qui, en se transmettant au limbe conjonctival, y provoquerait une irjflammation et favoriserait le transport des leucocytes. L'infiltration de ces productions dans la cornée la rendrait plus ou moins trouble, et contribuerait à la régénération de sa partie altérée. Talma, élève de Donders, cherche à démontrer que les corpusculesfixesdelacornée nejouentaucun rôledirect dans sa suppuration (2).
(1) Cuignet, De la kératoscopie {Recueil d'op/ithalm. Paris, octobre 1873).
(2) Taluia, Archiv f. Ophth., Bd. XVllI, Ablh. II, p. 1.
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Gomme on voit, cette théorie se rapproche beaucoup de celle qui a été émise par Bowman, de Londres. Selon cet éminent ophthalraologiste (1), le premier changement qui s'opère après la ponction ou l'incision de la cornée est une interruption mécanique des actes nutritifs. Bientôt le sang afflue en plus grande quantité dans les vaisseaux les plus voisins de la partie blessée et amène des matériaux qui doivent combler la lésion. Ces vaisseaux apportent, en effet, en abondance de petiles particules appelées cytoblastes, qui existent naturellement, quoique en petit nombre, dans les lamelles de la cornée, et dont la quantité relative est regardée comme l'indice de l'activité du mouvement nutritif. Bientôt ces particules obstruent les interstices des tissus qui forment les lèvres de la plaie, la couvrent entièrement de manière à occuper tout l'espace qui les sépare, et deviennent un moyen d'union.
Contrairement à l'opinion de Cohnheim, Feitz cherche à prouver que tout le travail d'inflammation se passe dans le protoplasma lui-même, qui donne naissance, par une genèse en apparence spontanée, à des leucocytes nombreux.
Pour nous, l'inflammation doit être envisagée de la manière suivante ; ce ne sont pas les leucocytes s'inflltranl dans la cornée qui donnent lieu à une kératite; mais celle-ci est due à une irritation des nerfs trophiques de cette membrane, à la suite de laquelle les éléments de la cornée subissent des altérations propres à compromettre les fonctions nutritives. Toute blessure, tout corps étranger ou dépôt morbide qui apparaît dans l'épaisseur de la cornée doit provoquer une irritation des nerfs qui y aboutissent.
L'épithélium cornéen joue un très grand rôle dans les altérations morbides de cette membrane; ces éléments s'altèrent et se reproduisent dans tous les processus morbides cornéens avec la plus grande rapidité, ce qui facilite souvent la guérison.
Schiess-Gemuseus (2) et Schalygin (3) ont attiré l'attention sur la prolifération des cellules épithéliales et sur les altérations dont elles peuvent être le siège belon ces auteurs, cette transformation se fait par la segmentation des noyaux et la formation des cellules endogènes.
Une blessure, un corps étranger ou un dépôt de matières organiques ou inorganiques, arrête l'endosmose et la nutrition delà partie affectée ; d'où résultent ie trouble et l'opacification, comme après la mort. Et pourvu que cet état se prolonge II y a mortification ou nécrose des éléments. Ces mêmes éléments nécroses subissent l'imbibition du liquide nutritif qui arrive à la cornée, gonflent et compriment les éléments voisins. Une nouvelle irritation s'ajoute à la première se communique aux nerfs péricornéens et, par leur entremise, aux anses vasculaires du hmbe conjonctival. Les vaisseaux ainsi irrités se dilatent; le sang arrive en plus grande quantité, l'injection périkératique devient très prononcée et, sous une influence physiologico-pathologique qui nous échappe, de nouvel e;
ard'u^^^^^^^^^ -PPara.ssent sur le bord cornéen, s'avancent'ver's le centre ne taulent pas a envahir le point malade
Les vaisseaux qui apparaissent sur la cornée ne sont donc pas la cause,
mais
dvLLZTss.;^ ''^ '''' « '"'-^^'^«^ ophthalmologique de Moorfields (Annales
(2) Schiess-Gemuseus, Schweiseniche med. Zeilchift t III n
(3) Schalyg^n, Archiv f. Ophth., ,866, ,. Xu lX'l'^st
bien la conséquence de l'inflammation cornéenne. Les recherches que nous avons faites à ce sujet (1) nous ont permis d'avancer avec certitude que les vaisseaux se développent dans presque toutes les aifections inflammatoires de la cornée, et qu'ils y sont indispensables pour la réparation et la reconstitution des éléments altérés ou déiruits.
Ceci admis, on comprend que la vascularisation de la cornée n'appartienne pas spécialement à telle ou telle forme de kératite, mais qu'elle est propre à toutes les inflammations de cette membrane, bien qu'à des périodes différentes. C'est pour cette raison que, dans notre classification des maladies de la cornée, nous rejetons la kératite vasculaire comme maladie distincte, et nous ne la décrirons que comme une période de diverses altérations de la cornée.
Un autre point de pathogénie de la cornée a été jusqu'à présent mal interprété : c'est celui d'ulcères de cette membrane. Tous les auteurs ont décrit la forme particulière de kératite qu'ils nomment kératite ulcéreuse. Or rien n'est plus rare que de voir des kératites ulcéreuses primitives; habituellement, le processus ulcéreux est consécutif à des abcès, à des phlyctènes, à des blessures, etc. Pour nous, les ulcères, de même que la vascularisation, sont des phénomènes secondaires qui se déclarent à la suite de l'inflammation de la cornée; nous les décrirons comme des phases difTérenles des affections de cette membrane.
Voici, en résumé, les affections de la cornée que nous allons étudier :
Phlycténulaire.
Siippurative, ou abcès de ta coruée.
Herpétique.
Névroparalytique .
Kératites \ Ulcères rongeants.
Granuleuse, ou paunus.
Diffuse ou iuterstitielle.
Ponctuée.
( Taies, leucomes et gérontoxon.
3. Altération de transparence et de courbure. | staphylomes pellucides et opaques.