‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 74 sur 251 · KÉRATITE NÉVRO-PARALYTIQUE ET NÉCROSE DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

KÉRATITE NÉVRO-PARALYTIQUE ET NÉCROSE DE LA CORNÉE

Symptomatologie. — Comme nous venons de le dire, la nécrose de la cornée se développe habituellement à la suite de la suspension de la nutrition, soit dans une partie quelconque de cette membrane, soit dans toute son étendue. Sa nutrition est intimement liée à l'innervation que la cornée reçoit ainsi qu'à la vascularisation péricornéenne. Il en résulte que, toutes les fois que les nerfs sont paralysés, soit par compression mécanique, soit par une altération primitive, la cornée subit des modifications très notables.

Le chémosis phlegmoneux qui accompagne les ophthalmies purulentes amène très souvent ces désordres. La cornée se montre entourée en partie ou en totalité d'un anneau rouge-grisâtre ou blanc-grisâtre, qui s'élève notablement au-dessus de son niveau. Dans la région péricornéenne, la capsule de Ténon est boursouflée et fortement tendue ; il s'ensuit dans tous les tissus voisins une compression qui étrangle les vaisseaux, arrête la circulation et paralyse les nerfs cornéens euxmêmes. Sous rinfluence de ces désordres, la cornée devient insensible; son épithélium se soulève; il se forme à sa circonférence un cercle opaque qui n'est autre qu'une nécrose. Lorsqu'elle est en forme d'anneau, elle peut amener la chute de la cornée tout d'une pièce, ou bien la partie centrale toute seule se nécrose, comme nous le voyons souvent dans l'ophthalmie blennorrhagique ou purulente.

Dans certaines formes de la kératite névro-paralytique, on voit la cornée prendre une teinte opaline, puis blanc-jaunâtre. Bientôt l'épithélium se détruit à sa surface, l'ulcère gagne les couches profondes, et amène la perforation et la fistule. Lorsque cette altération provient d'une destruction totale des fibres de la cinquième paire, la nécrose est suivie d'une destruction complète et définitive de la cornée et de l'œil. Mais s'il n'y a que quelques fibres de ce nerf qui sont paralysées, l'ulcération et la perforation ne sont limitées qu'à une partie restreinte de la cornée, et puis le travail de réparation aboutit peu à peu à une guérison plus ou moins complète.

Anatomie pathologique. — D'après les signes décrits, on peut admettre en principe que les nerfs de la cinquième paire sont altérés ; sous l'influence de celte altération, les cellules cornéennes subissent une dégénérescence graisseuse, comme His l'a mis en lumière.

Mathias Duval et Laborde ont pu produire une altération de la cornée avec hypopyon après une section de la cinquième paire, pratiquée intérieurement dans la boîte crânienne.

Êtiologie. — La description de la maladie telle que nous l'avons donnée indique suffisamment les causes qui la produisent. Les inflammations graves de la conjonctive, des ophthalmies purulentes, blennorrhagiques ou scrofuleuses, amènent ainsi un étranglement des vaisseaux et des nerfs péricornéens, et par conséquent les sphacèles de la cornée. La même chose a lieu quelquefois après l'extraction de la cataracte, lorsque la cornée sectionnée sur une certaine étendue ne reprend plus sa nutrition.

La compression que subit la cornée dans le glaucome par suite de la tension intraoculaire, ou par suite de tumeurs de l'orbite, peut donner lieu à une ulcération partielle ou à une nécrose générale.

Les tumeurs cérébrales, les méningites tuberculeuses qui attaquent le ganglion de Casser, les tumeurs cancéreuses ou autres, qui envahissent l'origine du nerf trijumeau, occasionnent aussi la nécrose de la cornée.

Pronostic. — 11 est très grave, et l'on doit craindre la destruction complète de la cornée, surtout dans l'ophtlialmie purulente. Les nécroses paralytiques présentent moins de danger, et comme la paralysie des nerfs trijumeaux est souvent incomplète, celte paralysie peut guérir et avec elle la cornée.

Traitement. - Dans les ophlhalmies purulentes de toute sorte, il faut suiveiller 1 état de la cornée et exciser le bourrelet cbémosiquo péricornéen, aussitôt que cette tunique est menacée. Les cautérisations avec le nitrate d'argent souvent renouvelées arrêtent la suppuration conjonctivale et rétablissent la circulation et la nutrition de la cornée.

Dans les afTections cérébrales, il n'existe d'ordinaire aucun moyen direct de guérison; c'est contre la maladie cérébrale que le praticien doit diriger toute son attention. L'iodure de potassium administré à l'extérieur, peut arrêter le progrès des affections cérébrales. On peut agir localement avec efficacité en instillant alternativement le collyre d'atropine et d'ésérine, puis on aura recours à quelques légers collyres astringents et aux lotions aromatiques très cbaudes, telles qu'infusion de camomille, de thé vert, etc.

Bibliographie. — Claude Bernard, Leçons sur fa physiologie et /a pathologie du système nerveux. Paris, 1858, t. II, p. 56 et suiv. — Snellen, Traitement et guérison de la kératoconjonctivite consécutive à la i)aralysie du nerf trijumeau chez l'homme [Nederlandsch lijdschrift voor Geneeskimde. 1864, p. 177, et Annales d'oculist., 1865, janvier et février, p. 178.) — Graefe, Hornhautverscliwûrung bei infantiler Encéphalites (Archiv f. Ophthalm., Bd XII, Abth. II, S. 250). — Laborde, Bulletin de l'Académie deméd., 1880.

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