CHAPITRE PREMIER
AiNATOMIE ET PHYSIOLOGIE.
Anatomie. — L'iris, membrane musculo-vasculaire, constitue une sorte de diaphragme mobile, placé au milieu de l'humeur aqueuse (fig. 172, 1), et qui sépare en deux chambres l'espace compris entre le cristallin et la cornée ; l'une est la chambre antérieure, l'autre la chambre postérieure.
On a successivement admis et rejeté l'existence de la chambre postérieure ; mais, lorsqu'on examine attentivement la figure 172, on est facilement convaincu que les procès ciliaires, qui font saillie derrière l'iris, ne peuvent pas rester constamment appliqués contre cette membrane, d'autant plus qu'ils sont les seuls organes sécréteurs de l'humeur aqueuse. Cette humeur provient de la chambre postérieure et se porte à travers la pupille dans l'intérieur ; elle forme une véritable poche ou chambre postérieure lorsque la pupille est obstruée.
L'iris est percé d'uu trou circulaire appelé Tpupille (fig. 173, /). Quoique centrale, cette ouverture incline habituellement un peu vers l'angle interne de l'œil; elle paraît noire au grand jour, et rouge lorsqu'on l'éclairé avec l'ophthalmoscope.
La couleur de l'iris varie beaucoup selon les individus, l'âge et la constitution. Ainsi, les sujets blonds ont les yeux bleus, les individus à cheveux noirs les ont bruns. Chez les albinos, la pupille, ainsi que l'iris, apparaît rouge, ce qui tient à l'absence du pigment et à la coloration que lui donnent les vaisseaux sanguins.
On distingue dans l'iris les éléments anatomiques suivants :
1. Les cellules épithéliales de la membrane de Descemet, qui se portent sur la surface autérieure de l'iris, et peuvent être distinguées jusqu'au bord pupillaire sous forme de cellules hexagonales allongées, et ne présentant qu'une seule rangée, comme l'a très bien fait voir J. Arnold (1). Quanta la membrane séreuse, dont on a longtemps parlé, elle n'existe pas ; tout au plus trouve-t-on quelques fibres isolées de
Fig. 173. — Iris (*).
(1) Arnold, Archiv f.patholog. Anatomie, Bd. XXVII, § 365. (*) 1, iris; 2 cornée ; 3, cristallin.
IRIS
formé d'uue simp e couche de cellnlo.; ni-,»»a ..^i i i Po*''-'-iieurcl,int sous-r«i„len, .ml „„ peu mouïrtulitl ' »
Fig. 173. — Iris et choroïde (*).
Fig. 174. — Cellules de pigment (").
3. Le tissu interstitiel de l'iris est formé par un tissu cellulaire lâche, contenant des cellules étoilées, incolores ou pigmentées, qui constituent comme une sorte de charpente destinée à servir de support aux muscles et aux vaisseaux.
4. Les fibres musculnires de l'iris sont des fibres lisses; les unes sont circulaires et constituent une sorte d'anneau ou de sphincter de la pupille. Elles sont surtout rapprochées de la face postérieure. Les autres sont rayonnées, diaprés Rouget (1) ; elles forment à la surface antérieure des creux, des sortes de cryptes, dont le fond est parcouru par de nombreux vaisseaux et les fibres musculaires. Ces dernières se croisent avec les fibres circulaires, près de l'ouverture pupillaire et près de la grande circonférence de l'iris. Au voisinage du bord ciliaire, elles se réunissent, d'après Rouget, en un grand nombre de petits faisceaux très nettement isolés chez certains animaux (chien, bœuf, mouton), moins distincts chez l'homme. Au lieu de s'insérer au sillon kérato-sclérotical, elles s'épanouissent de nouveau et se continuent avec la couche profonde du muscle ciliaire. D'après Kôlliker, Henle et Rouget, les fibres radiées constituent le dilatateur de la pupille.
Aujourd'hui on tend de plus en plus à rejeter l'existence du muscle dilatateur de Henle. Tandis qu'Ivanoff affirmait encore il y a trois ans la nature musculaire dune
(1) Rouget, Note sur la structure de l'œil, et en particulier sur l'appareil irio-choroidien {Gaz. méd. de Paris, 1856).
(*) c,c, nerf ciliaire se ramifiant dans l'iris ; d, nerf ciliaire plus petit ; e,e, vasa vorticosa ; /(. liganKMit et muscle ciliaire; k, fibres convergentes du plus grand cercle de l'iris; /, forme entortillée de celles qui^sout près de la pupille, avec les fibres convergentes du cercle plus petit de l'iris; o, nerf optique.
(") f,9, cellules irrégulières avec dentelures ou prolongements; ç,//, cellules pigmentaires de l'albinos à forme polyédrique régulière ou irrégulière (Ch. Robin).
MODE D'EXPLORATION. 331
couche de cellules à noyaux granuleux, disposées en faisceaux rayonnants sous le pigment de l'iris, Gruuhagen, Schwalbe, Boé... (1) déclarent que c'est une pure illusion : « Le muscle dilatateur de Henle n'existe pas, dit M. Boé, puisque, sans chercher d'autres preuves, les noyaux attribués à des fibres musculaires lisses appartiennent à la rangée antérieure des noyaux .lu pigment. »
Cette constatation nous paraît irréfutable, malgré la difficulté de la concilier avec le dilatateur physiologique qui nous est indispensable.
5. Les vaisseaux de L'tris sont très nombreux et forment un lacis vasculaire très serré, comme le montre la figure 175.
a. Les artères proviennent des ciliatres longues (fig 173) et des ciliaires antérieures. Les premières sont au nombre de deux. Arrivées au muscle ciliaire, elles concourent, avec quelques ciliaires antérieures, à former le grand cercle artériel de l'iris. De ce cercle se détachent des branches .postérieures qui se rendent au muscle accommodateur, et des branches antérieures qui se répandent sur l'iris tout entier et aboutissent au petit cercle artériel.
Les ciliaires antérieures ou courtes proviennent des branches musculaires, qui traversent la sclérotique en divers points, et se confondent avec les ramuscules des ciliaires longues pour former le grand et le petit
b. Les veines de l'iris sont très nombreuses
Fig. 175. — Disposition des vaisseaux de l'iris [*).
cercle artériel, elles vont du bord pupillaire vers la grande circonférence de l'iris, et aboutissent, soit dans les veines du cercle ciliaire, soit dans les veines ciliaires longues postérieures, soit enfin dans les veines ciliaires antérieures, dont une partie se jette dans le plexus veineux ou canal de Fontana.
Dans la vie intra-utérine, ces mêmes vaisseaux forment la membrane pupillaire, qui ferme cette ouverture jusqu'au sixième mois. Sœmmerring. Halleret J. Cloqiiet font observée à partir du troisième mois de la vie intra-utérine ; puis elle se déchire vers le centre et s'atrophie progressivement.
c. Les nerfs de Viris appartiennent aux deux ordres de filets nerveux, comme Claude Bernard l'a démontré; les nerfs ciliaires directs, qui donnent la sensibilité à la conjonctive et à l'iris, et les filets indirects, c'est-à-dire ceux qui ont passé par le ganglion ophthalmique, et donnent la sensibilité à la cornée transparente et à l'iris.
Les nerfs ciliaires longs perforent la sclérotique au nombre de deux, et se rendent au muscle ciliaire et à l'iris (fig. 149, c,c).
Les nerfs qui constituent le ganglion ophthalmique proviennent de trois sources : nerf moteur oculaire commun, branche ophtliahnique de Willis ei rameau paroiidien du grand sympathique. Les filets nerveux du moteur commun se rendent au sphincter de l iris, et servent à contracter la pupille ; ceux, au contraire, qui naissent du grand
(1) Boé, Recherches sur la couche pigmentairc de Ihns, et sur le soi-disant muscle dilatateur de la pupille [Archives d'ojMhabnologie, 1885, p. 811).
{•) a,a terminaison des vaisseaux au bord pupillaire; 6,6, grande circonférence de l'iris, adhérente au muscle ciliaire : c.c.c, artère« et veines dp l'ipU- i • . • <iuueieiut
tioes des vaisseaux. ' ' musculaire apparaissant dans les inters-
IRIS
.ympathHiMo se distnbnont aux nbrcs rayonneés et président à leur contraction par conséquent a la dila aUon de la pupille. Le tiiet nerveux de la cinquième pa e ënlre tient la nutrition et concourt eu même temps à donner la sensibilité à cet e mem. brane Les exp nences de Brown-Séquard tendent à démontrer que liris poss'^de la sens.b.h é directe pour la lumière, et sans intermédiaire du nerf optique.
■ liyi#i«10K,e. - Lins est une membrane extrêmement mobile ; elle forme une sorte de diaphragme qui, comme nous l'avons dit, sépare la chambre antér " re d a chambre postérieure, et dont l'ouverture pupillaire, en se rétrécissant ou se di atlnt aisse entrer dans l'œil une quantité plus ou moins considérable de rayons lu mineux: Il aide, en outre, d'après Dondcrs, à i'accommodalion
L'innervation de l'iris est très abondante, comme nous avons vu plus haut, et il semblerait que chaque partie des fibres nerveuses se rapporte spécialement à telle ou elle autre de ses portions. Claude Bernard déclare que, lorsqu'on coupe les fibres ciliaires situées sur le côté externe du nerf optique, on voit la pupille se paralyser seulement en dehors, de sorte que la pupille, en se con- raclant après sous l'influence de la lumière se resserre partout, excepté en dehors, ce qui lui donne naturellement une torme allongée transversalement.
On regarde généralement cette membrane comme sécrétante, mais cette opinion nous parait tout à fait invraisemblable. L'humeur aqueuse n'est point sécrétée par l'iris naais par les procès ciliaires qui font saillie dans la chambre postérieure. Nous n'en donnerons d'autres preuves que l'existence de l'humeur aqueuse dans les cas où l'iris manque complètement.
Nous croyons aussi que l'iris, par ses mouvements continuels exécutés sur la surface du cristallin, sert pour ainsi dire à nettoyer cette surface des dépôts ou des flocons qui pourraient troubler la vue en s'arrêtant sur la capsule cristalline.
Bibliographie. — Rouget, Note sur la structure vasculaire de l'iris et de la choroïde [Gnz. med. de Paris, 18.)6). — Claude Bernard, Leçons sur le système nerveur, Paris, 1858, p. 88. — Leber, AnatomisJie Untersucli. ùber .ne Blutgefasse des menschl. Auges, Wien, 1865, et Journal d'anatomie de Ch. Robin, 1866.