DE CROISSANCE
Les maladies cardiaques de croissance diffèrent totalement selon l'âge des malades ; ainsi entre huit et treize ans d'une part, nous trouvons souvent des dilatations du cœur ou le cœur forcé; plus tard et pendant tout le reste de la croissance, surtout de quatorze à vingt ans, ce sont des hypertrophies véritables, les hypertrophies idiopathiques. Avant de prouver ces faits, qui ressortent des lois delà physiologie, il importe de présenter ces lois qui se trouvent exposées dans mon travail de 1885 sur l'hypertrophie de croissance, et de répondre aux objections. G. Paul, qui n'ajoute rien à mon travail et n'en retranche rien, cherche simplement à me mettre en contradiction. « Comme les palpitations, d'après M. Sée, ne peuvent donner lieu, dit-il, à une hypertrophie, comment peut-on admettre des hypertrophies idiopathiques? » Ma réponse, la voici : l'évolution du cœur pendant la croissance multiplie directement les fibres musculaires ou leurs noyaux dans des conditions qui seront faciles à déterminer. Il n'y a là rien de commun avec les palpitations qui ne déterminent jamais ni hypertrophie ni dilatation.
PHYSIOLOGIE DE LA CROISSANCE DU CŒUR. 'i3:>
Quant aux dilatations cardiaques des jeunes enfants de huit à douze ans, loin d'être niées, elles m'ont été empruntées par Pitt {Med. Press., 1886) et par le professeur Layet, de Bordeaux, en 1887, qui tous les deux décrivent ces dilatations, ou ce cœur forcé chez les jeunes filles, exactement d'après la photographie tracée page 14 de mon mémoire, sous le nom d'eclasie du cœur de l'enfance.
§ 1. — PhysioIog;ie do la croissance du cœur.
En 1879, Beneke publia (Centralblatt fur Med. Wissencli.) des recherches intéressantes, qui passèrent inaperçues, sur le développement du cœur. De la naissance à la deuxième année le cœur double de volume. De deux à sept ans, il double encore; mais, phénomène singulier, de sept à quinze ans le volume du cœur reste stationnaire. Par contre, et c'est là surtout ce qui nous intéresse, de quinze à vingt ans les dimensions de l'organe subissent un accroissement rapide. A quinze ans, si le poids du cœur était représenté par deux, il devient trois à vingt ans, et cette augmentation serait plus marquée dans le sexe masculin; à vingt ans la croissance du cœur continue encore, mais faiblement, lentement.
Bizot avait déjà vu, il y a longtemps, que de cinq à dix ans le cœur augmente de volume, surtout en longueur; cette élongation est de 19 millimètres, puis entre dix et quinze ans de 7 millimètres seulement ; enfin de dix-huit à vingt ans elle reprend de 18 millimètres. Mêmes observations chez les pupilles de la marine (Luger).
De ces recherches, je retiens deux faits : c'est que de sept à quinze ans, il y a un état stationnaire, et c'est le corps qui se développe; en second lieu, c'est que l'adolescence détermine une vive croissance du cœur; on peut presque dire que
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le cœur d'un jeune homme de vingt ans est hypertrophié normalement, puisqu'il a en ce moment atteint un volume, qui lui permet de suffire à l'irrigation d'un organisme dont le poids et l'étendue s'accentuent encore.
§ 2. — IWécanisme des hypertrophies et des dilatations
de croissance.
Qu'il y ait alors une perturbation dans le développement du corps ou dans le développement du cœur qui est, pour ainsi dire, en imminence d'hypertrophie, l'augmentation du poids cardiaque pourra s'accélérer et l'hypertrophie véritable se dessiner. Or, trois éventualités peuvent se produire : 1° la croissance corporelle suit son cours régulier, mais le muscle cardiaque s'est accru outre mesure selon des lois régulières ; il est préparé ainsi d'avance à un travail mécanique, qu'il ne fournira que plus tard, quand l'organisme sera complet; le cœur devance le corps; 2° la deuxième éventuahté suppose le contraire; on voit des adolescents qui grandissent tout à coup dans des proportions gigantesques, souvent après une fièvre grave : la croissance est générale et porte sur les os ainsi que sur les muscles ; le cœur, dans ce cas, est pour ainsi dire obligé de suivre; en effet, pour fournir aux frais d'une circulation aussi étendue, d'une nutrition aussi active, il subira la loi biologique qui proportionne le travail du cœur à l'obstacle qu'il rencontre ; ici l'obstacle c'est l'extension de la capacité circulatoire; dès lors, l'énergie nécessitée par les conditions nouvelles, entraîne une hypernutrition, une hypersarcose du cœur : c'est le biceps cardiaque de l'adolescent; 3° une troisième circonstance peut se produire; elle concerne l'enfant plus jeune : supposez qu'on impose à un enfant de dix ans, à un petit ouvrier un travail excessif, qu'on le charge de fardeaux, qu'on lui inflige des journées trop
HYPEUTllOPllIES ET DILATATIONS DE CROISSANCE. 437
longues, il subira les conséquences du surmenage ; le cœur se faliguera, se dilatera, mais seulement si les conditions d'hygiène et d'alimentation sont défectueuses, ce qui n'est que trop fréquent; ce sera alors le cœur des bûcherons de Tubingue. Supposez un collégien qui subit le nouveau programme d'études ou se prépare pendant huit heures par jour avec une heure d'interruption, appelée récréation, à un examen, un concours, il rentrera dans une catégorie des surmenés ; le myocarde reste stationnaire pendant que le corps s'agrandit et s'amaigrit; ce muscle cardiaque sera l'aboutissant de tous les vices hygiéniques, de la nutrition imparfaite, du séjour dans l'air confiné, de la vie sédentaire ; l'inanition atmosphérique et l'inertie musculaire générale créeront un cœur dilaté, dystrophié, bien plutôt qu'hypertrophié.
Je pourrais ajouter à ces trois éventualités, une quatrième, qui résulte des mauvaises attitudes, des déformations de la région dorsale, des malformations natives de la poitrine, surtout des côtes qui sont saillantes d'un côté, ou du sternum dont l'appendice xyphoïde rentre dans le thorax avec l'attache antérieure du diaphragme ; le cœur se trouve ainsi dans une situation mauvaise pour son fonctionnement; il est dévié, déplacé, les gros vaisseaux ont subi une torsion plus ou moins marquée; tout l'appareil cardio-pulmonaire est gêné au point de vue dynamique {Traité de diagnostic des maladies du cœur, 1879 et 1883).
J'ai prouvé il y a dix ans que, dans ces conditions, l'hypertrophie du cœur est très fréquente, plus que ne le croit Ollivier; mais elle porte plus sur le cœur droit, qui se développe à la suite de la gêne du poumon et de sa difficile ampliation ; cette distinction qui a échappé à Ollivier entre le cœur droit et le cœur gauche n'est pas inutile; l'hypertrophie mécanique du cœur par déviation du thorax est bien
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ail Iremenl rebelle au traitement que riiyper.^arcose physiologique du ventricule gauche en état de croissance.
§ 3. — Cniactèrcs physiques des liyportrophies de croissance.
Trois signes existent d'une manière plus ou moins constante, c'est l'augmentation de volume du cœur; l'autre, c'est un souffle systolique; le troisième, plus rare, c'est l'arylhmie du cœur et du pouls. Il est à noter d'ailleurs que la région précordiale ne présente aucune voussure; la main appliquée sur cette région reconnaît une impulsion plus marquée des battements cardiaques, mais sans percevoir de frémissement.
L'augmentation de volume se traduit, à l'aide de la percussion, pratiquée par mon procédé (voir chapitre vu), par l'allongement de la matité relative et absolue de l'organe, sans que le diamètre transversal soit augmenté : de plus, la pointe du cœur, qui est sensiblement abaissée, bat dans le sixième et même le septième espace intercostal, dans la ligne mamillaire, sans présenter de retrait appréciable, et sans entraîner en arrière l'espace intercostal correspondant. On peut donc dire que chez les adolescents, plus rarement chez les enfants de dix à quinze ans, il y a une hypertrophie réelle du cœur gauche. C. Paul peut le vérifier par ma méthode ou par la sienne (voir tome II, observations de Legris et Duran).
Le souffle, qui n'est pas constant, mérite également de fixer l'attention : il correspond exactement à la systole, sans la précéder ni lui survivre; il siège dans la région de la pointe, sans y avoir son. maximum absolu; il se rencontre plutôt un peu au-dessus de la pointe, et couvre en partie la surface précordiale, tout en diminuant d'intensité à mesure qu'on se rapproche de la base ; là il disparaît et ne