‹ Traité des maladies du cœurChapitre 138 sur 418 · CARACTÈRES PHYSIQUES DES HYPERTROPHIES DE CROISSANCE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES PHYSIQUES DES HYPERTROPHIES DE CROISSANCE

se prolonge pas dans les vaisseaux, ce qui prouve qu'il n'est pas d'origine anémique. Il a d'ailleurs un timbre rugueux plutôt que véritablement soufflant; cependant il ne rappelle nullement le bruit de souffle-frottement qu'on observe à la suite des péricardiles plastiques; ce frottement, qui peut couvrir toute la région précordiale, occupe principalement la base du cœur, au point où se fait la réflexion du feuillet péricardique sur les gros vaisseaux, et il ne coïncide jamais d'une manière rigoureuse avec la systole, ni avec la diastole. On peut donc dire qu'il ne s'agit pas d'une lésion du péricarde.

Ce souffle n'appartient pas davantage au rétrécissement mitral, qui est si fréquent chez les jeunes gens et surtout chez les jeunes filles, car le rétrécissement se traduit par un bruit de roulement présystolique. Il ne saurait non plus être question d'insuffisance mitrale; car, dans les cas que nous étudions, le pouls est rarement afl'aibli, et l'hypertrophie porte sur le ventricule gauche, non sur le cœur droit qui est au contraire toujours affecté par suite des lésions de l'ouverture mitrale. Aucune stase sanguine n'indique la participation du cœur droit, car jamais il n'existe d'infiltration hydropique des extrémités, ni de congestion pulmonaire. Quant à l'insuffisance des valvules de l'aorte, il esta peine nécessaire de la mentionner ; elle détermine un bruit diastoliquc de la base, lequel est tout à fait caractéristique de la maladie de Gorrigan. Ainsi le souffle ne dépend ni de l'anémie ni d'une péricardite, ni d'aucune lésion soit des valvules du cœur gauche, soit du muscle ventriculaire droit; c'est donc une hypertrophie du ventricule gauche ainsi que le prouvent le mode de développement et la forme de la matité cardiaque. Comment ce souffle se produit-il? Est-ce le bruissement delà contraction du muscle hypertrophié, ou bien le bruit résultant du claquement de

MO TYPE HYPERTROPHIQUE ET CAVITAIRE.

la valvule mitrale, devenue incapable de fermeture par suite de la faiblesse des muscles papillaires qui s'insèrent sur les bords de cette valvule? La question n'a pas d'importance ; le lait n'est pas douteux.

Arythmie.— Pouls. — Le pouls reste invariable et les tracés sphygmographiques, que j'ai rarement négligé de prendre, indiquent l'état normal; ce n'est pas le pouls ni de l'insufiisance mitrale, ni de la chlorose. Mais il existe fréquemment des intermittences ou des battements très rapprochés qui se manifestent par séries de trois à quatre, pour reprendre ensuite le rythme régulier pendant un certain nombre de pulsations ; c'est l'arythmie dans sa forme la plus simple, qui n'a aucune proportionnaHté ni avec la fréquence des battements, ni avec les palpitations perçues par le malade.

§ 4. — Formes fonctionnelles de l'hypertrophie de croissance.

L'hypertrophie de croissance, qui évolue quelquefois sans aucun trouble, revêt ordinairement trois formes fonctionnelles ; elle se révèle par des palpitations, c'est la forme tachycardique ; d'autres fois, ce sera la forme dyspnéique; enfin, ce qui est bien plus singulier, c'est la forme céphalalgique, qui est souvent méconnue dans son origine.

Forme tachycardique. — Les palpitations constituent quelquefois le seul phénomène accusé parle jeune malade (c'est ce qui a trompé C. Paul) et paraissent plus fréquentes dans la dilatation que dans l'hypertrophie vraie. La plupart des médecins qui les observent, et qui savent bien qu'elles ne dépendent pas d'une lésion mitrale, les considèrent habituellement comme d'ordre névro-asthénique, bien qu'elles

FORMES F0NCTI0?<NELLES DE L'HYPERTROPHIE DE CROISSANCE. Ml

ne reconnaissent nullement l'origincémolive, ni l'onanisme; si en même temps il se trouve de l'hypertrophie, on intervertit l'ordre d'apparition des phénomènes, et on suppose que le cœur s'hypertrophie à la suite de cette tachycardie. 11 suffit, pour éliminer cette hypothèse, de remarquer que le cœur peut battre d'une manière démesurément fréquente, ou même désordonnée, pendant des années sans subir la moindre hypertrophie; le débit du cœur, dans ces cas, est simplement différent; trois contractions rapides, superficielles du cœur, n'expulsent pas plus de sang dans l'unité de temps qu'une simple contraction énergique et pleine (Marey). On voit des hystériques, et surtout des tachycardiques, atteints de la maladie de Basedow (goitre et exophtalmie) avec 140 et jusqu'à 180 battements à la minute, sans présenter la moindre augmentation de volume du cœur; ce ne sont pas les palpitations qui produisent l'hypertrophie, c'est l'inverse qui a lieu.

Forme di/spnéique. — Il est des malades qui n'ont pas de trouble dans le rythme des pulsations ; ils se plaignent d'une gène respiratoire, parfois constante, même au repos, mais se produisant surtout à l'occasion d'exercices prolongés ou violents, sans que l'auscultation révèle un trouble quelconque de respiration, ni le souffle présystolique qui montre l'existence du rétrécissement mitral.

Forme céphalalgique. — Le troisième type paraît tout à l'ait étranger au cœur ; il se dessine par une céphalée bien décrite par Charcot, Keller, René Blache, mais dont on n'avait pas soupçonné les rapports de causalité avec l'accroissement physiologique du cœur ; c'est bien une céphalée de croissance, mais indirecte; c'est en réalité une hypertrophie cardiaque de croissance avec céphalée ; elle est caractérisée par les maux de tête frontaux continus, qui se renouvellent sûrement à chaque tentative de travail inlel-

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lectucl, se dissipent souvent à Tair et pendant le repos de l'esprit, pour reparaître ensuite, souvent des mois entiers, avec ou sans interruption. Distincte de la migraine, parce qu'elle n'est pas hcmicranique, parce qu'elle est sans rapport avec les fonctions visuelles, et qu'elle n'est pas suivie de vomissements, la céphalée cardiaque de croissance s'observe le plus souvent pendant la vie active de l'éducation, entre treize et vingt ans, et reconnaît souvent pour cause la contention d'esprit chez les travailleurs, mais parfois aussi les moindres efforts d'attention chez les élèves médiocrement assidus.

Chez les enfants plus jeunes, elle n'est pas rare; lorsqu'il s'agit de jeunes filles, surtout près de l'époque du développement sexuel, elle ne manque pas d'être confondue soit avec des névralgies, bien qu'elle ne soit jamais localisée dans un nerf, soit avec la chlorose, bien qu'il n'y ait point de traces d'hypohémoglobinémie, ni de souffle dans les vaisseaux. Quel que soit le sexe de ces enfants, s'ils sont dans de bonnes conditions d'hygiène, il n'y a pas d'autre cause à invoquer que l'hypertrophie de croissance; Mais comment agit le cœur hypertrophié sur l'encéphale? Est-ce en le vascularisant, ce qui est probable, ou en l'anémiant, ce que rien ne démontre? Le rapport du phénomène à la cause n'est pas douteux.

§ 5. — Pronostic et préceptes hygiéniques.

Des différences importantes séparent l'hypertrophie des adolescents et l'ectasie simple ou hypertrophique de l'enfance; les adolescents guérissent toujours, mais lentement, après avoir été souvent entravés dans leurs études, dans leur travail, souvent mêmecorapromis dans leur avenir; l'accroissement se continuant jusqu'à vingt et un et même vingt-cinq

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