‹ Traité des maladies du cœurChapitre 225 sur 418 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De la plupart des recherches récentes il ressort une tendance ou absolument contraire aux travaux anciens, ou simplement complémentaire de ces travaux. Ce changement d'orientation de la pathologie du cœur, consiste manifestement dans le recul des données anatomiques, en regard des données physiologiques et fonctionnelles. Dans les dix dernières années, les mémoires anatomiques sur la texture du cœur, sur l'hypertrophie et la dilatation de ses ventricules, sur la constitution de ses valvules, fournirent à la science, nombre de documents complétés par l'usage des méthodes cliniques les plus exactes. Ce qui pouvait être éclairé relativement à la clinique du cœur le fut en réalité, et il se trouva ainsi finalement un véritable épuisement des sources où l'anatomie pathologique venait se puiser avec les procédés d'examen qui paraissaient rigoureux et indiscutables.

Aujourd'hui on voit prédominer le principe physiologique, qui repose d'ailleurs sur le fonctionnement vital du cœur malade.

Fonction vitale du cœur. La question : Comment travaille un cœur lésé dans sa texture, présuppose sans doute la connaissance exacte des données de l'histologie. Le problème ainsi posé se réfléchit à son tour sur une conception plus large, ou moins mécanique, sur une étude plus intime, de ce cœur altéré. C'est pourquoi nous devons tendre à faire marcher de front la notion des troubles fonctionnels avec celle de la lésion. Nous n'avons d'ailleurs pas à oublier que les perturbations du travail du cœur avaient bien été prises en considération par les cliniciens préoccupés des changements anatomiques ; mais ils passèrent à côté du mécanisme, du déterminisme qui ne commença guère a fixer l'attention que dans ces trois ou quatre dernières années.

INTllODUCTION

La prédominance du point de vue physiologique va désormais nous mener à de nombreuses déviations dans les types traditionnels des maladies cardiaques. Il ne s'agit plus en effet de rapporter la signification des symptômes, du diagnostic, et même de la thérapeutique au degré de l'altération anatomique, mais bien à l'intensité du trouble de l'activité vitale. C'est la force du travail cardiaque qui doit nous servir de fil conducteur.

On aremarqué souvent, ce qui justifie notre doctrine actuelle, que les même types morbides correspondent h des troubles très divers ou même à des désordres pathologiques opposés. On peut observer inversement avec des altérations en apparence identiques, les degrés les plus variés de la maladie anatomique et sous ce nom je comprends ce qu'on appelle dédaigneusement les lésions macroscopiques, prétentieusement l'anatomie fme,et faussement la genèse des lésions. Il n'y a en somme que la physiologie normale ou troublée du cœur, qui nous intéresse désormais.

Physiologie des médicaments. Ce que je dis de la physiologie du cœur s'applique naturellement à l'action physiologique des médicaments comparée à celle du système cardiaque, lequel comprend le cœur très oublié aujourd'hui, étouffé qu'il est dans les vaisseaux plus ou moins sclérosés contre lesquels la thérapeutique ne peut rien, si ce n'est sur les nobles restes survivants des vaisseaux. Les médicaments cardiaques, seront donc rigoureusement et expérimentalement éprouvés avant de mériter le nom de cardiaques, qu'on a trop gaspillé, en l'appliquant aussi aux nerfs du cœur qu'on comprend aujourd'hui tout autrement qu'il y a peu d'années encore.

La physiologie va dominer encore les manifestations des maladies, c'est-à-dire les symptômes.

Symptômes. Aussi nous n'avons pas toujours à intervenir dans l'évolution des maladies du cœur, et si telle est notre visée, elle ne se réalisera que rarement, de sorte qu'il faut se borner à mettre fin aux troubles soulevés par ces maladies, c'està-dire aux symptômes, aux syndromes ou symptômes coordonnés. Que ceux-ci soient inhérents au cœur, ou bien situés aux frontières de l'action cardiaque, l'indication de les traiter, de les ramener en bon ordre s'impose d'ores et déjà, car la vie

Page 1