IODE DANS LES AFFECTIONS BRONCHIQUES
n'y a pas d'asthme qui n'entraîne outre l'élément nerveuxbulbaire soit direct, soit réflexe, un état secrétoire, c'est-àdire un catarrhe, et un emphymèse, c'est-à-dire un état de distension ou de dilatation plus ou moins durable des alvéoles. Ces laits bien établis, quelle est leur relation réciproque. La névrose ouvre la série ; si l'on en croit certaines théories ingénieuses, elle comprendranon seulementle centre respiratoire mais le centre vasomoteur, qui sont situés tous deux dans le bulbe. Du premier dépendra le spasme du diaphragme et celui des|muscles bronchiques (ce dernier est contesté); l'autre centre, le vaso-moteur, provoquera dans la muqueuse une vaso-dilatation avec hypérémie et gonflement des tissus de la muqueuse. C'est là le commencement de la deuxième lésion, c'est-à-dire de la bronchiolite ou du catarrhe bronchique avec exsudât en spirale de Gurshman, et des cristaux spéciaux. Ce catarrhe peut prédominer et persister, ce sera alors l'asthme catarrhal qui est marqué par moins de dyspnée etplus de râles. Enfin, sous l'influence mécanique se produit l'obstacle qu'il apporte à l'inspiration,il se produit de l'emphysème. Quefaitriodure?Il actionne le centre respiratoire en facilitant la circulation; il force la vasodilatation ; et par cela il augmente la sécrétion catarrhale permettant ainsi aux bronchioles de devenir perméables, de sorte que les alvéoles se dégagent et que l'emphysème se trouve annulé.
(b ) Bronchites chroniques. Si le catarrhe reste permanent ou prédominant, l'iodure continuera la même œuvre d'hypersécrétion, et de liquéfaction des produits catarrhaux.
Il en est de même lorsque le catarrhe est primitif et l'asthme consécutif.
Le catarrhe chronique est appelé sec (Laennec) ou blennorrhëique selon la quantité de l'exsudat. L'iode convient surtout dans le premier cas; il est inutile lorsque l'exsudat est abondant ou liquide. Dans le premier cas il y aune dyspnée considérable continue ou paroxystique, une toux sèche, pénible, des râles sous crépitants auxdeux bases, et de l'emphysème; tout cela est du domaine de l'iode; dans le deuxième cas iln'y a qu'une dyspnée modérée, vu la perméabilité des bronchioles, une toux grasse, peu ou pas d'emphysème, des râles très humides ; l'iode n'a pas d'emploi.
CHAP. V. — lÛDURES
Ces catarrhes bronchiques sont rarement primitifs ; ie plus souvent consécutifs à l'asthme ils doivent être traités comme le catarrhe asthmatique ; d'autrefois ce sont des catarrhes d'origine cardiaque ou vasculaire, qui seront visés plus loin ; fréquemment il s'agit de bronchites albuminuriques qui repoussent Tusage de l'iode. On voit qu'en somme l'iode est bien moins utile dansles bronchites que dans l'asthme et ses suites, où il règne en souverain . Il sera toujours nécessaire pour établir les indications, d'analyser la filiation, l'enchaînement de l'asthme et du catarrhe ou inversement.
(a) Il n'en est pas de même de l'emphysème ; à l'exception de l'emphysème constitutionnel de l'enfance, l'emphysème primitif est une abstraction ; la dilatation alvéolaire et la rupture des cloisons inter-alvéolaires qui caractérisent cette lésion sont toujours le résultat soit del'asthme (dyspnée asthmatique) soit de causes mécaniques comme le catarrhe bronchique ou primitif ou cardiaque ; tous les emphysèmes peuvent être considérés comme ayant le poumon forcé, c'està-dire avec une élasticité compromise ou perdue ; il s'agit de la reconstituer par des procédés qui modifient la texture du tissu pulmonaire, et remédient à la dyspnée permanente provoquée par l'inertie du poumon. C'est encore l'iode qui paraît le plus efficace pour remplir cette double indication ; j'ai vu. peut-être une centaine de cas d'asthme permanent avec emphysème général, dyspnée énorme incessante, absence presqu'absolue de murmure respiratoire, sibilance généralisée, et. déjà affaiblissement du cœur avec la cyanose. Dans tous ces; cas qui avaient résisté à tous les traitements usuels, j'ai pui arriver à l'aide d'une iodothérapie permanente à réduire lai dyspnée au minimum; dans ces derniers temps j'ai trouvé uni moyen auxiliaire des plus puissants dont il sera question plus; loin.
(b) Le traitement de la toux est le corollaire de la thérapeutique' des affections broncho-pulmonaires. Cet acte physiologique» réflexe consiste après une inspiration profonde en une expiration brusque de l'air, qui entraîne les matières microbiques^ muqueuses ou purulentes encombrant les voies respiratoires.. Cette expulsion ou expectoration assure le libre passage de? l'air ; c'est un moyen de défense qu'il faut favoriser au lieu deî
ACTION LEUCOCYTAIRE DE l'iODE
l'arrêter brutalement avec l'ineptie qu'on met ordinairement pour satisfaire aux désirs immodérés des malades ; c'est l'iodure qu'il faut prescrire, la toux ne doit être combattue que quand par elle-même, c'est-à-dire par sa persistance, sa violence, elle peut déterminer des accidents comme l'emphysème, des congestions pulmonaires ou cérébrales, de la réac-
.tion fébrile ; dans ces cas souvent les narcotiques suffisent; sinon il faut venir à leur secours par l'adjonction de l'iode.
Voilà la totalité des indications de l'iodure employé à titre de respiratoire ou broncho-pulmonaire.
11 me reste à parler de l'iode comme réducteur. III. Action hématique, leucocytaire, et réductrice. Action
-de l'iode sur le sang et les oxydations. Les iodures n'agissent pas sur le sang d'une façon régulière. Contrairement à l'opinion ancienne, ils ne sont ni des coagulants ni des dissolvants du sang, et ce n'est que par des doses manifestement toxiques qu'on voit arriver la dissolution des globules, comme par le chlorate de potasse ; dans les conditions ordinaires, il se trouve que les albuminates et les autres éléments du sang, et même les solutions d'hémoglobine, peuvent absorber une quantité assez marquée d'iode sans perdre leurs propriétés caractéristiques; il y a plus: l'iodo-hémoglobine montre au spectroscope les mêmes apparences que l'oxy-hémoglobine. Voilà un premier point acquis ; il prouve que l'iodure de potassium peut, au point de vue delà constitution du sang, être continué non seulement sans inconvénient, mais même avec de réels avantages.
On a admis une certaine affinité de l'iode avec d'autres éléments du sang, c'est avec les albuminates; mais cette combinaison n'a pas de stabilité et se détruit facilement par la coagulation de l'albumine; l'alcali devenu libre de l'albumine se combme avec l'iode de manière à former un iodure et un lodate; ces deux sels circulent l'un à côté de l'autre dans le sang, qui, comme nous le savons déjà, reste parfaitement intact. On voit que nous sommes loin d'une oxydation véritable, tomme 1 iode agit sur la dénutrition de certains tissus, on ?nl 'r^'^'f oxydation exagérée, et par cela même une ovvd. tormation plus marquée d'urée, devant s'éliminer par les urinos. Or il se trouve que Rabuteau et Fubini constatèrent par
CHAI'. V. — lObURKS
Combinaisons vagues lodoalbumineuse ou
iodoalcalines
Réabsorption
des expériences personnelles plutôt une diminution de l'urée qu'une usure des tissus avec excès de déchets ; V. Bock n'a pas constaté la moindre modification de Turée. Dénutrition et oxydation des tissus ne sont donc pas synonymes ; dans le cas particulier, l'iode agit sur les tissus en raison de son affinité bien connue avec l'hydrogène, et il se produit de l'acide iodhydrique, en même temps qu'il s'opère une destruction moléculaire de la trame de certains tissus organisés.
Mais depuis les recherches de Schultze, puis de Rohman et Malachowski, il est démontré qu'il n'y a pas d'oxydation sans qu'il y ait un corps réducteur. Si ces substances ne sont pas là, l'oxydation n'a pas lieu. Pour la favoriser il faut alors d'énormes doses de bicarbonate de soude qui empêche la formation des nitrates constituant l'iodisme. Normalement l'iode reparaît dans les urines sous forme d'iodure de potassium, ce qui s'explique aisément, car si l'iode devient libre dans certains tissus ou parenchymes, il est de nouveau repris par les alcalis i du sang; il continue ainsi à progresser et à se métamorpho-ser, jusqu'à ce qu'il trouve à s'éliminer dans les reins comme' iodure, tandis qu'une autre partie d'iode reste libre et passe à. ce qu'on croit comme tel dans les urines, grâce à l'action dui tissu rénal qui est acide. C'est à cette incessante transformation de l'iode en iodure (et réciproquement) qu'est due l'inno-cuité de l'iodure de potassium, qu'il ne faut pas considérercomme un poison (Binz). Chez les animaux nous avons souventl injecté jusqu'à un gramme d'iodure par kilogr. d'animal sansf produire d'intoxication, ce qui ferait 10 grammes pour uni homme adulte.
En somme l'iode quel qu'il soit, une fois résorbé, par exemple? sous forme de solution alcaline (solution de Lugol) entre pourr la plus grande partie en combinaison avec l'albumine du sang,, en partie avec les alcalins, pour se transformer peu à peu eni iodate, et plus tard en iodure, et s'éliminer en iodure.
Mais en s'élimin'ant parla bouche, l'estomac, l'intestin, l'iode? peut de nouveau être résorbé et circuler longtemps en minimeî quantité. Finalement ce sont les reins qui délivrent l'organisme? de son iode, et s'il est abondant, ce sera en tant qu'albuminate..
Si de grandes quantités d'iode libre sont incorporées, les globules sanguins se détruisent, d'où il résulte des thromboses,,
lODURE COMME RÉDUCTEUR ET fiOITRE
des hématuries, des néphrites, comme par le chlorate de po- jjffeu tasse. Le même effet se produit dans les' expériences, par les "sur iodates et par Fiodure de sodium injecté. A dose concentrée ^l^f^^ l'iode libre paralyse les leucocytes. LorsquHl est appliqué;sur J^^^^ les plaies ou injecté dans les cavités séreuses, l'iodure de potassium excite les leucocytes, et y produit une activité considérable; la diapédèse augmente, de même que le transport éventuel de particules étrangères importées. En outre, d'après les recherches de Schleich (Mon. 90 p. MO) qui employa Tiodure à 2 ou 3 grammes pour favoriser la formation des bourgeons charnus, sur tout dans les plaies des cavités, on voit émigrer en très grand nombre les leucocytes dans les régions où la circulation est troublée, où l'activité nutritive ou d'organisation des tissus est languissante; l'iodure par cette leucocytose favorise la résorption des exsudais, et celle des néoplasmes tendant à la dégénérescence graisseuse. (Voir plus loin).
lodure comme réducteur. — A titre de réducteur nous trouvons l'iodure dans des circonstances très diverses, tout d'abord dans la cure empirique du goitre qui était traité de temps immémorial dans le Valais et dans la vallée du Rhône par les éponges desséchées. On trouva l'iode (1820) après que Courtois et Gay-Lussac l'avaient déjà découvert (1812) dans les eaux mères dessoudes de Varech. Il s'agit là du goitre endémique que Ghatin attribue à la nature faiblement iodée des eaux potables, et que Bordier a rapproché de la malaria. Je ne parle pas du goitre épidémique aigu ; le goitre exophthalmique sera étudié plus loin. Pour le goitre endémique qui règne dans les vallées des Alpes, des Vosges, des Pyrénées et c.ela de connivence avec le crétinisme, l'iode estditon souverain; maissonactionafourni dos interprétations qu'on a considérées comme vaines et incompréhensibles. Il y a quarante ans, un chirurgien éminent Roser, a noté à la suite de l'iode, mais non par l'iode, une série d'accidents nerveux qu'on appelle aujourd'hui l'iodisme nerveux (douleurs de tête, insomnie, faiblesse, pouls rapide et Iremblottant avec palpitations, syncopes, faiblesse des sens, stupeur et parfois des convulsions. Pour Roser, ces accidents ne s'observent que chez les goitreux traités par l'iode, et quand le goitre commençait à disparaître. Rilliet a émis vers le même époque la même opinion et ne fut pas plus écouté
CHAI'. V. — lODURES
que Roser. D'après l'opinion dominante il s'agissait tout simplement de troubles de circulation subits dus à la décompression des vaisseaux du cou par suite de la réduction du goitre. Mais il est démontré que les extirpations totales ou partielles ne produisent rien de pareil ; une ablation complète de la thyroïde a encore été récemment accomplie par Tillaux sans qu'il en résultât de troubles sérieux, mais était-ce le vrai goitre, évidemment non. Ce qu'on a décrit sous le nom de cachexie abthyroïdienne ne ressemble en rien aux phénomènes d'oligaimie cérébrale ni à ceux de l'iodisme cérébral. 11 s'agit selon toute vraisemblance, de ces graves altérations qu'on appelle le myxœdème bien décrit par Bourneville, d'une de ces profondes cachexies qu'on observe à la suite de Fextirpation du pancréas, des glandes surrénales et du corps thyroïde (Gley). Il se passe dans ces organes une fonction trophique, dont la suppression trouble tout l'organisme au point d'en compromettre l'existence. Cette étude des cachexies strumiprives glandulaires ouvre une voie nouvelle, qui semble devoir s'étendre en sens inverse des sucs interstitiels dont Brown Sequard et Darsonval ont commencé à signaler et à vanter les bienfaits. Toujours est-il que dans le cas présent il ne s'agit plus de l'iodisme et de sa caractéristique cérébro-médullaire ou cardiaque ; la vraie question comporte une interprétation d'ordre Goitre- pai'enchymateux, si on peut l'appeler ainsi. Ce qui prouve qu'il exoph- s'agit avant tout du vrai goitre, c'est que dans une autre forme
talmique , , o > -x
de goitre appelée exophthalmique 1 iodure de potassium ne produit plus rien de ces désordres parenchymateux ; mais il a le tort d'augmenter considérablement les troubles cardiovasculaires et surtout ce délire vaso-moteur qui constituent le caractère spécial du goitre exophthalmique. 11 se trouve donc absolument contr'indiqué dans cette maladie qui constitue une forme spéciale d'éréthisme cardiaque et vasculaire. Il nous reste à signaler le rôle réducteur de l'iodure dans
'gu'édr Tadipose générale et partielle ; les plantes iodifères avaient leu- ^^j^ indiquées; l'iodure lui-même me paraît indispensable
cocytose pour compléter les cures d'amaigrissement ; il y a àreraplir
iodique. ^ , , . , i i
une condition, c est d être très reserve sur la dose; 1 gramme a 0,5 est suffisant pour atteindre ce but ; il présente aussi un avantage marqué, c'est de permettre une sévérité moindre du ré-