INDICATIONS PRATIQUES
en réserve, grâce aussi à des hypertrophies du ventricule gauche, dont on reconnaît actuellement la réalité, après l'avoir niée catégoriquement. Nous avons maintenant une preuve nouvelle de l'innocuité relative du rétrécissement mitral, que j'ai proclamée il y a quatre ans.
En troisième lieu : orifices et valvules aortiques. Du degré de lésion des divers orifices comme bases du pronostic. — Il s'agit d'apprécier le degré de la lésion. Benno Levy, dans un travail curieux, a établi le rapport de la lésion avec les dimensions normales de l'orifice ; ainsi, pour le rétrécissement mitral, il a cherché si l'ouverture est aux trois quarts réduite ou à la moitié ou aux deux tiers du diamètre normal ; et pour l'insuffisance mitrale, ce qui manque lors de la fermeture des valvules. Ainsi à un rétrécissement dont l'orifice a encore les trois quarts de l'étendue normale répond une insuffisance qui n'a plus qu'un quart d'ouverture. On peut dire, en général, qu'un rétrécissement réduit de moitié sera un vice insignifiant qui produit à peine des troubles appréciables ; mais si c'est la valvule mitrale qui ne couvre plus que la moitié de l'orifice, nous avons affaire à une altération valvulaire des plus graves.
Il en est de même pour l'aorte. Si l'ouverture de l'aorte est rétrécie jusqu'au quart du diamètre normal, il peut y avoir une compensation parfaite en supposant que le ventricule gauche fournit autant de travail que normalement ; si, au contraire, lors de l'insuffisance des valvules aortiques l'ouverture ne peut plus se fermer qu'au quart de l'état normal, une compensation devient imposssible.
Tout cela ne saurait être vérifié sur le vivant ; ce n'est qu'une donnée générale. Ce qui est certain, c'est que si pour l'insuffisance aortique, il y a une de ces énormes hypertrophies gauches si fréquentes, la digitale devient inutile. Si on admet une augmentation de pression des artères, le remède est encore inutile et même dangereux. Mais on sait maintenant, comme nous l'avons déjà dit, que la pression est loin d'être permanente ; les pressions retournent facilement à l'état normal, dans ce cas, et sans doute aussi dans d'autres états pathologiques. Huchard a établi avec talent une distinction entre les médicaments dépresseurs et élévateurs de la pression ; je ne sais si elle est applicable d'une manière générale ; en luus les cas elle
^^ÎJ VI. — DIGITALE ET DIGITA UNIQUES
est^trop absolue, trop autoritaire, et trop peu physiologi-
En quatrième lieu, indiquons les fatigues du cœur, ses dégénérescences fibreuses partielles si fréquentes dans les cœurs hypertrophies. Si la dégénérescence du muscle pouvait être générale, il n y aurait plus rien à espérer.
En cinquième lieu, citons à côté des dégénérescences les dilatations du cœur, qu'elles soient primitives ou secondaires atrophiantes ou hypertrophiantes.
Nous voici aux indications douteuses, nulles ou même contraires.
60 Les adiposes cardiaques ne sont guère modifiées par la digitale. Penzold a même cherché à établir que quand la digitale échoue, dans les trois quarts des cas le cœur est graisseux.
7" S'agit-il de palpitations, comme la plupart sont d'ordre paralytique, c est-à-dire produites par la paralysie des nerfs vagues, il ne faut recourir à la digitaline qu'avec les plus grandes précautions, car après leur excitation par la digitale, les nerfs se paralysent rapidement et tombent dans un état analogue à l'état pathologique.
Les affections d'ordre pulmonaire sont souvent modifiées avantageusement par la digitaline ; le cœur droit acquiert souvent un ressort marqué, comme le prouvent nos tracés ; mais ce n'est pas là une règle absolue.
Les néphrites interstitielles sont la plupart du temps hors de la sphère d'action de la digitaline ; car elles déterminent une élévation de tension vasculaire, une hypertrophie cardiaque que la digitaline ne ferait qu'augmenter ; s'il s'agit de polyurie d'origine rénale, le médicament devient inutile ; si enfin il s'agit d'hydropisie brightique, la diurèse digitalique provoquée ne répondra pas au but, qui est de dissiper l'infiltration ; elle y répondra d'autant moins qu'elle ne produit la diurèse qu'eu élevant la pression vasculaire rénale.
Résumé. Au résumé, toute la digitalinisation se traduit en quelques mots. Par tous ses eâets sur l'élasticité du cœur, sur l'ampliation du pouls, sur la prolongation de la systole après celle de la diastole, la digitale est bien plutôt un régulateur delà, circulation, un compensateur, qunn tonique du cœur musculaire.
SERIE DIGITALIQUE
SÉRIE DIGITALIQUE (Suite).
Art. I. — Digitaliniques glycosides.
A côté de la digitaline et des autres principes de la digitale vient se placer un grand nombre de poisons surtout des glycosides qu'on peut catégoriser en quatre séries.
A côté de la digitaline (G ^ H ^ 0 2) peu soluble dans l'eau, faiblement soluble dans l'alcool, difficilement cristallisable se place :
1° La strophantine, à laquelle nous consacrons une part spéciale. Giyco-
sidcs
L'ouabaïne récemment étudiée, semblable à l'antiarine , cristaïu-
provenant de l'upsas antiar (G H 20 QS). 'ti^'
La deuxième série comprend des substances non glycosides jf^fq^és
en partie cristallisables, dont le prototype est la digitonine qui (b)
est entièrement insoluble dans l'eau, facilement soluble dans sidiques
l'alcool et le chloroforme . ^digu"
taliniques.
Erythropheïne. L'érythropheïne que nous avons décrite il y a six ans est extraite du mancone ; elle se rapproche de la digitonine.
L'apocynineum cannabinum apocynine. — L'apocynine cannabium contient deux principes qui ont la plus grande analogie avec ceux de la digitale ; c'est l'apocynine non glycoside facilement soluble dans l'acool et l'éther, cristallisable ; c'est une substance comme résineuse, amorphe, qui arrête le cœur de la grenouille ; l'apocynéine, qui est au contraire un glycoside ne cadre pas exactement avec la digitonine ; ni l'un ni l'autre de ces principes n'a été expérimenté.
Dans la troisième série nous trouvons des substances importantes. Glyco-
La sciUaïne.
L'adonidine. taiii- La convallamarine qui seront toutes décrites. (d) '
La quatrième série a pour prototype la digitaléïne très ^^es'
soluble qui existe dans les diverses parties de la plante. G'est dans cette série qu'on note : "^"°^* L'oléandrine, la néréïne, la nériantine; l'oleander nerium
ou laurier-rose que Dujardin-Beaumelz chercha à réhabiliter,