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I. Action cardiaque et vasculaire. L'action de la quinine

sur le cœur et la circulation est loin d'être nettement accusée comme celle des médicaments cardiaques proprement dits ; des divergences nombreuses se sont révélées, mais elles s'expliquent.

Chez les animaux a sang chaud les petites et moyennes doses de quinine (jusqu'à 1 gram.) peuvent produire une augmentation du nombre des battements du cœur et une élévation de la pression. La cause en est sans doute dans une irritation directe du muscle cardiaque (Jerusalimski).

Le nerf vague reste indemme et l'action quinique mesurée par un courant d'induction et comparée à l'action de l'atropine est si faible qu'on ne saurait la prendre en considération. Si en effet ou coupe les nerfs vagues et si on injecte de la quinine, le cœur reste normal.

Par des doses élevées de quinine (1 gram. à 2 gram.) les choses se passent tout autrement. Tous les observateurs (Briquet, Dumé- ment ril, Ileil, Shlokow, Lewitzky, Schroff, Liebermeister etc.) sont cœur.

^56 CHAI'. VIII TRn. — MÉDICATIONS AUXIUAIUES EXCITANTEOU TUOPHKJCK

d'accord pour dire que chez l'homme sain et surtout chez le fébricitant, l'activité du cœur se ralentit et s'affaiblit. Jerusalminski ail'irme avoir vu sur un chien uneaugmentation du nombre des battements ; il admet du moins qu'ils s'aiï'aiblissent en raison du nombre, de sorte que le pouls devient à peine sensible. Nous n'avons rien vu de semblable ; la force du coeuise conserve intacl^e chez les fébricitants quinisés,

La cause du ralentissement, et sur ce point on est encore d'accord, n'est pas dans une excitation des nerfs vagues, car il se manifeste même après la section de ces nerfs, et persiste, bien qu'à cette période de l'action quinique, ces nerfs soient difficilement excitables par les courants électriques. Il est probable qu'il s'agit ici d'une dépréciation avec affaiblissement du myocarde ; la section des nerfs vagues avant ou après l'administration de la quinine ne change en rien la situation ; nous l'avons vérifié dans nos expériences faites en 1883 avec Rochefontaine (communication à l'institut 1883), Dirai- Des doses fortes de quinine déterminent constamment une di- ""de"" minution de la pression ; Briquet avait déjà noté cette déprespression g-^^^ gg traduisant par 7 à 20 millimètres, c'est-à-dire lelQe jusqu'au quart de la pression normale. Nous avons après quelques irrégularités et une forte surpression (notées surtout par Laborde), vu la pression descendre jusqu'à 5 centimètres chez, un chien après Fingestien stomacale d'un gramme de quinine. Cet abaissement de la pression se retrouve encore plus net lorsqu'on injecte la substance dans les veines par petites doses de 2 à 22 centigr. étendus d'eau; il peut se traduire par 3 ou 4 centimètres de la colonne totale de mercure.

Causes A quoi est dû cette diminution de pression. Lorsque le cœur d%vL n'est nullement affaibli, la pression amoindrie ne peut dépendre que d'une paralysie vasculaire, plus ou moins complète ; quelle est son origine? dans le centre vaso-moteur bulbaire ou dans les parois vasculaires elles-mêmes ;

On avait édifié toute la théorie de l'action quinique antifébrile sur une alternance de vaso-dilatation (dans le frisson) et de vasodilatation (dans la période de chaleur fébrile). Mais ces manifestations ne s'observent réellement que quand on injecte un sel de quinine directement dans les artères ; dans ce cas d survient une paralysie vasculaire. Mais en dehors de cette con-

ÛUININE

dition on ne saurait produire cette vaso-paralysation centrale. Excitez les nerfs dépresseurs (de Gyon) dont l'irritation, comme l'on sait, produit sûrement une dilatation des artères : et vous ne verrez pas se produire la moindre influence sur la chute de la pression quinique ; car celle-ci a lieu, que ces nerfs soient coupés ou non. Il est donc impossible que cette chute soit due à une excitation quinique des nerfs dépresseurs.

D'une autre part, si on supprime l'innervation des vaisseaux de l'oreille chez un lapin, en détruisant le rameau cervical du plexus de ce nom, la branche provenant de la 5^ paire et du sympathique, on obtient encore par de fortes doses de quinine, une nouvelle dilatation des vaisseaux de l'oreille ; celle-ci ne peut provenir que d'une paralysie directe de la paroi vasculaire. Je ne parle pas d'une action constrictive observée par Appert et Arnold sur les capillaires du mésentère de la grenouille avec affaiblissement simultané du cœur. De Bash remarque avec raison que les artères se resserrent chaque fois que le cœur, par une cause quelconque travaille avec une énergie moindre.

Nous pouvons conclure de tout ceci : 1° que le cœur se ralentit, mais sans perdre de sa force, 2° qu'il survient constamment une diminution de pression vasculaire, diminution indépendante du cœur, et probablement due à un affaiblissement direct et périphérique des vaisseaux.

Une autre conclusion découle de son antagonisme avec la digi- Qui, taie. Nous avions appris, et soutenu la conservation de la force ^.^^^ cardiaque contre tous ceux qui admettaient un affaiblissement de l'organe, soumettant lè ralentissement à la faiblesse, et expliquant la faiblesse de l'organe par la diminution de pression. Or ici il s'agit d'un véritable renforcement, mais, c'est de la diastole de l'oreillette et du ventricule, sans modification de la systole ; il en résulte que la quantité de sang expulsée par chaque systole est augmentée. Mais k dose forte (2 millig. pour un cœur de grenouille), la systole se manifeste plus lentement. A ce moment 2 millig.de digitaleprovoquentla cessation de cette diastole excessif e, et constitue le vrai contrepoison de la quinine, au point de vue du cœur. Nous avons donc h faire k une activité quinique spéciale du cœur, qui ne ressemble en rien k l'activité digitalique.

%8 GHAP.VIUTER. — MKDIOATIONSAUXIMAIURS EXCITANTE OU TROPHIQUE

[[.Action sur le sang, les globules, etc. Binz ouvrit la voi des recherches sur le sang en 1867 ; elle nous éclaire jusqu'à un certain point sur le pouvoir curatif de la quinine dans les aiïections paludéennes, qui sont caractérisées, comme on le sait maintenant, par des plasmodies spécifiques. Elle nous montre la quinine agissant sur les processus de fermentation, par exemple de la fermentation alcoolique, lactique et butyrique, et cette action est tout simplement une influence mortelle sur les microorganismes qui produisent ces actes fermentatifs.

En général les sels de quinine produisent sur les organismes inférieurs un effet toxique bien autrement marqué que sur les animaux supérieurs.

Les globules blancs perdent par la quinine leurs mouvements amiboïdes et se comportent par conséquent comme des infusoires. Chez les animaux h sang chaud et vivants on peut avec de fortes doses de quinine (1 /2000 du poids du corps) abaisser le nombre des leucocytes jusqu'au quart du chiffre primitif. La diapédèse des globules blancs à travers les vaisseaux du mésentère enflammé peut être enrayée par une injection de quinine. Il en est de même lors de la formation du pus, même quand le cœur a conservé sa force (Binz, Scharrenberoich, Winter et Martin, Jérusalimski.

Les globules rouges, d'après Manasseïn, sont augmentés de volume, et cela sous la double influence d'une forte dose de quinine et d'une température élevée. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la fixation de l'oxygène sur l'hémoglobine, ce qui fait que ce gaz s'élimine en moindre quantité . (Bonwetsch, Binz, Rossbach) ; la formation rapide et considérable d'acides, qui a lieu dans le sang frais sous l'influence de l'air et par l'intervention des globules rouges, est manifestement diminuée par l'injection des moindres quantités de quinine dans le sang. Elle affaiblit aussi la réaction de l'ozone, qu'on observe dans le sang lorsqu'on y plonge un papier de gaïac, que la quinine ait été ajoutée au sang fraîchement extrait, ou au sang en circulation.

On sait d'ailleurs aujourd'hui que la paroi vasculaire comme d'autres tissus frais a le pouvoir de priver l'oxyhémoglobine d'une partie de son oxygène. La quinine agit de môme. On admet enfin, d'après les recherches modernes, que la coagulation du sang doit être considérée comme une fermentation. Zuntz fait

gU(NlNE

agir de la quinine sur le sang frais d'un lapin ; au bout de 3/4 d'heure il vit le sang encore fluide commencer seulement alors sa coagulation.

Combustions. Elles sont amoindries. Ranke sur un homme sain vit l'urée diminuer de 21 0/0 pendant les 48 heures. Kerner a observé le même fait. Les acides sulfoconjugués diminuent également dans les urines. Tout ceci a été vérifié par Zuntz et par Bûk, qui opéra sur un animal à la ration d'entretien. GO^ diminue également de 9 à 10 0/0 qui correspond au chiffre de 21 0/0 que subit la dénutrition des tissus albumineux (Kumagava, Clblatt 1881 et Léman n 1889).

L'O absorbé présente une réduction proportionnée à GO^ exhalé. Strassbourg trouva sur l'homme sain 7 gr. de moins de GO-, et chez un animal fébricitant 1 gr. 50 de moins avec diminution proportionnelle de l'O absorbé.

Plasmodies. Effets sur la température. Au milieu de toutes ces manifestations, la température chez l'homme sain ou apyrétique reste à peu près normale, c'est à peine si elle change de quelques dixièmes de degré, tantôt en plus comme Liebermeister l'a observé après une dose de deux grammes, tantôt en moins, comme l'a noté Sidney-Ringer après une dose de 1 gram. 2o. On a cru remarquer qu'elle s'accuse moins par le travail musculaire chez les quinisés et tend moins à provoquer la températur-e.

IIL Applications. Quandon estvenu nousparlerde la quinine, comme d'un névrosthénique, on a fait une hypothèse ; quand on est venu nous dire qu'il s'agit d'un médicament d'épargne, comme le croit Robin, on peut rester dans le doute, quand enfin h mon tour j'ai ajouté une page à l'histoire cardiaque de la quinine, en invoquant son double effet en sens contraire, k savoir la diminution de pression vasculaire, et d'une autre part, l'augmentation de la force diastolique auriculo-ventriculaire, ; c'est-à-dire une suractivité de la circulation, je serai près de la I vérité, échappant ainsi à toutes les contradictions qui se sont produites dans tous les temps à ce sujet, et à toutes les controverses qui se sont reproduites à l'égard de la thèse queje soutiens. Ceci étant acquis, on peut rendre quelques services aux j cardiaques en favorisant la circulation par la dilatation dias-

260 CIIAP.VIIITEn. — MKDICATIONS AUXILIAIRES EXCITANTEOUTROPHIQUK

lolique qui n'est pas contrariée par la vaso-constriction, comme cela a lieu par la digitaline.

Il m'est arrivé de voir associer parfois ces deux médicaments, il y a là une hérésie physiologique, car ils sont antagonistes ; mais on peut rationnellement faire succéder la quinine, à la digitale lorsque celle-ci refuse le service.

Dans tous les cas il est commandé de procéder par doses modérées; et c'est pourquoi je n'ai pas à décrire l'ivresse quinique (avec les bruissements d'oreilles, la surdité, le vertige, les nausées et les vomissements) qui ne se produit que par suite des doses élevées d'un gramme à deux; c'est pour le môme motif,qu'il n'y a pas a discuter le mode d'élimination de la quinine, ni ses oxydations dans le sang, On sait seulement qu'elle ne sert jamais sous la forme primitive, elle subit deux modifications ; c'est la quinine amorphe ou quinoïdine ; la deuxième est un produit d'oxydation appelée hydi-oxyli quinine par Kerner et Chitonine par Lieben-Skraup. D'après ces considérations on peut conclure que la quinine, tout en agissant comme cardiaque est aussi un moyen d'enrayer les dénutritions ; c'est donc un exemple probable d'un tonique d'épargne.

Art. III. — Fer.

Physiologie expérimentale. Le fer à cause de son indispensable intervention dans la constitution de l'hémoglobine des globules rouges constitue un élément corporel, et joue surtout un rôle considérable dans la thérapeutique des anémies vraies, des anémies fausses, des chloroses, qui sont marquées les unes par la diminution du nombre des globules, les autres par de simples apparences du colorit, les troisièmes par une hypohé moglobinémie. Mais il existe une grande difficulté pour élucider le problème physiologique du fer. 11 y a à cela deux raisons; la première c'est que pris à l'intérieur il n'est absorbé que difficilement et qu'il a fallu l'injecter sous la peau ou dans le sang pour le faire pénétrer sûrement; la deuxième raison est celle-ci: lorsqu'on l'injecte directement dans le sang il a des actions tout ;i fait distinctes qui le rapprochent des autres métaux, tandis qu'il est impossible d'étudier ou môme d'effleurer les efl'ets pbysiologiques résultant de l'ingestion du médicament; il semble

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