BRUIT DE DIABLE
§ 2. — Bruit de diable. — Valeur clinique.
Lorsqu'on se place dans les conditions voulues, on observe le phénomène dans l'état physiologique aussi bien que dans rétat pathologique. Weber, Wintrich, Dickore, Tarrot l'ont ronstaté chez 80 à 90 p. 100 des individus sains. Weil a recherché ce souffle chez 600 individus et l'a trouvé 39 fois p. 100 chez l'homme, 46 p. 100 chez la femme, la plupart du tempsàdroiteseulement.Sironcompareceschifl"res avec ceux
qu'on rencontre chez les malades, on est frappé du chiffre de 36.5 p. 100 dans les maladies, parmi lesquelles figurent toutes sortes d'affections chroniques donnant les nombres les plus variables; les néphritiques, seulement 8.3 p. 100, les cardiaques 29 p. 100, les fiévreux 34 p. 100, et les chloroanémiques 51 p. 100. C'est donc dans l'anémie que le souffle est le plus fréquent, mais encore est-il à noter que cela arrive surtout chez les individus jeunes et chez les femmes ; la comparaison avec les individus sains du même âge, du même sexe, peut seule fournir un résultat précis; or sous ce rapport il y a une légère différence en faveur de l'anémie. On ne peut donc pas en tirer une conclusion diagnostique absolue; le bruit de diable n'est pas la mesure de la quantité ni de la qualité du sang. On peut voir disparaître tous les phénomènes chez les chlorotiques qui conservent néanmoins le bruit de diable; on peut voir des jeunes filles d'un teint de cire qui n'ont pas ce bruit, et des jeunes enfants le présenter très nettement.
Dans tous les cas on entendra ce bruit surtout au golfe de la jugulaire interne, c'est-à-dire dans une partie élargie; en effet le souffle est dû au passage rapide du sang d'un endroit rétréci de la veine dans le bulbe veineux qui est plus spa-
'3» SIGNES CARDIOVASnULAIRES.
cieux; tous les expérimentateurs sont d'accord sur ce point, depuis Chauveau, Weil, etc., jusqu'à Bergeon.
§ 2 bis. — Second bruit exagéré du cœur dans 1 anémie.
Récemment Bucquoy, après G. de Mussy, Peter, Guchard, vient d'étudier (Rev. de mécl, 1888) comme signe des anémies l'exagération et le timbre tympanique du deuxième bruit pulmonaire et aortique. D'abord il tend à attribuer ce bruit à une augmentation de la pression sanguine dans ces vaisseaux dont il dit ignorer l'origine, car il n'admet pas avec G. Paul comme cause de pression le spasme permanent de l'appareil vasculaire pulmonaire. Bucquoy, rejetant cette hypothèse, en imagine une autre; il considère que l'état physico-chimique du sang des anémiés rend ce liquide meilleur conducteur du son, ce qui suffit non seulement pour expliquer l'éclat plus grand du bruit diastolique, mais aussi la diffusion des bruits du cœur dans les vaisseaux du cou. Retenons et résumons les faits. C'est surtout lorsque le deuxième bruit est exagéré dans la sphère aortique et dans l'aire de l'artère pulmonaire, qu'il se rapporle à l'anémie, à la chlorose et aux anémies post-hémorragiques. Ce même bruit exagéré a d'autres visées lorsqu'il est dans l'aire aortique; il peut alors révéler l'artério-sclérose avec haute pression artérielle; il est donc ainsi l'opposé de ce qu'il est lorsqu'il comprend les deux orifices! !
§ 3. — Dédonblemcnt des bruïl.s.
Les dédoublements, qui ont été bien étudiés par Bouillaud et Potain, consistent en deux bruits qui se succèdent sans intervalle, ou après une courte pause. Ces bruits qui peuveni exister à l'état physiologique, se relient aux phases respira-
DÉDOUBLEMENT DES imUITS CARDIAQUES. 13»
toires qui exercent une influence marquée sur la pression extra-tlioracique, par conséquent sur la circulation, en ce sens que l'expiration retarde le déversement du sang veineux dans l'oreillette, tandis que l'inspiration affaiblitle travail du ventricule gauche et laisse fléchir la pression dans le système aortique. Selon la prédominance de l'une ou de l'autre phase, la fermeture des valvules du cœur droit et gauche, au lieu d'être synchrone, a lieu d'une manière successive, de telle sorte qu'un des sons est perceptible après l'autre. On comprend d'après cela que le bruit soit souvent passager, et disparaisse par la suractivité du cœur.
Le dédoublement devient pathologique, s'il indique l'asynchronisme de la fermeture des valvules isolées, indépendante des phases respiratoires et aussi des influences nerveuses. En général le dédoublement porte sur le bruit de systole du cœur, le deuxième ton peut subir le même sort; •dans ces cas on a lieu de soupçonner des différences de tension entre l'aorte et l'artère pulmonaire, qui donnent lieu à l'asynchronisme de l'occlusion des valvules semi-lunaires, par conséquent au dédoublement du deuxième ton (Geigel) ; c'est pourquoi on le trouve assez souvent dans le rétrécissement milral; mais ici il s'agit plus souvent d'une présystole que d'un dédoublement du deuxième son. Partout où le son dédoublé devient soufflant, il prend aussitôt un caractère pathologique. Il dépend parfois alors de l'épaississement d'une valvule ou d'une pointe valvulaire, de sorte que les valves intactes se déplissent et résonnent plus tôt que celles qui sont empêchées dans leurs mouvements.
§ 4. — Bruits fîinrajoiités. — Bruit ilo galop.
Bouillaud, puis Potain et Jackson ont signalé un bruit iriplc dont le premier est surajouté aux deux autres naturels.
SIGNES CARDIOVASCULAIRES.
Polain l'a trouvé surtout dans l'iiyperlropliie cardiaque résultant d'une lésion atropliique des reins. Jackson Ta constaté dans l'emphysème avec artério-sclérose, et dans quelques rares cas d'insuffisance milrale.
Bruit de galop. — Il se compose de trois bruits que Fràntzel attribue au dédoublement du ton diastolique. Potain, qui l'a bien décrit, et après lui Leyden, Fr. Franck, considèrent le premier bruit comme surajouté aux deux tons normaux du cœur, bruit sourd placé immédiatement avant le premier ton. Ce bruit serait de nature musculaire et dû à une brusque distension de la paroi ventriculaire (Potain et Franck). Leyden pense plutôt à une contraction préliminaire incomplète faible du ventricule gauche dilaté par une cause quelconque. Il est donc acquis que c'est un bruit musculaire précédant les deux bruits normaux.
Mais il paraît qu'il y a une autre variété de galop. En effet, le bruit surajouté recule parfois tellement dans le grand silence qu'il s'approche du deuxième bruit, et ferait croire, par sa persistance, à un rétrécissement mitral, tandis que, d'après Cuffer et Guinon, ce serait le signe d'une hypertrophie concentrique, qui constitue une maladie bien rare.
S'il s'agit d'une hypertrophie avec dilatation, le bruit surajouté se rapproche du premier bruit (première variété), ei si, en même temps, il apparaît passagèrement un souffle systolique d'insuffisance mitrale (relative), c'est l'indice certain de la dilatation elle-même; or l'hypertrophie avec dilatation ainsi caractérisée constitue une maladie fatale. Ainsi, au point de vue de la signification, cette variété rentrerait pathologiquementdans les catégories par dilatation. Du reste Fràntzel avance, avec raison, que le bruit de galop peut survenir dans les maladies les plus diverses, qui sont caractérisées par une grande faiblesse du muscle. On pourrait à ce compte allonger indéfiniment la liste des variétés de bruits,