‹ Traité des maladies du cœurChapitre 63 sur 418 · CHAPITRE X (a · texte numérisé non relu

CHAPITRE X (a

§ — Foie cardiaque.

Le foie se prend souvent de bonne heure ; ses fonctions, sa circulation, sa texture se trouvent compromises avant celles de tout autre organe. Voici ce qu'on a noté.

1° Tuméfaction du foie. — Tout d'abord, une luméfaclion du foie produite sous l'inHuence de la stase du sang veineux. Comme la distension de la veine cave inférieure par le sang empêche l'évacuation du sang des veines hépatiques dans ce gros tronc veineux, le sang reste stagnant jusque dans les plus petites veinules et dans les capillaires de la veine porte, et de là, par voie rétrograde, jusque dans les branches de la veine porte elle-même; de là, une tuméfaction plus ou moins marquée du foie, qui s'étend jusqu'à plusieurs travers de doigt au-dessous du bord des côtes et même jusque dans la région ombilicale.

2" Ictère. — Souvent celte tuméfaction s'accompagne d'un léger ictère qui n'est reconnaissable qu'aux conjonctives; l'ictère n'est complet que s'il se développe une aifcclion catarrhalc de la muqueuse du conduit cholédoque; Stokes a observé ces ictères. Mon chef de clinique, Talamon, a même

FOIE CARDIAQUE. 18ô

VU des ictères graves dans le cours d'une attaque d'asystolie.

o° Puhations. — Le foie tuméfié présente parfois de véritables pulsations, ce qui tient au reflux du sang daos la veine cave inlei'ieure (pouls jiépatique); il se soulève avec chaque pulsation de l'aorte abdominale qui est systolique. Ces battements se perçoivent surtout à l'hypochondre droit et au niveau du lobe gauche. Pendant l'inspiration, il y a parfois un dédoublement de la pulsation, lequel paraît tenir aux contractions du diaphragme (Potain et Rendu). Au sphygmographe il y a, selon Friedreich, du dicrolisme sur la ligne ascendante ainsi que sur la descente, ce qui tiendrait à un afflux de sang dans l'oreillette au début de la diastole dans les affections mitrales. Parfois aussi la pulsation des veines hépatiques est la cause de ce soulèvement de l'organe; ce fait se passe surtout dans V insuf fisance triciispide (Friedreich, Mahot).

4" Foie cardiaque proprement dit. — Si on examine anatomiquement ce foie, on voit qu'il est chargé de sang, que les veines centrales des lobules sont remplies. Mais bientôt les éléments cellulaires des parties centrales s'atrophient, et, tandis que les segments périphériques de l'organe contiennent des cellules agrandies et remplies de graisse, ils se distinguent nettement des parties centrales atrophiées, et présentent une teinte d'un bleu rouge foncé, de sorte que l'ensemble présente l'image du foie muscade. Avec les progrès de la maladie, les parties périphériques s'atrophient à leur tour, et l'épaississemenfavec hyperplasie du tissu cellulaire interlobulaire résultant de l'hyperhémie veineuse persistante (init par donner au foie une consistance dure et cassante. De là à la cirrhose, il n'y a qu'un pas. Dans ce cas le foie présente des dimensions amoindries et ïascile en est souvent la couséquence.

SIGNES EXTRACAROfAQUES.

5o AscUe. — Dans un grand nombre de cas, le foie est j^i is d'une manière précoce et il se tuméfie; l'ascite qui dépend de la lésion hépatique se manifeste dans ces cas dès le début, même avant l'œdème; quand la cirrhose prend la place de la stase hépatique, l'ascite est inévitable.

§ 2. — Cœnr liépati(|iie.

Nous voici encore une fois dans la série inverse. Une lésion hépatique peut provoquer, d'après Polain, les signes d'une dilatation passagère du cœur analogue à colle qu'on observe à la suite des gastro-atonies. Ce qui est démontré, c'est que les ictères s'accompagnent presque toujours d'un bruit de souffle mi tral (Gangolph, Fischer de Munich); mais ceci ne veut pas dire que ce soit le foie qui détermine directement ou par voie réflexe une maladie du cœur, une dilatation, ni même une insuffisance mitrale passagère; il y a là, parle fait de la présence des acides biliaires dans le sang, une action toxique sur le cœur et sur les vaisseaux, qui se traduit par ce bruit de souffle sans que le foie y pai-licipe directement; c'est le résultat physiologique de l'action de la bile, peutêtre aussi de divers toxiques hépatiques qui attaquent la substance musculaire du cœur et surtout le système frénateur, les nerfs d'arrêt du cœur; en efl'et, comme le démontre Gangolph, qui le premier a observé ce phénomène dans le service de Clément (de Lyon), le souffle mitral n'existe qu'autant qu'il y a ralentissement des battements; or on sait, de longue date, que les acides biliaires, à certaine dose, déterminent le ralentissement et, à dose plus élevée, l'accélération des battements.

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