‹ Traité des maladies du foieChapitre 7 sur 23 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Quoique le foie soit sans contredit l’un des organes de l’économie qui deviennent le plus souvent malades , il n’en est pas un, selon moi, dont les affections soient moins connues. Ce n’est pas qu’on n’ait eu occasion d’observer sur le cadavre la plupart des lésions de structure que ce viscère est susceptible d’offrir ; mais ce qui nous manque , ce sont les moyens d’en constater l’existence pendant la vie. A quels signes certains , je le demande , reconnaîtra-t-on , avant la mort, l’atrophie du foie , les collections sanguine , aqueuse ou séreuse dont il est quelquefois le siège ? Qui pourra préciser les cas où son tissu dégénéré s’est transformé en l’une de ces produc-

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lions organiques que Laennec nomme cyrrhoses y mélanoses , encéyhaloïdes , etc.? Mais si, au lieu de nous arrêter à des états morbides, qui , quoi qu’on en dise , sont tous consécutifs , nous jetons un coup -d’œil sur l’une des altérations les plus communes de l’appareil biliaire , l 'hépatite , nous verrons que rien n’est plus confus , plus incomplet , que ce que les auteurs nous ont transmis à ce sujet. Une chose surtout à laquelle personne ne paraît avoir réfléchi , c’est que les symptômes qu’on a regardés jusqu’ici comme caractéristiques de cette phlegmasie n’en expriment qu’un degré , et qu’on n’est pas en droit de conclure de l’absence de ces symptômes que le foie n’est pas affecté. S’il est vrai , en effet , qu’une inflammation quelconque a ses périodes d’augment , d’état et de déclin , ou , en d’autres termes , a des degrés différents , celle du parenchyme hépatique doit nécessairement en avoir aussi, sans quoi il faudrait qu’on admît que cette espèce de phlogose est dès son origine aussi considérable que lorsque nous pouvons par nos sens acquérir la certitude de son existence , ce qui serait avancer un véritable paradoxe. Il y a donc une époque , dans la marche de l’hépatite , où cette maladie est légère et développe peu de sympathies. Or c’est cette époque à la-

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quelle manquent les symptômes dont je viens de parler, et que , pour cette raison , les auteurs n’ont pas su distinguer. Le plus grand nombre ont pensé que le foie alors était sain , et que les désordres morbides provenaient de ce qu’on appelait jadis une fièvre essentielle. Que d’erreurs cette manière de voir n’a-t-elle pas fait commettre I combien de cas d’obstructions du foie n’auraient pas été observés, si, mieux instruit sur les causes , la nature et les signes des affections de ce viscère , le médecin avait pu les reconnaître dès le principe !

Une autre chose que je crois devoir signaler, c’est que , Faction organique d’un tissu pouvant être portée au-delà du type normal sans que la fonction de ce tissu en soit troublée, et sans que par conséquent il y ait inflammation , on ne saurait s’empêcher d’admettre que l’irritation du foie peut exister à un degré où elle ne constitue pas encore une phlegmasie (1) ; elle ne tarde pas , en général, si l’on veut, à faire des progrès,

(i) Toutes les fois que l’augmentation organique de l’action ne dépasse pas certaines limites et qu’elle est compatible avec la santé, les médecins physiologistes pensent que cet état ne constitue pas une phlegmasie, et le désignent sous le nom à1 excitation ; mais , qu’on se

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mais elle peut aussi persister indéfiniment dans eet état , ou ne revêtir la forme inflammatoire qu’au bout d’un temps assez long.

Il résulte donc de ce qui précède que les auteurs n’ont décrit qu’une période avancée de l’hépatite , qu’ils ont méconnu cette phlegmasie toutes les fois qu’elle était moins prononcée , et qu’à plus forte raison ils n’ont pas su distinguer les cas où l’irritation hépatique ne s’élève pas au degré de l’inflammation.

Ces considérations m’ont déterminé à me tracer une marche nouvelle : j’ai pensé que , pour arriver à des résultats plus positifs que mes devanciers , il fallait étudier successivement tous les phénomènes d’irritation que le foie est susceptible d’offrir lorsqu’il se trouve soumis à Faction d’un stimulant. En d’autres termes, j’ai pensé que le moyen le plus sûr de parvenir à bien connaître l’hépatite était de prendre l’irritation du foie à son début , de la suivre dans ses progrès , d’en décrire toutes les nuances, toutes les phases.

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serve de ce mot ou d’un autre pour le distinguer, il n’en est pas moins vrai qu’il appartient à l’irritation ; c’est le phénomène le plus recule' que celle-ci puisse offrir. Voilà pourquoije ne balance pas à e'tablir que l’irritation du foie peut exister et ne pasprésenter la forme inflammatoire.

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Pour procéder avec ordre , je diviserai cette monographie en cinq articles principaux : le premier traitera des signes de l’irritation du foie , le second de ses terminaisons , le troisième de ses causes, le quatrième de son prognostic, le cinquième de son traitement.

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P verniei* de gré de V irritation hépatique . Je me sers de cette expression pour désigner les deux nuances les plus légères de 1 irritation du foie : dans l’une , l’augmentation de l’action organique n’est pas assez considérable pour qu’il y ait inflammation ; dans l’autre , ce dernier fait a lieu, mais la congestion morbide qui en résulte est si peu intense qu’elle ne présente aucun des caractères distinctifs de l’hépatite.

On sent aisément que les signes qui , dans ces deux cas, indiquent que le foie est surexcité, ne doivent être ni nombreux, ni faciles à déterminer ; mais quelque difficulté qu’il semble y avoir alors à reconnaître l’irritation hépatique , je ne crains pas d’avancer qu’il est toujours possible d’y parvenir. Si l’on réfléchit, en effet, que l’accroissement de la fonction d’un organe annonce constamment que la somme de vitalité dont il jouit est plus forte que dans l’état normal , il ne répugnera nullement d’admettre qu’une sécrétion de bile plus abondante que de coutume dénote que le foie est atteint d’irritation. Ce raisonnement me paraît sans réplique. Lorsque

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vous produisez la salivation chez un malade , vous convenez que ce phénomène n’a lieu que parce que les glandes buccales ont été soumises à l’action d’un stimulant , et quelles se trouvent dans un état d’irritation. Eh bien ! ce cpii est vrai pour ce cas doit l’être pour celui qui nous occupe. Chaque fois donc qu’on rencontrera chez un individu quelques uns des symptômes qu’on appelle bilieux ( amertume de la bouche , enduit jaune delà langue, vomissements de matières d’un jaune verdâtre et amères , coloration en jaune du pourtour des lèvres et des ailes du nez, ainsi que de la conjonctive , etc. ) , on pourra hardiment déclarer qu’il y a , pour le moins , chez lui une lésion du foie. Que si l’on m’objecte que sans doute on ne saurait me refuser que l’augmentation de Faction sécrétoire d’un organe prouve évidemment que la vie est en plus dans les tissus qui le composent, mais qu’il est démontré que l’irritation, loin d’avoir toujours pour effet un flux plus abondant de l’humeur que sépare la partie où elle a son siège , détermine quelquefois la suspension de cette sécrétion ou l’expulsion de son produit , je répliquerai que ce fait n’a lieu , pour les glandes , que lorsque l’irritation dont elles sont atteintes a revêtu la forme de la phlegmasie, et que même cette dernière est portée

a un assez haut degré d’intensité. Pour qu'un organe tel que le foie cesse de sécréter , il ne suffit pas qu’il soit enflammé , il faut encore que son inflammation soit forte.

La véritable difficulté qui se présente ici, c’est de distinguer l’une de l’autre ces deux nuances de l’irritation du foie. Mais si je suis forcé de convenir qu’il est impossible , dans l’état actuel de la science , de tracer entre elles une ligne de démarcation bien tranchée , vu qu’elles ne s’annoncent à l’extérieur que par les mêmes phénomènes , je pense , cependant , qu’on peut jeter quelques lumières sur cette question; et si les raisonnements dans lesquels je vais entrer n’équivalent pas à des preuves positives , ils sont du moins très admissibles en bonne physiologie.

L’irritation hépatique pourra être considérée comme n ayant pas revetu la forme inflammatoire toutes les fois qu’elle sera récente, et que Phypocondre droit ne sera ni tendu ni douloureux au toucher. Supposons qu’un homme en parfaite santé prenne une assez forte dose d’émétique : si les vomissements sont violents et se répètent souvent, les derniers entraîneront infailliblement 1 expulsion d une plus ou moins grande quantité de bile. Eh bien ! ce fait n’aura lieu que parce que la souffrance de la membrane

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muqueuse digestive aura occasioné sympathiquement une irritation du foie , et si les accidents se bornent là , cette irritation ne devra pas être regardée comme ayant été portée au degré de la phlegmasie.

Lorsqu’un individu est atteint de ce que les auteurs ont nommé turgescence de la hile , état bilieux > embarras gastrique bilieux , si cette maladie , qui n’est à mes yeux qu’une lésion gastro-hépatique , ne dure que depuis très peu de temps , il n’y aura du côté du foie qu’une exaltation légère de la vitalité de ce viscère. Si, au contraire , elle est ancienne, ou que Fhypocondre droit soit douloureux à la pression , on sera en droit de penser que l’irritation hépatique a passé à l’état d’inflammation. Ce que je viens de dire pour l’embarras gastrique est applicable en tout à la fièvre bilieuse. Seulement, dans ce cas, l’irritation hépatique constitue plus souvent une phlegmasie , et parcourt une marche aiguë, comme l’affection gastro-duodénale dont elle est le résultat.

On ne saurait disconvenir , certes, que le choléra-morbus et la fièvre jaune ne soient, pour le moins, compliqués d’une lésion de l’appareil biliaire. La plupart des médecins qui ont habité les Indes orientales et les Antilles prétendent

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cependant qu’il arrive assez fréquemment qu’ou ne trouve aucune altération remarquable dans le foie à la suite de ces maladies. Or, si , comme je n’en doute pas, ce fait est vrai, on ne peut s’en rendre raison qu’en admettant que l’irritation hépatique n’a pa été accompagnée alors d’un afflux d’humeur assez considérable pour donner lieu à une véritable inflammation. Cette explication me parait extrêmement plausible. Si l’on réfléchit , en effet , à la marche rapide que prennent ordinairement le choléra et le typhus ictérodes, il ne répugnera nullement de poser en principe que ces affections peuvent quelquefois occasioner la mort avant que l’organe qui sécrète la bile ait eu le temps de devenir le siège d’une congestion morbide. Ainsi donc , lorsque l’un de ces états pathologiques n’aura duré que quelques heures, un jour , on sera fondé à présumer que l’irritation n’a pas été portée dans le foie au degré de la phlegmasie ; dans tous les autres cas, ce viscère devra être considéré comme

avant été enflammé.

Telle est, à mon avis, la seule ligne de démarcation qu’il soit possible d’établir entre les deux nuances qui nous occupent. L’irritation hépatique est - elle très légère , les accidents se bornent à l’accroissement pur et simple de la fonc-

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lion de l’organe qui en est le siège. Fait-elle des progrès , parvient-elle à un certain degré d’intensité , si elle dépend d’une de ces affections graves qui se déclarent dans les pays chauds , la mort peut survenir avant que l’irritation ait eu le temps de déterminer une congestion morbide, par conséquent avant qu’elle ait pu constituer une phlegmasie ; dans toutes les autres circonstances il y a réellement inflammation , et l’on en trouve des traces à l’ouverture du cadavre.

Cette distinction , au reste , n’offre pas une grande importance sous le rapport de la pratique : car, en supposant qu’elle fût mieux déterminée , le traitement n’en recevrait , pour ainsi dire, aucune heureuse modification. L’essentiel est qu’on sache que les symptômes qu’on appelle bilieux annoncent toujours que le foie est atteint d’irritation. Le médecin qui sera bien pénétré de cette vérité ne verra plus qu’un être abstrait, ou qu’une affection gastrique , gastrocérébrale , etc., dans l’embarras gastrique , la fièvre bilieuse, la fièvre jaune, etc. Il tournera ses regards vers l’appareil biliaire : il évitera, en un mot, une foule d’erreurs dont la lecture des meilleurs auteurs ne saurait le garantir.

Il n’a été question encore , dans cet ouvrage, *que du premier degré de l’irritation hépatique,

c’est-à-dire des cas ou l’on a méconnu cette irritation, parce qu’on n’a cru jusqu’ici à son existence que lorsqu’elle présentait les caractères distinctifs de l’hépatite. Je vais maintenant m’occuper de cette dernière.

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