‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 1 sur 178 · PLACE DE L’ODÉON · texte numérisé non relu

PLACE DE L’ODÉON

PRÉFACE

Faire reposer l’étude des affections du foie et du pancréas tout à la fois sur l’anatomie pathologique et sur l’étiologie, telle est l’idée dominante de ce travail. Effectivement, à l’exception des lésions de nature traumatique, il n’y a en pathologie que des maladies générales, subordonnées à des agents pathogènes divers qui, tout en imprégnant l’organisme entier, localisent leurs effets d’une façon spéciale sur l’un des tissus qui le composent, d’où la possibilité de types pathologiques distincts, constants et définitifs. C’est là une vérité que nous tenons à inscrire en tète de cet ouvrage, dont le titre est le fait de l’insuffisance des connaissances étiologiques actuelles et de la difficulté de rattacher, dès maintenant, à des maladies nettement définies tous les états pathologiques du foie et du pancréas.

Associés au point de vue embryologique, anatomique et physiologique, le foie et le pancréas le sont aussi au point de vue pathologique, et la récente découverte d’un diabète consécutif à l’insuffisance fonctionnelle du pancréas, venant jeter un jour nouveau sur les relations qui unissent ces deux organes glandulaires, nous a conduit à grouper dans un même travail l’étude de leurs affections.

Semblables en cela à tous les organes glandulaires, le foie et

PREFACE

le pancréas sont composés de deux tissus principaux, l’un épithélial, l’autre conjonctivo-vasculaire, qui, en raison de la diversité de leurs fonctions et de la spécialité d’action des agents étiologiques, deviennent la hase de la division naturelle de leurs désordres pathologiques. En présence d’une altération du foie ou du pancréas, le rôle du clinicien est donc de rechercher tout d’abord, par l’étude des troubles fonctionnels, le siège élémentaire de la localisation anatomique, et de pousser ensuite jusqu’au déterminisme étiologique, qui donne la notion de la marche et des chances plus ou moins grandes de guérison de l’affection.

Ce travail est nécessaire si l'on veut arriver à constituer des types naturels, sans quoi, on s’expose à créer des entités purement artificielles, ainsi que cela a été fait pour les cirrhoses hépatiques, dont l’étude a été obscurcie par les nombreux travaux de ces derniers temps. Il n’est pas possible, en effet, de fixer un type morbide sur de simples caractères physiques, il faut de plus la connaissance de l’évolution et aussi celle de la cause qui, dans certains cas, a besoin, pour être nettement déterminée, du secours de l’expérimentation. L’observation clinique nous ayant depuis longtemps appris que l’abus du vin, plutôt que celui des boissons distillées, engendrait une cirrhose spéciale, la question se posa à notre esprit de savoir quelle était dans le vin, boisson complexe, la substance capable de faire naître ce désordre. La clinique ne pouvant résoudre ce dernier point, force nous fut d’en appeler à l’expérimentation, et celle-ci nous démontra, ce que la clinique ne faisait qu’entrevoir, que les sulfates contenus dans le vin étaient la principale cause de la cirrhose et qu’il fallait éviter de plâtrer les vins ou le faire dans de minimes proportions. Ainsi l’expérimentation, dans certains cas, doit venir en aide à l’observation clinique. Elle peut encore la contrôler ; nous en avons un exemple dans l’extirpation du pancréas, qui, pratiquée en 1889, est venue confirmer le fait, cliniquement établi par nous dès l’année 1877, d’un diabète par destruction de la glande pancréatique.

PRÉFACE

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L’étude pathologique des organes repose donc à la fois sur l’observation clinique et sur l’expérimentation, mais à la condition que l’observation précède l’expérimentation, sans quoi celle-ci risque de faire fausse route et parvient difficilement à des résultats durables, comme on peut le voir par un certain nombre de travaux récents. En s’appuyant sur ces deux procédés, l’observation et l’expérimentation, la pathologie deviendra, aussi bien que la physique et la chimie, une science précise et positive; c’est dans cet esprit qu’a été conçu et exécuté ce travail sur les maladies du foie et du pancréas.

En le terminant, je ne puis trop remercier mon interne, si distingué et si dévoué, le Dr Paulesco, de l’aide qu'il m’a prêtée dans la rédaction de la plupart des observations qui s’y trouvent contenues.

E. LANCEREAUX.

Paris, le 30 octobre 1898.

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