II. — HYPÉRÉMIES DU PANCRÉAS
La division de ces affections ne diffère pas de celles des hypérémies des autres organes : selon qu’elles proviennent d’un obstacle circulatoire ou d’un trouble nerveux vaso-moteur, elles sont les unes angiopathiques (hypérémies stasiques ou passives), les autres névropathiques (hypérémies actives). Ces dernières trouveront leur place à la suite des désordres nerveux du pancréas, il ne sera question ici que des premières.
Les hypérémies angiopathiques sont artérielles ou veineuses, suivant que l’obstacle circulatoire a son siège sur le trajet du système artériel ou sur celui du système veineux. Les hypérémies d’origine artérielle étant l’effetd’une thrombose ou d’une embolie, leur étude ne peut être séparée de celle de ces affections, tandis que les hypérémies d’origine veineuse méritent une description particulière.
Étiologie. — Les altérations du cœur gauche, celles des vaisseaux pulmonaires, du cœur droit, du foie et du tronc de la veine porte qui entravent la circulation de la veine splénique, sont les sources habituelles des hypérémies passives non seulement de la rate, mais encore du pancréas dont la fréquence est indéniable.
Anatomie pathologique . — La glande, tout d’abord gorgée de sang et de sérosité, augmente de volume, tandis que le tissu cellulaire voisin s’œdématie1. Une incision de son parenchyme dé-
1. J. Klob, Contribution à l’anatomie pathologique du pancréas ( OEsterr . Zlschr. f. pràkt. Heilkunde, 1860, n° 201, et Gaz. hebdomadaire de médecine et de chirurgie, Paris, 1860, p. 668).
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montre que les lobules d’une couleur blanc jaunâtre tranchent sur le tissu interstitiel, plus ou moins coloré, et siège d’une infiltration séreuse, principale cause de la tuméfaction de l'organe. L’examen microscopique permet de constater, tout d’abord la réplétion et la dilatation des vaisseaux, la présence d’éléments conjonctifs jeunes, sans altération appréciable des acini glandulaires et des conduits excréteurs. A une phase plus avancée, le pancréas revient sur lui-même et augmente de consistance; sa coloration, d’un blanc jaunâtre ou d’un jaune rougeâtre pâle, est uniforme et, au fur et à mesure de la rétraction du tissu conjonctif, l’aspect lobulé de la glande s’accentue. Le tissu interstitiel, épaissi et légèrement sclérosé, comprime les éléments glandulaires qui deviennent granuleux, granulo-graisseux et s’atrophient; dans quelques cas, enfin il se produit des extravasations sanguines qui se traduisent, au bout d’un certain temps, par un simple dépôt circonscrit de pigment noir. Les altérations, rencontrées dans toute la glande, sont plus accentuées sur quelques points et en particulier au niveau de la tête du pancréas, ce qui ne peut surprendre, étant donné que des veines multiples émanent de cette partie de la glande.
Symptomatologie . — Effet de désordres cardiaques ou hépatiques, l’hypérémie stasique du pancréas est toujours associée à des lésions du cœur ou du foie et accompagnée d’hypérémie de la rate et des viscères abdominaux, ce qui rend très difficile l’interprétation de ses diverses manifestations symptomatiques. Tout ce que l’on sait, à cet égard, c’est que la diminution de la sécrétion externe du pancréas, conséquence de cette hypérémie, est la cause de troubles digestifs qui viennent s’ajouter à ceux que déterminent simultanément la congestion passive du foie, de la rate, de l’estomac et du duodénum. Cette affection, néanmoins, ne va jamais jusqu’à produire des phénomènes d’insuffisance pancréatique, et partant n’est pas grave par elle- même. La mort, commune dans ces conditions, est ainsi presque toujours la conséquence des altérations organiques qui ont précédé la stase pancréatique.
Sémiologie. — La congestion passive du pancréas doit être soupçonnée toutes les fois que l’on se trouve en présence des symptômes d’une hypérémie stasique des viscères abdominaux; quand à ces symptômes s’ajoute une diarrhée rebelle, de l’inappétence, des nausées et un dégoût des matières grasses, il y a peu de doute à conserver sur cette affection. Son pronostic est toujours sérieux, du moins, lorsqu’elle s’accompagne de glycosurie.
Thérapeutique. — Combattre les lésions organiques du cœur ou du foie, c’est prévenir la stase pancréatique qui en est la con-
séquence; prescrire des purgatifs et des diurétiques, c’est y remédier, puisque les sécrétions intestinales ont la propriété de diminuer la tension du système veineux abdominal, et les diurétiques, celle de la circulation générale.